‹ La diction française par les textesChapitre 97 sur 104 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

Tu dis vrai : la haine est impie (1),

Et c'est un frisson plein dliorreur

Quand cette vipère assoupie

Se déroule dans notre cœur.

Ecoute-moi donc, ô déesse !

Et sois témoin de mon serment .

... Par cette étincelle brillante

Qui de Vénus porte le nom,

Et comme une perle tremblante

Scintille au loin sur l'horizon :

Par la grandeur de la nature,

Par la bonté du Créateur,

Par la clarté tranquille et pure

De l'astre cher au voyag-eur,

Par les herbes de la prairie,

Par les forêts, par les prés verts.

Par la puissance de la vie,

Parla sève de l'univers.

Je te bannis de ma mémoire, i

Reste d'un amour insensé,

Mystérieuse et sombre histoire

Qui dormiras dans le passé !...

(A. DE Musset, La Nuit d'octobre.)

L'jilexaiidrin se prête aux rythmes les plus variés : comparer Vere novo (page 11) avec les vers suivants où l'on remarquera la fréquence des accents rythmiques.

(1) L'e muet allonge la rime : distinguer dans la diction a assoupi » de « assoupie », « désespéré » de « désespérée », etc.

5« Exercice.

... Ah! j'ai trompé son âme et Irahi le serment;

Et c'est la source, hélas ! de mes longues tortures.

Mon regard plonge en vain dans les choses futures :

Jamais ils ne m'ont crue ! et tous riaient entre eux,

Ou me chassaient, troublés par mes cris douloureux.

Et moi, dans la nuit sombre errant, désespérée,

J'entendais croître au loin l'invincible marée,

Le sûr débordement d'une mer de malheurs ;

Et le Dieu sans pitié, se jouant de mes pleurs,

De mille visions épouvantant mes veilles,

Aveuglait tout mon peuple, et fermait ses oreilles;

Et je prophétisais vainement, et toujours !

Citadelles des rois antiques, palais, tours !

Cheveux blancs de mon père auguste et de ma mère,

Sable des bords natals où chantait l'onde amère.

Fleuves, dieux fraternels, qui, dans vos frais courants,

Apaisiez, vers midi, la soif des bœufs errants,

Et qui, le soir, d'un flot amoureux qui soupire

Berciez le rose essaim des vierges au beau rire I

0 vous qui, maintenant, emportez à pleins bords

Chars, casques, boucliers, avec les guerriers morts,

Échevelés, souillés de fange et les yeux vides !

Shamandros, Simoïs, aimés des Priamides I

0 patrie, Ilios, montagnes et vallons,

Je n'ai pu vous sauver^ vous, ni moi-même ! Allons I

Puisqu'un souffle fatal ài'entraîne et me dévore,

J'irai prophétiser dans la nuit sans aurore ;

A défaut des vivants, les Ombres m'en croiront!

Pâle, ton sceptre en main, ta bandelette au front,

J'irai, cher Apollon, ô toi qui m'as aimée !

J'annoncerai ta gloire à leur foule charmée.

Voici le jour, et l'heure, et la hache et le lieu, Et mon âme va fuir, toute chaude d'un Dieu !

(Legonte de Lisle, Les Érlnmjes^ Lemerre, éd.)

^' Exercice.

La strophe forme généralement un couplet (voir plus haut page 215), le dernier vers s'opposant à ceux qui précèdent, et demandant à être dit d'un seul trait.

LA muse.

Le coup dont tu te plains t'a préservé peut-être. Enfant ; car c'est par là que ton cœur s'est ouvert. L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souflert.

C'est une dure loi, mais une loi suprême. Vieille comme le monde et la fatalité.

Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême, Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.

Los moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;

Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin des pleurs ;

La joie a pour symbole une plante brisée

Humide encor de pluie et couverte de fleurs.

Ne te disais-tu pas guéri de ta folie ? N'es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu, Et ces plaisirs légers qui font aimer la vie. Si tu n'avais pleuré, quel cas en ferais-tu ?

Lorsqu'au déclin du jour, assis sur la bruyère. Avec un vieil ami tu bois en liberté, Dis-moi, d'aussi bon cœur lèverais-tu ton verre. Si ta n'avais senti le prix de la gaîté ?

Aimerais-tu les fleurs, les prés et la verdure, Les sonnets de Pétrarque et le chant des oiseaux, Michel-Ang-e et les arts, Shakspeare et la nature, Si tu n'y retrouvais quelques anciens sanglots ?

Comprendrais-tu des cieux TinefTable harmonie. Le silence des nuits, le murmure des flots. Si quelque part, là-bas, la fièvre et l'insomnie Ne t'avaient fait songer à l'éternel repos ?...

De quoi te plains-tu donc ? L'immortelle espérance S'est retrempée en toi sous la main du malheur ; Pourquoi veux-tu haïr ta jeune expérience Et détester un mal qui t'a rendu meilleur ?

f A. DE Musset, La Nuit d'octobre.)

III — Rythmes composés.

Dans des vers bien faits, un changement de nombre et de rythme a toujours sa signification. Le diseur doit donc s'en préoccuper. Les effets les plus variés peuvent être obtenus grâce aux oppositions de rythme.

7^ Exercice.

POLYEUGTE.

Source délicieuse, en misère féconde, Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés ? Honteux attachements de la terre et du monde. Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés ? Allez, honneurs, plaisirs qui me livrez la guerre,

Toute votre félicité.

Sujette à l'instabilité.

En moins de rien tombe par terre ;

Et comme elle a l'éclat du verre, Elle en a la frag-ilité...

Saintes douceurs du ciel, adorables idées, Vous remplissez un cœur qui vous peut recevoir ; De vos sacrés attraits les âmes possédées Ne conçoivent plus rien qui les puisse émouvoir. 'Vous promettez beaucoup et donnez davantag-e :

Vos biens ne sont point inconstants,

Et rheureux trépas que j'attends

Ne vous sert que d'un doux passag-e

Pour nous introduire au partage

Qui nous rend à jamais contents.

(Corneille, Polyeucte, acte IV, se. ii.'

8^ Exercice.

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