INTRODUCTION. XIX
connaître et de suivre partout la vrérité, nous proposons d'étudier la dîme, la corvée et le joug comme les conséquences nécessaires d'un état social imparfait mais religieux, tendant sans cesse vers la i)erfection, la gloire et la paix.
LA DIME
qu'est-ce que la dîme dans l' ancien testament?
La première fois qu'il est question de la dîme dans TAncien Testament, c'est à Toecasion du sacrifice de Melchisédech, roi de Salem. Celui-ci, venant à la rencontre d'Abraham, le bénit et offrit le pain et le vin, parce qu'il était, dit la Genèse, prêtre du Très-Haut. « Et Abraham lui donna la dîme de tout son butin. »
Quand les savants de l'école moderne rencontrent un texte aussi ancien que celui du
2 LA dImE, la GOETiE ET LE JOUG.
livre de Moïse, ils Tinterprètent, le creusent et le rapprochent des circonstances qui peuvent l'expliquer.
. Cette méthode a le privilège de rejeter les opinions en vogue, de porter toutes les forces de l'intelligence vers l'inconnu, et de ne pas compromettre ses adhérents. Les hypothèses et les probabilités ne condui;sent jamais en champ clos ; leurs conclusions les plus hardies sont toujours présentées comme une diversion ; les peut-être et les conditionnels assurent la retraite.
Suivant ce système d'interprétation, on peut admettre que la conduite d'Abraham envers Melchisédech paraît être dictée par une coutume traditionnelle, et que la dime remonte ainsi à l'antiquité la plus reculée.
Ce qu'il y a d'extraordinaire dans le récit de Moïse, c'est que Melchisédech accomplisse alors les fonctions sacerdotales devant Abraham et que celui-ci lui reconnaisse hautement
QUW-GB Qtm lA dImE DANS I^ANGIBII TBSTAXXRT? 3
ce droit. En dehors de la nation juive et de . ses institutions, il y eut par conséquent un sacerdoce véritable, plus grand et plus élevé que celui dés patriarches.
On a dit que Melcbisédech était un titre, un nom de dignité, et que le prÂtre dont il est ici question n'était autre que Sem. Si cette opinion, conservée par de savants auteurs, n'a pas le caractère d'une certitude, il n'en reste pas moins admissible que les coutumes pa« triarcales sont pour ainsi dire Técbo d'une tradition universelle, s' affaiblissant dans le monde^ s'y perdant par degrés, mais se con« centrant sous forme de gouvernement théo* cratique dans Te^^istence du peuple hébreUé L'ancien monde n'a donc rien de commun avec les théories qui nous représentent l'hu* inanité sortant de l'état sauvage et s'élevant peu à peu vers la perfection de l'état civilisée Si les générations qui existèrent avant la vocation d'Abraham avaient des coutumes re-
LA BÎSCEy LA GOATÉE ET LE JOUG.
ligieuses, un sacerdoce et des prêtres, il serait plus juste de les représenter occupées du ciel et de Dieu que de les assimiler aux singes des forêts.
Notre époque, au contraire, borne sa pensée au monde visible ; les révolutions en sont la cause ; tout change avec elles ; le mouvement qui emporte les institutions fondamentales déracine aussi les principes et les convictions.
Il n'en était pas ainsi à l'origine de Thumanité. Le Très-Haut apparaissait comme l'auteur et la fin de tout ce qui existe ; les hommes réglaient leurs coutumes d'après leur foi. Le droit primitif, autrement dit la loi naturelle, a son origine en Dieu et sonbut vers la vie future ; TÊtre suprême et son culte n'ont été qu'une parodie de la jvérité. C'est de la nature et de Dieu que les lois tiennent leur existence.
Les origines de la dime remontent ainsi
QU'ZST-GE QUE LA BtllE DANS L'ANGIEN TESTAMENT? t^
jusqu'aux premiers âges de rhumanité. 11 serait difficile de rechercher ce qu'elle était alors. Ce n'est que plus tard et sous la loi écrite qu'elle prend une forme déterminée.
Lors du partage de la Judée, la tribu de Léviy destinée au service du temple, n'eut pas de terres ; le législateur ne voulait pas que les prêtres fussent distraits de leurs fonctions augustes par les soucis de la vie matérielle; il les mit à la charge de la nation.
« Tu ne manqueras point, dit la loi de Moïse, de donner la dlme de tout le rapport de ce que tu auras semé, qui sortira de ton champ chaque année.
<K Tu mangeras devant l'Éternel, ton Dieu, au lieu qu'il aura choisi pour y faire habiter son nom, les dîmes de ton froment, de ton vin, de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et menu bétail, afin que tu apprennes à craindre toujours l'Éternel, ton Dieu.
« Mais si le chemin est si long que tu ne
6 LA dIme, la gortéb et lb joua.