‹ La Dime Ecclésiastique en FranceChapitre 37 sur 93 · PA ONE · texte numérisé non relu

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élit souvent prépondérante ; ils payaient la dime, il est vrai, du moins ceux d’entre eux qui étaient propriétaires ruraux, mais la plupart n'étaient pas dans ce cas, ou, s'ils avaient des terres, ne les exploitaient pas eux-mêmes et n'étaient guère en mesuré de connaitre la dime. En lisant les cahiers de bailliages, on voit de fréquents exemples du peu de compte dont il fut tenu des demandes de paroisses dans la rédaction du cahier général; ainsi le cahier du tiers de Toul contient le regret « que le peu d’étendue des cahiers et la multitude des objets ne permettent pas d'exposer en détail la situation malheureuse des campagnards ».

Au contraire, les cahiers de paroisses furent faits directement par les paysans, ou sous leur dictée. C'est ce qui en fait pour nous l'intérêt.

Toutefois, il ne convient pas de rejeter absolument ceux des baïlliages : D'un côté, ils nous donnent les sentiments de la noblesse et du clergé sur la dime, sentiment qu'il ne nous. est pas inutile de connaître. De l’autre, en ce qui concerne le tiers état, il est au moins un cahier de bailliage qui mérite d'attirer notre attention : c’est celui du bailliage de Nemours, à cause de la personnalité de son auteur dont nous avons déjà eu l'occasion de constater l'avis sur la dime.

Vœux de la noblesse sur la dime. — Il semble que la noblesse, en raison même de ses intérêts immédiats, eùt dû demander la suppression de la dime ecclésiastique. D'abord, elle y était elle-même soumise, et l'ardeur avec laquelle elle chercha toujours à y échapper pourrait expliquer de sa part un grand désir de la voir disparaitre; d’un autre côté le paiement de la dime ecclésiastique ne pouvait que nuire à l'acquittement des droits dont la noblesse était litulaire, et spécialement de la dime inféodée, contre laquelle le mécontentement était grand, surtout dans les régions où ces deux dimes étaient simultanément payées. Effectivement, dans quelques bailliages, ce furent les seules considérations des

nobles : ceux du Boulonnais traitèrent la dime de « terrible imposition, sangsue accablante » (!); ceux du Velay en demandèrent l’abolition, sous l'offre de payer aux curés et vicaires les sommes nécessaires à leur entretien (?); ceux du Vermandoiïs se prononcèrent pour le rachat (*); ceux de Ja sénéchaussée de Ponthieu pour un remboursement par les propriétaires des héritages (‘); d’autres, comme à Caen f), firent leur principal grief des procès qu'entrainait la dime.

Mais ce ne fut que la minorité de la noblesse qui se prononça pour une mesure aussi radicale. I était, en réalité, plus habile pour elle de se montrer moins rigoureuse à l'égard de Ja dime : elle pouvait craindre que l'abolition de la dime ecclésiastique n'entraivât celle de la dîme inféodée, et, après elle, des droits féodaux similaires en tête desquels était le champart. On n’était alors que dans les premiers mois de 1789, et rien ne pouvait faire prévoir la rapidité avec laquelle se précipiteraient les événements; pour le moment il semblait plus politique de souhaiter le maintien de la dime, son amélioration, et de s'apitoyer sur le sort des curés en demandant pour eux une augmentation de portion congrue. C’est ce que firent les nobles du Quesnoy (f), de Reims (‘), de Montfort l'Amaury (#), d'Orléans (*), de Riom (1), Rodez (1), Trévoux ("*), Vitry-le-François (#), Villefranche-de-Rouergue (‘), de Toulouse {"), et d'une manière générale ceux de

(*) Arch. parl., 17e série, L. IT, 424.

(?) Rioufol, op. cit., p. 111, Cahier de la noblesse, art. 25. (#) Arch. parl., 1re série, t. VI, 143.

(#) Thid.,t. W, 433.

(5) Ibid. LIT, 491.

(5) 1bid., 1re série, 1. V, 505.

(7) Ibid, t. V, 528.

(8).Jbid., t. IV, 42.

($) Ibid., t. V, 566.

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10) Ibid. L. V, 556.

1) Ibid., L. VI, 68.

2) Ibid. t. V1, 720.

1) Ibid, L. VI, 167.

(M) Jbid., &. VI, 34.

15) Ibid, t. VI, 256.

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la plupart des bailliages, car ce ne fut que l'exception quise montra nettement hostile à la dîme.

Vœux du clergé. — Le clergé était divisé : en haut, de gros dignitaires, riches bénéficiers et décimateurs ; en bas, des curés et surtout des curés de campagne. Les uns avaient tendance à se rapprocher de la noblesse ; les autres, pauvres, rêvaient de former une classe à part. Entre ces deux clergés, lutte sourde et cachée parfois ;-souvent lutte ouverte, et, dans tous les cas, intérêts opposés : dans chaque bailliage, le cahier diffère selon que l'influence de l’un et de l’autre est restée maîtresse. Le plus souvent, les curés l’'emportèrent : presque tous les cahiers demandent que la dime soit ramenée à sa destination primilive, que les portions congrues soient notablement augmentées : nous renvoyons aux cahiers du clergé des bailliages de Soissons (1), Verdun (?), Vermandois (*), Villers Cotterets (*), Vitry-le-François (‘), Troyes {‘), Châlonsur-Saône (7), Nevers (*), Mirecourt (*), des sénéchaussées de Saumur ("), Villeneuve de Berg (‘), Montpellier (®?), Pamiers (*), etc. Le clergé de Montreuil-sur-Mer emploie un langage très significatif (*). « Un pasteur, dit-il, est la conso- » lation de son peuple, mais sa consolation devient stérile » pour le malheureux aux prises avec l’infirmité et la misère. » Le succès de son ministère dépend de la confiance de ses » ouailles. Le peuple ne la donne pas : il faut l'acheter ».

