‹ La dîme, la corvée et le jougChapitre 10 sur 28 · I ' - ■ . 1 1 1 1 , „ I III · texte numérisé non relu

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puisses porter toutes ces 'choses, parce que le lieu que TÉternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom sera trop loin de toi, quand rÉternel, ton Dieu, t'aura béni,

ce Alors, tu les convertiras en argent, et tu serreras l'argent, et rayant pris en ta main, tu iras au lieu que T Éternel, ton Dieu, aura choisi.

« Et tu emploieras l'argent dans toul ce que tu souhaiteras^ soit gros ou menu bétail^ soit vin ou cervoise, et en toute autre chose que tu désireras, et tu le mangeras en la présence de l'Éternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta famille.

« Tu n'abandonneras point le Lévite qui est dans tes portes, parce qu'il n'a point de portion, ni d'héritage avec toi.

ce Au bout de trois ans, tu tireras toutes les dîmes de ton rapport de cette année-là, et tu les mettras dans tes portes.

a Alors le Lévite, qui n'a point de portion

qu'est-ce que la dIme dans l'ancien testament? 7

DÎ d'héritage avec toi, et rétranger, la veuve et Torphelin, qui sont dans tes portes, viendront et ils mangeront, et ils seront rassasiés, afin que TÉternel, ton Dieu, te bénisse dans l'ouvrage de ta main auquel tu t'applique-»

ras (1). »

La dime était donc une charge énorme* On aurait tort de le dissimuler. Il vaut mieux lui laisser toute son importance et tâcher de l'expliquer.

Si les superstitions avaient grandi, comme on Taffirme, à la suite d'intrigues et de complots dirigés contre le peuple, l'esprit religieux n'aurait jamais pris le caractère que lui donne la loi mosaïque.

Ces Juifs de la première époque se montrent souvent rebelles; la Bible dit qu'ils avaient « la tète dure > et qu'ils étaient ingouvernables ; comment admettre alors qu'ils

(1) D«tttéroBOin«i chap. XIV, t. 22 «t sviy.

8 LA d!me, la corvée et le joug.

aient accepté, de bon gré, sans se plaindre et même avec un certain enthousiasme, l'obligation de nourrir et d'entretenir une de leurs tribus, l'impôt qui leur enlevait lé dixième de tous leurs revenus, sans compter les prémices ni les sacrifices ordinaires? La loi prévoit en outre les dons de pure générosité; le législateur en détermine les cas et les conditions.

Franchement, il est impossible d'expliquer cette prodigalité chez les Juifs par des raisons naturelles; c'est donc qu'ils obéissaient à une loi plus haute et plus impérieuse.

«Ezéchias, dit encore la Bible, ordonna au peuple, savoir, aux habitants de Jérusalem, de donner la portion des sacrificateurs et des Lévites, afin qu'ils prissent courage pour faire ce que la loi de l'Eternel commande.

a Et aussitôt que la chose fut publiée, les enfants d'Israël apportèrent en abondance les prémices du froment, du vin, de l'huile, du miel et de tout ce que rapportent les champs ;

qu'est-ce que la dIme dans l'ancien testament ? 9

ils apportèrent les dîmes de tout en abondance.

« Et les enfants d'Israël et de Juda^ qui habitaient dans les villes de Juda, apportèrent aussi les dîmes du menu et du gros bétail, 'et les dîmes des choses saintes qui étaient consacrées à rÉternel, leur Dieu, et ils les mirent par monceaux (1). »

De Moïse à Jésus-Christ, on remarque chez les Hébreux un sentiment profond qu'on ne rencontre plus actuellement nulle part, et qui explique à lui seul toutes les anomalies de ce peuple. Ce sentiment, c'est Tespérance. Dans les derniers temps qui précèdent le Messie, elle est bien mal placée, il est vrai ; mais elle demeure vive, active et agissante ; elle soutient les Juifs jusque dans la lutte suprême où la nation doit rester écrasée sous les ruines du temple.

(1) Chroniques^ chap. XXI.

iO Ik DtME, LA GOEYÉB ST LS iOU».

