XII INTRODUCTION
Nos prétentions à proclamer la fraternité ne la rendent pas effective. On accuse le moyen âge de ne l'avoir pas connue ; c'est une erreur ; sa doctrine de la charité dépasse nos systèmes ; seulement, en politique, il la pratiquait aussi mal que nous.
La science populaire est un luxe ou une industrie ; les peuples primitifs ne songent ni à l'un ni à Vautre. Qu'y pouvons -nous faire? la faute n'en est à personne. Quand on a toutes les peines du monde à se procurer le nécessaire, on ne pense pas au luxe. Quand une industrie ne procure que la ruine, on l'abandonne. Les Romains avaient du reste faussé les idées au sujet des carrières libérales; ils y poussaient leurs esclaves ; ceux-ci devenaient les pro* fesseurs des enfants de famille et de leurs maîtres eux-mêmes. Il fallut des siècles et une révolution radicale pour changer cet état de choses.
INTRODUCTION. ^XlII
Avec les monastères commence une ère nouvelle. Les esclaves, les serfs et les vilains s'y réfugient pour conquérir la liberté; les sciences et les arts s'y cachent avec eux. Là se prépare une œuvre régénératrice admirable, mais elle doit se tenir cachée; si elle ne s'était prévalue d'un droit d'asile, elle aurait été ruinée. Telles étaient les mœurs à cette époque; elles obligeaient les moines à cacher leurs manuscrits. Autrement, quelque horde, venant à passer, aurait détruit les livres et emmené les moines comme serfs ou prisonniers.
D'autre part, il fallait opposer la force à la brutalité; les hommes violents, les guerriers cruels n'étaient pas aussi odieux qu'ils le seraient parmi nous. Dans le mi- .
lieu que la barbarie avait établi, leur aspect redoutable était apprécié et recherché comme une protection sûre et une garantie de sécurité.