XVI INTRODUCTION
droit; l'arbitraire n'a jamais été si grand qu'on veut bien le dire. On s'avise quelquefois d'appeler l'attention sur les tyrannies de l'ancien régime, pour faire oublier celles du temps présent. Cet expédient réussit toujours à donner le change; la foule maudit impunément ceux qui ne sont plus, et pendant qu'elle s'occupe déjuger le passé, les intrigants prennent l'avance, sur elle, se placent à sa tête, s'emparent des meilleures places et des plus hauts titres, laissant aux antres le travail et la peine.
Au point de vue du progrès social, les institutions du moyen âge sont un pas en avant sur la barbarie vers un état plus parfait et meilleur ; le joug féodal a sa raison d'être, c'est une garantie contre les violences auxquelles s'habituent les peuples demi-civilisés; la dîme et la corvée, quoique tout à fait distinctes à leur origine.
LNTRODUCTION. XVII
prennent souvent la forme d'un impôt destiné à faire face aux besoins de la société d'alors. Les abus, les excès et les crimes sont, au moyen âge, comme à notre époque, une violation du droit ; ils dénotent le caractère des hommes et des mœurs, mais ils n'en font pas remonter la flétrissure jusqu'au régime qui les combat et les condamne.
Une législation n'est pas responsable d'un état de choses dentelle s'accommode ne pouvant arriver à mieux ; la tolérance des personnes est un principe de droit ; la force s'exerce légitimement contre les désordres, soit pour les prévenir, soit pour les réprimer, mais la justice tient compte de l'état des consciences et des mœurs.
La perfection de l'ordre social supposerait d'abord la perfection de l'humanité.
Ce n'est pas au moyen âge qu'il faut de-7 mander ce prodige; on ne le rencontre
XVIII INTBODUGTION.
même pas dans le monde moderne. Toute proportion gardée, le régime féodal convenait mieux aux besoins des peuples -en formation qu'aucun des régimes actuels ne répond aux nôtres. Le pouvoir ne suivait pas alors l'instinct des masses ; il s'inspirait d'un but plus noble et plus élevé ; c'est le plus sûr moyen de commander le respect. La grandeur nationale, l'ordre civil, la paix intérieure et le bien-être sont venus devlà.
On ne parle plus de la dîme que comme d'un droit d'octroi ; de la corvée qu'en pensant à l'esclavage, et du joug féodal qu'en évoquant les sombres légendes des châteaux forts et les sinistres exploits des gentilshommes brigands.
C'est trop abaisser l'histoire ; ses horizons sont plus larges ; elle n'est pas destinée à ne garder que des souvenirs odieux.
Aux intelligences d'élite, capables de re-