CHAPITRE SEPTIÈME
Sur les évêqnes.
Enseigne donc, ô évêque, réprimande et délie par la rémission. Sache que tu tiens la place de Dieu tout-puissant et que tu as pouvoir de remettre les péchés, car c'est à vous, évoques, qu'il a été dit: Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sera délié (i). Ayant donc le pouvoir de délier, connais-toi toi-même, ainsi que ta conduite et tes actions [22] dans cette habitation, afin qu'elles soient dignes de ta situation. Il n'est aucun homme qui soit sans péché, car il est écrit:// n'est pas d'homme exempt de souillure, quand même il n'aurait vécu qu'un jour dans le monde (2). C'est pourquoi la vie et les mœurs des justes et des premiers pères ont été écrites, afin que Ton sache que dans chacun d'eux se trouve au moins un petit péché, et que le Seigneur Dieu est seul sans péché, comme il le dit dans David : Car tu seras justifié par tes paroles, et tu seras absous par tes jugements (3). La faible souillure des justes nous est une joie, une consolation et un espoir : nous aussi, si nous péchons, un peu, nous avons l'espoir de la rémission.
Il n'y a donc pas d'homme sans péchés, mais toi, autant que tu le peux, tâche de n'être pris en rien, aie souci de tout le monde, afin que personne ne soit scandalisé et ne périsse à cause de toi. Car le fils du peuple (le mondain) n'a souci que de lui, et toi tu as charge
(1) Matth., xvi, 19.
(2) Job., xiv, 4, dans les Septante.
(3) Cf. Matth., xii, 3 7 .
de toat le monde. Le poids que tu portes est très lourd, car il sera beaucoup réclamé à celui auquel le Seigneur aura beaucoup donné, Comme tu as charge de tout le monde, sois donc vigilant, car il est écrit que le Seigneur dit à Moyse : Toi et Aaron vous porterez les péchésdu sacerdoce (i) ; comme donc tu dois rendre raison pour beaucoup, aie soucie de tout le monde, pour conserver ceux qui sont sains; quant à ceux qui ont péché, instruis-les, réprimande-les, punisles, allége-les par la rémission .
Quand celui qui a péché se repent et pleure, reçois-le, et, tout le peuple priant pour lui, place ta main sur lui, et permets-lui d'être dans l'ég-lise. Quant aux dormeurs et aux relâchés, retourne-les, éveilleles, fortifie-les, interroge-les, guéris-les. Car tu sais quelle sera ta récompense si tu agis ainsi, et quel danger te menace si tu agis autrement. Car le Seigneur parle ainsi dans Ezéchiel des évêques qui négligent leur "peuple (2) :
La parole du Seigneur me fut adressée pour dire : Fils de l'homme 9 prophétise sur les pasteurs d'Israël et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Adonai : Malheur aux pasteurs d'Israël qui se nourrissent eux-mêmes t les pasteurs ne nourrissent pas mon troupeau ; vous mangez le lait, vous vous revêtez de la laine, vous tuez celui qui est gras, et vous ne paissez pas le troupeau ; vous ne guérissez pas le malade, vous ne fortifiez pas le faible, vous ne rattachez pas le brisé, vous ne ramenez pas Ferrant [23], vous ne cherchez pas ce qui est perdu, mais vous subjuguez (mes brebis) par la violence; elles furent dispersées faute de pasteur et devinrent la proie de tous les animaux du désert. Mes brebis furent dispersées et errantes sur toutes les montagnes élevées et sur toutes les hautes collines ; mes brebis ont été dispersées sur toute la face de la terre et il n'y avait personne pour les chercher et les commander. A cause de cela, pasteurs, écoutez la parole du Seigneur Adonaï : Parce que mes brebis sont devenues un butin et une proie pour toutes les bêtes du désert, faute de pasteur ; parce que les pasteurs n'ont pas cherché les brebis mais se sont nourris eux-mêmes, sans nourrir leur troupeau, à cause de cela, pasteurs, écoutez la parole du Seigneur : Voici ce qu° dit le Seigneur Adonai : Voilà que je (viens) contre les pastei s et je redemanderai mon troupeau à leurs mains, et j'em-
( Nombres, xviii, 1.