(*) Arch. parl., 17e série, t. V, 710.

?) Jbid., t. VI, 128.

) Tbid. L NT, 137:

(+) Ibid, t. VI, 188.

5) Ibid., t. VI, 208.

$) Jbid., t. VI, 74.

1) Guillemaut, La révolulion dans le Louhannais, p. 52. $) Arch. parl., 1re série, t. IV, 246.

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13) Jbid., t. IV, 280.

14) Ibid., t. 1V, 460.

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Et il conclut en fixant le minimum de la congrue à 1.500 livres en immeubles, en portions de dimes, ou à régler sur une denrée nécessaire à la vie, sans quoi « les curés languiront » pendant douze ou quinze ans avant que d’avoir un supplé- » ment».

Le vœu du clergé est aussi de voir disparaître les odieux procès auxquels la dime donne lieu. Sur ce point d’ailleurs, tout le monde est d'accord, et c'est une preuve de la haine populaire pour la procédure : « Il serait à désirer, disent les » curés du Puy (‘) qu'on fixât si clairement le sens du mot » dime qu'il ne fût plus permis à l'esprit de chicane de le » dénaturer avec les distinctions subtiles et modernes de » dimes vertes, menues dimes, dîimes insolites ».

Mêmes plaintes à Reims (?), Bouzonville (*), Sens (*), Vitryle-François (5), dans le Quercy (f) et le Poitou (7).

Les curés avaient un autre motif de plainte : l’édit de mai 1768 qui leur retirait les novales; sur ce point, ils sont à peu près unanimes à demander le rétablissement de l'état de choses antérieur.

On trouve aussi, mais assez rarement, un vœu plus hardi, celui de la suppression des exemptions de dîimes; le cahier du clergé du bailliage de Sézanne le contient par exemple ($).

Enfin, il est quelques cahiers du clergé intéressants par l'énergie de leurs réclamations; Le type en est celui des curés du Dauphiné (*), les curés révolutionnaires qui avaient, depuis longtemps, formulé leurs revendications. Ils estimaient que la suppression de la dime était une mesure équitable et qu’elle devait être remplacée par un traitement fixe en argent pour les curés et vicaires. D'ailleurs, ils se déclaraient absolument

(*) Rioufol, op. cil., p. 67.

3?) Arch. parl., 1" série, it. V, 524.

(5) Ibid, t. VI, 695.

(4) Tbid:, t. V, 750.

5) 1bid., t. VI, 209.

5) Ibid. t. V, 483.

() Ibid., L. V, 391.

(S) Ibid., 1re série, t. V, 762.

Chassin, op. cil., p. 402 el suiv,

hostiles à la mainmise de la Nation sur les biens d'Eglise et ne lui reconnaissaient que le droit de réglementer la dime si on ne l’abolissait pas, mais nullement celui de la prendre. Quant aux pauvres, c'était aux gros bénéficiers, « simples distributeurs d’aumônes », à les secourir, en renonçant à leurs usurpations.

En somme, ce cahier est bien celui de tous les curés; ce qu'ils désiraient le plus ardemment, c'était non seulement une augmentation de traitement, mais aussi et surtout ce que la Constituante devait leur donner en 1790, ce qu'ils ont aujourd'hui (ou plutôt ce qu'ils avaient hier et n’ont plus) un salaire fixe et suffisant, garanti par l'Etat, qui leur eût permis d'échapper à la dépendance des gros décimateurs et d’avoir avec leurs paroissiens des rapports plus dignes et plus désintéressés.

Le Cahier du tiers état de Nemours. — Quant au tiers état, nous aurons une idée de ses doléances sur la dime en étudiant les cahiers des paroisses. Néanmoins il est un cahier général beaucoup plus important que les autres et que nous ne pouvons, pour celte raison, passer sous silence : c’est celui du bailliage de Nemours {!). C'est un document précieux où on trouve déjà toutes les idées que son auteur développera plus tard à la tribune de la Constituante. Une première partie traite des inconvénients de la dîme au point de vue économique et agricole, une seconde de l'abolition nécéssaire de cette charge et de son remplacement. Sur le premier point, nous nous sommes précédemment expliqué; sur le second, nous savons pourquoi Dupont ne demande pas brutalement la suppression. Mais il est impossible de se méprendre sur sa pensée : il insinue que cette suppression est la seule mesure convenable ; il ne formule pas de vœu caractérisé, il donne des conseils; mais cela revient au même. Le culte profite à tous, c'est un service public; il doit donc être payé par tous,

()} Arch. part,, 1e série, t: IV, 192.

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