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Ici se place un épisode curieux : Bninebaut ^ ' vient dans les Gaules avec de grands projets ; elle ramène à sa suite les institutions romaines. D'immenses travaux s'accomplissent sous ses yeux ; des lois équitables remplacent les coutumes barbares; TAustrasie est dotée d'un véritable code. Le commerce y renaît, la fortune y revient, le génie politique Me la reine assure la prospérité.
En même temps Brunehaut protège le catholicisme, dote les monastères, fait construire des basiliques. Sa domination n'est pas un retour en arrière ; elle s'inspire des Romains pour les surpasser; elle crée un régime nouveau.
Malheureusement son génie n'est pas de son siècle; sa gloire brille comme un astre au couchant ; elle ne soulève pas la vie, elle ne dure qu'un moment, et sa trop courte apparition ne laisse pas de traces.
Tout progrès s'appuie sur le concours de la force. Celle du royaume d'Austrasie apparte-
!}I4 LA DiME, LA CORVEE ET LE iOVQ.
çait aux l9ude«« Au lieu jie les gagner, Bninebaut voulut les dompter i au lieu de les soumettre^ elle s'ea fit des ennemis. Daps les jours de sa grandeur, |a reine sut vaincre, elle brisa les résistances et punit les rebelles. Le peuple Taimait, la nation vantait son r^gpe, les pauvres lui étaient dé voués,- mais le peuple, la nation et les malheureux comptaient pour rien, ils étaient esclaves ; ils se laissaient battre ; ils ne songeaient même pas à défendra leur libératrice. U y une légende dans le Nord qui ' parle de Brunehaut comme d'un roi et de son génie comme d'un noir démon.
Ce siècle ne comprend rieq, la terreur l'aveugle. Pour le civiliser, il faut changer ses maîtres, transfidrmer ses tyrans, inaugurer )e rçgne de la liberti§..Les lois seules ne conduisent p^s h ce but ; elles règlent la in^f ebe des
sociétés ; elles ne l^s mettent pas en mçuvemeRt.
J,çs ??arb9re§ étaient dç? hpmm§§ prdentç,
Capables de totlf eAtfeprèndfë, mais absolufiïéttt étrangers atix grands principes civilisateurs. Qui pouvait transformer ces nâtui'ê* sauvages? Qui le voulait? Qui les préparait de loin à la lumière et à la vérité ?
«t Quand Où parcourt les vieux chroniqueurê des temps des Clotaire et des Chilpéric, dit M. Lucien Double (1), on ressent en réalité une très vivante impression de ûuit qui tombe, et d'automne qui vient. Le secFrédô* gaire avoue lui-même que le soleil décline et que le monde se fait vieux. Ce n'est plus certes ce sentiment de chaleur orageuse qu'on éprouvait en traversant les plaines desséchées où brillaient, au grand soleil d'Italie, les statues d'airain des Césars de Rome. On se croit sur une route déserte, le ciel est bas, le temps est gris, nuageux; tout près est la grande forêt dangereuse au voyageur ; au loin, un profil
(1) Brunehaut^ par M. Lucien Double.
216 LA dImb, la. gortée et le joug.
grêle de clochers et de tourelles se dessine vaguement sur Thorizon embrumé, Ton serre son manteau et Ton presse le pas; on sent l'obscurité qui va venir, et cependant on se surprend, malgré la rudesse du chemin, Taprêté du ciel inclément, à savourer en soimême la douceur mélancolique, peut-être la plus grande de toutes, de ces deux dernières heures d'automne qui ont pour elles le charme poignant du regret. »
Cette nuit qui tombe mettra fin au grand jour de la civilisation romaine; mais, eu même temps, elle nous apporte autre chose que la mélancolie et le regret : c'est l'espérance de la civilisation chrétienne.
VU
De Clovis à Charlemagne, la religion prend un caractère public ;^lle est entourée d'égards et de respects. Les rois et les seigneurs consultent les évêques, le peuple leur est dévoué. En retour, les évêques luttent contre Tabus de la force; il$ flétrissent la dépravation des mœurs ; ils inspirent peu à peu l'esprit de douceur ; ils soutiennent les faibles , ils les amènent à l'espérance d'un avenir
meilleur.
