TRANSFORMATIONS SOCIALES ET PROCHES
leurs traditions en eux ; c'est plus que la science, c'est Tamour.
Il y a un fait plus surprenant que le courage des martyrs, c'est l'aveuglement des siècles qui viennent ensuite ; les uns les égor* gent, les autres les calomnient, le reste passe indifférent devant leurs tombeaux. Ces héros ont pourtant repris l'œuvre du progrès; ils sont morts pour lui; ils ont voulu penser et prier librement; ils se sont associés pour le bien, ils n'ont pas reculé devant les tyrans. Leur sang a régénéré la terre ; leurs générations se sont formées dans l'épreuve ; elles ont grandi dans la souffrance, mais elles '{^ardaient Dieu avec elles.
Cette force que nous venons de voir surgir pendant les premiers siècles dq, notre ère régnera pendant le mojen âge, et soutiendra l'humanité dans sa marche en avant. Mais dans l'état de décadence où elle est tombée,
elle a besoin d'une régénération complète.
8iO L4 çtirsi Li coRviE et le joug.
Toutes ses puissances ont été détoui^née^ de leur but. Avant de les utiliser, il convient de les ramener à leur état naturel. Voilà pourquoi le moyen âge est si fort travaillé. D'une part la civilisation est corrompue, d'autre part la barbarie devient envahissante. Nous ne pouvons pas espérer l'essor libre de toutes nos facultés vers le bien, la perfection et le bonheur.
La vie sociale des Egyptiens fut le couronnement de la famille ; les Juifs y ajoutèrent leur foi, les Grecs leur intelligence et les Romains leurs armées. Ceux-ci représentent à leur époque la dernière étape de l'ancien monde vers le progrès. Mais tous ces peuples ont perverti Tordre naturel. Là vie chrétienne est trop active pour l'ancien monde; elle cherche des nations ardentes, il lui faut un sang jeune et des nations robustes. La grande société romaine, appesantie par l'âge, embarrassée de i^es coutupies, égoïste et npnçha-
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J^nte, n',a plus rien à faire avec Tavepir.
Elle se retire en Orient vers le pays du repos et des jouissances ; elle fuit les luttes et les gloires nouvelles.
Cependant le signe du Christ apparaît de pouyeau à Clovis; le roi franc, victorieux de ses ennemis, reste le vaincu de Dieu; cette importante conquête rouvre la voie du progrès. Sans doute, la religion du premier roi très chrétien ressemble fort à une idolâtrie ; les vertus évangéliques ne germent que lentement dans son âme; la mansuétude et la douceur n'y trouvent pas leur climat. Clovis reste ignorantjC'est une condition de sonsiècle; il ne renonce pas à la cruauté, c'est une prérogative de sa couronne. Mais qu'importe? le progrès avancera sans le roi. Clovis ne lui refuse pas la liberté, il le prend sons sa protection, et bien téméraire qui oserait y toucher.
La civilisation n'en est p^s (Ju reste à discuter sur des formes ou sur des égards; ejle
Là DtME, LA CORTÉB ET LB JOUG.
n'a pas déplace sur la terre, les Romains Tont trahie; les barbares la méconnaissent; elle sort, on ne sait d'où, pour se planter où elle pourra ; des évèques la prêchent aux grands ; les'clercs la sèment parmi des hordes indomptables ; elle aura fait un grand pas quand elle verra arborer la bannière de la paix. Alors, les moines se créeront des retraites; ils bâtiront des cloîtres ; les tours de leurs églises se dresseront vers le ciel pour en montrer le chemin. Dans cette profonde nuit des invasions et des guerres, TEgîise, en effet, c'est la maison du pauvre, le refuge des malheureux, Tasile des persécutés ; nous l'apercevons dans notre histoire comme un phare pendant la tempête.
Le bruit s'apaise ou grandit autour d'elle, peu importe, on n'y prend pas garde, l'ordre règne dans son enceinte ; un travail immense y prépare les éléments de nouvelles évolutions. UEglise d'alors, c'est la société tout entière.
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