OBSERVATION XIV
Diagnostic et résumé
Bronchite chronique. Dilatation des bronches de la base gauche. Expectoration abondante, sans fétidité. Absence de bacilles de Koch. Réaction de Wassermann légèrement positive. Glycosurie abondante sans syndrome diabétique. È
AUTOPSIE. Dilatations bronchiques multiples et volumineuses du lobe inférieur gauche. Bronchectasie du sommeïi gauche. Pneumonie avec hépatisation étendue du poumon gauche. Bronchectasies minuscules du lobe inférieur droit.
Observation clinique
Mme F..., 6l ans, journalière, vient à l'hôpital le 22 février 1929 pour de la toux.
Antécédents héréditaires et collatéraux sans intérêt. La malade est mariée, elle a eu plusieurs enfants en bonne santé et a eu une fausse-couche : son mari est mort éthylique.
Depuis plusieurs années, elle présente chaque hiver d2 la bronchite avec toux et expectoration muco-purulente très abondante ; c’est pour un épisode aigu qu'elle fut hospitalisée à deux reprises il y a huit ans à l'hôpital de la Croix-Rousse.
À l'entrée, la malade n'a pas de fièvre.
À l'examen pulmonaire, on entend des râles de bronchite sur toute la hauteur et de plus dans la moitié inférieure des deux poumons, de très nombreux râles sous-crépitants inspiratoires. très confluents et qui vont en diminuant à mesure qu on se rapproche des sommets où ils disparaissent.
Au niveau de la base gauche ces râles très confluents donnent l'impression d'un véritable gargouillement, mais il n'y a pas de souffle.
Au cœur, le rythme est régulier sans souffle. La tension artérielle est de 13/6.
Les réflexes tendineux et pupillaires sont normaux.
Les urines peu abondantes (400 gr.) sont troubles, sans albumine, mais on y découvre du sucre.
Dosage du sucre 67 gr. 50 par litre.
—+ 25 gr: par 24 heures.
Glycémie 2 gr. 80 0/00.
Il n'y a pas de signe clinique de diabète (pas de polyurie ni de polydipsie). L’expectoration très abondante ne renferme pas de bacilles de Koch. La réaction de Wassermann est légèrement positive.
L'examen radioscopique montre une exagération des ombres hilaires, desquelles partent de nombreuses trabécula-
tions s'irradiant dans les deux champs pulmonaires. On note de plus une immobilité à peu près complète de l’hémidiaphragme gauche.
En somme, la malade est une vieille tousseuse qui présente actuellement une bronchorrhée intense muco-purulente non fétide et, à l’auscultation de nombreux râles humides très confluents à la base gauche. Il existe une ébauche d’hippocratisme digital. On ne constate pas chez cette malade de stigmates de syphilis, ses réflexes sont normaux, ses pupilles normales. En présence de ce tableau clinique on fait le diagnostic de dilatations bronchiques.
15 mars 1929. La malade s’est affaiblie progressivement et est décédée avant qu'on ait pu faire le traitement par l’auto-vaccin qui avait été préparé avec les crachats. Elle n'a présenté de la fièvre que pendant les trois jours qui ont
précédé la mort.
Autopsie
À l'ouverture, adhérences pleurales bilatérales sur toute la hauteur, plus prononcées du côté gauche et plus fort:s à la base qu'au sommet.
PouMoN GAUCHE (1.200 gr.) très densifié sur toute son ét2ndue. Sur la coupe on constate l'existence de belles dilatations bronchiques au niveau du lobe inférieur ; l'une de ces bronchectasies est constituée par une cavité immédiatement sous-pleurale du volume d’une grosse noix, à parois tout à fait lisses, régulières, congestionnées par endroits. À son niveau la plèvre viscérale est épaissie fibroïde et, avant la section du poumon, il existait à cet endroit une déprecsion de la surface, laquelle indiquait déjà l'existence d'une cavité immédiatement sous-jacente à la plèvre. Au-dessous d'elle, c’est-à-dire au-dessus du diaphragme, 1l existe deux autres cavités bronchectasiques tout à fait semblables, mais de dimensions moindres. Au sommet il
; ee ; Aie existe également une cavité du volume d'une cerise à pa-
rois lisses, régulières, avec quelques débris purulents, laquelle est bien également une bronchectasie, car dans son voisinage, comme d'ailleurs nulle part dans le poumon, on ne voit de lésions tuberculeuses. En outre, la plus grande étendue de ce poumon gauche, environ les 2/3 supérieurs est le siège d'une pneumonie typique au stade d’hépatisation rouge.
Poumon pRoIT (600 gr.). Le lobe supérieur est un peu œdémateux sans autres lésions. Le lobe inférieur présente des zones scléreuses dans un parenchyme un peu congestionné non hépatisé ; au niveau de ces zones on découvre de petites cavités lisses qui sont sans aucun doute des bronchectasies minuscules.
Cœur (250 gr.).Rien d’anormal. Valvules saines. L’aorte est souple et ne présente que quelques plaques discrètes d’athérome. |
FoIE (1.700 gr.) un peu gras, jaunâtre, sans autres lésions.
PANCRÉAS d'aspect normal.
RATE (180 gr.) d'aspect normal.
REINS (300 gr.) d'aspect normal.
Examen histologique
POUMON GAUCHE. « Le fragment examiné est constitué par une nappe de sclérose dense, dans laquelle on trouve de nombreux vaisseaux, des îlots inflammatoires, mais au niveau de laquelle il n'existe aucune formation tuberculeuse,
RS à k aucune gomme ni épithélium cubique, permettant de faire
un diagnostic étiologique ».
REFLEXIONS
Après avoir présenté pendant de longues années de la bronchite chronique, cette malade, vieille tousseuse, entre à l'hôpital pour la poussée terminale.
On constate alors des râles humides nombreux, confluents et gargouillés à la base gauche, sans souffle. L'expectoration très abondante, muco-purulente, n'est pas fétide et ne contient pas de bacilles de Koch. On découvre, en outre, une glycosurie assez importante sans signes cliniques de diabète.
L’évolution de l’affection a été longue et a duré plusieurs années.
L’autopsie a fait découvrir une pneumonie étendue du lobe supérieur gauche, non diagnostiquée cliniquement. Le lobe inférieur de ce même poumon présente des dilatations bronchiques confluentes ; on trouve également quelques cavités bronchectasiques de moindre volume au sommet gauche et à la base droite. Il n'existe aucune lésion tuberculeuse nulle part.
Du point de vue étiologique, on ne peut mettre en cause la tuberculose ; quant à la syphilis, il faut reconnaître qu’elle n’a pour elle que la réaction de Wassermann légèrement positive.