CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Qu? il convient de prendre soin des martyrs, affligés pour le nom du
Messie.
Ne détournez pas les yeux (i)du chrétien qui, pour le nom de Dieu, pour sa foi et pour son amour, est condamné à l'amphithéâtre ou aux bêtes, ou aux mines, mais, de votre travail et de la sueur de votre visage, envoyez-lui delà nourriture et adressez de Tardent aux soldats qui le gardent, afin qu'il sôit mis au large, que Ton en prenne soin et que votre bienheureux frère ne soit pas complètement affligé. Car vous regarderez celui qui est condamné pour le nom du Seigneur Dieu comme un saint martyr, un ange de Dieu, ou Dieu sur la terre. Il a revêtu spirituellement l'Esprit saint de Dieu, car par son moyen vous voyez le Seigneur notre Sauveur, parce qu'il a été jugé digne de la couronne incorruptible et il a renouvelé encore le témoignage de lapassion.il faut dire que tous les fidèles servent soigneusement et aident de leurs biens par l'intermédiaire des évoques ceux qui rendent témoignage. Si un homme n'a rien, il jeûnera, et ce qu'il avait pour ce jour-là, il le donnera aux saints. Si tu es riche, il faut que tu les aides selon tes moyens, même jusqu'à donner tout ton bien, pour les délivrer des fers, car ils sont unis à Dieu et sont des fils qui accomplissent sa volonté, comme l'a dit le Seigneur : Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père (2). N'ayez pas honte d'aller les voir en prison, et, en faisant cela, vous gagnerez la vie éternelle, parce que vous participe/ ez à leur martyre. Nous savons, en effet, que le Seigneur a dit dans l'Evangile : Venez à moi, vous tous, les bénis de mon Père, possédez ce royaume qui vous était préparé avant (de jeter) les fondements du monde; car j'avais faim et vous m'avez rassasié, j'avais soif et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger et vous m'avez recueilli, j'étais nu et vous m'avez vêtu, j'étais malade et vous m'avez visité, j'étais en prison et vous êtes venus près de moi. Alors
(1) C. A., v, chap. 1.
(2) Matth., x, 3a.
isles répondront et diront : Seigneur, quand t'avons-nous ■antfaim et t'avons-nous rassasié, ou ayant soif et t'avonsdonné à boire [78], ou nu et t'avons-nous couvert, oa matt t'avons-nous visité, ou étranger et t'avons-nous recueilli, '. prison et t'avons-nous visité? — Et il répondra et leur dira: ce que vous avez fait à l'un de ces petits et de ces moindres, me l'avez fait ; et alors ils iront à la vie éternelle (i). quelqu'un (a), qui se dit chrétien, est tenté par Satan, s'il pét s'il est réprimandé pour de mauvaises actions, pour vol on
meurtre, fuyez-le, de crainte qu'un chrétien ne soit lente par qui tiennent a cet homme-là. Si l'ou t'arrête, t'interpelle et te « Et toi aussi, tu es chrétien comme celui-là » ; tu ne peux pas jue tu sois chrétien, tu le confesses, et tu n'es pas jugé comme ien, mais tu es puni comme si tu faisais le mal, car on t'a delé si tu étais comme celui-là ; Ion témoignage est inutile, el idant, si tu avais nié, tu aurais renié le Seigneur. Fuyez-les , afin d'être sans scandale.
lez avec grand soin et longue patience vos membres :les fidèui sont arrêtés, emprisonnés et enchaînés par la force inique le s'ils étaient criminels, afin de les arracher de la main des ants. Si quelqu'un s'approche d'eux, est arrêté en même temps
traité iniquement à causede son frère, bienheureux est-il d'être é chrétien, d'avoir confessé leSeigneuret de vivre devant Dieu, i homme s'approche de ceux qui sont enchaînés pour le nom du ie et s'il est pris avec eux, bienheureux est-il d'être jugé digne tte société.
cevez (3) et aidez ceux qui sont persécutes pour la foi, et fuient ; ville à une autre selon le commandement du Seigneur. Béiez -vous en les recevant et en les faisant reposer, parce que vous ;îpez (ainsi) à leur persécution. Notre Seigneur a dit à leur su- .ns l'Évangile ; Bienheureux serez-vous quand ilsvous persé- ■ont et vous maudiront à cause de mon nom, parceque quand îrétien est poursuivi, est martyrisé et est mis à mort pour la foi, 'ient un homme de Dieu. 11 ne sera plus poursuivi par personne
qu'il a été connu à lui du Seigneur (le Seigneur l'a reconnu) (4).
