‹ La dîme, la corvée et le jougChapitre 24 sur 28 · PROPERTY OF THE CITY OF NEW YORK · texte numérisé non relu

PROPERTY OF THE CITY OF NEW YORK

Mais Louis XI n'était pas assez naïf pour compter sur la reconnaissance de la nation ; il travailla donc pour lui-même ; il se dédommagea de ses fatigues, il intrigua contre tous les partis à la fois, contre l'étranger et contre ses vassaux, contre les grands et contre les communes ; tout pliait sous sa puissance ; mais il eut ce rare mérite de créer la force de la monarchie, l'unité territoriale de la France, sa grandeur et son avenir.

Tout ce qui concourt au développement du progrès fut tenté par ce roi. Le commerce, l'industrie, les manufactures attirent son attention; il leur accorde des privilèges; il institue les postes, il crée des parlements, il fonde des universités ; peut-être ne cherche -t -il que son avantage; on Ta prétendu, rien ne le prouve; son génie est assez vaste pour embrasser les intérêts du pays et les siens; il s'assimile à son époque, il personnifie son siècle ; il est difficile de dire oii

finit l'intérêt général et où commence la

tyrannie.

, Nous ne comprenons plus les grands hommes; nous émiettons leur vie, nous discutons leurs profits et pertes comme s il s'agissait d'une exploitation. Ces vues étroites nous sont familières; nous les partageons avec les dupes.

Dans une société basée sur le commerce; les riches sont les maîtres ; ils accaparent les entreprises importantes ; ils s'en font un monopole, c'est l'aliment de leur fortune. Pour distraire le peuple, à Carthage, on l'intéressait aux rivalités des partis; à Rome, on lui ofirait des jeux; en Italie, on le divisait, on le poussait du côté des Guelfes ou des Gibelins; chez nous, on l'occupe de vieilles légendes, d'histoires surannées et du spectre de T ancienne tyrannie.

Pendant qu'on juge Louis XI, le moyen âge ou les papes, la politique fait son chemin, le

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commerce, ses* affaires. Le génie de l'exploitation plane audessus des masses; il crée un monde à lui ; il absorbe toutes les forces ; il écrase toutes les résistances; en dehors de son règne, il n'y a plus de place, la liberté meurt étouflFée.

Les hommes sont égaux, le commerce est libre; c'est la volonté du peuple, il faut en tenir compte, à moins qu'on ne soit riche et puissant, car, avec de l'argent, on conduit l'opinion, on attire les masses, on change les lois, et ainsi les règnes se succèdent, le pouvoir chance de main, le commandement va du plus riche au plus intrigant, du plus fort au plus habile, et le peuple approuve, confirme et paie.

Suivre la marche du progrès, ce n'est pas relever ces transformations de l'égoïsme. Il faut voir dans l'ensemble la place occupée par les idées généreuses, l'espace rempli par les institutions de l'avenir, A ce point de vue,

LA MONARCHIE GHRÉTlEJViNE. . 241

la France du quatorzième siècle se forme sous ses rois; avec eux elle chasse la féodalité; la monarchie indépendante est un progrès.

Louis XI entreprend pour elle plus qu'aucun autre roi; son génie donne une impulsion vigoureuse à la marche civilisatrice de l'humanité.

Le dix-neuvième siècle a des traits frappants de ressemblance avec l'époque de la Ligue. L'agitation prend maintenant une autre tendance; la situation reste la même. Au seizième siècle, la France avait grandi sous la tyrannie de Louis XI; elle s'était épuisée dans les guerres extérieures sous Charles VIII et Louis XII ; sur les champs de bataille de l'Italie, elle avait rencontré de riches moissons de gloire ; mais les Valois-Orléans amenèrent la ruine et l'immoralité. François V^ perdit tout fors V honneur^ Henri II laissa le royaume dans l'état où il l'avait trouvé ; les

autres ajoutèrent à nos malheurs les dissen-

â43 LA DtlfE, LA GORTÉE ET LE XOUO.

sioDS, les guerres civiles, les meurtres et le déshonneur. Tout fut consommé sous le règne de Henri III .

Notre génération, comme celle qui passait aux affaires publiques en 4580, laisse derrière elle des souvenirs de tyrannie, de vingt ans de guerres étrangères, de restauration stérile et de révolutions impuissantes. Nous avons vu la guerre civile et les horreurs des massacres, les armées ennemies étaient chez nous ; des défaites inouïes semblaient annoncer notre destruction ; nous cédions partout à un affaissement dont on se relève à peine. Et puis, les partis continuent à se partager nos forces et nos ressources; aucun d'eux ne veut la paix ; le plus fort se sent incapable de régner seul; nos dissensions se perpétuent et s'enveniment sans que l'on puisse en prévoir la fin.

Est-ce à dire que le tableau de notre époque soit aussi sombre que l'histoire de

Henri III? Assurément non. L'affranchissement du peuple, Tabolition des privilèges, les progrès de la science et la diffusion des lumières ont élevé notre niveau moral. L'ignorance est moindre, et la valeur personnelle augmentée en proportion ; la scélératesse est plus rare, la platitude généralisée par le servage tend à disparaître ; les hommes ne sont plus à la discrétion d'un autre homme; voilà le progrès; il est digne de notre attention.

Mais, par contre, la Renaissance commençait avec François P', elle grandissait et se développait sous les règnes suivants; il n'y eut pas d'interruptions. Dès le seizième siècle, elle jetait un éclat incomparable ; on sent renaître les arts ; on voit se former notre langue ; le génie brille et s'épanouit dans des œuvres immortelles; le grand siècle se prépare, sa gloire éclipsera tout ce que le monde a de plus beau.

La victoire se plaisait à nous rester sur tous

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les champs de bataille, le génie de Tétoquence est venu converser avec la cour de Louis XIV, la poésie habitait avec les Corneille et les Racine ; l'idéal s*est montré dans toute sa beauté aux yeux des Lebrun, des Lesueur et du Poussin ; l'architecture et la musique ont révélé des harmonies inconnues ; la science, enfin, ouvrant le champ de Texpérience, lançait le monde à la découverte des secrets de la nature.

Et, de nos jours, on ne parle que de décadence. Le naturalisme en est la dernière expression; plus bas, l'homme étoufferait.

Ceux qui prévoient que nous descendrons encore ont raison de désespérer. Mais est-il vrai que nous marchons vers le néant?

Les succès de Henri IV et ses droits à la couronne de France favorisaient le protestantisme. La cause catholique était soutenue d'une façon déplorable. Elle n'était servie que par une grande ambition; elle se com-

promettait avec la politique étrangère; Tavènement de Henri IV pouvait n'être que la victoire d'un parti. A quoi tint-il que la France ne fût rejetée en arrière ? Au triomphe de la cause nationale, c'est-à-dire des coutumes, de la foi et de la vérité. La tradition d'une monarchie catholique reprit son empire sur les intérêts de parti; Henri IV se fit catholique en abjurant à Saint-Denis, et la nation reprit sa marche civilisatrice.

Le siècle de Louis XIV n'appartient ni aux Huguenots, ni à la Ligue ; le triomphe de ces deux causes fut leur effacement ; la religion et la royauté reprirent ainsi leur place. Notre grandeur renaît sous les auspices d'un roi qui prend en main le drapeau de deux partis; elle s'épanouit et jette son premier éclat sous la direction toute-puissante d'un cardinal-ministre; elle s'élève enfin par Theureux concours des Circonstances et de la fortune au-dessus de toutes ses rivales. Les guerres civiles

LA DtM£, LA COKTÉE ET LE JOUG.

avaient doublé notre énergie; mais Tordre s'imposait avec la paix. Les privations avaient supprimé le besoin surfait de jouissances ; les combats ravivaient Ténergie; la société se reformait sur des bases nouvelles. L'honneur en est à tous, la gloire à ceux qui gouvernent.

Le caractère général qui élève notre grand siècle au-dessus de celui des Grecs, des Romains et de la papauté appartient à Tinfluence civilisatrice du catholicisme. La perfection de Fart français ne dépasse pas celle des Grecs et des Italiens; la grandeur de nos œuvres n'est pas toujours comparable à la majesté romaine ; la beauté naïve, la jeunesse de la Renaissance nous font défaut ; tout naît chez nous dans la force de l'âge mûr.

Aussi le dix-septième siècle n'a pas eu d'épopée. La formation de notre langue a-t-elle

248* LA DÎME, LA CORVÉE ET LE JOUa.

été trop tardive ? Les événements se sont-ils précipités trop vite ? Les monarchies prêtentelles moins à Tinspiration que les républiques? Enfin, pourquoi nos troubadours et nos trouvères ont-ils cédé à l'Italie l'honneur d'entendre les chants épiques de Dante et du Tasse ? Une histoire approfondie de la Renaissance peut seule répondre à toutes ces questions.

Dante a pris son vol comme nos poètes provençaux ; sa Vie nouvelle est un écho de nos romances. Mais pendant que les nôtres continuent à balbutier, le divin poète cherche Tinconnu, parcourt Tenfer, le purgatoire et le paradis, réunit, dans une pensée sublime, le paganisme et le moyen âge, et donne à la langue italienne une forme supérieure et immortelle. Le Tasse est moins puissant que Dante ; l'auteur de la Jérusalem délivrée a des maîtres et des modèles; il écrit comme Virgile, il s'inspire du passé pour glorifier le présent. Les disgrâces les plus pénibles ne

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Tont pas aigri; le malheur n'étouffe pas sa voix; il chanterait, comme le cygne, sons le coup qui le frappe à mort. Qu'importe la souffrance quand le génie s'éveille! La persécution le fortifie, la solitude et l'exil lui donnent des ailes.