Quand on espère, on se soumet plus volontiers; la contrainte n'est plus qu'une épreuve dont on prévoit le terme ; on la supporte sans se plaindre. Pour le bonheur qu'on attend, on entreprend cent fois plus que pour celui que l'on possède. On nous trouverait moins souvent sceptiques et raisonneurs sj Ton parvenait à nous intéresser à l'avenir.

Mais, à présent, on n'ose plus parler du ciel ; tout se borne à le laisser ouvert. Y regarde qui veut, y montera qui pourra; en attendant, on le compte pour rien.

Les Juifs se considéraient comme dépositaires de promesses divines ; ils en attendaient l'accomplissement ; tout dans l'existence convergeait vers ce but. Qu'on ne s'étonne pas s'ils y sacrifiaient leurs passions : la loi qui leur annonçait le Messie l'exigeait. Puisqu'ils ne voulaient pas renoncer à leurs destinées, ils étaient bien forcés de l'accepter sans condition.

Qn'£ST-GE QUE LA fiÎMS DANS L' ANCIEN TESTAMENT? Il

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Il faut encore remarquer, à propos de la dlme, qu'elle n'çst pas un don gratuit; c'est la part d'héritage des Lévites et, de plus, c'est le prix de leurs services.

« Pour ce qui est des enfants de Lévi, dit le Seigneur, je leur ai donné pour héritage toutes les dîmes d'Israël, pour le service auquel ils sont employés, qui est le service du tabernacle. J'ai donné pour héritage aux Lévites les dîmes des enfants d'Israël qu ils offriront à l'Éternel en offrande élevée; c'est pourquoi j'ai dit d'eux qu'ils n'auront point d^héritage parmi les enfants d'Israël. »

Ainsi donc, les fonctions du sacerdoce ont un caractère national. Le culte public est rendu à Dieu au nom du peuple. Les Hébreux se sont partagé les terres qui revenaient aux enfants de Lévi ; ils sont redevables envers eux ; 4'autre part, les prêtres sont à la charge du peuple et reçoivent de lui leur subsistance. Toutes les tribus sont ainsi solidaires

dans les affaires temporelles et celles de la religion. La synagogue et la nation se réunissent pour former un État solide et complet, répondant à tous les besoins du peuple, et prenant le même soin dé ses aspirations vers l'autre monde que de ses intérêts matériels.

Il y a loin de là à nos théories séparatistes.

C'est que le législateur des Hébreux traitait les hommes pour ce qu'ils sont et ne les soumettait pas à des théories aveugles.

Il y a deux ordres de choses bien distincts dans l'homme; d'une part, il est soumis aux lois de la nature matérielle et organiquoi; d'autre part, il appartient au monde des esprits; il en a les privilèges; il en cherche le bonheur. La société n'est pas seulement faite pour le corps, elle doit s'occuper de Tàme, il le faut ; c'est la partie la plus noble de nous-mêmes.

Enfin, les prêtres devaient eux-mêmes la dîme des dîmes. Car si les fonctions sacerdo-

qu'est-ce que Là StME DANS l'ANGIEN TESTAMENT? 43

taies élèvent rhomme au-dessus du vulgaire, par sa nature il reste soumis à la loi commune. Qu'il ne se considère jamais comme supérieur aux autres; qu'il s abaisse autant que possible pour se confondre dans Tordre général; sa dignité nest quune délégation; son ministère ne change rien en lui ; il est redevable de tout à Dieu, comme le dernier des enfants du peuple ; sa destinée est dans l'autre monde comme la nôtre, et c'est par là que se rétablit d'une manière effective l'égalité des hommes devant Dieu.

14 Ik DilÉEy Lk CORViS BT LE IOU««

LBS DEVOIRS OU CfiRÉTIfiN EM UATIÈRB d'iMPÔTS,

ËQ matière d'impôts la pratique a toujours raison des théories, le dernier mot reste à la force; à ce point de vue la question est des plus simples. Payez ce qu'on vous demande régulièrement et jusqu'à voire dernier sou; autrement vous auriez tort ; la contrainte vous ramènerait promptement, et à votre grand désavantage, à cette invariable maxime. Les finances et les armées ont la même discipline ;

LBS DEVOIRS SU CBRÉTIEM £N MATIÉRB D'iMPÔTA. 15

OU n'y admet que rarement les réclamations, et auparavant toute dette doit être ac* quittée.