Alors apparaît le génie qui rassemblera ces éléments épars ; il s'attache à l'Eglise ; il en épouse la cause ; il lutte avec elle et pour elle. Après avoir affermi son autorité dans les Gaules, il met son royaume à Tabri des barbares ; les Saxons, les Avares, les Bavarois, les Lombards et les Sarrasins menacent à la fois toutes ses frontières ; il fait face à tant d'ennemis ; la guerre étrangère appelle tous les Francs sous les drapeaux ; ils y oublient leurs rivalités: la guerre civile est étouffée.
Ainsi commence Tunité de la France. La fraternité des armées fut la première. Romains et Gaulois n'étaient pas parvenus à se confondre; Bourguignons, Francs et Gallo-Romains se retranchaient dans leurs races, leurs privilèges et leurs coutumes ; ils ne formaient ensemble ni un peuple ni une nation. Charlemagne créa leur patrie en leur trouvant un but ; il leur donna un pays en leur imposant la nécessité de se défendre : tel fut le premier
résultat des guerres sans fin qui remplissent son rè2:ne.
La force qui . lui permit de concentrer ses sujets comme armée et d'en former un peuple fut précisément l'esprit religieux. C'était l'opinion dominante ; elle s'explique aisément ; les lois, les grands hommes, les bienfaiteurs de ce siècle, les lettres et les sciences appartenaient à l'Eglise ; il en faut moins pour attirer la confiance ; l'entraînement de cette époque est raisonnable, et la politique appuyée sur cette base ne pouvait chanceler. Des écoles se fondaient et se développaient à l'abri dés clochers ; les soldats respectaient ces asiles, la lumière se répandait peu à peu, la civilisation montait au jour,
Charlemagne accepta la foi catholique comme c'était son devoir, et s'en déclara le champion; l'heure était favorable ; la nation grandissait par l'Eglise que le peuple admirait et aimait ; toute lumière émanait d'elle ; toute mansué-
220 LA DtME, LA CORVÉE ET LE JOUG.
tude lui appartenait. Les bommes d'alors espéraient en Dieu. S'en déclarer le vassal, prendre de lui la couronne et le sceptre, combattre ses ennemis, c'était réaliser les espérances des masses ; guerroyer pour l'honneur et pour la religion , c'était entrer dans les idées du siècle.
* La guerre développa chez nous les grandes . qualités qui nous honorent ; elle plia les barbares à la discipline et fit naître Faversion contre l'étranger, l'amour du pays, le vrai patriotisme. Habitués au combat et au pillage, les Francs demeuraient ingouvernables ; ils se provoquaient entre eux pour des causes futiles ; leurs rivalités s'envenimaient de h^ine et de sang. Tout à coup, un chef illustre leur montre l'étranger, c'est une proie d'un nouveau genre ; il leur' parle d'un évêque qui
gouverne à Rome et que ses ennemis veulent chasser ; c'est un opprimé qu'on doit secourir. Dans un élan de son enthousiasme , Clovis
LA JtlONARGHIE CHRÉTIENNE. 22i
s'était- écrié : « Que n'étais-je là avec mes Fraocs ! » Le même sentiment se réveille dans tous les cœurs. La nuit qui pesait sur les Gaules prend des teintes moins sombres ; les guerriers se lèvent et se rassemblent, Tunité nationale se forme, un peuple entier se range sous les mêmes drapeaux.
Mais quelle sera la lumière de ce jour naissant? Que présage-t-il ? Quelles sont ses espérances? Les gqerres créent plus de dangers qu'elles n'en étouffent ; les conquêtes suscitent plus d'embarras que de ressources ; on retrouve difficilement la paix , et pourtant le repos et le bonheur ne reviennent jamais avec les trêves ni les traités.
