LES DEUX MÉNÉTRIERS
Sur de noirs chevaux sans mors, Sans selle et sans étriers, Par le royaume des morts Vont deux blancs ménétriers.
Ils vont un g-alop d'enfer, Tout en raclant leurs crin crins Avec des archets de fer Ayant des cheveux pour crins.
Au fracas des durs sabots,
Au rire des violons,
Les morts sortent des tombeaux:
Hop ! Dansons ! Cabriolons 1 »
Et les trépassés, joyeux, Suivent par bonds essoufflants Avec une flamme aux yeux, Rouge dans leurs crânes blancs.
Soudain les chevaux sans mors.
Sans selles et sans étriers, Font halte et voici qu'aux morts Parlent les ménétriers.
Le premier dit d'une voix Sonnant comme un tympanon :
« Voulez-vous vivre deux fois ?
Venez ! la Vie est mon nom. »
Et tous, même les plus gueux, Qui de rien n'avaient joui, Tous, dans un élan foug-ueux, Les morts ont répondu : « Oui ! »
Alors l'autre, d'une voix Qui soupirait comme un cor, Leur dit : « Pour vivre deux fois Il vous faut aimer encor ;
Aimez donc, enlacez-vous.
Venez, FAmour est mon nom ! »
Mais tous, même les plus fous. Les morts ont répondu: «Non!
Tous, de leurs doigts décharnés, Montrant leurs cœurs en lambeaux.
Avec des airs de damnés, Sont rentrés dans leurs tombeaux.
Et les blancs ménétriers,
Sur leurs noirs chevaux sans mors,
Sans selle et sans étriers,
Ont laissé dormir les morts.
(J. RiGHEPiN, La Bombarde^ Fasquelle, éd.)
Citons encore ces strophes de Leconte de Liste où les quatre mêmes rimes se ropMcnt avec tant de bonheur. On étudiera aussi ce morceau au point de vue de la légèreté du rythme.
3^ Exercice.
LIÎS ROSES d'iSPAHAX.
Les roses d'Ispahan dans leur ^aine de mousse,
Les jasmins deMossoul, les fleurs de Torang-er
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
0 blanche Leïlah ! que ton.soulfle léger.
Ta lèvre est de corail, et ton rire lég-er
Sonne mieux queTeau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux que l'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.
Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse, La brise qui se joue autour de l'oranger Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce Ont un charme plus sûr que ton amour léger!
0 Leïlah ! depuis que de leur vol léger Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce, Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger. Ni de céleste arôme aux roses dans leur mousse.
L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse, Ne chante plus parmi la rose et Toranger ; L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce. L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.
Oh! que ton jeune amour, ce papillon léger. Revienne vers mon cœur d'une aile prompte et douce, Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger. Les roses d'Ispahan dans leur gaine de mousse ! (Leconte de Lisle, Poèmes tragiques^ Lemerre, éd.)
IL — Rythmes simples.
Nous entendons par rythme simple celui que le poète traduit en général par une série de vers ayant le même nombre. La même cadence doit être observée du commencement à la fin du poème (I ).
(1) Le nombre des accents rythmiques peut cependant varier, surtout dans levers moderne.
G. Le Roy. — La Diction. 9
4^ Exercice.