Les impôts sont une pension que les sujets paient à l'Etat. Tout gouvernement entraine des dépenses. Quiconque y est soumis est dans le cas d^en recevoir des avantages ; il est juste qu'il en supporte les charges. La répartition doit en être équitable. Le fruit ne peut en être employé que pour des entreprises honnêtes; la morale catholique y met ces conditions; mais en général celui qui paie u'a pas à s'en inquiéter.

Les protestations n'aboutiraient à rien, et les séditions dépassent toujours leur but légitime et le droit. Par contre, les sujets sont tenus en justice de payer les impôts directs et indirects, suivant les lois promulguées par l'autorité compétente. Tels sont les principes de la morale catholique.

La dime remplaçait la partie de l'impôt af*>

46 LA DlMSy LA GORYÉB ET LE JOUG.

fectée au budget des cultes. Elle comptait «n outre pour une pari importante dans les revenus de TEtat.

Nous voici donc en face du pouvoir religieux et du pouvoir civil ; nous avons devant nous la nécessité d'entretenir le clergé, la loi civile, la coutume et une répartition proportionnelle aux biens de la terre. Il faudrait être bien difficile pour exiger des raisons plus décisives.

Les catholiques forment entre eux une société ; on rappelle TEglise ; ils sont tous appelés à profiter des avantages de la religion ; ils doivent tous concourir dans la mesure de leurs ressources à payer les frais de ce gouvernement et ils doivent une pension à l'Etat religieux dont ils font partie.

Les premiers chrétiens couraient au-devant de ces obligations ; ils n'attendaient pas la loi ; leurs biens étaient en commun. Les fidèles des siècles suivants ne montrèrent pas la même

LES DEVOIRS DU GHRÉTDSN EN MATIÂRE d'iMPÔTS. 17

ardeur; on dut leur rappeler leur devoir.

L'Eglise employa d'abord les conseils et les exhortations ; puis elle renouvela les prescriptions de Tancienne loi.

Jusqu'à quel point, de sa propre initiative et en vertu de son autorité, les remit-elle en vigueur, il serait difficile de le déterminer, mais la question de fait est clairement éta* blie.

Avec le temps et les nécessités de la civilisation, la vie religieuse s'est intimement mêlée à la vie politique ; les deux pouvoirs peuvent se prêter un mutuel appui ; les gouvernements temporels prennent actuellement sur eux le soin des intérêts matériels de TE* glise.

Gharlemagne rétablit la dîme. Dans ses Capitulaires, il en fait une loi de l'empire. D'autre part^ les paroisses obtinrent d'importantes concessions de terres; les monastères furent le centre d'immenses propriétés. Les

18 lA DtHI, LA GORVÉB ST LB lOUG.

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évoques, inYestis du pouvoir temporel en môme temps que du gouvernement des âmes, recevaient les titres de seigneurs» comtes, ducs ou princes.

Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu« Impossible d'éluder la compétence de Tautorité spirituelle unie au pouvoir temporel et de contester rbonnéteté de la dime ; en conscience, il fallait donc s'y soumettre et la payer.

Il importe de bien établir ce droit. Entretenir le clergé avec les deniers du peuple, subvenir aux exigences du gouvernement spirituel à prix d'argent, c'est chose juste et qui s^impose.

Dans le partage de la Judée, la tribu de Lévi n'avait point de terres. La raison sociale qui avait amené cette exception subsiste à toutes les époques. On a défini l'homme un animal religieux ; ce dernier caractère s^est toujours hautement affirmé; l'avenir réser-

LES DETOIRS STJ GHBÉTIEN KN MATIÈRE d'IMpAts. 19

vait au progrès la honte de le faire passer pour un état d'imperfection.

En attendant que Ton admette la frater** fiité des hommes et des singes, il importe do prendre l'humanité pour ce qu'elle est et d'admettre sa prétention à se rattacher à Dieu. Le genre humain veut adorer quelque chose; les peuples vivent de religion; les cérémonies d'un culte extérieur tiennent une place immense dans Torganisation sociale.