( Ezéch., xxxiv.
pécherai qu'ils ne paissent à Favenir mon troupeau et que les pasteurs ne se paissent eux-mêmes ; j'arracherai mon troupeau dé teurs mains, et il ne leur servira plus de nourriture ; parce Que voici ce que dit le Seigneur Adonat : Voilà que moi-mime je chercherai mes brebis et je les visiterait comme un berger visite son troupeau au jour de l'orage, en se tenant pu milieu de lut. De même, je visiterai (i) mes brebis et les rassemblerai de toas les pays où elles sont dispersées, dans un jour de nuage et d'obscurité, je les ferai sortir des peuples et les rassemblerai des pays, et les ferai monter dans leur terre, je tes Jerai paître sur les montagnes d'Israël et dans tous les lieux déserts du pays, je les ferai paître dans un pâturage bon et gras, et dans les montagnes élevées d'Israël sera la splendeur de leur beauté ; elles se reposeront là dans une bonne habitation, et elles paîtront dans un pâturage gras sur les montagnes d'Israël. C'est moi qui pattrai mesbrebis et qui les renverrai, dit le Seigneur Adonat ; ce qui était perdu, je le chercherai; ce qui était égaré, je le ramènerai; ce qui était brisé, je le lierai; ce qui était faible, je le fortifierai; ce qui était gras et fort, je le conserverai et je les ferai paître selon la justice. Et vous, mes brebis, troupeau de mon bercail, voici ce que dit le Seigneur Adonat : Voilà que je distinguerai entre brebis et brebis, et entre bélier et bélier. Ne vous suffit-il pas de brouter an gras pâturage, et vousfoulei aux pieds le reste de vos pâturages, et mes brebis boivent l'eau que vous avez foulée aux pieds. A cause de cela, voici ce que dit le Seigneur AdonaC : Voilà que je distinguerai entre brebis et brebis et entre celles qui sont malades, parce que vous les repoussiez de vos côtés et de vos épaules, et vous frappiez de vos cornes toutes celles qui sont malades jusqu'à ce que vous les dispersiez au dehors. Et moi je sauverai mes brebis, et elles ne seront plus une proie [24] ; je jugerai entre brebis et brebis ; j'établirai sur elles an pasteur, et il lesjera paître, David mon serviteur sera leur chef au milieu d'elles. Moi, le Seigneur, j'ai parlé, et je leur établirai une alliance de paix, je ferai périr les animaux nuisibles de la terre, elles habiteront avec confiance dans le désert, et dormiront dans les forêts; je leur donnerai une bénédiction autour de ma montagne, je ferai descendre la pluie dans son temps, (ce) sera une pluie de bénédiction; les
(i) D. L. recommence ici, p. aS.
V^iv
va*
arbres de la campagne donneront leurs Jruits ; la terre donnera ses produits; elles habiteront leur pays avec confiance et sauront que je suis le Seigneur quand /aurai brisé les liens de leur joug et que je les aurai délivrées de la main de leurs oppresseurs ; elles ne seront plus livrées en proie aux nations et les bêtes fauves ne les dévoreront plus, mais elles habiteront avec confiance et il ny aura plus personne qui les épouvante. Je leur ferai pousser un\e plante de paix (/), pour qu'elles ne soient plus peu nombreuses et abandonnées sur la terre ; elles ne subiront plus V outrage des nations et sauront que moi, le Seigneur, leur Dieu, je suis avec eux ; elles sont mon peuple de la maison d'Israël, dit le Seigneur Àdonaï, et vous, mes brebis, troupeau de mon ber~ cail, vous êtes les hommes, et moi je suis votre Dieu, dit le Seigneur Adonaî.
