‹ La dîme, la corvée et le jougChapitre 20 sur 28 · TRANSFORMATIONS SOCIALES ET PROGRÈS · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS SOCIALES ET PROGRÈS

Sous les rois, sous les consuls, sous les premiers Césars, il n'est rien que Rome n'entreprenne et dont elle ne puisse venir à bout. A tous les progrès des nations, elle ajoute le perfectionnement des armées, l'art militaire, la force des légions. Ses lois sont imitées des peuples les plus avancés, mais, en les copiant, elle les rajeunit; en les adoptant, elle les transforme ; en les appliquant aux citoyens romains, elle sait choisir ce qui favorise en premier lieu la grandeur, puis seulement le bon ordre et en dernier lieu la liberté.

La guerre et les batailles lui sont utiles ; victorieuse, elle impose sa volonté ; vaincue, elle s'en remet à l'honneur et au dévouement des citoyens ; on pourrait peut-être l'anéantir ; on ne sait même quels destins arrêtent ses vainqueurs, mais il est certain qu'on ne la soumettra jamais ; elle ne restera pas courbée sous le joug ; elle ne se rachètera pas sans se venger.

A Romç, I9 prpgrès social 9'e«t incaroé

()aD3 le Sénat, Il modère les passions ; il vaille au dedans et au dehors; il est inflexible envers les ennen^i^, prudent yi^rà-vjs de^ citoyens. Le Sénat romain s'appuje sur las principes et sur Texpérience ; d'une part, sqp but est toujours le mâma et sa conduite invariable ; d'autre pgrt, il sait se plier ai|K çÀtr constances, accepter les nécessités du moment , subvenir aux exigences d'une révolutjop. Ses décrets ne sont pas une lettre morte, et ses membres comptent parmi les plus sages d@ 1?

République.

Cette auguste compagnie ne favorise pas Tambition personnelle ; la gloire et la fortune permises à ses membres se confondent avec le bonheur de la patrie ; hors de là, tout est trahison. Taut que le Sén^t domine la République, elle grandit et prospère ; uqs fois qu'il cède le pouvoir suprême aux dictateurs, aux tilumvirs ou aux Césars, toute gloire

TRANS$'iORMÀT|ON$ «OÇlALyÇ ET PB06EÈ3. i9Q

briUç de soo derpier éçlQt Dans cett^ société gi bien cQpslituée, le peuple qi Bea droite ôt les fait respecter ; je pouvoir veille à Tpbser- Ydtipn des lûi3y son commandement ^6t tem* péré par une volonté supérieure. Au Sép^t .appartient le rôle de pacificateur et de soutien; il voit, il écoute, il juge, il maipti^nt rharmonie, i} la protège, il Tiippose, lui seul garde les destinées de la République,

Cependant quand un peuple s'affaisse,

nulle puissance ne lui repd ni la jeunesse, ni

r énergie : le progrès ne s'attarde pas chez les

nations caduques. Qu'a-t-il à faire auprès de

trônes qni s'écroulent et de massas qui rouleqt

vers les jeux ? Toutes les forces de l'empire

romain se rapprochent de ia capitale, tous les

prdres de citoyens vont au cirque ; les vertus

V deviennent rares ; les héros ipanqqent ; qn

deipa^de le pain gratis et les réjouissances

par s|ircroît ; on passe sa vie à voir cbaï?g*r

les empereurs. Quelque Fesppçt9bJ§8 q»^

900 LA ViVB, LA GOBTÉl ET LE lOIKS.

soient les débris des légions, quelque admirables qne soient les lois nonvelles, il n'y a plus rien à espérer de ce vienx monde ; le mouvement s'y arrête, le progrès s'en sépare; il en cherche un autre.

Sur le déclin de Tancienne civilisation se lève un astre nouveau* A Forient apparaît une étoile ; elle annonce le repos ; elle invite les hommes à la paix. Auguste ferme les portes du temple de Janus, le monde se recueille ; il entend une voix qui crie dans le désert ; il espère Taccomplissement des oracles.

Jésus enseigne les masses; les aveugles . voient ; les boiteux marchent ; les sourds entendent ; les morts ressuscitent ; dans Tordre matériel et moral, les prodiges se multiplient; renseignement populaire commence ; les sages écoutent, les philosophes s instruisent, une lumière inconnue les éblouit; les cris du peuple leur révèlent des vérités qu'ils ne soupçonnaient pas.