Qu'on en juge par la foule qui remplit les églises, les temples, les mosquées et tous les édifices consacrés aux difiérents cultes.

Ce fait est constant; il remplit les annales de l'histoire.

Les patriarches offraient des sacrifices; les païens, ayant perdu la connaissance du vrai Dieu, en inventèrent; les Grecs, plus consé- . quents avec la raison, mais ne pouvant découvrir l'Infini, adorèrent rinconnu ; les Romains s'approprièrent tout ce qu'ils reconnurent de

20 LA jAm, LA CORVÉE BT LE JOUG.

]x)n dans les mœurs de leurs rivaux, et ils n'eurent garde d'oublier les religions; les prêtres, partout, forment une caste à part.

<c La première pratique de l'Eglise a été d'opposer sa hiérarchie à celle du sacerdoce païen, c'est-à-dire d'établir. des patriarches, des évoques là où il y avait des pontifes et des flamines. C'est ce qui résulte du témoignage de saint Clément, pape, disciple de saint Pierre (1). »

L'organisation païenne est assez peu connue. On sait cependant que les fonctions du culte étaient attribuées par le pouvoir civil exclusivement à une classe privilégiée. Le même personnage cumulait les charges civiles ou militaires avec les fonctions sacrées; il est vraisemblable que la hiérarchie religieuse suivait l'organisation civile.

En Orient, les grandes provinces se subdi-

(1) Vorrepiepre, Encyclopédie,

LES DETCtBS DU CHRÉTIEN EN MATliRE B'iIIPÔTS. U

visaient en diocèses. L'église a gardé cette classification primitive avec sa nomenclature. G)nstantin avait groupé les cités par provinces et celles-ci en diocèses civils, devenus ainsi plus grands que les diocèses ecclésiastiques. L'administration spirituelle se con* forma à cet état de choses en établissant des évèques dans les cités, des métropolitains pour chaque subdivision territoriale et un primat dans les nouveaux diocèses civils* C'est dans le tableau des provinces de Tempire romain que Ton reconnaît les bases de l'organisation ecclésiastique.

On n'a pas encore trouvé le moyen de ramener les prêtres à l'égalité; quand on essaie de les vulgariser, tout le monde y perd, eux les premiers et l'humanité plus qu'eux! Il leur faut un rang à part; la société doit le leur donner ; de quels droits ne paierait-elle pas leurs services ?

Aux Gallo-Romains succédèrent les Francs.

fi LA DtHB, LA CORVÉE ET LE JOm.

Ils portaient en eux l'avenir d'une grande nation. En expulsant les magistrats romains, les conquérants semblent s'être peu immiscés dans Tadministration municipale; ils Tabandonnaient aux évèques. Rien n'était changé pour le peuple ; il n*y avait de moins que les juristes et les agents d*un pouvoir tyrannique. M. Henri Martin^ le plus populaire de nos historiens, a donc pu affirmer que la masse avait plus d*horreur pour l'oppression savante et systématique de l'empire que pour le ré* gim» brutal et capricieux des barbares^

Telle est, à son origine, l'intervention de l^Eglise dans les affaires temporelles^ Son rôle est celui de médiatrice; à ce titre aussi, la société lui doit bien quelque reconnais^ sance.

Pendant cette longue série d'invasions qui devait changer la face et le caractère des Gaules, « l'Eglise restait debout, seul asile de la liberté et de la dignité humaines. Elle

LES BEYOIRS DU GHR<TI£lf XN MÀTliRE DÉPÔTS. t3

seule mettait quelque frein à Tinjustice et à la tyrannie, initigeait la pauvreté accablante dn peuple, encourageait l'agriculture dans ses domaines, maintenait dans son sein le souve* nir et la pratique de l'élection populaire, et assurait, dans la personne de ses évèques, des défenseurs aux cités abandonnées ou rançonnées par leurs magistrats. Mais son influence, bien loin d'être prépondérante, ne luttait qu'imparfaitement contre la décomposition universelle, et ne suffisait point à enfanter les vertus civiques étouffées avec les cités libres BOUS le despotisme. Dans l'ordre civile quatre siècles de domination romaine avaient 'suffi pour faire disparaître en Oaule toute force et tout droit en môme temps que toute indépen* dance nationale et personnelle (1). »

Dans l'ordre social, les invasions faisaient rétrograder l'humanité de plusieurs siècles.