La poésie française du dix-septième siècle ne peut pas surpasser les Italiens dans cette voie, mais elle saura prendre son idéal dans des régions plus élevées. Elle perd de vue l'auréole des dieux pour diviniser d'une manière plus vraie la grandeur, le courage et la beauté. Le génie de Racine conçoit le caractère de la femme avec tous les privilèges que lui a prodigués la civilisation chrétienne.

Andromaque est infiniment au-dessus de la réalité. Sa vertu jaillit d'une source*que n'a jamais connue le paganisme. Elle appartient à la morale évangélique. La perfection n'est pas allée plus loin ni plus haut.

L'éloquence française n'a pas la précision,

iSO LA dIme, la coayée et le joug.

la rigueur et l'énergie que Démosthène savait créer ; Cicéron nous dépasse de beaucoup par la diction, l'ampleur et l'harmonie ; notre langue se prêterait mal à des essais d'hnitation : on ne songeait pas alors à copier, on s'inspirait des anciens, mais on allait bien au delà de leur champ d'études. Fénelon trouvait Tonction séduisante dans la douceur céleste de ses méditations. Bossuet, s'enferiiiant chez les Trappistes pour écrire ses Méditations, porte l'éloquence française à des hauteurs que nul autre génie n'a surpassées. Le catholicisme avait transformé la philosophie ; la religion portait lès âmes vers un nionde supérieur; les intelligences étaient fortes^ les cœurs généreux, et lés grandes voix de l'éloquence chrétienne avaient leur écho dans la société d'alors.

On n'avait pas encore trouvé le secret d'animer la pierre où le marbre, c'est pour cela que nous n'avons aucune supériorité marquée

LA MONARCHIE ABSOLUE ET LA RÉVOLUTION. iSl

dans la sculpture ; son charme et sa grâce ne s'accordent pas avec les grands efforts. Un mouvement qui s'éternise paraissait un contresens. Cette opinion venait de la Grèce, Avant elle, rÉgypte l'avait réalisée; ses colosses sont une expression du sublime ; l'immobjlité s'y joint à la grandeur; elle exprime admira^ blement la toute-puissance que rien ne trouble et rimmuable providence qui veille à tout* Phidias et Praxitèle représentèrent le triomphe après l'action; ils ne laissèrent jamaiai voir la lutte. Il y avait là une perfection qqe rien ne surpasse. L'idéal chrétien nes'es^ ap* proprié toutes les puissances de la sculpture qu'avec Michel-Ange; mais l'artiste italien s'ouvrit une carrière isolée^ n'en tira que quel* ques statues et garda sqn cj^epy.

Le dix-septième siècle ne fît rien de plus que la Renaissance.

En peinture, nous pédous encore saus peino la victoire à l'Italie^

De Giotto à Raphaël, tout ce que Tinspiration a de grandeur, le dessin de perfection, le coloris de magnificence, a été prodigué par les artistes italiens. Notre grande école française imite, retrouve et reproduit, mais elle ne crée rien de plus beau et de plus parfait que l'idéal des écoles italiennes.

Les mêmes considérations s'appliquent à l'architecture. Sa perfection et sa beauté appartiennent à Tart ogival; notre science contemporaine lui rend cette justice. En retournant en arrière avec Michel-Ange, le génie devait rencontrer une expression nouvelle du sublime ; mais Tart était épuisé. Les palais et les châteaux succombent écrasés par la grandeur et la gloire des églises gothiques. Le palais de Versailles et l'hôtel des Invalides sont d'une conception tout humaine ; ils étouffent l'idéal sous les proportions de l'utile. La grandeur y reprend la place de l'infini. Autïe est l'impression que l'on ressent en face de ces monu-

LA MONARCHIE ABSOLUE Et LA BÉyOLUTION. S53

ments, autre est le sentiment qui nous pénètre de partout dans les cathédrales gothiques : c'est que les chefs-d'œuvre ne sont plus les mêmes.

Ces défaillances au milieu de tant de grandeurs s'expliquent aisément ; elles tiennent à une cause générale. L'influence de resprit catholique règne dans l'éloquence; elle tient une place extraordinaire dans la poésie. Elle nous donne par là cette supériorité qu'elle avait laissée aux peintres de l'Italie et aux architectes du moyen âge. Dans les autres arts et dans les sciences, elle n'a pas créé d'exception.

Est-ce à dire qu'il n'y ait plus rien à attendre du catholicisme? Loin de là, le dix-huitième siècle vit la musique s'en inspirer; elle lui demanda le secret d'une harmonie qui n'avait peut-être jamais existé et qui, tout au moins, n'ayait pas laissé de tradition. Dans ce siècle même, qui s'est fait un renom d'impiété,

Mozart s'est perdu dans l'infini.

254 LÀ DÎHE, LA GOKTÉE ET LÉ SOVal

Avec la civilisation naissent les besoins^ les aspirations nouvelles et les lumières inconnues. Le génie et ses œuvtes caractérisent une époque ; ils prennent d'elle les' idées et la puissance.

Les générations du dix-huitième siècle sont retombées au-dessous de leurs ancêtres ; ce n'est pas la première fois qu'un pareil phénomène se produit.

L'humanité, poussée par le temps, vogue à jamais comme une barque sur l'Océan; le calme plat suspend sa marche ; les orages viennent a tout moment l'éprouver; tantôt elle se laisse emporter par les vagues, tantôt elle se précipite dans les abîmes; ses triomphes ne sont pas de longue durée ; on la voit rarement dans sa splendeur ; quand une tempête s'enfuit, une autre monte à rhorizon ou bien les voiles tombent le long des mâts.

Mieux vaut lutter contre la violence que se voir réduit à l'inaction. Quelle que soit la

tourmente, les déchirements ëf la fatigue, tant que l'humanité se propose un but et qu'elle s'y laisse condtiire, il n'est pas permis de désespérer.

Mais nous aurions laissé de côté l'un des caractères les plus significatifs du dix-septième siècle si nous ne disions un mot de sa politique. La direction que lui donne Richelieu place la maison de France à la tête de l'Europe; mais elle provoque l'état constant des nations sur pied de guerre, et les peuples, qui se sentent vivre, ne demanderont plus que la paix. Le principe d'équilibre entre les grandes puissances est une illusion ; les forces vives sont envahissantes; elles grandissent avec Tenthousiasme et le succès; elles se taultiplient par l'ambition, la haine, la vengeance ; elles échappent, comme les passions, à toute mesure et à tout contrôle. Comment donc voulez-vous les comparer et les égaliser? La guerre est le dernier mot des diplomates, et

256 LL BtMX, LA CORVÉE £T LE JOUG.

la victoire dépend des chances plus que de la raison.

Richelieu prépare tous les éléments du traité de Westphalie. Mazarin complète l'œuvre de son maître. Louis XIV étend sa domination sur les bases posées par ces deux grands hommes d'État.

Mais personne, à aucune époque du dixseptième siècle, ne regarde l'équilibre européen comme parfaitement établi. Du reste, un rien peut le rompre ; aucune diplomatie n'empêchera jamais la fortune ou le travail d'apporter, d'un côté, le génie et le talent^ tandis que, de l'autre, aucun esprit supérieur ne vient faire contrepoids.

La France du dix-septième siècle abusa de sa supériorité dans la guerre; elle ne songea pas un moment à s'arrêter. Les nations voisines se levèrent contre nous ; à leur tour, elles ne connurent plus de modération : voilà les résultats des théories d'équilibre.

A rintérieur, on abaisse le parti protestant et Ton brise le pouvoir des grands seigneurs. Mais l'unité se forme au profit de la royauté; la nation n'est pas encore appelée à recueillir les fruits de cette haute politique.

C'est le parti royaliste qui triomphe. Peu à peu, il est vrai, tous les intérêts se confondent avec ceux de la couronne ; la royauté absorbe tout. Les peuples n'appartiennent pas à ceux qui les gouvernent ; le premier d'entre les hommes doit s'en faire le serviteur : c'est la doctrine de l'Evangile ; il faudra bien s'en souvenir.

Le caractère de notre époque est entièrement nouveau ; le monde a soif de liberté ; il est moins que jamais satisfait du présent; notre âge attend toute perfection de l'avenir. Ce besoin n'est pas insatiable; l'humanité ne demande rien qui ne soit dans la nature de l'homme ; ses plaintes ressemblent aux pleurs de l'enfant, on ne les étouffe pas en usant de

258 Uk V\MX, L^ COEYiE £T Lf JOUG.

violence; la faim, Tennui ou la dpuleur les occasionoent ; une mère cherche à calmer cette souffrance; elle consulte souvent son cœur ; son dévouement s'étend à tout ; elle admet les conseils de la scieace et les principes d'une sage éducation, en. les tempérant de son amour. Telle est la marche à suivre dans la solution des problèmes qui intéressent

le progrès.

Notre siècle s'épuise, souffre et s'enuuie ;

les institutions et le bien-être qui réaliseraient l'idéal des générations éteintes ne répondent plus aux besoins de la nôtre. ïletoijrner en arrière, c'est faire fausse route; se confiner dans Timitation des anciens, c'est perdre son temps. La marche des idées civilisatripes ne npus permet de ressembler ni aux sauvages, ni aux barbares, ni aux héros du moyen âge, ni même aux hommes qui nous précèdent imnaédiatement.