La politique de Charlemagne n'est pas de celles qui vivent au jour le jour ; elle est durable. Cet homme extraordinaire ne travaille ni pour son règne, ni pour son siècle ; ses plans embrassent les destinées d'un grand peuple. La France sortira tout armée du vaste
empire d'Occident et subsistera une et indivisible.
Notre civilisation commence par la guerre.
N'en redoutons pas la durée ; sa cruelle énergie seule peut dompter la barbarie. Les Francs ne se fatiguent ni d'expéditions ni de combats; on imagine tout pour les obliger à poser les armes; ils s'entretuent, ils ne se rendent pas. On invente la Trêve de Dieu ; elle n'aboutit pas à grand'chosB ; on proclame la justice des seigneurs, des rois et de l'Eglise, elle est insuffisante ; enfin le onzième siècle, à bout d'expédients et cherchant toujours la paix, réveille l'enthousiasme dés guerres de religion et pousse l'Europe vers l'Orient : ce fut l'époque des Croisades.
Comme au temps de Charlemagne , l'esprit religieux inspire l'entreprise ; la société temporelle s'en approprie les avantages; la foi déplace les passions ; elles iront se consumer et s'éteindre sur là terre étrangère ; le bien-être,
la liberté et le progrès se développent en sécurité. La fortune échappe aux mains des seigneurs. Il fallait de l'argent pour se mettre en campagne et des trésors pour entretenir Tarmée. Les seigneurs vendaient leurs terres ; les communes et les hommes s'affranchissaient; la propriété se constituait sur ses bases les plus larges. Avant que d'être adoucies par le christianisme, ditRohrbacher, les nations qui composent l'Europe ne connaissaient, n'aimaient que la guerre. Le Franc, le Goth, le Lombard, le Saxon ne quittait jamais son épée ; c'était sa vie et son salut pendant la guerre ; c'était son tribunal et sa justice pendant la paix, autant que la paix peut se concevoir parmi des populations barbares toujours en armes. De là, pour qui pense, il est aisé de sentir combien il fallut à l'Eglise de temps et de patience pour apprivoiser et adoucir cette multitude si diverse de caractères intraitables.
224 LA Dtn, LA GORViS ET LE JOUG.
La grande édulcoration de l'Europe par l'Eglise avançait assez bien sous Charlemagne, ce dévot auxiliaire de TEglise ror maine en toutes choses, ainsi que lui-même s'appelle ; mais sous son petit-fils Charles le Chauve, les terribles hommes du Nord vinrent troubler et interrompre cette assimilation chrétienne de TEurope, non seulement en ce qu'ils y mêlèrent en leur personne un élément tout sauvage, mais parce que, par l'impuissance de l'autorité publique à défendre la France contre leurs incursions, chaque viller, chaque monastère, chaque seigneur, chaque propriétaire de terrain fut formellement autorisé à se défendre soi-même. De là cette habitude déjà si naturelle chez ces peuplades de se faire la guerre, non pas d'individu à individu, mais de ville à ville, de château à château. Dans ces conditions déplorables, il n'y avait qu'un moyen d'acclimater la paix en Europe, c'était d'apporter la guerre ailleurs.
On avait déjà vu le grand Scipion, vainqueur de Garthage, user de ce stratagème pour éloi- * gîier de Rome les armées d'Annibal : qui oserait condamner le patriotisme de Scipion, flétrir sa gloire, alors qu'il y allait de la vie de la République, et condamner cette entreprise non moins heureuse que hardie ?
On peut contester le succès des Croisades au point de vue de la conquête ; le résultat ne répondit pas aux projets ; le royaume de Jérusalem dura peu ; le sort des chrétiens en Palestine resta ce qu'il était ; mais au point de vue de notre civilisation, ces guerres héroïques furent un bienfait immense. Elles révélèrent un monde social nouveau ; les peuples se coalisant jetaient comme une ébaîiche du droit international.