Ecoutez (2) donc, ô évoques^ et écoutez, laïques, ce que dit le Seigneur : Je jugerai entre le bélier et le bélier, entre la brebis et la brebis 9 c'est-à-dire entre l'évêque et l'évêque, entre le laïque et le laïque (3) ; que le laïque (4) aime le laïque, qu'il aime aussi l'évêque et qu'il l'honore, qu'il le révère comme un père, un seigneur et un Dieu, après le Dieu tout-puissant ; car c'est à l'évêque qu'il a été dit par les apôtres : Qui vous écoute m'écoute et qui vous méprise me méprise ainsi que celui qui m'a envoyé (5). L'évêque (6) aimera aussi les laïques comme des enfants, il les fera grandir et les réchauffera du zèle de son amour, comme (on le fait) des œufs pour qu'il en sorte des poussins, ou bien il les soignera et les fera grandir comme des poussins, pour les amener à la taille des oiseaux *
Enseigne donc et instruis tout homme, et si quelqu'un mérite une réprimande, réprimande-le et punis-le, mais pour le ramener, et non pour le perdre. Instruis-les en vue de la pénitence, les affermissant pour que tu diriges et purifies leurs voies, et que tu affermisses la conduite de leur vie en ce monde . Garde soigneusement celui qui s'est conservé sain, c'est-à-dire qui est affermi dans la foi, conduis tout le peuple en paix [25] . Fortifie le faible, c'est-à-dire fortifie par
• •••' i/VI
(1) Lire : « daschelomo ».
(a) G. A., II, ch. xix.
(3) D. L. ajoute : et laïdum contra episcopum. Il faut lire ensuite avec certains mss. des G. A. (col. 634. n* 10) <poêsîaÔû>, to; Tzats'pa, to; xuptcv, à; àp/ups'a ôscD.
(4) G. A. II, ch. xx.
(5) Luc, x, 16.
(6) Ici commence une lacune en D. L.
ton enseignement celui qui est tenté ; guéris le malade, c'est-à-dire guéris par renseignement celui qui est malade par l'hésitation de sa foi ; lie ce qui est brisé, c'est-à-dire lie par une prière de pénitence celui qui est blessé, ou frappé, ou brisé par ses péchés, ou boiteux dans le chemin de la justice,; guéris-le, relève-le de ses péchés et réconforte-le, montre-lui qu'il a de l'espoir. Lie (sa blessure), guéris-le, et fais-le entrer dans l'église.
Convertis l'égaré, c'est-à-dire : ne laisse pas dehors celui qui a été chassé pour ses péchés et qui est sorti dehors en punition, mais enseigne-le, instruis-le, ramène-le et reçois-le dans ton troupeau, c'est-àdire dans le peuple de l'Eglise. Recherche celui qui est perdu, c'est-àdire n'abandonne pas à une perdition complète celui qui a perdu l'espoir sous la multitude de ses péchés et s'est abandonné à la perdition, de crainte qu'il ne s'endorme dans un mépris et une négligence excessives et n'oublie sa propre vie dans la profondeur de son sommeil, puis ne s'éloigne et ne s'écarte du troupeau, qui est l'Eglise, pour tomber dans la perdition : quand il sera hors de l'habitation [le parc, l'Eglise] et s'éloignera du troupeau, les loups le mangeront tandis qu'il errera, et il périra entièrement. Mais toi recherche-le, instruis- le, endoctrine-le et ramène-le. Commande-lui et fortifie-le pour qu'il s'éveille, apprends-lui qu'il a de l'espoir. Arrache de leur esprit, pour qu'ils ne le disent pas et ne le pensent pas, ce qui a été dit plus haut, que nos iniquités et nos péchés sont sur nous, nous y avons pourri, comment donc pourrions-nous vivre (i) ?I1 ne leur convient pas de dire ou de penser cela, ni de s'imaginer que l'espoir leur est supprimé à cause de la multitude de leurs péchés, mais ils doivent savoir que les miséricordes de Dieu sont grandes, lui qui, par serments et avec bonne volonté, a promis la rémission aux pécheurs. Si donc un homme pèche et ne connaît pas les livres, s'il n'a pas confiance dans la patience et la miséricorde de Dieu, s'il ne connaît pas la loi de la rémission et de la pénitence, il périt à cause de son ignorance même . Toi donc, comme un pasteur compatissant, plein d'amour et de tendresse, qui a souci de son troupeau, fais des recherches, compte [ton] troupeau, cherche la (brebis) perdue, comme l'a dit le Seigneur Dieu, Jésus le Messie, notre maître et notre bon Sauveur : [26] Laisse les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes et va chercher l'unique qui est perdue, et quand tu Vas trouvée, porte-la sur tes épaules en te réjouissant } parce que tu as trouvé
(i) Ezéchiel, xxxm, 10.
Tjr.
celle qui était perdue; amène-la et réunis-la au troupeau (i).