L'esprit cAtholiqu,^ a vivifié toutes l^ épo-

ques de uotre histoire, depuis les âges barbares jusqu'à notre grand siècle; il n'est sorti de nos mœurs que par l'influence délétère du siècle de Louis XV et de la philosophie du dix-huitième siècle. Ni les intelligences ni les corps n'étaient plus assez forts pour le contenir. Mais nous cherchons à nous relever ; tout au moins (Dieu nous préserve de cette extrémité, mais il faut bien compter avec elle) d'autres races plus fortes que la nôtre s'avancent peu à peu et comme par étapes militaires vêts nous, nos frontières se resserrent, le Russe pousse l'Allemand; les grandes puissances du Nord descendent vers le Sud- Ouest comme les barbares des invasions permanentes, avec leur civilisation de plus et quelques cruautés de moins. Si les peuples de rOuest ne renaissent pas, ils disparaîtront tôt ou tard, comme les Gaulois ou leÈ Romains.

A ces fortes générations de l'avenir, quel que soit leur nom, qu'enseignerons-nous? Quel

S60 LA. DtMI, LA CORVÉE ET LE JOUa.

sera leur esprit d'en haut ? Qui les couronnera?

On parle du génie de la liberté. C'est quelque chose, nous le reconnaissons avec joie 9 mais il a moins de réalité que les fantômes des ballades allemandes; il est aussi légendaire que les héros et les dieux de la mythologie. La liberté, c'est l'homme libre, c'est une puissance, une force, un privilège ; dans tous les cas, c'est une propriété dont la valeur dépend entièrement de ceux qui l'exploitent.

Elle est stérile entre les mains du paresseux, nulle pour l'ignorant et l'infirme, funeste à ceux dont la volonté se porte d'elle-même au crime et à l'injustice ; elle n'est vraiment un bien que pour ceux qui l'acceptent comme une occasion de se dévouer.

L'opinion s'attarde trop sur cette revendication; la liberté n'est qu'un moyen pour marcher vers un but; il la faut aux hommes

d6 bien ; si on là leur refuse, qu'ils la prennent, c'est leur droit. A la persécution, ils opposeront la constance, la vertu de sacrifice et la charité : telle est la mission perpétuelle de la religion parmi nous.

Nous avons tort de craindre l'avenir, encore plus de nous plaindre, parce que la foi chrétienne rencontre des obstacles. La lutte est son partage; elle est assurée contre les défaites . ([ni amèneraient sa destruction ; mais Dieu ne lui a promis nulle part des triomphes faciles ; Téternelle paix n'est pas de ce monde j-* la . destinée des chrétiens est de travailler et de souffrir ; ils obtiendront leur récompense dans r éternité.

C'est la vertu du catholicisme qui a régénéré le monde païen, civilisé les barbares, et produit les gloires les plus pures du dix -septième siècle ; sa flamme ne doit pas s'éteindre au souffle de la liberté, nous l'avons vue s'y aviver ; il ne faut pas compter pour rien la

26S LA J)tM£, LA COBXÈE ET LE JOUG.

force et Tactivîté qu'elle y reprend à Theore • actuelle. Le résultat le plus appréciable dei^ persécutions a été de consolider l'Eglise catholique ; elle n'a pas changé de nature, l'attaque changerait donc en vain de caractère.

La civilisation du dix-n^ivième siècle veut avancer par la science et Tinstruction ; les catholiques ont 1q devoir de ne pas rester en arrière sur ce terrain. Leur enseignement s'est abrité de temps immémorial sous les clochers* la liberté violerait-elle cet asile ? Les barbares l'ont respecté ; la tyrannie seule a osé s'y installer à côté de la conscience ; Tair que nous respirons donne la mort aux tyrans.

JadiSy quand les peuples à demi civilisés redoutaient les surprises et les batailles, les paroisses, avant d'être les communes, bâtissaieât leurs églises sur le plan des forteresses ; quelques-unes de ces vieilles tours' subsistent encore i elles ont tenu tôte à Tassaillant. Nous étions trop habitués au calme; les grandes

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basiliques n'abritaient plya que la prière, Téloquence et les arts; on n'y rencontrait plus qye des âmes fervei^tes et des an^ateuf a j la (ievise : chacun pour m^ tendait à y remplacer le tout à tous des premiers chrétiens. Un intérêt général, gravement compromis, y élargira les pensées.

Ailleurs, la sciepçe du clergé prenait l'aspect des églises de cs^Qtpagpe&i, Notre siècle n'a pas d'àrphiteqtvire religieuse ; on a imité le style gothique ; on revient à l'architecture romane, mais, en définitive, on ne crée rien. Dans ces mêmes églises, on parle encore le langage des siècles passés; rarement l'auditoire s'y intéresse, la voix du prédicateur vibre au-dessus de la foule ; on l'écoute un moment pour savoir à quelle occasion elle se fait entendre; mais là s'arrête le succès.

L'attention, à peine éveillée, laisse aller la pensée ; dès qu'elle est loin, tout bruit l'endort.

S64 UL dIme, la goryée et le joug.

Il fallait une secousse à tout ce monde ; elle vient ; qu'il se tienne prêt. Le progrès veut avancer par Tinstruction ; c'est le moment pour les sermons de faire la lumière, de nous intéresser, de nous enlever.

Au vieux beffroi de guerre que Ton vit s'élever au-dessus de Téglise comme le gage et le symbole des libertés communales, il conviendra bientôt d'ajouter l'école entièrement libre. Notre siècle y trouvera Tassurance d'un progrès nouveau.

Les rois de France, après avoir formé la féodalité pour créer chaque province, réunirent en unsetilfaisceau les domaines de leurs puissants feudataires. La Normandie, la Bretagne, les Flandres, la Provence enrichirent successivement le royaume que l'Europe considérait comme le premier trône du monde. Malgré les différences d'origines, de nos jours encore bien reconnaissables, hommes du Nord, Celtes, descendants des Teutons et des Germains, enfants du Midi, tous se rangèrent sous

966 LA bIme, la go&yés st ls joug.

la bannière fleurdelisée, tous œncoururent, vaillants soldats qu'ils étaient, à Tunification de la commune patrie. Pendant une longue suite d'années, victorieux souvent, défaits quelquefois, ils soutinrent contre l'étranger, qui ne voulait point laisser faire la France, une lutte formidable. Elle fut terminée par l'annexion de T Alsace que Louis XIY prit aux Allemands, de la Franche-Comté qu'il enleva aux Espagnols, et par la cession de la Lor* raine^ ancien patrimoine des empereurs.

Jusqu'alors, sauf certaines réserves qu'il faudrait bien se garder d'admettre légèrement, les provinces vécurent d'une vie propre, distincte, sous le gouvernement des gens du roi dont l 'autorité se trouvait mitigée par les Assemblées des Etats, origine et en même temps expression parfaite — pour l'époque — du suffrage populaire. En effet, toutes les classes de la société étaient représentées à ces congrès, lesquels usaient large-

ipent et souvent envers le roi du droit de re* montrance.

Certains impôts ne pouvaient se lever sans le consentement de la province ; elle en absorbait une forte partie, elle non^mait elle-même ses collecteurs, ses trésoriers; elle avait ses consuls, ses capitouls, ses maires, ses échevinS| soumis à T élection ; chaque corps admi-nistratif, militaire ou religieux, avait ses tribunaux particuliers, et chacun devait être jugé par ses pairs.

Quelques*unes des coinniuneB viennent dâ r empire romain : ce sont les anciens municipesy continués pendant le moyen âge, dans le Midi surtout : à Toulouse, à Narbonne, à Avignon. Dans le Nord, elles sont le résultat des insurrections de la bourgeoisie contre les seigneurs, ou elles procèdent d'actes d'affran-

268 LA. DtME, LA CORVÉE ET LE JOUG.

chissement octroyés par ceux-ci ou par les rois.

Cest la monarchie qui a fait la commune.

Ainsi, tradition romaine, émeutes victorieuses, concessions féodales ou royalçs : telles sont les trois origines des communes. « Commune, disait Guibert de Nogent, est un nom nouveau et détestable, et voici ce qu'on entend par ce mot : les gens taillables ne paient plus qu*une fois Tan à leur seigneur la rente qu'ils lui doivent. S'ils commettent quelque délit,. ils en sont quittes pour une amende légalement fixée. »

Ainsi, pendant la période si agitée du moySn âge, c'est-à-dire du onzième à la fin du quinzième siècle, deux pouvoirs grandirent l'un en face de l'autre, suivant l'expression de M. Guizot : l'un destiné à faire périr la féodalité de laquelle il était parfaitement distinct, et qui se nommait la royauté ; l'autre, le pouvoir communal, qui devait grandir également

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270 UL DÏm, LA CORYÉE £T LE JOUCr.

lèges, règlements intérieurs, deux cent trentesix actes dont les communes sont Tobjet.

« Sur aucune autre matière, dit M. Guizot, il ne reste d'aucune époque un aussi grand nombre de documents officiels. > Il nous faudrait pouvoir suivre dans tous ses détails rhistoire du nouveau régime municipal fondé par l'institution des communes.

Augustin Thierry, dans ses Lettres sur V histoire de France^ et M. Guizot dans ses célèbres cours sur l'histoire de la civilisation, éclaircissent même les points les plus obscurs, et, partant de principes différents, en apprécient diversement les faits.

