RIME
peuvent les distinguer. Comment les marquer ? Que Ton se méfie à ce point de vue des termes longue et brève. Les grammairiens ont emprunté cette distinction à la langue latine où la durée était essentielle puisque la versification était absolument basée sur elle. La science phonétique nous a appris depuis peu qu'une voyelle appelée « brève » en français peut durer plus longtemps qu'une « longue ». Il y a une contusion évidente entre le timbre d'une voyelle et sa durée : mais l'habitude est là ; on ne réagira guère, nous semble-t-il, d'autant que, le plus souvent, une syllabe s'allonge si elle est marquée par l'accent rythmique bien que cet accent soit avant tout un accent d" intensité.
En résumé, exprimer le rythme d'une langue consiste à distinguer et à marquer le nombre des accents et leur valeur proportionnelle.
L — Rime.
Faut-il marquer la rime? — La question a été mille fois soulevée sans qu'elle ait pu être définitivement résolue. Et il y a fort à croire qu'elle ne le sera jamais : il y a rime et rime, depuis le simple résultat d'une convention parfois pénible pour le versificateur jusqu'au plus puissant et quelquefois unique élément de rythme.
La rime est subordonnée au rythme^ et par conséquent ne doit être mise en relief et suivie d'un léger temps d'arrêt que si le rythme y gagne. Si au contraire la mise en valeur de la rime amène la monotonie, comme dans l'alexandrin classique, le diseur ne doit pas s'en soucier. Il s'ensuit que le goût seul de l'interprète peut le diriger et sa soumission à la conception rythmique de l'auteur.
1" Exercice.
Evidemment les rimes doivent sonner dans le morceau suivant de Théodore de Banville, qui, du reste, voyait dans la rime la principale harmonie du vers.