Obéis toi aussi, ô évoque, recherche celui qui a péri, dirige celui qui erre, ramène celui qui s'éloigne, car lu as le pouvoir (2) de remettre les péchés à celui qui est tombé, puisque tu as revêtu la personne du Messie; aussi notre Seigneur lui-même dit à celui qui a péché: Tes péchés te sont remisy ta foi Va sauvé, va en paix (3) ; or la paix est l'Eglise de tranquillité (4) et de repos dans laquelle il introduisait ceux qu'il délivrait de leurs péchés, pleins de santé et sans tache, avec un bon espoir, attentifs aux travaux fatigants et pénibles. Comme un médecin sage et compatissant, il guérissait tout le monde, et surtout <œux qui erraient dans le péché, car ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d'un médecin, mais ceux qui se trouvent très mal (5).
Et toi, ô évéque,tu es fait médecin de l'Eglise, n'arrête donc pas la médecine pour guérir (ne cesse pas de guérir) avec son aide ceux qui sont malades dans les péchés, mais de toute manière, soigne, guéris, et ramène-les à l'Eglise sains et saufs. Ne tombe pas sous cette parole qu'a dite le Seigneur : Vous les soumettrez avec violence et moquerie (6). Tu ne les conduiras donc pas avec violence (7) ; ne sois pas dur, ne juge pas vite, ne sois pas sans miséricorde, ne méprise pas le peuple qui est sous ta main, ne lui cache pas les paroles de pénitence ; car c'est subjuguer (son peuple) avec violence et mépris qu'agir durement avec les fils de ton peuple, les châtier avec violence, chasser, faire sortir et ne pas recevoir ceux qui pèchent, mais leur cacher la pénitence avec dureté et sans miséricorde, et tu aideras (augmenteras) la perversité du mal et la dispersion du troupeau pour qu'il nourrisse les animaux sauvages, c'est-à-dire les hommes méchants de ce monde, ou plutôt non pas les hommes en vérité, mais les animaux: les païens et (8) les hérétiques, car ils suivent aussitôt celui qui sort
(i) Cf. Matt., xvm; Luc, xv.
(3) D. L. recommence ici, p. 28. Dimittere ia remissione, quod quassatum est Christi rultum portans. Per te Salvator dicit his, qui peccaverunt.
(3) Cf. Mat th., îx, 2; Marc, v, 34.
(4) Tranquilla ecclesia, D. L., p. 28. Atu.r<v (col. 637, note 21) manquait aussi dans les mss. de D.
(5) Cf. Mat th., ix, 12.
(6) Cf. Mat th., xx, 25.
(7) C. A. II, chap. xxi.
(8) C. A. ajoute ici : les judaïsants (xal 'iGuSaïaraï;) C'est vers 367, au concile de Laodicée, que l'on défendit aux chrétiens de judalser: 5ti où 5st ^"""lavcu; 'lco&aifctv (canon 29).
de l'Eglise et, comme de méchants animaux, le dévorent. Celui qui abandonne l'Eglise ira, à cause de ta dureté, chez les païens, ou se plongera dans les hérésies, il s'éloignera complètement et abandonnera [27] l'Eglise et l'espérance de Dieu. Tu seras responsable de sa perte, parce que tu étais prompt à chasser et à rejeter les pécheurs, et tu ne voulais pas les recevoir quand ils se repentaient et se convertissaient ; tu es tombé sous la condamnation du Verbe de Dieu quia dit: Leurs pieds courent vers le mal. et sont prompts pour répandre le sang ; les meurtrissures et la douleur sont dans leurs voies ; ils ne connurent pas le chemin de la paix (i). Le chemin de la paix est notre Sauveur qui a dit : Remettez les péchés aux pécheurs afin que vospéchés vous soient aussi remis; donnez et il vous sera donné (2); c'est-à-dire : remettez les péchés afin que vous obteniez aussi la rémission . Il nous enseigna aussi d'être toujours constants dans la prière et de dire : Remets-nous nos péchés, comme nous les remettons à ceux qui nous ont offensés ; si donc tu ne les remets pas à ceux qui ont péché, comment recevras-tu la rémission ? ta bouche n'est-elle pas contre toi, et tu te condamnes toi-même quand tu dis c< je les remets » et que tu ne les remets pas, mais que tu fais mourir. Car celui qui chasse quelqu'un de l'Eglise sans miséricorde ne fait pas autre chose que le tuer méchamment et verser son sang sans miséricorde. Si un juste est mis à mort injustement par le glaive de quelqu'un, il sera reçu en paix près de Dieu, (tandis que) celui qui chasse un homme de l'Eglise et ne le reçoit plus le tue méchamment et iniquement d'un meurtre éternel. Dieu donnera comme nourriture au cruel feu éternel celui qui chasse (le pécheur) de l'Eglise sans tenir compte des miséricordes de Dieu, sans se rappeler sa bonté envers les pénitents, et sans prendre exemple sur le Messie ni regarder les hommes qui se sont repentis de la multitude de leurs fautes et en ont obtenu le pardon.