Riei} n'est plus remarquable que l'action de la royauté sur la formation des communes, si ce n'est la part que l'Eglise, tutrice naturelle du peuple, eut à son affranchisseluent^ <c Un exemple de la part que les n^oines prirent à l'amélioration du sprt des paysans,

dît 1^. Léopold Delisle (1), nous est fourni par ceux de Tabbaye de Fécamp. Ce fut par leur eatreou^e que, dans les premières années du treizième siècle, les hommes de Boissis-Mau- Toisin purent §e procurer les neuf cents liyres parisis au moyen desquelles ils s'affranchirent de la domination de Gui Mauyoisin et de sa postérité. »

De son côté, le protestant Hnrter, dans sojî Jableau des institutions et des mœurs 'de VEglise au moyen âge, s'exprime en ces terwes :

« Il n'était pas difficile d'obtepir de la générosité des seigneurs ecclésiastiques des exemptions que les seigneurs laïques n'auraient aQCQrdées que moyennant une indem* mté, ^n général, les rapparts du maître au sujet se présentaient sous une forme beau* cpup plus douce, quand ce maître appartenait

(1) De la condition des personnes et des terres en Normandie^ au moyen âge.

au clergé. Il passait sur bien des choses; il facilitait leur exécution, il y renonçait par bienveillance. Il était rare qu'un démenti fut donné au proverbe qui vantait la douceur de la houlette pastorale (Sous la crosse il fait bon vivre). L'oppression des serfs était une exception, leur affranchissement était plus facile à obtenir. »

Citons encore ce passage d'une charte d'affranchissement donnée au quatorzième siècle * au chapitre d'Auxerre :

« Comme tous les hommes doivent, en vue du droit naturel, jouir du bienfait de la liberté et qu'entre tous les ministres de la foi chrétienne, l'Eglise, en tant que mère de tous les fidèles, est tenue de donner non seulement le privilège de la liberté, mais encore de veiller pour tous les fidèles du Christ, au maintien et à la conservation de ce privilège, selon l'ordonnance des sacrés canons et la sanction légitime des plus saintes lois, etc. »

ce Miinicipes restaurés, dit Augustin Thierry, villes de consulat, villes de commune, villes de simple bourgeoisie, bouïgs et villages affranchis, une foule de petits Etats plus ou moins complets, d'asiles ouverts à la vie du travail sous la liberté politique ou la seule liberté civile, tels furent les fondements que posa le douzième siècle pour un ordre de choses qui, se développant jusqu'à nous, est devenu la société moderne. »

Voyons maintenant quelles étaient la constitution et l'organisation des communes, de ces communes fondées par l'Eglise et la monarchie, transformées par la volonté du peuple de municipes gallo-romains en municipes français, ou conquis sur le despotisme de quelques seigneurs par une lutte énergique et constante, où le peuple avait encore l'appui du roi et du clergé.

274 LA nIXE, LA GÔRVÉ£ ET LE JO^G.

Nous nous imaginons fort sottement quô lô suffrage universel est d*invention récente et que l'absolutisme était la seule forme de gouvernement connue autrefois. C'est un de nos préjugés : il sera infiniment difficile de le faire disparaître, car il n'est rien de tenace comme une idée absurde. L'organisation de la commune se différenciait d'après les pays et les traditions de ces pays. L'on se rapprochait beaucoup, dans le Nord, des façons de faire démocratique ; la forme aristocratique prédominait dans le Midi;

C'est qu'ici les Romains avaient laissé des traces de leur passage et que le pàtriciat devenait héréditaire dans les familles, dont quelques-unes, privilégias^ gouvernaient la commune.

Ainsi, les républiques italiennes apparte-

tES COMMUNES ET l ROYAUTÉ. 275

naient à d'habiles parventis, assez politiques pour se faire accepter. Les Médidis à Florence, les Bentivoglio à Bologne, les Malatesta à Rimini, les Grimaldi, les Doria à Gènes, possédèrent le pouvoir à titre héréditaire, après l'avoir usurpé. De là vinrent les guerres terribles qui, pendant plusieurs siècles, envahirent la Péninsule, et provoquèrent les invasions de l'étranger.

En France, il en fut à peu près ainsi, du moins dans certaines villes où des luttes séculaires furent soutenues par la bourgeoisie contre ces familles, origine et tige de nos grandes maisons parlementaires.

Au Nord, où rétablissement des communes avait été, pour ainsi dire, le résultat de conquêtes, le pouvoir fut toujours plus divisé et changea souvent de titulaire. Mais que la cause changeât, les effets restaient les mêmes. L'animosité entre les partis, soit dans les Flandres, soit dans le Laonnais et l'Amiénois, en-

276 L4 dIm^, la coetéb et vb joug.

gendrèrent des guerres civiles. Il n'en était point partout ainsi ; les simples boui^s, les villages où le seigneur possédait encore quelque autorité, jouissaient de la paix et du calme. Les villes seules, un peu livrées à ellesmêmes, s'insurgeaient par intervalles contre le pouvoir, levant l'étendard de la révolte, armant les citoyens contre les citoyens. C'est que la centralisation avait été excessive et les privilèges trop nombreux ; si bien que le roi ou suzerain n'avait aucune influence et ne pouvait nullement refréner les. abus de pouvoir des communes.

Le suffrage universel, nous l'avons dit, était exercé alors comme aujourd'hui. Pour jouir de ses droits politiques, il fallait remplir des conditions que l'on n'oserait plus exiger. Le vote se faisait avec une grande régularité, sous une surveillance des plus sérieuses ; la brigue et l'intrigue étaient moins fréquentes, les supercheries moins faciles.

Pour en donner, un exemple, empruntons quelques lignes à ï Histoire de la civilisation de M. Guizot, peu suspect de partialité en ces matières :

« Dans la commune de Sommière, en Languodoc, département du Gard, aux quatorzième et seizième siècle, l'élection des magistrats municipaux était soumise à toutes les épreuves suivantes. La ville était divisée en quatre quartiers suivant les corps de métiers. Elle avait quatre magistrats supérieurs et seize conseillers municipaux; leurs fonctions duraient un an; au bout d'un an, les quatre magistrats supérieurs et leurs seize conseillers se réunissaient, et ils choisissaient eux-mêmes dans les quatre quartiers de la ville douze notables, dans chaque quartier trois. Ains quatre magistrats supérieurs, seize conseillers, douze notables, ainsi choisis par les magistrats de Tannée précédente, on faisait entrer douze enfants dans la salle : il y avait

i78 LA DtlIB, LA CORTÉB ET LE JOVQ.

dans une urne douze boules de cire ; on faisait tirer une boule de cire par chacun des douze enfants ; puis on faisait ouvrir ces boules de cire dans quatre desquelles était renfermée la lettre E, ce qui voulait dire electiis, élu. L'enfant qui avait tiré la boule où cette lettre était contenue désignait de l'autre main un des notables, qui se trouvait ainsi élu l'un des magistrats de la commune. »

Un pareil système ne serait plus applicable.

Le hasard y avait trop de part et Ton voit la quelque chose d'artificiel. Mais c^était couper court à toute corruption électorale.

Le caractère dominant de l'organisation communale est le choix du supérieur par les inférieurs, l'élection que Ton s'efforce d'épurer, de corriger, de soustraire à l'action des ambitions de mauvais aloi. Ce principe est reconnu. Dans les villes où le régimd des municipes romains a été conservé en quelque manièl'e, c'est au contraire le supérieur qui

choisit parmi les inférieurs, considérés non pas pomme des esclaves dans toute raqcçption du mot, mais comme des gens ayant ijne position plus dépendante encore et plus servile que les clients des patriciens romains.

Enfin, là où la conquête, la lutte à main armée contre le roi, T évoque ou le seigneur, avait amené -l'établissement de la commune, où les franchises municipales, arrachées par la violence,. régnaient de par le glaive, on appliquait dan3 toute sa rigueur cet axipine faux et immoral : la force prime le droit.

Celui qui possédait un certain nombre de soldats mercenaires, un coffre plein d'écus, s'emparait du ppuvoir et l'exiBrçait jusqu'à ce qu'il fût renversé par un homme plus fort que lui.

L@ véritable principe de la commune est celui que développe avec une grande clarté M, Ferdinand Béchard dans son livre intitulé : De l^Q^dministr cation intérieure de la France : <K Un intérêt social rapprocha les un9 dê^ au-^

280 LA ïAme, la gortés et le joug.

très les hommes qui vivent sur le même sol et leur crée des intérêts >X)mmuns ; de là, le terme Tindique, l'origine de la commune. »

C'est par les moines que commencèrent ces associations d'individus qui se transformèrent peu à peu en villages, en villes.

Ce fait ressort sans contestation des travaux si complets de Thierry et de Guizot, et de plusieurs autres de la même école, que l'amour de la vérité força, malgré eux certainement en maintes circonstances, à l'impartialité.