Mstih., xxv, 34-
Z. A., '.chap. ii.
G. A., v, cbap. m.
Sette dernière phrase, peu claire, a été omise dan* les C. A.
S'il renie (i) et dit qu'il n'est pas chrétien, on l'appellera (pierre de) scandale et il sera poursuivi par les hommes ; de plus, Dieu [79] le rejettera à cause de son reniement, il n'aura pas de part avec les saints dans le royaume éternel, selon le mot du Seigneur, mais son héritage sera avec les impies, parce que le Seigneur Dieu a dit: Quiconque me renie ainsi que mes paroles devant les hommes ou aura honte de moi, f aurai aussi honte de lui et je le renierai devant mon Père qui est au ciel, quand je viendrai avec force et gloire pour juger les morts et les vivants (2). Vous trouverez encore écrit : Quiconque aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et quiconque aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi ; quiconque ne prend pas sa croix avec joie et exultation et ne vient pas après moi, n'est pas digne de moi ; quiconque perd son âme pour moi, la trouvera, et quiconque sauvera son âme en apostasiant, la perdra. Que servira à l'homme de gagner tout le monde et de perdre son âme, et quel échange fer a-t-il pour son âme (3) ? (On lit encore) : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, et ne peuvent pas tuerVâme ; mais craignez-moi 'plutôt, moi qui puis (4) perdre Vâme et le corps dans la géhenne (5).
Quiconque (6) apprend un métier regarde son maître et voit comment, par son art et sa science, il finit un travail de son métier, puis il l'imite et finit l'ouvrage qu'on lui a confié pour ne pas être maltraité (7), mais s'il reste en dessous de ce qui lui a été montré, il n'est pas parfait. Nous qui avons le Messie pour maître et docteur, pourquoi ne nous conformons-nous pas à sa doctrine et à sa conduite ? Il a abandonné la richesse, la beauté, la puissance et la gloire, et il est venu dans la pauvreté ; il s'est éloigné de Marie, sa bienheureuse mère, de ses frères et de lui-même et a supporté la persécution jusqu'à la croix. Il a supporté cela pour nous, afin de nous délivrer, nous qui sommes du peuple (d'Israël), des liens de bois (sacrés) (8), dont
(1) C. A., v,chap. iv.
(2) Luc, ix, 26.
(3) Matth., x, 37; xvi, 26, et x, 28.
(4) On notera cette variante.
(5) Matth., x, 28.
6) C. A., v, chap. v.
7) Cette phrase, peu claire, est simplifiée dans les G. A.
8) Ce passage difficile est encore simplifié dans les C. A. Il doit s'agir ici des lo s du Deutéronome dont il a été question . Il faudrait pouvoir lire : des liens de fi -plutôt que : des liens de bois.
nous avons parlé plus haut, et de vous délivrer, vous qui êtes païens, du culte des idoles et de toute iniquité, puis de vous rendreliéritiers. Si donc il a ainsi souffert pour nous sans honte, afin de sauver ceux qui croient en lui, pourquoi nous aussi n'imiterions-nous pas ses souffrances lorsqu'il nous a donné la patience? Et lui a souffert pour nous afin de sauver nos âmes de la mort du feu (i), mais nous (nous souffrons) pour nous-mêmes. Est-ce que Notre^Seigneur a besoin que nous souffrions pour lui ? [80] — Il veut seulement éprouver la chaleur de notre foi et la volonté de nos âmes.