Les Français, les Italiens, les Allemands narchent sous le même étendard ; ils trouvent subitement une cause qui les réunit; ils com-
jiienceiît à vivre ensemble; ils s'habituent à
226 LA dIme, la corvée st ls joug.
se voit* sans se haïr, à se regarder sans se battre ; à mêler leurs intérêts, leurs gloires et leurs destinées. Ce n'est pas l'idéal du droit, mais c'est un état qui le prépare ; ce n'est pas le règne de la paix , bien loin de là ; nos transformations ne s'opèrent pas si vite, c'est une transition. Où conduit-elle? On Tignore, mais on est dans la voie dû progrès et l'on marche résolument vers l'inconnu.
Entre la barbarie qui remonte en Orient et la société nouvelle qui se forme; entre les musulmans qui reprennent leurs invasions et l'Europe qui renaît, les Croisades put laissé les ordres de chevalerie. A Chypre, à Rhodes, puis à Malte, ces hommes étranges, portant l'habit religieux sous la forte armure des guerriers, apprennent aux conquérants à respecter les nations paisibles.
Les armées de TOccident n'eurent jamais de meilleures avant-gardeâ ; elles savaient attendre l'ennemi, s'attacher à lui, se mesu-
LA MONARCmË CUKETIKNNE. ^±1
ter avec lui. Ces titres de gloire ne doivent pas se perdre dans l'oubli; il faut que le progrès s'en souvienne; ses protecteurs étaient là, guerroyant, succombant sops des remparts détruits, un contre dix, après une lutte séculaire. Que leur importait la vie? ils mouraient en regardant le ciel, leur espérance était en Dieii; ils lui recommandaient la chrétienté, l'Europe et leur patrie ; leur mission n'allait pas plus loin. Ces héros d'une génération vieillie protégèrent la jeunesse d'une société nouvelle; ils lui laissèrent le temps de se fortifier, de s'aguerrir, de se préparer ellemême pour sa défense; puis, ils disparurenl.
Honneur à ces martyrs du dévouement! Gloire à ceux qui versèrent leur sang pour nous assurer la paix!
Le règne de saint Louis marque Tapogêe du moyen âge. La foi civilisatrice, la théocratie, les institutions féodales, produisent n cette époque tout le bien qu'on pouvait eu
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attendre. Leur épanouissement est complet, la politique royale en est l'expression. L'ordre règne, la vérité brille, la justice gouverne, la force obéit, l'ignorance tend à disparaître; les passions ont rencontré leur maître. De ces grandes puissances victorieuses ou vaincues, résulte un ensemble merveilleux ; l'harmonie sociale se forme en bas; elle envoie bien haut ses échos ; elle monte jusqu'au ciel ; l'autre monde est le couronnement de celui-ci; la société des hommes ici-bas n'est qu'une préparation à l'éternelle société des âmes avec Dieu .
Trçize siècles ont enfanté ce progrès; il grandit chez nous; il s'y complète; ce n'est pas encore la perfection ni l'idéal, mais c'est plus qu'une utopie. Comme un palais sort de terre, s'élève, reste abrupt et ne devient admirable qu'après de nombreuses transformations, la civilisation du moyen âge jette les fondements d'une société, bâtit son tem-
pie, en ébauche Tarchitectiire et prend à nos yeux les caractères d'un grand édifice inachevé. La forme, la grâce, la beauté s'y laissent entrevoir, elles ne s'en dégagent pas.
Les grandes lignes expriment la force et l'harmonie. Mais on y cherche en vain le fini des chefs-d'œuvre. Tout ce monument repose sur la foi; elle est à sa base ; elle en supporte les fondements; elle en a fourni depuis la première pierre jusqu'à la dernière, puis elle produit encore les ouvriers. Sur des races ennemies, perpétuellement armées et avides de combats, elle a jeté la crainte de Dieu ; les hordes regardent en haut, elles s'attendent à voir briller le glaive de la justice divine ; elles croient en ressentir le froid ; un grand apaisement se fait à ce signe. La vérité pénètre les cœurs ; la vertu gagne les volontés; peu à peu les passions se calment; leurs tempêtes deviennent plus rares ; le.s masses goûtent quelque repos. Au fond des cons-
i30 LA I>ijf£, LA COET££ EF LE JOUG.
ciences une loi se fortifiait; elle ne pouvait pas recourir à la persuasion (les ignorants n'entendent rien) , elle invoquait donc la force ; le ciel lui répondit, il y eut des prodiges; les plus fiers guerriers en furent émus.