L'Etat réunissait alors en faisceaux ces innombrables communautés, sagement administrées pour la plupart, surtout ailleurs que dans les villes, et leur donnait une existence politique. Absolument libres quant au gouvernement local, douées de prérogatives considérables, les communes prenaient part au gouvernement de l'Etat au moment des grandes assemblées provinciales. Indépendantes les

lES COMMUNES ET LA ROYAUTÉ. $8f

unes des autres, chacune d*elles jouissait d^tiiiel vie propre, d'une constitution particulière, qtif mettait des bornes à l'émigration, — une atiVrél grande plaie de notre époque ! — favôWéàit îe* travail, facilitait Texercice de la juàfibè', présentait, en un mot, des avantages inëti dàtâetérisés. '' '^'" -"''^ ''*

Le plus grand nombré^dëè cbtattiuhefàv-àiB moyen âge, élisaient Iéût!3niaîféi3;^v(itiàîetitf leurs impôts , levaient' ' et dîW^eàieiit > leuts^ milices. D'autres H^tfVàiôtit <^'îè^ \iir6iriîél répartition et de pef e^ptîot^ ^ d«s » îtti|)â^sv ' Itf surveillance des VoJéBr publiques 'et' W prôàéntation au roi-dés cabdidatâ âPtiicUbàrgQl^àiii^ nicipales . Léis éoïnfikraëà' dti ioy^'bme'i ^sm^ conservèrëiif ju^qu^à liii pfoiôlafliatidii' doista^

'•ïî!n>

tut, en' 1848, ' cèô privUegèâ^ particuliërB.

Léi ' abttfmnûe^ était' éW^ldéf ée- TOffiiiietuOTB

%i^ LA ptME, LA CORTÉE ET LE J0U6.

pe^^nne légale, elle était seigneur ; elle exerçait les droits de haute, moyenne ou basse iusjtiçe, en partant de ce principe que chacun 4fYfii|i ^^tre jugé par ses pairs. Par exemptiçiis 4/|ff^>ôtSy en facilitant les transactions coaiixifrmle^, eu développant certaines industries, en favorisant certains corps de D3étiers, elle cherchait à augmenter le nombre de ses habitants, à leur créer une vie facile, indépendante. Son intérêt, en tant que comçpipnei,,^fa|}^,(i)[|ei gq^iviçpaer habilement, honnêtjçpïfiftjt,,tont,|Çft,mi^]fta^epnt le pouvoir souvem^ iqHfi J? ,IWhé8e?'f„W°tre les invasions, l^psfstf jf dfiift^s.fr^ppIftSj, lui fournissait des çqld»$9„pçmrsft,d^feB|JrPl.„, ,„

,,U,.çfli?|lipp ,q^i,j,ya,,s«wy,r;e,,„empruntée à M. . Aflgtf ?tip Thiçrry, iç/mi, .^'appjiqper au plus

gnoi^ nmitr.^A^^mWfit^AMffUm^^ franc au trei2iè»»e,siwle^!iWB,P«s,.4',pp^, wni^^e absolue j^V tp?r, t Ifi. |dét§Jifc. TTT: jC8J; .le,yfifpy^p, âge

LES GOMMD[NES JIT LA ROYAUTÉ. 283

tâïit, cha<îw^ vojilait ^conserver la marque indélébile 4e son originalité; — piais commô une preuve, entre mille, que l'unité chrétienne n'exclut aucune diversité...

.On peut donc dire qu'il n'y avait pas deux constitution^ identiques ; cepej^^dant toutes avaient de grands traits communs qui franchissaient même les régipns... GWlde, consulat, coutume de Lorris, charte de Beaumont, villes impériales, cités épiseopales... partout, on trouvait ces trois caractères : administration, justice, droits politiques*

Ces derniers furent conquis au dpuzième siècle, comme sauvegarde des deux premiers.

La liberté civile, dit M* Gui^ot, ne saurait subsister longtemps &ans de^ libertés politiques correspondantes.

Revenons à M. Augustin Thierry (section ni, p- 462, de VHistoire du Tiers^Etat). . « La aité d'Amiens avait le plein exercice d@ trois sortes de droits : le droit de liberté

284 LA DtME, LA CORTÉE ET LE JOUG.

politique, le droit de justice criminelle et le droit de justice civile; les deux derniers, comme on Ta vu plus haut, étaient, dans une certaine mesure , inhérents à la municipalité romaine et à la municipalité gallo-franque, depuis Gharlemagne ; mais le premier^ élevé jusqu'au point de faire de la ville un état ayant droit de guerre et de paix autour de lui et droit de législation sur lui-même, formait quelque chose qui ne s'était pas encore vu, r œuvre originale du douzième siècle. C'est pour la garantie de ce privilège de souveraineté urbaine que furent créés alors, avec un instinct merveilleux, de nouvelles constitutions, de nouvelles magistratures et un appareil tout nouveau de puissance et d'indépendance municipales. »

Les institutions religieuses, civiles et politiques, sont la clef du moyen âge intellectuel. Elles ont pour base trois principes sans lesquels toute société est incomplète et stérile,

LES COMMUNES ET LÀ ROYÂÛtÉ. ' 285

la famille, la coAmune, rBtàt|"IeiSquéri viéli^ nent se fondre dans Tunité univiérsèllë — *lc|ul se pourrait appeler république' chrétienne -^ avec un ensemble, une harmonie,' titiè' pat*,' qu aucune autre époque n'a coniiu's ati Mêriië degré. '' '•»''^^'"'^^-''>

Les communes possédèrent, malgré lë^ âW sensions, les révolutions qu'elles ' èurefùt 'k supporter, cette liberté, cette fôtce 'dôûSf lesquelles la royauté sut trouver' un piit^i d^appui à peu près unique pour luttet (butrcJ les exigences écrasantes de la grandef ' féodalité. Ce fut grâce aux communes que LoQÎsXt put. commencer à battre en brèche le p6avoiri formidable des grands vassaux, conquérir plusieurs provinces, créer une administration sérieusement organisée. :

Donc le travail incessant de TEglise péar» affranchir tout à fait ceux qu'elle avait d'aborà tirés de l'esclavage; l'œuvre éminemment civilisatrice des monastères bénédictins au mi^

f^ LA pJHB^ LA CORVÉE ET LE JOUG.

I)p(f . 4if 3 , populatiops rurale» : bibliothèques, fe^rnes-^pple.ç, ^ maisons de refuge, hospices, Tét^^bl^i^f^^nt 4ç3 paroisses, origine directe dpfi comipui^içg ;. l'acquisition lente, pénible, pn^riçp?fi dç. çef tains droits, cet ensemble de circonstances dont nous pouvons suivre Tactipi^ p^s k pOiS,, finit par constituer la puissance 4u j^ÎGit^rétat, Torganisation complète des mu* njqipes^ ,4Qnt les rois, surtout à partir de l^DJâ YJ, s'appliquèrent constamment à favo-

..i^pq^e les premiers apôtres du christiailUme^, envoyés de Pierre et de ses successeurs ifaioédiats, pénétrèrent dans les Gaules,, ils i|ly trouvèrent pas cent villes ; au treizième siècie, on compte déjà deux mille communes.

Les cent villes ont été ressuscitées par les 6vièques;le reste doit la vie a}i\ efforts iocQsâafila des moines et des rois.

': Liaction des communes e$t double, aiasi qu6 leur origiae. Le^ p^tâtea comn^n^ repré-

sentent un courant essentiellement -conservateur : le peuple est chrétien, par conséquent probe et vertueux; on verra, il est vrai, à plus d'une reprise, et en particulier au Quatorzième siècle, le peuple se révolter doiitre l'aiitbir'it'é et se rendre coupable d'actes d'iineîn'croyârBlé barbarie; mais alors comme aujouro^^nui, limpulsion^ le souffle mauvais vient toujours dé plus haut.

iJ i l.ij. , .-SMIWiJlî'i^'i

Les grandes villes exercent sur notre pays une influence qui ne tardera pas a devenir révolutionnaire. Là triomphe le droit rôniaiti destiné à primer un jour pàrtdut' fe droil:

coutumieret chrétien; là s'élève cette bour- ^ geoisie qui, en toutes circonstances, fera litière devant la royauté de tous ses droits, titres ou privilèges, jusqu'au moment où elle renversera la royauté, dernier vestige de la véritable autorité. /

: ■ lùiï •»

âHB LA ptMB, LA CORVÉE ET LE JOU<ï.

principe uae république fédérative, renfermait ei||germe les jèl^nients d'un véritable pouvoir cbrél^ep, c'estrà-ij^re pondéré. Elle trouvait à sa naissance trois principes : le roi et' les communes, qui l'un et l'autre avaient un besoin réel, évidept, indiscutable, de grandir et de se fortifier : par conséquent, de se contenir mutuelle.ment; — puis l'aristocratie, trop puissante, qu'il fallait de toute nécessité réduire à .de justes et équitables proportions. Aussi, aux premiers siècles, la guerre loyale faite à cette exubérante féodalité estelle des plus justes. Telle est la voie que suivent les Capétiens jusqu'au treizième siècle, et saint Louis, sous le règne duquel les grandes difficultés sont déjà vaincues, est l'aurore pour la nation française d'une puissance morale

dont nous pouvons difficilement aujourd'hui nous faire une idée. Ce monarque était en propres termes, dans la plus large acception du mot, l'arbitre du monde.

L'action des communes est bonne jusqu'au quatorzième siècle: à partir de ce moment, deux courants se produisent : les villes sont mauvaises, les paroisses sont bonnes. Il y a donc bien longtemps déjà que dure la lutte entre les « ruraux » et les « urbains. »

La résurrection des municipalités par l'affranchissement des serfs et par les chartes communales, l'établissement des bourgeoisies et l'admission définitive du tiers-état dans les assemblées nationales et dans les cours judiciaires, ont été l'œuvre de nos rois. Nous disons de nos rois en parlant des Capétiens, car ceux de la première race étaient tout au plus des chefs de tribus; ceux de la seconde, étrangers pour la plupart, se préoccupaient avant tout de l'empire, fort peu de la France,

'publia

> Hamilton Grange Brunch "^ ^

503 W. M5ln Street.

990 LA DtMB, LA GORlFiS BT LE JOUG.

et la monarchie française ne fut réellement

fondée que par la descendance de Robert le

Fort.