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Le christianisme proclame l'égalité, l'esclave lève la tète, pesé ses fers et les secoue ; il sent bien qu'il vaut son maître. Les nations voient venir des étrangers; elles entendent proclamer la fraternité, c'est l'idéal du progrès. Les tyrans ne veulent pas la donner ; l'ancien monde s'épuise et se confond dans des convulsions atroces.

Suivez dans les catacombes la société qui se forme. Les hommes de la paix y sont persécutés ; les vierges s'y préparent au martyre, les enfants à la mort, et les vieillards en qui l'expérience est consacrée par un signe divin , exhortent la foule à souffrir et à se taire.

Des arènes reviennent sans cesse les dépouilles des combattants; on creuse leurs tombeaux le long des galeries ; ils bordent le chemin qui ramène à Dieu ; car tous ceux que frappe le glaive ou que déchirent les bètes féroces n'ont pas d'autre crime devant les

KVf LA tila, LA CÔÈVÛE Cf l£ ^ÔÛ&.

tyr^n»; ils sont tombée en criant : « Qui est semblable à Dieu ? Nous ne servirons que

Les morts instruisent les vivants. L'Êglisé catholique s'organise , lutte et grandit ; ellô marché comme une armée rangée en bataillé ; elle s'étend de tous côtés pour conquérir le monde ; ses armes sont la prière et la vérité ; l'une illumine les crovants, Tautre éclaire Tunivers, il suffit de prier pour devenir meilleur; il faut voir, il faut se convaincre pour comprendre les œuvres de Dieu. La prière enseigne la résignation ; la vérité fait luire Tespérance, Tunion de ces deux puissances rend rhomme invincible.

Après une persécution de trois siècles et avec le témoignage de plusieurs millions de rttartyrs, la religion chasse peu à peu Tidolâtrié : elle laisse vides les temples d'idoles. On ne voit plus ni sacrificateurs, ni victimes j on n'égorge plus les animaux; on ne ren-

TRAliïâfÔRSATIÔNS SOtiXllS Ëf fÀoMÈS. iOi

eontre plus ces harribïeâ dieux qui dévôfent f eâ hoiîïttléâ et qui se jotïëtit des peuples ; f ëâ destinées se révéleront en leur temps ; on rfeti cherche plus le secret dans les entrailles htimâïîies. Le premier privilège de la société catholique est raffranchissemeût d'un culte barbare, il tant bien qu'on le tiouime.

Un jour, pendant la bataille, uu signe Mystérieux apparaît dans les airs, il annonce une victoire ; Constantin la remporte ; à pâHrfîf dé ce moment, le pouvoir suprême il'eôt plus esclave des dieux; il n'eu reçoit plus rîûvestiture ; il ne prend plus Tobligation d*y asservir ses sujets ; les lois se dégagent de Tidôlâtrfe et s^attacheut à la religion.

Ahî Sans doute, les mœurs ne sont pas filles des législations j l'empire des Césars suit sa décadence et les codes inspirés par le christiâttisme n'en relèveront pas la gloire. Cependant la vérité descend d^éti haut sur le peuplé, elle y sème des germes fécouds.

soi UL DtHE, LA COETÉB BT LE JOTO.

L'influence des patriciens disparaît, celle des évèques la remplace. Elle devient bientôt si grande qu'elle monte jusqu'aux empereurs et qu'elle se fait sentir dans leurs conseils.- Le haut clergé s'arroge le droit de remontrances; il condamne, il reprend, il parle avec une hardiesse dont les prophètes seuls ont donné l'exemple. Qu^y gagne le peuple?

Ses maîtres deviennent plus humains, ses tyrans se repentent, un Théodose réprouve sa tyrannie, confesse ses torts et les répare. Les défenseurs du peuple couvrent la voix des courtisans; la vérité se fait entendre audessus des adulations; la crainte de Dieu commande aux rois, «c Aimez-vous les uns les autres. » Cette loi ne souffre pas d'exception; les hommes sont égaux devant elle ; les puissants comme les faibles en subiront le jugement : voilà ce que gagne le peuple au règne du catholicisme.

Les conséquences de ces principes sont

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