LA VIE PATRIARCALE
la forme d'une monarchie absolue, mais elle n'a rien de la tyrannie. Le dévouement et la magnanimité d'Abraham en font un modèle pour les institutions les plus généreuses. La solidarité transforme la famille primitive ; c'est un progrès; il apporte avec lui la force, la prospérité, la grandeur et la gloire ; il étend aussi, dans les mêmes proportions, les obligations de justice, d'honneur et de courage.
On n'est pas chef ou roi pour son propre avantage, mais pour faire le bonheur des siens. Voilà comment la loi naturelle, conservée par les patriarches, marchait en avant du progrès. Il est vrai que les Hébreux font bientôt exception ; les nations ont abandonné le Dieu d'Abraham ; quelques-unes se laissent entraîner par le flot des passions, comme un bateau à la dérive; elles semblent déjà bien haut et bien loin, mais elles vont contre un écueil, leur ruine est inévitable. Les Égyptiens sont
)86 LA dImb, la gorv^p ]&t le joug.
de ce nombre } leur constitution sociali^ e^t U première dont il soit parlé dans l'histoire.
Nous devons abandonner un moment la suite des traditions révélées pour étudier cette manifestation d'une puissance et d'une beauté que rien n'égale à cet âge.
Les environs du Nil attirèrent quelques tri* bus nomades ; la fertilité des campagnes qu'arr rose le grand fleuve les retint. )El^^6 y grandirent, elles s'y multiplièrent; elles y devinrent nombreuses, riches et florissantes. Laçagesse régnait sur elles; d'un commun accord, elles songèrent à l'avenir. Avec les eaux du Nil, elles rendirent les champs éternel lement féconds ; leurs générations naissantes se levaient pour les grandes: entreprises ; elles se fortifiaient dans les travaux utiles ; elles agrandissaient les conquêtes du peuple^ non pas sur leurs voisins, puisque cette nation maudissait 1^ guerre, mais sur le sol inculte et sur \^s terres stérilçs; Qn les tr^^nsform^it p^r
U VIE PATBÏARCALE. iVJ
Tigirt çt la patîepeiç ; V^hQui^nç^ restait à I9 bauteqr des besoins.
Jjes fils n'embarrassaient pas }es familles ; les pauvres n'encombraient pas le peuple ; il y avait place pour tous, parce que la prévûyi^nce n'oubliait personne.
Tout y était grand, solide et durable } tput y seAiblait ponçu pqur subsister à jamais. Ils aim^i^Qt la paU, ils la protég^àient par de spgejs ip§tituti©ns et par pue force imposante ; rPgypte deypit être invincible ; les exercices 4e la guerre étaient des jeux pour les citoyepi^, mais ils ne cherphjiient pas les combats, et pendant pîusjeurp siècles ils n'employèrent lejirg armées que pour §ç défendre.
Ou 3 ipué la sagesse de l'Egypte ; ellp n'avait pas d'égale; pe peuple primitif gardait leg mogur^ des patriari[îbes; il n'éprouvait pas encore les pa^sjpns de§ mpsçps ; le§ hpronies éJaiintrpbn^tesj ils dépensaient leur vigpenr çpntre la nature; ils n'aspiraient ni ?n fppps,
488 LA DtMS, lA GORTÉB ST LE JOUG.
ni aux jouissances effrénées; la corruption seule engendre ces désirs. Pour un homme sain de corps et d'esprit, le travail a des charmes incomparables ; il attire» il absorbe, il procure le vrai bonheur.
k| Ce peuple avait Tinstinct de sa conservation ; il le suivait avec une logique rigoureuse ; les Hébreux en furent victimes; cette tribu d^étrangers, débordant la terre de lessen, ne voulait pas se fondre avec les Égyptiens ; elle menaçait donc l'indépendance du peuple ; on la persécuta. C'était une faute, elle pouvait créer des ennemis intraitables. Les Hébreux n'avaient qu'à dissimuler leurs forces et se lever contre leurs tyrans, mais ils étaient réservés pour d'autres destinées; la ruine de rÉgypte ne devait pas commencer à cette heure. Les nations, comme les hommes, s'exagèrent leurs qualités. Sésostris voulut être conquérant, son exemple fut suivi par Sézac et Néchao ; leurs victoires les remplirent d'il-