<c La bourgeoisie, dit Montaigu, était le

droit accordé aux habitants d'un lieu, ou à ceux qui leur étaient associés, de jouir sans conditions de privilèges communs.» Le relevé des droits attachés à la bourgeoisie nous est donné parla Thaumassière. Us comportaient:

La décharge. de taille servile, La permission de vendre, aliéner et disposer de leurs biens»

L'exemption du droit de mortaille, trans-.

mission héréditaire de la propriété, L'exemption des bans et corvées, La garde et tutelle de leurs enfants, ' La permîssion aux filles et aux femmes de se marier sans le consentement du seigneur, de ne pouvoir être emprisonnés, ni leurs biens pris, pourvu qu'ils donnassent caution d'ester en droit.

LES COMMUNES ET LA ROYAUTÉ. 29i I

Outre une infinité de privilèges de détail concernant la chasse, la pêche, etc.

« Le bourgeois du moyen âge, dit Chateaubriand, ce bourgeois qui reconstruit la moyenne propriété dans les cités, était un personnage important, souvent appelé à délibérer sur les plus graves affaires de la patrie. » Il y avait de grands, de petits et de francs-bourgeois; le bourgeois pouvait posséder certains fiefs. Le nom de bourgeois signifiait quelquefois homme de guerre ; il ne dérogeait point la noblesse : noble homme^ damoiseau et bour^ geoiSy sont des qualités données à une même personne dans des titres du quinzième siècle ; les hommes qui étaient bourgeois de certaines villes se trouvaient dispensés de Tarrièreban. Les bourgeois de Paris s'appelaient bourgeois du roi.

Certes, la classe moyenne était alors autrement favorisée que de nos jours, même au point de vue de la distinction honorifique. De

même que la noblesse était le trait d'union entre la royauté et le tiers-état, de même la bourgeoisie était la classe de transition entre la noblesse et le peuple, la classe dirigeante par excellence, celle qui faisait l'opinion, éelle qui gouvernait les communes, entrait au conseil, composait la magistrature, exerçait les professions libérales, faisait, en un mot, la vie commerciale, industrielle, intellectuelle de la nation.

Et ce peuple lui-même, était-il si réellement malheureux? Ecoutons ce qu'en dit M. Léopold Delisle, dans ses Etudes sur la condition de la classe agricole :

a Les rapports des seigneurs avec leurs hommes ne sont point entachés de ce caractère de violence . et d'arbitraire avec lequel on se plaît trop souvent à les décrire. De bonne heure les paysans sont rendus à la liberté; dès le onzième siècle (l'an 1000), le servage a disparu de nos campagnes; à par-

LES GOMMUiSES ET LA ROYAUTÉ. 293

- T -— - iw T^ -L- - l ll.

tir de cette époque, il subsiste bien encore quelques redevances et quelques services personnels, mais le plus grand nombre est attaché à la jouissance de la terre. Dans tous les cas, les obligations tant réelles que personnelles sont nettement définies par les chartes et les coutumes. Le paysan les acquitte sans répugnance; il sait qu'elles sont le prix de la terre, il sait aussi qu'il peut compter sur l'aide et la protection de son seigneur. »

On savait que tout homme possède la même valeur aux yeux de Dieu, que tous les hommes sont égaux devant lui et devant la mort; on s'acheminait insensiblement vers l'égalité

devant la loi qui est la seule à peu près certaine. Les utopies révolutionnaires ne pouvaient, du reste, avoir aucune prise sur les esprits non prévenus et qui n'ignoraient point quelle distance infranchissable sépare l'homme intelligent, le savant, de celui à qui la Pro-

294 LA DtviK, LA CORVÉB ET LB JOTTG.

vidence n'a pas départi ces dons précieux de Tesprit, de celui qui n*a pas usé «a vie à acquérir la science. Il eût été mal venu, celui qui aurait dit aux serfs, aux bourgeois, aux seigneurs, que le guerrier et Thomme de loi, le prôtre et le négociant, le capitaine et Taventurier, le vagabond et le chevalier, le docteur et le paysan, jouissent des mêmes droits et les doivent exercer de la même façon.

Chaque classe de la société connaissait à peu près quelle tâche lui incombait, quels devoirs elle avait à remplir, de quels droits elle devait user; le respect de la loi, la soumission à l'autorité, n'étaient point de vains mots ; mais au moins Ton savait obéir, et la dignité humaine, la dignité sociale, n'en étaient pas compromises.

On travaillait sans oser réclamer le droit au travail ; chacun, dans sa sphère, avait une tâche à mener à bonne fin.

Là fraternité s'appelait charité!

Dans ce retour à la constitution naturelle de la France, qui se manifeste du douzième au quatorzième siècle, on assiste à Tune des périodes les plus intéressantes de notre histoire. Tout grandit avec la royauté indépendante. L'émancipation de la bourgeoisie rend aux habitants des villes, à cette multitude d'aflfranchis, livrés aux travaux de l'industrie et des arts, dé Tagriculture et du commerce, des droits civils dont les seigneurs et les évoques avaient à peu près seuld joui depuis leâ descendants de Charlemagne.

C'est un pas de géant accompli vers la conquête des droits politiques. En même temps que les communes recouvrent leurs franchises, on voit correspondre à ce beau mouvement de défense et de protection mutuelle des grandes cités et bourgades du Nord, du Centre

296 LA DtHEy LA CORVÉE ET LE JOUG.

et du Midi, les premières associations ouvrières.

Les corporations industrielles s'établissent sous la protection des rois et les bénédictions de TEglise. L'individualisme des classes déshéritées fait place à Tesprit de corps. Tout dans la société semble se modeler sur le perfectionnement de rinstitution monarchiste; c'est l'unité dans la diversité, cette grande loi de l'univers, du monde physique et du monde moral, qui se réalise par la puissance des principes constitutifs de la France.

En examinant sommairement les institutions de la France, nous ne voudrions pas nous engager dans un travail au-dessus de nos forces. Bornons-nous donc à présenter de simples aperçus sur les droits des Français en fait de justice et en matière d'impôts.

Le droit régalien par excellence, avant la féodalité, c'est la justice. Elle émanait du roi, en qui s'incarnait l'ordre social et se person-

nifiait le peuple, et par sa prérogative fondamentale dn droit de sanction, le roi partageait, avec les représentants élus de la nation, le pouvoir législatif : Leœ fit consensu populi et coîistitutione régis. Pour donner un exemple de l'application pratique de cette maxime, disons que la loi salique et, plus tard, les Capitulaires de Charlemagne, furent rédigés, revus et discutés dans les grandes assemblées . des champs de mars et des champs de mai.

Cette assertion, nous la trouvons presque textuelle dans nos historiens. Les lois sont faites séparément pour les différents peuples, pour les corporations. Il faut admettre cette séparation, tout en conservant l'unité et l'égalité iies citoyens devant la loi pour obtenir les juridictions diverses qui doivent régir chacun suivant les mœurs, les usages, les coutumes du pays auquel il appartient, le caractère professionnel qui lui est propre, la

solidarité qui l'enchaîne à d'autres individus.

298 LA BtME^ LA CORVÉE ET LE JOUG.

C'est du reste une maxime de droit naturel que tout homme doit être jugé par ses pairs.

Ainsi, les Francs étaient régis par la loi des Ripuaires, les Gallo-Romains par le jus Romanum, le clergé par le droit canon, comme aujourd'hui les militaires sont régis par une législation spéciale.

L'impôt doit être consenti par ceux qui le paient : telle est la formule aussi ancienne que la monarchie, et qui se trouve aussi bien dans les ordonnances des rois que dans les délibérations des assemblées nationales, provinciales et communales. Le principe est fondamental. On ne peut le violer sans violer en même temps toutes nos lois constitutionnelles.

Au temps des rois francs, Timpôt n'existait qu'en ceci : tout le monde contribuait aux frais de la guerre, tout le monde participait aux bénéfices de la victoire, et le roi n'était

que primus inter pares^ le premier parmi ses pairs.

<c Lors du partage des régions conquises par les Francs sur les Romains, dit M. de Biauzat, dans ses Doléances sur les surcharges que les gens du peuple supportent en toutes espaces (Timpôts^ il fut pourvu, sur la masse commune, aux besoins qui pourraient survenir au trône et à l'Etat en guerre comme en paix : on n'imagina pas alors une imposition à répartir sur une seule classe de citoyens. On délaissa l'usufruit des grandes terres aux grands guerriers, à titre de bénéfice, à la charge de faire le service militaire à*leurs frais, et l'on ne voit nulle part que la classe inférieure en fortune ait jamais consenti depuis à supporter la portion contributoire des riches dans le paiement dtts charges de nouvelle nécessité. Enfin, cette supposition que le peuple doit supporter seul le poids des charges est incompatible avec le droit national de la France, où l'on tient pour

oOO LA DÎME, Ul corvée £T LE JOt&.

maxime que Timpôt ne peut être « çue lapor^ lion contributoire de chaque citoyen pour maintenir la sûreté publique et la tranquillité individuelle^ » et que « le principe constitutif de la monarchie française est que les impositions soient consenties par cexm qui les doivent supporter, »

Les passages soulignés sont les termes précis des ce Remontrances » du parlement de Paris, du 24 juillet 1787, et d'un arrêt du 5 août 1787.