Il te faut donc (3), ô évêque, avoir devant les yeux les choses passées pour être ainsi apte et pour apprendre par elles la guérison des âmes et (leur) enseignement ainsi que la réprimande et la prière de ceux qui se repentent et qui ont besoin d'être priés (4). Quand ta
(i) Prov., i, 16, et Rom., m, 15-17. .
(2) Luc, Ti, 37, 38.
(3) G. A. II, chap. xxn.
(4J O porte t autem te, o episcope, ante oculos habere et ea, quœ prsecesserunt, simul ad scientiam sanitatis adhibere ad eos, qui corripiendi sunt et obtrectandh D. 1j., p. 3i.
juges les hommes, applique- toi avec vigilance et avec grande recherche à suivre la volonté de Dieu ; comme il a fait, il faut que vous fassiez aussi dans vos jugements. Ecoutez donc à ce sujet, ô évoques, un exemple convenable et utile : 11 est écrit dans le quatrième livre des royaumes (des Rois) et aussi dans le second livre « des paroles des jours (i) » que dans ces jours-là (a) régna Manassé [28] à l'âge de douze ans; il régna cinquante (cinq) ans à Jérusalem et le nom de sa mère était Aphiba (Apsiba). Il fit le mal devant le Seigneur, selon les abominations des peuples que le Seigneur avait détruits devant les fils d'Israël, et il se pervertit, et il rebâtit les hauts lieux quEzéchias, son père, avait détruits» Il éleva des statues à Baal, et fit des impuretés comme en avait faites Achab, roi d'Israël; il fit des autels à toute la milice du ciel, il adora toutes les forces des deux et bâtit des autels aux démons dans la maison du Seigneur, dont le Seigneur avait dit : « Dans la maison du Seigneur, à Jérusalem, je placerai mon nom ». Manassé fit des autels et dit: « Mon nom sera éternel ». // bâtit des autels à toute l'armée du ciel dans les deux cours de la maison du Seigneur et il fit passer ses enfants dans le feu dans la vallée de Bar-Henoum (3) ; il consultait les devins, usait de magie, Jaisait des divinations, des incantations et des oracles ; il augmenta le mal qu'il faisait devant le Seigneur, comme pour l'irriter, et plaça dans la maison du Seigneur une statue fondue et une idole impure qu'il fit ; le Seigneur avait dit (de cette maison) à David et à Salomon, son fils: m Dans cette maison et dans Jérusalem que j'ai choisie de toutes les tribus d Israël, je placerai mon nom pour toujours ; je ne recommencerai plus à enlever mon pied de la terre d'Israël, que j'ai donnée à leurs pères, pourvu qu'ils observent tout ce que je leur ai ordonné, selon tous les préceptes que leur donna mon serviteur Moïse ». Ils n'écoutèrent pas et Manassé les trompa pour faire le mal devant
(i) C'est la traduction du nom hébreu des Paralipomènes.
(a) IV Rois, chap. xxi-xxn. II. Paralip., ch. xxxm et Prière de Manassé.