L'Europe entière devenait barbare.

(1) Aizog, Histoire de CEglise,

U LÀ lAii%, IX GORTÉE ET LE JOUG.

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On sut apprécier Taction civilisatrice de l'Eglise; les communes et les provinces lui abandonnèrent volontiers leurs intérêts. La religion de Jésus-Christ, confiée aux évoques, aux moines et aux prêtres, grandissait pour le bonheur des peuples.

Pouvait-on s'en tenir aux usages de TEglise primitive ou faire revivre ses coutumes ? Assurément non. Autres temps, autres mœurs. Il n'y eut dans les premiers siècles de l'Eglise rien de déterminé dans l'entretien du clergé. Beaucoup d'ecclésiastiques, à l'exemple de l'apôtre saint Paul, exerçaient un métier et vivaient du travail de leurs mains. Le plus souvent, les fidèles, en retour des soins spirituels dont ils étaient l'objet, pourvoyaient à l'entretien des ecclésiastiques, comme les fidèles de l'Ancien Testament y subvenaient par la dîme, et conformément aux paroles du Christ et de ses apôtres. Les oflrandes que le'peuple fit d'abord en nature, les contributions du dimanche et

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du mois, servaient aussi en partie à l'entretien du clergé, de telle sorte que les ecclésiastiques n'eurent plus à s'occuper de travaux qui les auraient distraits ou dérangés de leurs fonctions spirituelles. On voit même de temps à autre )es travaux de ce genre positivement interdits*

Les peuples ne considérèrent jamais les fonctions sacerdotales conmie un emploi mer^ cenaire ; cette manière de voir est de notre temps, et donne la mesure de nos lumières. On ne méprise pas impunément ce qui tient à notre nature ; elle ne tarde pas à s'en venger ; nous avons voulu lui fermer le ciel ; elle s'identifie avec la terre; nous lui avons fait une honte des prêtres, elle recherche les comédiens, et ses préférences dans ce genre ne l'honorent point..

Il n'y avait' pas autrefois de pouvoir sans prestige ; on y attachait des honneurs et des distinctions. Le peuple en demandait pour ceux qu'il avait choisis comme intermédiaires entre

f 6 LA Dtm, LA CORTil TfT LE JOTO.

Dieu et rhumanité ; aujourd'hui, les élus da peuple s'attachent à la roue de la fortune, montent et redescendent à tour de rôle ; c'est toute leur vie. Les ministres d'une religion prenaient au contraire aux yeux de la foule un caractère sacré.

Et quand l'autorité royale ou impériale déléguait les évèques avec un titre de noblesse pour la représenter dans le gouvernement d'une province qu on appelait diocèse, Tévèque^ comte^ ou primat^ devenait sans aucun doute une autorité compétente pour exiger des impôts*

Il faut se soumettre aux lois^ dit TEvangile^ non seulement par crainte de châtiment ^ mais en conscience. Rendez à chacun ce qui lui est dû : les impôts à qui vous devez les impôts, la crainte à qlii vous devez la crainte, l'hontaeur à qui vous devez l'honneur.

Les anciens, que l'on se plait à traiter de haut) s'exprimaient parfois avec un bon sens

LES DEVOIRS bV GHR]|TI8N EN HÀTIÈRB D'IMPOTS. i7

que nos raisons n'arrivent pas à détrôner. Un gouvernement représenté par un empereur, un roi) un prince ou un pouvoir souverain, régit et administre la société; il a donc le droit d'exiger des subsides tant pour sa propre di* gnité que pour le bien de ses sujets.