A Tappui moral de la religion se joignit la bienveillance des moines et la sanction du pouvoir. Le vieux monde se déblayait çà et là de ses châteaux forts comme de ses repaires, ou bien la justice y resserrait le crime ; elle osait quelquefois Ty chercher. La paix et la vie se développaient largement. Alors s'organisèrent les éléments d'un état social. En haut, Dieu ; au-dessous de lui, le roi ; entre le peuple et le roi, les seigneurs. Le peuple, il est vrai, n'a pas la meilleure part; il reste en dehors des grandeurs, il travaille la terre, il moissonne pour ses maîtres. La noblesse impose ses vassaux, les exploite, les traite comme il lui plaît; c'est la caste privilégiée. Tel grand feudataire est même plus puissant
que le roi ; s'il obéit, c'est qu'il le veut bien; pour le réduire, il faudrait lui déclarer la guerre; la nation seule en serait capable, mais elle existe à peine ; toute portion de terre fait partie d'une province ; chacune d'elle a son maître. La patrie ne se formera, ne deviendra libre qu'en passant sous la tutelle des rois.
Cependant les vertus qui forment cette civilisation, comme les matériaux qui entrent dans la structure d'une œuvre durable, sont d'une qualité à toute épreuve. Les hommes d'alors ont une valeur individuelle, incontestable ; l'épreuve est la garantie de leur force ; la souffrance met le sceau à leur énergie ; ils préparent l'avenir en devenant meilleurs. On se conduit à présent comme si le progrès ne tenait qu'aux institutions ; ceux qui les ont amenées au point oii elles sont agissaient autrement; ils respectaient la droiture, se vouaient au bien, se conformaient aux exi-
gences de leur condition; puis, quand ils étafent mûrs pour une situation meilleure, ils se faisaient jour.
Avec saint Louis, la royauté s'entoure de prestige, de force et de haute influence. Sa piété profonde, sa justice et ses deux croisades ne sont pas toute sa vie. Des guerres contre les grands feudataires et contre les Anglais, des annexions de territoire au domaine de la couronne ne nous disent pas quel était son mérite devant ses contemporains. On a eu tort de l'étudier comme un homme ordinaire, arriéré, superstitieux, dévot. Louis IX n'était pas un esprit faible ; il fit preuve de résolution et de volonté ; il étonna ses ennemis par sa royale grandeur ; il soutint le poids de la politique, des guerres civiles et étrangères; il ne se laissa même pas abattre par un désastre; c'est la marque des grands caractères et du génie. Il avait le culte ardent de la patrie, de la foi catholique et de la famille.
Il est consolant de le voir s'occuper du peuple ; il le défend bien contre la noblesse : il le protège efficacement contre les grands, il s'attache à faire disparaître les tyrannies. A une époque où le grand seigneur affecte un profond mépris pour les pauvres, le roi visite les hôpitaux', soigne les malades, console quelque désespéré. L'ostentation n'entre pour rieji dans sa conduite; il veut toucher la réalité; il fait l'expérience de la misère ; il voit toutes les défaillances de notre triste humanité. Mais par-dessus tout, il cherche Dieu; il n'agit, il ne parle, il ne pense, en un mot, il ne vit que pour Lui.
Autour du saint roi on murmure. Les barons s'habitueraient volontiers à guerroyer contre les Sarrasins, mais ils ne se résignent ni aux prières, ni aux méditations de la chapelle royale. Les siècles, sur ce point, se< ressemblent; ils critiquent amèrement les hommes de conviction. Croire en Dieu est de bon ton;
234 lA DÎME, LA CORVÉE LT LE JOUG.
le servir suivant sa foi paraît un contre-sens ; pour obéir aux principes religieux, il faut être un esprit supérieur. Les barons de saint Louis trouvaient qu'il entendait trop de messes et de sermons.