(3) G. A. porte : èv repavai év ovo'[/.aTt . k Cotelier ne sait comment expliquer TejSxval et ne se préoccupe pas de gy ovop.au (Cf. Migne, P. G., t. I, col. 643, note 45). Mais si nous remarquons que le manuscrit du Vatican porte e*y -je j3avè ivvo'jx (voir II Parai., xxxm, 6. éd. Swete), on admettra facilement que les quatre mots des G. A. n'en sont qu'une altération et doivent se traduire par : a Dans la vallée du fils (des fils) d'Hennom ». — Le texte de D. est le plus correct. D. L. porte : in gae-Banaemon, p. 3a.
les yeux du Seigneur, selon les œuvres de ces nations que le Seigneur jit périr devant les fils d'Israël. Et le Seigneur parla à Manassé et à son peuple par le moyen de ses serviteurs les prophètes et il dit : Parce que Manassé, roi de Jada, a fait ces mauvaises impuretés que commirent avant lui les Amorrfiéens, et parce qu'il fil aussi pécher Jada à l'occasion de ses idoles, voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël ; Voilà que j'amène sur Jérusalem et sur Juda des maux tels que les oreilles de quiconque en entendra le récit tinteront. J'étendrai sar Jérusalem la mesure de Samarie et le poids de la maison oVAchab. Je briserai Jérusalem comme est brisé un vase d'eau quand il est incliné et qu'il tombe sur lui-même. Je livrerai le reste de mon héritage (i) à la dévastation, et dans la main de leurs ennemis ; ils seront une proie et un butin pour tous ceux qui les haussent, parce qu'ils firent le mal devant mes yeux et me mirent en colère depuis le jour oàf ai fait sortir leurs pères cTEgypte\2S\ et jusque maintenant. Manassé versa aussi beaucoup de sang innocent au point de remplir Jérusalem de cadavres d'une limite à rautre, à cause de ses péchés. Il fit encore pécher Juda pour /aire le mal devant le Seigneur, et le Seigneur amena sur eux les grands d'Assur; ils prirent Manassé, l'enchaînèrent, le chargèrent de liens, le conduisirent à Babylone et l'enfermèrent en prison tout lié de chaînes de fer; on lui donnait du pain de son avec mesure et de l'eau mêlée de vinaigre en petite quantité afin qu'il restât en oie et en soafirance. Il soujfrait beaucoup, et dans sa grande angoisse, il chercha le visage du Seigneur, son Dieu, s'humilia grandement devant le Dieu de ses pères, pria devant le Seigneur Dieu et dit :
(Prière de Manassé) Seigneur Dieu de mes pères, Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob et de leur juste race, toi qui fis le ciel et la terre avec tous leurs ornements, qui ceignis la mer et lafondas par l'ordre de ton Verbe, toi qui as fermé l'abîme et F as scellé de ton nom terrible et louable ; tout {être te) redoute et craint devant ta force, car l'éclat de ta gloire est insoutenable, aucun homme ne peut résister à ta colère et à ton indignation contre les pécheurs. Les miséricordes de tes promesses sont sans fin et sans mesure, parce que tu es le Seigneur patient et miséricordieux et plein de grâces, qui as du regret de la méchanceté
(i) loi commence une lacune en D. L., p. 33.
des hommes. . Et toi, Seigneur, par un décret de ta bonté, tu as promis le pardon à ceux qui se repentent de leurs péchés, dans la multitude de tes miséricordes tu as placé la pénitence pour le salut des pécheurs. Toi donc, Seigneur Dieu des justes, ce n'est pas pour les justes que tu as placé la pénitence — pour Abraham, lsaac et Jacob, qui ne péchèrent pas contre loi — mais tu as placé la pénitence pour moi, pécheur, parce que mes péchés sont plus nombreux que te sable de la mer. Je n'ai plus la respiration (la force) de lever la tête à cause de la multitude de mes iniquités. Et maintenant, Seigneur, je suis affligé avec justice, je suis frappé comme je le mérite, je suis attaché et courbé sous la multitude des chaînes de fer, de sorte que je ne puis lever la tête, mais je ne suis pas digne non plus de lever les yeux, de regarder et de voir la hauteur des deux, à cause de V étendue du tort de mes iniquités, car j'ai fait le mal devant toi, j'ai fâché ta colère, j'ai élevé des idoles, j'ai augmenté les impiétés, et main* tenant voilà que je courbe les genoux de mon cœur [30] devant toi en priant ta bonté. J'ai péché, Seigneur, j'ai péché,et parce que je connais mes péchés et que je suis prosterné devant toi, pardonne-moi, Seigneur, et ne me perds pas avec mes iniquités, ne te fâche pas pour toujours contre moi et ne me conserve pas mes maux, ne me condamne pas et ne me jette pas dans les lieux */ijérieurs de la terre, car tu es le Dieu des pénitents ; montre^moi aussi, Seigneur, ta bonté (i), car tu me sauves, bienqueje n'en sois pas digne, selon la grandeur de tes miséricordes; aussi je te louerai toujours et tous les jours de ma vie, car toutes les puissances du ciel te louent et te chantent dans les siècles des siècles.