Quiconque viole ce droit commet une injustice, car il refuse au pouvoir l'argent qui lui est nécessaire, et, de plus, il occasionne d'autres exigences. Quand un impôt ne couvre pas le montant de la somme prévue, le pouvoir est obligé de le surcharger ou d'inventer une compensation ; c'est toujours le peuple qui en souffre et particulièrement cette partie du peuple, la meilleure, la plus consciencieuse qui se fait un scrupule d'éluder la loi«

Quant à sa répartition, la dime réalisait ridée tant vantée de l'impôt sur le capital et sur le revenu.

Plus on possède, plus on doit ; moins la terre est féconde, moins on donne; la prévoyance

28 LA iAmE, la corvée et LB JOtJCr.

s'impose par là même à toutes les classes ; la disette se fait également sentir ; on n'exige pas un revenu fixe en tout temps ; on n'oblige pas le producteur à prévoir pour tous; du reste, il est avec les seigneurs et surtout avec les évèques des accommodements ; les documents historiques contiennent des chartes en faveur des pauvres et des concordats avec les ouvriers menacés de famine. Le gouvernement paternel du moyen âge n'est pas un vain mot.

En 1470, les habitants de Modane, ruinés par une grande inondation, adressèrent une supplique à leur seigneur, afin d'obtenir un délai pour solder leurs impôts. La réponse d'Amédée IX, duc de Savoie, est pleine d'une touchante sollicitude ; les termes dont il se sert font penser à la bienveillance de l'autorité paternelle et n'ont rien de commun avec la légende de la tyrannie féodale. Il leur accorde deux ans pour réparer leurs pertes ; il ordonne à ses conseillers et à tous ceux que cette déci-

LES DEVOIRS SU GHRÉTISN EN MATIÈRE B'iMPÔTS. 29

sion peut intéresser, de ne rien réclamc^r pendant deux années entières à partir de ce jour. Existe-t-il actuellement un État qui pourrait, ou seulement qui voudrait pouvoir, dans un but humanitaire, se montrer aussi généreux et faire crédit à ses sujets ?

Les impôts afifectés aux besoins des Etats ne soulèvent que des questions de forme ; on convient généralement qu'il faut s'y soumettre, et, du reste, il y aurait souvent des raisons de force majeure à opposer à toutes les objections. La conscience d'un catholique prenant pour base les lois morales de l'Evangile proclame qu'il faut se soumettre au pouvoir établi, honorer et respecter ceux qui gouvernent, et se tenir à l'écart des révolutions qui ne sont pas commandées par une impérieuse nécessité.

Ces principes de stabilité, si hautement établis, devraient concilier aux chrétiens la bienveillance de tous les pouvoirs.

Et cependant, ils no cessent à présent de

30 UL DtMB, LA CORVÉE £T LX JOUtt.

réclamer la séparation de TEglise et de l'Etat. Cette importante question sociale et celle des impôts affectés aux cultes sont intimement liées. Les clauses d'un concordat sont imprescriptibles, quand deux parties contractantes ont signé un acte qui établit entre elles un modus vivendiydes obligations et des droits. On n'y peut rien changer que d'un commun accord.

La société civile et la société religieuse en France ont défini leurs rapports en 1801 ; le budget des cultes a été stipulé sur des bases so}ides ; il s'agissait de compenser la perte des biens ecclésiastiques. L'Eglise abandonna son droit de propriété, moyennant une redevance acceptée par l'Etat; les fidèles furent ainsi relevés de la dîme, et le service des cultes fut assuré.

II ne faut pas qu'on nous rejette en arrière et qu'on oblige chaque religion à pourvoir aux besoins de ses ministres ; la constitution so-» ciale doit être basée sur des principes larges.

qu'est-ce que la Dln au HOrtN AGE? 31

admettant tous les engagements pris en bonne forme. Si on rend aux catholiques l'obligation d'entretenir et de doter leurs églises, on verra bientôt renaître les immenses propriétés qui furent l'appât des révolutionnaires.

L'esprit chrétien nourrit encore beaucoup d'enthousiasme. Qu'on ne s'y trompe pas : le christianisme se débarrasse des superstitions, mais il s'affermit sur une philosophie savante et raisonnée; c'est par là qu'il s'empare des grands cœurs, et qu il reprendra sa place à la tête du progrès.

32 Lk tltm^ LA CORVÉE ET LE JOUG.

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