Meursius, Lect. attic., IT
4. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités, vo Decumae.
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redevance perçue en nature sur certains fonds de l'ager publicus, ou sur certains fonds provinciaux. Au premier cas la quotité en était fixée au dixième du revenu brut pour le blé, au cinquième pour les autres fruits. Au regard des fonds provinciaux, cette quotité était du dixième en Asie, en Sicile, en Afrique ; du vingtième seulement en Espagne. Province romaine, la Gaule connut aussi la dîime : nous avons sur ce point le témoignage d'Hygin *.
Nous ne rechercherons pas ici les destinées de la dîme en tant que redevance civile; nous nous bornerons à constater qu'elle disparut rapidement pour faire place partout à un système d'impôts plus perfectionné. Dans l'Eglise chrétienne, au contraire, la dime, issue des traditions juives, hébraïques et sémiliques, devait avoir une tout autre fortune, encore qu'elle ne paraisse pas avoir eu pendant les premiers siècles l'importance qu'elle prit par la suite, ni même s'être nettement distinguée des offrandes et des dons volontaires. « Les premiers chrétiens, — dit Thomassin?, — offrirent à l'Eglise les prémices, les dîimes, les oblations, et les fonds mêmes de ieurs héritages. Tout cela était certainement compris dans la vente qu'ils faisaient de leurs terres pour en distribuer le prix aux apôtres. Qui donne tout, donne sans doute plus que les prémices et les dimes. Et si, dans cette première ferveur de
4. V. Paul Viollet, Hist. des institulions politiques et administralives de la France, p. 85.
2. Thomassin, Anc. et nouv. discipline de l'Eglise, INT° partie, LLch 7, 9 E6"
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l'Eglise naissante, les uns donnaient absolument tous leurs héritages, on ne peut pas douter que les autres ne donnassent encore quelque chose de plus que les dimes et les prémices. » Durant les deux premiers siècles de l’ère chrétienne, les Pères de l'Eglise semblent s’en être tenus à cette maxime desaint Paul que les ministres de l'autel doivent vivre de l'autel: Ita et Dominus ordinavit is, qui Evangelium annunhant, de Evangelio vivere. Seul, saint Cyprien nous parle des dimes pour nous dire que le commun des fidèles s’acquittait du devoir de les payer, et que les ministres du culte en jouissaient comme jadis les lévites; mais il se plaint amèrement ailleurs de ce que les fidèles, au lieu de vendre leurs héritages et d'en distribuer le prix aux pauvres comme jadis, donnent à peine maintenant la dime de leurs revenus *.
Avec le 1u° siècle et le règne de l’empereur Constantin, un changement profond s'opère dans la situation temporelle de l’Eglise. Proscrite et persécutée jusque-là, celle-ci voit soudain refluer vers elle les grâces et les faveurs; elle peut dorénavant, suivant la loi civile, posséder des immeubles; empereurs et fidèles la comblent de richesses. Presque aussitôt, et par contre-coup, il se produit dans la discipline un relâchement qui va provoquer les gémissements des Pères de l'Eglise des nr° et 1v° siècles. Selon saint Jérôme ?, les clercs doivent vivre des dîimes et des
4. Thomassin, id., IT° partie, Liv. I, ch. 1, $ 12 et 3. 2, Thomassin, op. cil., ch. 1v, $ 2,
offrandes, ils doivent mépriser et répudier tous Îles bienstemporels. Saint Augustin d'autre part, malgré son désintéressement, enseigne que les fidèles ont le devoir de payer les dîimes, que le clergé a le droit de les exiger; maisil ajoute que le silence et la modestie sont des instances plus pressantes que toutce qu'on saurait dire ‘. Ces exhortations cependant restent vaines, et par la constitution d’un patrimoine temporel de l'Eglise, la seconde grande source des revenus ecclésiastiques est créée. Ces deux sources, dîimes et biens fonds, vont grandir et se développer parallèlement, mais avec une fortune bien différente selon les temps. Tandis que les biens d'Eglise atteignent rapidement une importance qui ne tardera pas à effrayer les princes et à exciter leurs convoitises, la dime conserve encore longtemps une existence effacée. Elle s'étend, il est vrai, à travers l'ancien monde romain en même temps que l'Eglise ellemême dont elle suit tous les progrès; mais aucun document important n’en traduira l’existence avant le vi° siècle. C’est qu’en effet l'Eglise, bien que devenue institution officielle dans l'empire romain, n'était pas encore arrivée à faire sanctionner par le pouvoir civil l'obligation de payer la dîime. L'empire n'avait fait que fonder son patrimoine immobilier : dans la fiscalité impériale il n’y avait pas place pour un impôt du culte à côté des impôts de l'Etat. La dîme en tant que redevance obligatoire suppose en outre une abdication ou du moins un effacement
1, Sur le psaume cxLvi. — Thomassin, id., ch, 1v, $ 5.
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de l'Etat devant l'Eglise : pareille idée était incompatible avec celle de centralisation et d'administration perfectionnée telle que l'empire la concevait et la réalisait; il faudra les temps troublés et anarchiques des siècles qui vont suivre pour que l'Eglise puisse enfin parvenir à asseoir solidement à ce point sa puissance temporelle. Enfin, remarquons-le, l'empire romain, chrétien de fait, était resté jusqu’à la fin une société païenne de mœurs, ou tout au moins purement laïque, purement civile par ses institutions.
$S 2. — Période mérovingienne et carlovingienne.
Avec la chute de l'empire romain, la situation générale de l'Eglise se modifia de nouveau : des circonstances exceptionnelles allaient pendant plus de huit siècles puissamment aider celle-ci à asseoir sa puissance temporelle. Lorsque, par une heureuse politique, une alliance eut été conclue entre l'Eglise etles Francs, celle ci transmit sans difficulté à ceuxlà le pouvoir que de fait elle exerçait. Comme prix de cette alliance, l'Eglise, déjà si riche des biens que lui avait valus son ascendant sur les barbares des siècles précédents, reçut des rois francs des richesses de toutes sortes, qui pourtant ne lui suffirent pas. Dès cette époque, en effet, l'Eglise se proposa d’atteindre un autre but : celui d'établir définitivement la dime comme redevance obligatoire à son profit. Tirant merveilleusement parti des circonstances, « le clergé se mit à l’œuvre et travailla sans relâche
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à changer les antiques oblations volontaires en un impôt garanti, non pas seulement par les terreurs religieuses, mais encore par le glaive des puissances temporelles *. »
Ce but, toutefois, ne devait être atteint qu'au vu siècle. Les difficultés étaient immenses : aussi l'Eglise ne fit-elle entendre d’abord que de simples exhortations. A la suite du synode de Tours, en 567, l'évêque Euphronius et trois autres prélats adressèrent aux fidèles une lettre pastorale dans laquelle ils leur annonçaient que le jugement de Dieu était proche et leur indiquaient le paiement de la dime comme moyen d'obtenir la rémission de leurs péchés. « Il faut disaient-ils, imiter sinon les Israélites pour qui la dîime était d'obligation, mais du moins Abraham qui la donnait à Melchisédech par le seul effet de sa piété ?. »
Cet appel.ne fut sans doute pas entendu, car, dixhuit ans plus tard, le concile de Mâcon, tenu en 585 sous la présidence de Priscus, archevèque de Lyon, ne se borne plus à exhorter; il ordonne *. Les évêques réunis proclament un autre principe, à savoir que la dîime est due de droit divin, qu’elle a toujours élé payée dans l'Eglise, qu'elle est due pour l’entretien des ministres du culte, et que tout ce qui reste après un entretien modeste et frugal est destiné aux