Et le Seigneur entendit la voix de Manassé, il en eut pitié ; unejlamme de feu tomba sur lui, tous les fers qui le couvraient furent dissous et brisés et Dieu délivra Manassé de ses souffrances et le ramena à Jérusalem à la tête de son royaume, et Manassé reconnut le Seigneur et dit.il est le seul Seigneur Dieu, et il servit le Seigneur seul de tout son cœur, de toute son âme, tous les jours de sa vie. Il fut réputé juste et s'endormit avec ses pères et son fils régna après lui.
Vous avez entendu, fils chéris, comment Manassé servit méchamm< it et malheureusement les idoles et tua les justes ; et quand il se rej sntit, Dieu lui pardonna. Bien (2) qu'il n'y ait pas de péché pire
( ) D. L. recommence ici, p. 33 : iodignum me salvum faciès, etc. ( f G. A. II, chap. xxiji.
que l'idolâtrie, il y a néanmoins place pour la pénitence. Mais si quelqu'un se dit : il m 'arrivera du bien en marchant dans la volonté perverse de mon cœur, voici ce que dit le Seigneur : J'étendrai ma main sur lui (i) et il passera en histoire et en proverbe, car lorsque A mon, fils de Manassé, eut le dessein de transgresser la loi, il dit (2): Mon père fit beaucoup de mal dans sa jeunesse et se repentit dans sa vieillesse; moi aussi je me conduirai selon tous les désirs de mon âme et à la fin je me tournerai vers le Seigneur. Il fit le mal devant le Seigneur et régna seulement deux ans (3) parce que le Seigneur le fit périr vite de (son) bon pays.
Prenez donc (4) garde, vous qui n'avez pas de foi (5), afin qu'aucun de vous n'affermisse dans son cœur la pensée d'Amon et ne périsse vite et facilement. En conséquence (6), ô évêque, conserve, autant que tu le peux, ceux qui n'ont pas péché pour qu'ils demeurent sans pécher; guéris et reçois ceux qui se repentent du péché. Si tu ne reçois pas celui qui fait pénitence, parce que tu es sans miséricorde, tu pèches contre le Seigneur Dieu [31] parce que tu n'obéis pas à notre Seigneur et à notre Dieu pour faire comme il a fait avec la pécheresse que les prêtres amenèrent devant lui, puis ils remirent le jugement entre ses mains et s'en allèrent; mais lui qui scrute les cœurs, lui demanda et lui dit : Est-ce que les prêtres font condamnée, ma fille? — Elle lui dit: Non, Seigneur. — Et il lui répondit: Va, je ne te condamnerai pas non plus(i). — Prenez donc exemple sur lui, ô évêques, sur notre Sauveur, notre roi et notre Dieu, et conformez-vous à lui pour être paisibles, humbles, humains et miséricordieux, pacifiques, exempts de colère pour enseigner, réconforter, recevoir et persuader. Vous ne serez pas irascibles et querelleurs, vous ne serez pas dédaigneux, ni hautains, ni arrogants.
(1) Le passage précédent diffère en D. L. (p. 34) : Si quis autem ex apparationc peccat, remissionem non habet, sicut scriptum est (Cf. Ezech., xiv, 9) : Si autem dixeris in corde tuo ; sancta mihi erunt, quia ambulabo in réversion© cordis mei. Et «xtendam manura meam super ipsum...
(2) Cf. IV Rois, xxi, 19, suiv. et II Parai., xxxm, 21, suiv.
(3) Etregnavit annos duodecem (sic) golus. D. L., p. 35. xai éêaaiXEuasv Itti £ûo ao'va. C. A., col. 65a. Le traducteur de D. L. a dû regarder £60 comme une abrévia* tion de SW^txa.
(4) C. A. II, chap. xxiv.
(5) Laici, D. L. et Aa?xei,C~- A.
(6) Similiter,D. L. et dp.otu;, C. A.
(7) €f* Jean, vin, 3 et 10-11.