OBSERVATION XX
Diagnostic et résumé
Pyopneumothorax gauche putride. Mort rapide.
AUTOPSIE. Pyopneumothorax gauche par perforation d’une petite cavité bronchectasique sous-pleurale. Bronchectasies multiples du lobe inférieur gauche. Pas de tuberculose.
EXAMEN HISTOLOGIQUE. Dilatations bronchiques.
Observation clinique
(Résumée).
M. K.., 32 ans, tailleur, est envoyé dans le service pour pneumothorax, le 25 Mars 1932.
Dans les antécédents, il est à noter que le malade tousserait depuis cinq ans et présenterait une expectoration assez importante, mais il n'a jamais eu d'accidents aigus, hémoptysies ou autres. qui l’obligent à s’aliter.
Le 22 Mars, le malade ressent un violent point de côté à gauche en même temps qu'apparaît une vive dyspnée.
À l'entrée, l'état est grave, la température est à 39°5 et le pouls à 130.
L’examen pulmonaire montre à gauche l'existence d’un pneumothorax total : hypersonorité, silence respiratoire, tintement métallique, succussion hippocratique perceptible à la base, déviation du cœur.
À droite, quelques râles de bronchite.
Par ailleurs, rien au cœur ; léger disque d’albumine. Une ponction pleurale pratiquée très haut à gauche ramène un gaz fétide sans hyperpression ; une autre faite à la base ramène un liquide purulent fétide. Ce liquide purulent ne
contient pas de bacilles de Koch, mais de nombreux sta-
phylocoques et une flore microbienne très variée (aspect de flore putride).
L'expectoration est légèrement putride.
En raison du passé bronchitique du malade, on peut penser à un pneumothorax tuberculeux, mais il y a contre cette hypothèse la fétidité assez prononcée du gaz et du liquide ; celle-ci doit faire penser à un processus gangréneux. Il faut remarquer également que du côté opposé, il n'y a pas de signes de bacillose.
On met en œuvre la sérothérapie antigangréneuse et un traitement anti-infectieux.
Le malade meurt le 30 Mars au soir.
Autopsie
À l'ouverture du thorax, à gauche, vaste cavité pneumothoracique, à moitié pleine d’un liquide purulent très fétide ; le poumon est refoulé vers le médiastin ; pas d'adhérences.
À droite, plèvre libre, un peu de liquide citrin.
Poumon gauche. À la surface du lobe inférieur, sur son bord extrême, on voit une belle perforation arrondie ayant près de 5 mm. de diamètre, et qui laisse sourdre du pus et du gaz. Cette perforation conduit dans une petite cavité sous-pleurale du volume d’une noisette à parois assez lisses.
Tout le lobe inférieur est plein de petites cavités à parois lisses, contenant un pus épais ; ces cavités ont un volume variant de celui d’un pois à celui d’une noisette ; à l'extrême base, elles sont tellement confluentes que le tissu pulmonaire a un aspect aréolaire. Il s’agit indiscutablement de dilatations bronchiques.
Le lobe supérieur est simplement atélectasié sans rien autre d’anormal.
Poumon droit. On trouve du pus dans les bronches de
gros et de moyen calibre, sans rien autre de spécial. Pas de lésions tuberculeuses nulle part.
Cœur (300 gr.) petit sans lésions. Aorte saine.
Foie (2.250 gr.). Rate (350 gr.). Reins (350 gr.) : aucune
lésion apparente.
Examen histologique
« Les divers fragments pulmonaires examinés montrent qu'il s’agit de dilatations bronchiques confluentes, dont la paroi limitée par un épithélium cubique est très riche en vaisseaux sanguins. Entre celles-ci, on voit un tissu scléreux riche en néoformations à épithélium cubique. Sur un des fragments, on a un aspect de pneumonie gangréneuse. I]
L Po? 4 Gi n'a pas été rencontré de formation tuberculeuse ».
REFLEXIONS
L'histoire clinique de ce malade est assez particulière et rien ne permettait cliniquement de porter le diagnostic de dilatation des bronches; depuis six ans environ, il tousse et crache assez abondamment sans jamais avoir présenté de phénomènes aigus jusqu’alors. Brusquement apparaissent des signes de pyopneumothorax gauche putride avec fétidité de l’haleine et de l’expectoration, aboutissant à la mort en huit jours.
L’autopsie décela des bronchectasies multiples du lobe inférieur gauche sous forme de cavités de petites dimensions remplies de pus: l’une d'elles, sous-pleurale, s’était perforée et avait entraîné la formation du pyopneumothorax. Il n'y avait aucune formation tu-
berculeuse et le poumon opposé ne présentait qu’un peu de pus dans les bronches de moyen calibre sans aujres lésions.
L'étiologie de cette dilatation des bronches reste absolument indéterminée.