Ces murmures parvinrent jusqu'à lui. Il leur fit donc répondre « qu'il était maître de ses actes, et que s'il lui eût plu de passer le double de temps à jouer aux palettes ou à courir le gibier dans les forêts, personne n'aurait eu l'idée de lui en faire un reproche. » Les impertinents avaient la bouche close.
La sainteté d'un roi nous étonne; c'est un fait assez rare, mais il se produit au treizième siècle, et il entre dans le courant du progrès. Otez Dieu du milieu de cette société naissante, la barbarie l'étoufiFe, la vérité disparaît; la famille n'a plus ni législation, ni protecteur; l'esclavage du peuple redevient plus dur; la tyrannie ne sent plus le frein.
Placez au contraire au-dessus de la patrie
Dieu qui la protège, un saint roi qui la gouverne, une morale parfaite et un foyer de lumière, tout sourit à Tavenir. Car la famille ' y trouve un appui, la justice y règne et toutes les puissances tendent sans cesse à s'élever. Le monde sort de la nuit, l'humanité grandit, la civilisation rayonne, s'étend et transforme les multitudes. .
A mesure que l'instruction se répand^ les hommes s'émancipent, les corporations se constituent, les communes s'établissent; on distingue les éléments de la liberté. Elle reste cependant étouffée.
Les successeurs de saint Louis perdent leur temps à discuter; ils se déclarent contre les papes ; ils les attirent en France ; ils croient les subjuguer. Avignon devient le centre d'une politique oiseuse, hostile au catholicisme, étrangère à nos intérêts. Puis, tout à coup, la patrie est surprise par l'ennemi; la guerre commence pour un siècle.
Là D'^ra, LA .lOHVta ZT ZE OTIIfc.
r>^^ c^'TT V i^!!!: lenr vieille et dernière
c»^T *» te': : le-? xJ..«:e* «le* (!t:ci:ïiaiies pénèf-^r.t Irf.'s r : • : 'e -te ha'^ll.-?: elles t soatîennent L-r^T.*^':: la l':*îe et nvLQii.ear: le jour n'e^t pî?"* l-:l:i ci elle> poarroat seules tenir frte a re-i-ez::. Les arrhes se transforment, r;îrt ^': ,.:»^ ie a la fir-ie. rancîerme valeor di-^paralt: el.e ce pe^it cl^is ni résister, ni prenlre lof^nsrve; le rornbre et la tactique valent mienx cne Fh-^^'oïsme.
Or, quâni un f^îjple e<l capable de se défendre, il e-t di-Tîe de se irouvemer. Les restes de la f»^odalité vont prendre Taspect d'une tvrannie.
Louis XI vient; il comprend son siècle; il n'hesife pas à f?iire la part de l'avenir. Dans ses plans de domination, la royauté seule reste, la féodalité doit disparaître. Ce monarque est égoïste, le peuple en profite ; la
LA MONABGHIB CHRÉTIENNE. 237
société prend entre ses mains une forme nouvelle. Le vieil édifice se dépouille de ses embarras, de sa rudesse, de tous les obstacles qui masquaient son ensemble. La monarchie apparaît, une, forte, puissante et invincible. Son génie ne plane pas toujours dans des régions sereines ; il disparait souvent dans des orages, il se jette à travers la tempête; ce n'est plus le règne de la justice, comme au temps de saint Louis, ce n'est plus le temps de la franchise, encore moins de la loyauté.
Justifier absolument Louis XI est difficile, réhabiliter sa mémoire n'est pas nécessaire ; ses entreprises le rendirent odieux; son but lui a valu notre admiration.
A une époque où le peuple n'était pas capable de conduire ses affaires, le roi les prit en main ; il s'arrogea un droit de tutelle et il lutta contre les seigneurs. Cette guerre était remplie de dangers, la victoire assurait là prospérité de la France.