A) FORMES LATENTES
Nous faisons rentrer dans cette catégorie tous les cas dans lesquels la symptomatologie est réduite ou même tout à fait minime, jusqu à l'apparition d’une complication telle que pneumothorax, gangrène pulmonaire, pleurésie purulente….
La dilatation des bronches est alors une trouvaille d’autopsie, si le malade est emmené par une affection intercurrente. Si une complication de la maladie sur-
bee
vient, le diagnostic de l’affection causale n'est en général pas fait et c’est encore l'examen anatomique qui, en cas de décès, permettra de dire qu'il s’agit de dilatation des bronches.
Piltz de Magdebourg soupçonnait déjà ces formes latentes, et Comby signale leur existence chez l’enfant. Poulain (Société Anatomique, 1899) en apporte une cbservation très probante dont voici le résumé
K..., 38 ans, sans passé pulmonaire antérieur, présente une vomique trois jours avant son entrée à l'hôpital; sur l’image radioscopique (bande obscure au niveau de la scissure droite), on décide une intervention. Le malade meurt et ce n'est qu à l’autopsie qu'on découvre une plèvre épaissie avec des bronchectasies du volume d’une noix et même
d'une mandarine sans lésions tuberculeuses.
L'observation de Letulle est encore plus caracté-
ristique :
Homme de 21 ans venu à l'hôpital pour un syndrome pseudo-tétanique dû à l’intoxication par la strychnine. Mort le même jour dans le coma.
À l’autopsie : bronchioles dilatées au niveau du lobe inférieur du poumon droit; broncho-pneumonie chronique du lobe moyen dans lequel existe une dilatation bronchique du volume d’une noisette à paroi lisse et brillante; lobe supérieur anthracosique. Pas de traces de tuberculose. Au poumon gauche, lésions de pneumonie récente. L'examen histologique confirme le diagnostic de bronchectasies et montre des lésions que l’auteur rattache à la syphilis.
Une enquête familiale faite ensuite apprend que ce malade aurait toussé pendant quelques semaines, et aurait
maigri, tous symptômes qui l’auraient fait considérer com-
me tuberculeux; mais il ne présenta jamais d'affection pulmonaire aiguë l’obligeant à garder le lit, et n'eut jamais
d'hémoptysies.
Dans notre statistique, nous avons trois exemples de ces formes complètement latentes, et qui se sont révélées par une complication brusque; dans les trois cas, le diagnostic ne put être porté cliniquement, mais fut fait seulement à l’autopsie. (Obs. XV, XX, XXIV).
Le malade de l'observation XXIV se présente à nous avec tous les symptômes d’une gangrène pulmonaire aiguë rapidement mortelle. Il ne présente absolument aucun passé pulmonaire, et ce n’est que quinze jours avant son entrée à l'hôpital, un mois avant sa mort, qu il ressent quelques douleurs thoraciques et se met à tousser et à cracher. L'’autopsie seule montre que cet accès gangréneux est greffé sur des bronchectasies qui, d’après leur aspect, sont manifestement de date plus ancienne.
ÏÎl en est de même du jeune malade de l’observation XX, qui entre à l'hôpital avec toute la symptomatologie d’un pneumothorax aigu rapidement mortel. Il toussait cependant depuis 5 ou 6 ans, mais cette bronchite ne semble pas l’avoir inquiété outre mesure, et le pyopneumothorax paraît avoir été le premier épisode sérieux de la dilatation des bronches constatée à l’autopsie.
Quant au malade de l'observation XVI, il entre à l'hôpital avec le tableau symptomatique d’un pyopneumothorax gauche putride ; son passé pulmonaire ue remonte guère qu à un an : là encore, c’est l'au-
topsie qui fait découvrir les dilatations bronchiques causales.
Lorsqu'on compulse les observations de dilatation des bronches, on trouve souvent signalées des poussées de pleurite sèche ou des pleurésies avec épanchement dans le passé du malade. Nous avons vu dans un chapitre précédent que ces pleurésies pouvaient constituer des facteurs étiologiques de bronchectasies, en raison de la sclérose pleuro-pulmonaire rétractile qu’elles entraînent. Mais on peut également observer des épanchements pleuraux qui constituent une complication de la dilatation des bronches. Ceuxci peuvent évidemment survenir chez des sujets où le diagnostic de la maladie causale est porté ou du moins soupçonné (obs. XVIII), mais la pleurésie purulente peut aussi constituer le premier symptôme d’une dila- tation des bronches méconnue, chez des malades n'ayant aucun passé pulmonaire.
Sergent et Bordet (Sté Méd. des Hôp. de Paris, 27 mai 1927), ont rapporté plusieurs cas de ce genre.
Enfin il est une variété de pleurésie au cours de laquelle il faudrait penser plus spécialement à la dilatation des bronches : c’est la pleurésie médiastine. Rist, Jacob et Trocmé ont rapporté plusieurs observations de ce genre, ainsi que d'autres auteurs Sergent et Bordet, Tapie. Il résulterait de leurs constatations que certaines ( images en équerre » attribuées à la pleurésie médiastine postérieure, seraient dues, en réalité, à des bronchectasies siégeant à la partie interne et postéro- inférieure du poumon, bronchectasies que l'injection du lipiodol permet de bien
mettre en évidence.