Quand on frappait certains impôts extraordinaires, le roi s'engageait à les rembourser au peuple. Ainsi Louis X prit cet engagement au sujet des subsides qu'il obtint de la noblesse et du peuple. Mézeray nous apprend d'ailleurs que Philippe V remboursa à la nation cette espèce d'emprunt qu'avait fait son prédécesseur, et les historiens assurent qu'il en retira

quittance. Une loi attribuée au même roi

portait que les impositions ne pouvaient être « incorporées et mises dans le domaine. »

« Il est vrai, dit M. de Biauzat, on a chargé anciennement le tiers-état d'un impôt dont la noblesse payait un tribut particulier et bien plus considérable : -elle faisait la guerre à ses frais, ainsi que les églises qui possédaient de grands biens. Les anciennes contributions de ban attestent obligation primitive des propriétaires de fiefs.... Il est certain que les ecclésiastiques payaient autrefois un équivalent de ce que le tiers-état supporta en taille et qui fut originairement destiné à fournir aux frais de Tentretien des troupes. »

a II est à savoir, dit Coquille, que d'ancienneté était pratiqué que les évoques de ce royaume étaient tenus d'envoyer hommes de guerre dans l'armée du roi, à c^use du revenu temporel qu'ils tiennent en fief. »

Lorsque la communauté se substitue à l'individu et qu'elle possède une existence lé-

302 LA dIme, la cortex et le joog.

gale, bien qu'elle soit uil être abstrait, un citoyen impersonnel, s'il nous est permis d'employer ce terme, pour bien faire comprendre notre pensée, elle doit jouir des mêmes droits que l'individu.

La commune devait donc voter elle-même rimpôt, le percevoir, en conserver ce qui lui était nécessaire et transmettre elle-même directement aux trésoriers de l'État la part af- ^férente au trésor.

Sous le règne de saint Louis, les hommes appartenant aux classes inférieures, les affranchis, les bourgeois étaient appelés à prendre part aux affaires publiques. A son retour de la Terre Sainte, en passant par Beaucaire, saint Louis fit un règlement portant que :

« Si les circonstances exigent de prohiber toute exportation, alors le sénéchal.àssemblera un conseil non suspect, où se trouveront quelques-uns des prélats, des barons, des che-

LES COMMUNES ET LA ROTAtJTÉ. 303

valiers et des habitants des bonnes villes, -pour donner leur avis sur la nécessité de cette prohibition.

Non seulement, dit Thibaudeau, saint Louis donne voix délibérative aux bourgeois dans des conseils, mais il les appelle auprès de lui pour rendre des ordonnances. Les monnaies sont toujours dans la confusion; il y a encore quatre-vingts seigneurs qui battent monnaie et qui en font de fausse ; le roi fixe le titre de la sienne, il ordonne qu'elle aura cours dans tout le royaume, même dans les domaines des seigneurs, en concurrence avec la leur. »

« L'ordonnance est rendue^ non plus avec des évoques et des barons, mais avec douze jurés, des bourgeois appelés de six villes différentes (1262).»

Cest du principe qui présida à Torganisation des assemblées provinciales que naquit ensuite celui de la représentation nationale

que nous verrons s'affirmer et briller du plus vif éclat avec les États généraux et les cham-. hres constitutionnelles qui furent les parlements et dérogèrent plus tard soit à leur origine soit à leur devoir.

Dans l'histoire de ces assemblées se trouve renfermée toute l'histoire de France.

La première convocation des États généraux eut lieu en 1302 sous Philippe le Bel, qui réunit les trois ordres du clergé^ de la noblesse et du tiers-état pour discuter sa lamentable querelle avec le malheureux pape Boniface VIII.

« A côté des États généraux, dit M. Cheruel, subsistaient toujours les États provinciaux en Languedoc, en Normandie, en Dauphiné, en Bourgogne, en Bretagne. Le droit de voter

Timpôt de la province leur appartenait:

même dans les États généraux, les provinces restaient séparées. »

Le roi seul avait le droit de les convoquer, a Les lettres patentes qui convoquaient les Etats généraux étaient adressées d'ordinaire aux gouverneurs des provinces et aux baillis. Elles indiquaient la cause de la convocation, ainsi que le lieu et l'époque de la réunion des députés. Les gouverneurs et baillis faisaient 5emondre à domicile les nobles et bénéficiers ecclésiastiques. Ils envoyaient copie des lettres du roi aux échevins des villes et aux juges et curés des villages. Les bourgeois et vilains étaient avertis au prône et, à son de trompe, par affiches apposées au pilori ou à la porte des églises. »

Sur cette convocation, les nobles et les ecclésiastiques nommaient directement leurs députés, mais, pour le tiers-état, il y avait

deux degrés d'élection : les paysans, réunis

306 ul bIme^ la corvée et le jon&.

dans les villages, et les bourgeois dans les villes, sous la présidence des baillis, sénéchaux, vicomtes ou viguiers, prévôts des baillis, nommaient des électeurs et rédigeaient des cahiers de doléanoe où ils exposaient leurs vœux et leurs besoins. Les députés de ces diverses assemblées se réunissaient au chef-lieu du bailliage, examinaient les divers cahiers et en formaient le cahier du bailliage. Ils procédaient ensuite à la nomination des députés aux États ecénéraux.

Par ce moyen, le mandat des membres de cette assemblée était clair, parfaitement défini. L'on savait quelles « doléances » la nation avait à présenter au roi, et comme d'un autre côté les parlements avaient droit de « remontrance » et qu'ils en usaient peut-être plus qu'il n'en était besoin, le pouvoir pondérateur mitigeant et parfois dirigeant l'autorité royale se trouvait établi sur des bases solides.

La' Corruption électorale, d'autre part, n'existait que par exception.

Chaque ordre, indépendant des autres, votait suivant les opinions, les idées qu'il représentait, et le tiers-état eut souvent raison des prétentions exorbitantes de la noblesse.

Outre les députés nommés par les électeurs, certains corps avaient ou prétendaient avoir le droit de siéger aux Etats. Citons entre autres la commune de Paris, l'Université et le parlement de Paris, et celui-ci était, au dire du président de Mesmes, « le médiateur entre le peuple et le roi. »

Les Etats réunis, on procédait à l'élection des bureaux, présidents, greffier et assesseurs. En général, le prévôt des marchands présidait le tiers-état. Le roi ouvrait la première séance, et le chancelier de France prononçait le a discours de la couronne, » où il exposait le motif de la convocation. Tel fut

pendant la monarchie le cérémonial usité pour la réunion de ces assemblées fameuses.

Il ne faudrait pas croire que les Etats généraux n'aient eu qu'une importance secondaire. Ils étaient la voix de la nation, et l'on peut dire que cette voix fit quelquefois trembler les rois sur leur trône.

Ils ne craignaient jamais de dire, hautement la vérité, et nous ne savons pas d'exemple que la parole ait été refusée à un représentant de la nation, que l'inviolabilité d'un député ait été méconnue, que la violence ait obtenu le silence de ceux qui aimaient par trop à contrôler ou bien à critiquer.

La plupart des grandes mesures administratives ont été prises à la suite des assemblées générales; ainsi, des célèbres ordonnances du chancelier de l'Hôpital, en 1561 et 1566, de l'ordonnance de 1579, qui compléta les réformes qu'elles avaient provoquées. A une époque plus récente, sous Richelieu et Col-

bert, la France dut à ces assemblées Tinitiative de la plupart des travaux qui illustrèrent le règne de ces grands ministres.

C'est que le tiers-état jouissait des libertés qui ont disparu comme les privilèges de la noblesse et du clergé.

Bien qu'il soit aujourd'hui assez commun d'affirmer la liberté de penser et d'écrire, il n'est personne qui puisse tenter de propager ses opinions surtout quand elles sont honnêtes, sans être en butte à Tanimadversion et souvent aux délations des prétendus amis de la liberté. La vérité oflFusque ceux qui trouvent la plupart de leurs arguments dans le mensonge; et dire la vérité, c'est s'exposera se voir dénier cette même liberté de penser et d'écrire.

Autrefois, le tiers-état, qui comprend aujourd'hui la bourgeoisie proprement dite^ les classes laborieuses et les classes agricoles, parlait sans crainte aucune et disait hardi-

310 LA DImE, la COEVÉS et LB IOU&.

ment, avec respect, avec déférence, quelles réformes étaient nécessaires. ■

On ne croyait point nécessaire d'injurier le pouvoir pour obtenir de lui ce qu'on voulait, et l'on ne savait ni le décrier, ni le déconsidérer, ni le calomnier dans des pamphlets anonymes. C'est ce qui nous explique pourquoi les États généraux arrivaient rapidement à un résultat sérieux, quoiqu'ils renfermassent déjà beaucoup d'avocats, partisans de la chi« cane«

Deux fois principalement, dit l'auteur de la Question du diœ^neuvihme siècle y des assemblées ont été soumises au joug de factions hostiles à la royauté : à Tépoque d'Etienne Marcel et lors de l'occupation du territoire par les Anglais.

Il est glorieux pour l'institution monar-

LES GOMMUNEI ET Là ROTÀUTÉ. 311

chique d'avoir été mise en péril par des hommes vendus aux ennemis de la nationalité française; mais ce qui est plus glorieux encore, c'est de voir reconnaître et défendre l'institution monarchique par toutes les assemblées du champ de mars et de mai, chambres des pairs, cours de justice, États généraux, parlement, chambres de notables, assemblées des villes et des provinces, et finalement par la nation tout entière convoquée par Louis XVI, en 1789.

