‹ La Dilatation des Bronches chez l'Adulte: Formes Cliniques, Evolution et Modes de terminaisonChapitre 14 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Etude clinique de la meladie de Laënrec

Dans son « Traité de l’auscultation médiate et des maladies des poumons et du cœur » (1826), Laënnec devait donner à cette maladie qui, disait-il, survenait chez des « sujets attaqués de catarrhes muqueux chroniques », la physionomie clinique qu’elle garde encore aujourd'hui, malgré les divergences d’opinion dont elle est l’objet. Il en rapportait seulement quatre observations, dont l’une communiquée par Cayol. Deux ont peu d'histoire clinique, car elles concernent : la première une dilatation bronchique aiguë chez un enfant de 3 ans | /2 survenue trois mois après une coqueluche, l’autre (observation II!) un malade, ayant présenté une pleuro-pneumonie vingt ans auparavant, et qui fut peu observé cliniquement, car il mourut quelques heures après son entrée à l'hôpital. Plus intéressantes et autrement célèbres sont celles de la maîtresse de piano (obs. 11) et du cocher Chopinet (obs. 1V). Nous ne pouvons mieux faire que de rapporter quelques lignes de la description clinique donnée par Laënnec.

Cette « maîtresse de piano de 72 ans était affectée depuis l’âge de 16 ans d’une maladie de poitrine qui

offrait la plupart des signes de la phtisie pulmonaire : hémoptysies très fréquentes, renouvelées par les causes les plus légères, toux habituelle avec expectoration de crachats jaunes, opaques, ayant les caractères tantôt du pus et tantôt du mucus puriforme, respiration courte souvent un peu gênée. Ces signes variaient très souvent; ils avaient des rémissions très marquées, mais presque pas d'’intermission. Se croyant d’une santé trop délicate pour se marier, elle se voua au célibat et eut constamment des mœurs très pures. Comme ce qu’elle éprouvait ne l’avait presque jamais empêché de se livrer à ses occupations, elle ne s'était jamais regardée comme malade ».

Non moins intéressante est l'observation IV de « Chopinet, cocher, 41 ans » qui « toussait depuis son enfance et expectorait quelques crachats jaunâtres ou grisâtres ce qui ne l’empêchait nullement de se livrer à son travail ». Les six derniers mois, l’affection s'aggrave, la toux devient fréquente, l’expectoration abondante et très fétide avec deux hémoptysies récentes, et l’état général décline avec fièvre, sueurs, diarrhée, amaigrissement, aboutissant finalement à la mort. Soulignons cette évolution en deux phases : dans la première, l’affection évolue par poussées, puis dans la deuxième se constitue le syndrome de bronchorrhée permanente avec fétidité.

Laënnec décrit ensuite les signes nombreux et variables avec l'étendue, l'importance et la situation superficielle ou profonde de la dilatation bronchique : « pectoriloquie plus ou moins parfaite accompagnée

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de râles muqueux à grosses bulles tout à fait semblables aux râles caverneux des phtisiques », « toux et râles à caractère bronchique ou caverneux » dans les dilatations superficielles. Il note la variation des symptômes : « quelquefois tous ces phénomènes disparaissent pendant quelque temps, surtout lorsqu'ils ont lieu vers les parties inférieures du poumon, en raison de l’accumulation des crachats muqueux dans les points les plus déclives; et ils ne reparaissent qu'après une abondante expectoration ou un changement de position ». Son oreille exercée saura reconnaître une dilatation médiocre car « une bronchophonie diffuse remplace la pectoriloquie » et il insiste sur ce fait qu’il n’y a le plus souvent « ni fièvre, ni amaigrissement, ni dyspnée ». Enfin, ce maire émineai termine son exposé par une description, à laquelle il a peu été ajouté depuis, de l’ « expectoration nullement caractéristique; son abondance seule est remarquable dans les dilatations très étendues; elle a toujours le caractère muqueux; mais tantôt elle ressemble aux crachats cuits d’un catarrhe aigu, tantôt elle est tout à fait puriforme. Ordinairement inodore, elle donne dans d’autres cas, habituellement ou par moment seulement, l’odeur du pus d’un abcès et même celui d’une plaie de mauvais caractère. Comme dans tous les catarrhes muqueux chroniques, la sécrétion de ces crachats puriformes peut augmenter quelquefois avec une telle rapidité qu’elle simule la rupture

d’une vomique ».

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Depuis cette magistrale description de Laënnec, si la symptomatologie a peu varié dans ses points essentiels, elle s’est enrichie quelque peu, et les traités classiques tracent aujourd’hui, de cette affection, la symptomatologie et l’évolution suivantes :

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