Eloignons-nous donc (2) de nos pères, de notre famille, de tout ce qui est dans ce monde et aussi de nous-mêmes ; il nous faut prier pour ne pas tomber dans la tentation. Si nous sommes appelés au martyre, quand on nous interroge, confessons ; quand nous souffrons, supportons ; quand nous sommes tourmentés, réjouissons-nous ; quand nous sommes persécutés, ne nous attristons pas; parce que, eu agissant ainsi, ce n'est pas seulement notre âme que nous arrachons à la géhenne, mais nous apprendrons à agir de la même manière à ceux qui sont fermes dans la foi et aux auditeurs (aux catéchumènes), et ils vivront ainsi devant Dieu. Mais si nous faisons défection à la foi dans le Seigneur et renions à cause de la faiblesse du corps, comme Ta dit Notre Seigneur : V esprit veut et est prompt, mais le corps est faible (3), nous ne perdons pas seulement notre âme, mais nous tuens encore nos frères avec nous ; car lorsqu'ils verront notre renoncement ils penseront qu'on leur a enseigné unedoctrine d'erreur; ils seront scandalisés, et nous en serons responsables pour eux, comme chacun de nous le sera pour lui-même devant le Seigneur au jour du jugement.
Si tu es pris et amené devant le gouverneur, si tu renies ton espoir envers le Seigneur dans ta sainte foi, et que tu sois délivré aujourd'hui, mais que demain tu sois saisi de la fièvre et tombes sur ton lit, ou que ton estomac soit malade et ne reçoive pas la nourriture, mais la rende avec grandes douleurs, si tu tombes dans les souffrances d'un mal de ventre ou de l'un de tes membres, si le sang 1 sort de ton corps et t'effraie par des maux nombreux, si tu as une tumeur sur l'un de tes membres, si tu es découpé par les médecins et si tu meurs dans les angoisses et dans de grandes souffrances, à quoi
(1) La construction de la phrase syriaque est obscure; aussi les G. A. changent ce passage.
(2) C. A.,v, chap. vi.
(3) Matth., xxvi, l\\.
te servira l'apostasie que tu as faite, ô homme, puisque voilà que tu as livré tonâmeaux souffrances et aux angoisses, et que tu as perdu ta vie pour l'éternité de devant Dieu ; tu brûleras et tu seras supplicié sans repos pour toujours, comme Ta dit le Seigneur : Quiconque aime son âme la perdra, et quiconque perd son âme pour moi la trouvera (i).
Le chrétien qui apostasie aime sa vie pour quelque temps dans ce monde, afin de ne pas mourir pour le nom du Seigneur Dieu, mais sa personne périt dans le feu éternel, parce qu'il est tombé dans la géhenne, renié qu'il est par le Messie. Il dit en effet dans l'Évangile : Quiconque me renie devant les hommes, je le renierai devant mon Père dans le ciel (2). Or, ceux [81] que renie le Seigneur sortent et se jettent dans les ténèbres extérieures où il y a des pleurs et des grincements de dents (3). Car il a dit : Quiconque aime son âme plus que moi, n'est pas digne de moi (4).'
Ayons donc soin de recommander notre âme au Seigneur Dieu. Si quelqu'un est digne du martyre, qu'il l'accepte avec la joie d'avoir été jugé digne de cette couronne, et de ce que sa sortie de ce monde se fait par le martyre. Car le Seigneur notre Sauveur dit : le disciple n'est pas au-dessus de son maître, mais que chacun soit accompli comme son maître (5). Notre Seigneur a accepté toutes ses souffrances pour nous sauver ; il accepta d'être frappé, que l'on blasphémât sur son compte, qu'on lui crachât à la face, de boire du vinaigre et de la myrrhe, enfin il supporta même d'être attaché à la croix. Nous donc, qui sommes ses disciples, nous devons l'imiter; s'il a tout accepté et supporté pour nous, jusqu'aux souffrances, combien ne devons-nous pas accepter plus de souffrances pour nous-mêmes ! Et nous ne devons pas hésiter, car il nous l'a commandé ainsi. Quand nous brûlerions dans les charbons du feu, croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, en Dieu son Père, Seigneur Dieu tout-puissant, et dans le Saint-Esprit, auxquels gloire et honneur dans les siècles des siècles. Amen.
(1) Luc, ix, 534.
(a) Matth., x, 33.
(3) Matth., vin, 12.
(4) Matth., x, 38.
(5) Luc, vi, 4o.