La royauté fut en effet généralement d'accord avec les États généraux, et l'union de ces deux principes, la monarchie française et la représentation nationale, fut consacrée bien avant l'introduction des idées politiques modernes.

En matière d'impôts, les principes fondamentaux sont la distinction essentielle entre les impôts extraordinaires et les impôts primitifs connus sous les noms d'aides, sub-

sides ; l'égalité proportionnelle et le consentement des assemblées qui entraînent le droit de contrôle et le droit de refuser.

Les Chroniques de Froissard disent au sujet des Etats de 1355 :

a C'est à savoir que toutes personnes fut du sang du roy ou autres, clerc ou lay, religieux ou religieuses, exempt ou non exempt, hôteliers, chefs d'Eglise ou autres qui eussent rentes, revenus, offices ou administration, femmes, veuves, ou celles qui faisaient chefs, enfants mariés ou non mariés qui eussent aucune chose de par eux et fussent en garde, bail, tutelle, cure, main bonne ou administration quelconque, monoyers et tous autres de quelque état, autorité ou privilège qu'ils eussent usé au temps passé. »

Tous les sujets du royaume sans distinction de classe, de caste, de privilèges, furent donc déclarés contribuables aux impôts.

En 1315, nouvelle convocation par Louis X,

LES Communes et la royauté. 313

le même qui trouvait de si généreuses paroles pour raffranchissement des serfs et dont le républicain radical Thibaudeau dit ceci :

« Sous ce règne de Louis X, on trouve une consécration claire et précise du principe fondamental qu'en France l'impôt ne peut être établi qu'avec le consentement de la nation. Louis rend une déclaration, par laquelle il reconnaît, tant pour lui que pour ses successeurs, qu'on ne pourra à l'avenir lever aucuns deniers dans le royaume que du consentement des députés de la nation ; qu'ils en feront eux-mêmes le recouvrement et l'emploi pour éviter les dissipations et commissions... »

En 1369, aux États de Paris, Charles V avait à juger le différend qui s'était élevé entre les habitants de la Guienne; il règle donc la situation de cette province et dit ensuite que, a si l'assemblée juge qu'il est allé

3U LÀ DtMEy LA GORViE ET LE lOUG.

trop loin ou qu'il n'ait pas assez fait, il trouve bien que chacun en dise librement son avis, parce qu'il est encore en état de corriger ce qu'on pourrait trouver à répondre daus sa conduite. »

Quel souverain constitutionnel tiendraîtun pareil langage aujourd'hui ? Quelle élévation et quel respect pour les droits de la nation !

Cette entente cordiale entre le roi et son peuple était parfois troublée par les factions.

Cela n'empêcha pas néanmoins que, lors des luttes entre Armagnacs et Bourguignons .

à la suite des États de 1413, une ordonnance royale parut, contenant deux cent cinquante huit articles de réforme.

(( C'est un codefinancier et judiciaire. Elle contient, dit le républicain Thibaudeau, des dispositions très remarquables de comptabilité, d'ordre, de hiérarchie, de décentralisation politiqtie. Tout aboutit d'un côté à la

Cour des comptes, de l'autre au Parlement.

L'élection, dans Tordre judiciaire, remplace la vénalité des charges; plusieurs grandes charges sont supprimées. . . Une foule de dis* positions ont pour objet de régulariser Tadminiâtration de la justice. »

Aux États de 1439, il s'agit de la réformation des coutumes.

Dans sa préface aux Ordonnances des rois de France, M. Montaigu dit que Charles VII est le premier roi de la dynastie capétienne qui ait ordonné la réformation des coutumes, et son ordonnance de 1453, en harmonie avec le droit politique et public, c'est-à-dire avec les vieilles libertés qui existaient sous les deux premières races, fit du concours du peuple une règle absolue.

L'honorable historien cite à ce propos ce que dit Bodeau dans son livre sur les Coutumes de Paris :

« Les coutumes de France n'étaient point

de simples statuts ou usages locaux; mais le droit civil, commun et municipal de la province qui s'était soumise volontairement par une espèce de contrat et accord, contrat qui est fait et rédigé par écrit, du consentement des trois États dûment convoqués et assemblés de l'autorité du roi par commissaires députés de sa part, et ensuite de ce publié et enregistré en la cour du parlement de laquelle est la province, formalités qui sont absolument essentielles en une coutume pour être autorisée et faire loi. »

Ainsi régnait en ce temps la décentralisation pratique, appuyée sur les coutumes de chaque province, protégée par les parlements, reconnue par l'autorité royale.

Mais oii la formation des États généraux

est complète, c'est à la réunion à Tours de

ceux de 1483, au moment des querelles sur

la régence du petit roi Charles VIJI, entre la

dame deBeaujeu, sœur du roi, le duc d'Orléans et le duc de Bourbon.

Ces Etats ont cela de très important, fait remarquer M. de Lourdoueix, que c'est la première assemblée nationale dont nous connaissions complètement toutes les formes et les résolutions : les lettres de convocation avaient été envoyées à tous les baillis et sénéchaux, auxquels on ordonnait d'assembler les trois ordres de leur ressort.

Dans la Provence, la Bourgogne et le Dauphiné, l'assemblée avait choisi dans son sein les députés à l'assemblée générale qui devaient représenter la province; ailleurs les communes avaient nommé des électeurs qui s'étaient réunis au chef-lieu de bailliage. Ainsi ces deux degrés d'élections étaient en vigueur à cette époque.

« Tous les habitants , dit Thibaudeau ,

avaient été, le jour fixé pour leur réunion,

convoqués à cri public, ou au son de la cloche ;

318 LA DtVCy LA CORVÉE ET LB JOUG.

s'ils étaient trop nombreux pour voter ensemble , ils se divisaient en plusieurs bureaux ou par corporations, ou bien ils choisissaient des électeurs. Dans tous les cas, les députés étaient nommés à haute voix sous T appel des votants. Pour élire, ou pour être élu, oit n'exigeait pas de gens. Il suffisait d'être né Français ou naturalisé, majeur de vingt-cino ans et domicilié. >

Eh bien ! que Ton compare à cela cette opinion des parlementaires de 1830, qui prétendaient que « le peuple était trop ignorant pour jouir de ses droits politiques, » et cette opinion de M. Thiers sur le vote universel qu'il appelait alors « billevesée de la Gazette de France! »

Voyons comment apprécie le rôle du peuple

et celui de la royauté le chancelier de France,

. Rochefort, aïeul d'un gentilhomme déclassé,

devenu chef du parti des « intransigeants » :

« Le roi n'a pas voulu seulement vous faire

jouir de sa présence, dit-il dans son discours d'ouverture, mais vous communiquer les affaires de son royaume et vous faire participer avec lui à leur direction. Le roi se propose plus encore : il exige que vous lui découvriez les abus qui peuvent avoir échappé à sa connaissance, et que vous ne lui déguisiez aucun des maux qui affligent le peuple.

Ne craignez point que nos plaintes soient importunes. Le roi entend et promet que, toutes les fois que vous le demanderez, il donnera une audience publique, et il ne repoussera pas même le dernier de ses sujets. Vous veillerez à ce que l'innocent ne soit pas la victime des concussions et des malversations du méchant, et à ce que les faibles ne soient pas opprimés par les puissants du jour; à ce que Ton ne puisse rien dérober à autrui sans être frappé d'un châtiment inévitable... Vous veillerez à la suppression immédiate du cumul d'emplois qui ne doivent pas être réunis. Le

320 LA DtME, LA CORVÉE £T LE JOUG.

roi se fera un devoir de suivre et exécuter, avec le plus grand zèle, tout ce que vous proposerez d'utile à sa personne et au gouvernement de son royaume. Réunissez-vous fréquemment, concertez-vous, discutez avec sagesse, efforcez-vous de pourvoir à tout d'une manière solide, sans crainte et sans partialité, et surtout qu'aucun rdspect humain, que ni la haine, ni la faveur, ni Tarnbition ne précipitent vos résolutions... Et vous, princes, qui m'écoutez, je vous supplie et vous adjure, au nom de la patrie, notre mère commune, de laisser aux députés une pleine et entière liberté. »

Quelle assemblée pourrait nous offrir un exemple d'un langage aussi calme, aussi modéré, aussi conciliant, aussi libéral?

Qu'est-ce donc que ce roi prétendu absolu qui supplie la nation de lui faire ses doléances, qui promet justice égale à tous, fait hommage de son plus grand zèle, et n'a pour but

que de travailler, d'accord avec les représentants du peuple, à r amélioration de son gouvernement ?

Nous avons donc établi, par des preuves irréfragables, que le système représentatif n'est pas un bienfait de la Révolution, que le pouvoir populaire soutenait et basait le pouvoir du roi, que l'entente entre les deux puissances existait généralement dans les questions de politique et d'administration, que Tautorité du monarque était parfaitement pondérée, et sa façon de gouverner sévèrement contrôlée.

Qu'il y ait eu des ombres au tableau, c'est incontestable. Quand les institutions humaines atteindront à la perfection, elles ne seront plus humaines, mais divines. Que l'on nous donne seulement une représentation nationale établie sur des fondements aussi solides, élue sans intrigues, en dehors de tout parti

3%l LA DtMI, LA GORYÉE 2T LE JOU&.

et de toute faction. Nous aurions peut-être moins d'avocats au Parlement; à coup sûr on pérorerait moins et on travaillerait davantage.

DES RÉFORMES COMlfUNÀLES. 323

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