‹ La diphtérie [electronic resource]Chapitre 4 sur 27 · DIVERSES FORMES BACILLAIRES RENCONTRÉES DANS LA DIPHTÉRIE · texte numérisé non relu

DIVERSES FORMES BACILLAIRES RENCONTRÉES DANS LA DIPHTÉRIE

Outre le bacille long, enchevêtré, donnant, sur sérum, en moins de vingt-quatre heures, des colonies arrondies, blanc grisâtre, dont le centre est plus opaque que la périphérie, et provoquant la mort du cobaye par inoculation sous-cutanée au bout de vingt-six à quarante-huit heures, après avoir amené de l'œdème au voisinage du point d'inoculation et auquel nous réservons le nom de bacille diphtérique de Klebs-Lœffler, on a distingué un certain nombre de formes bacillaires qui en diffèrent soit par leur aspect morphologique, soit par leurs caractères de culture, soit par leur virulence.

1° Bacille pseudo-diphtérique. — LœfQer, le premier, a signalé dans les fausses membranes croupales un bacille qui ressemble à s'y méprendre au bacille diphtérique, mais qui en diffère par un caractère capital, sa non-virulence.

Ce microbe se trouve non seulement dans les fausses membranes diphtériques, mais, souvent, on le rencontre dans le mucus qui recouvre les amygdales des personnes saines.

Pour les uns, ce bacille diffère totalement de celui de la diphtérie ; pour les autres. Roux, Yersin, Martin fl), il n'est qu'un bacille diphtérique atténué.

2" Bacilles moyen et court. — Ceux-ci, décrits pour la première fois par Martin (2), diffèrent du bacille diphtérique proprementditpar leurmorphologie : les bacilles courts paraissent plus gros que les bacilles ordinaires à cause de leur peu de longueur; ils sont souvent disposés parallèlement entre eux.

(1) Sevestre et Martin, Traité des maladies de l'enfance, de Grancher, Marfan, Gomby, t. I, p. 524. , ^ • .

(21 Martin, Examen bactériologique de 200 enfants atteints de diphtérie {A7171. de l'iiistitut Pasieur, 1892, p. 3.3.S).

DIVERSES FORMES BACILLAIRES.

Les bacilles moyens, intermédiaires aux deux précédents par leur longueur, ont pour caractère essentiel leur disposition parallèle ; aussi sont-ils dénommés, de préférence, bacilles -parallèles (fig. 1).

Ces microbes sont facilement séparables des vrais bacilles longs par les caractères suivants : ils prennent plus avidement les solutions colorantes, se développent plus abondamment sur la gélose, supportent une température de 20, 22° sans perdre leur vitalité, ils n'acidifient pas le bouillon de culture, contrairement au bacille diphtérique.

Tous les observateurs sont d'accord pour reconnaître que les bacilles court et moyen ont une virulence toujours atténuée, le plus souvent nulle ; aussi se pose-t-on la question de savoir s'ils doivent être considérés comme des bacilles diphtériques atténués ou des bacilles non diphtériques.

Pour les séparatistes, tels que de Martini (1) et Nicolas (2), ces bacilles se distingueraient du bacille diphtérique parce qu'ils poussent sur les milieux ordinaires additionnés de sérum antidiphtérique, tandis que l'addition de sérum empêche le développement du bacille de Lœffler. Au contraire. Cari Fra^nkel (3) et Spronck (4) ont montré que toutes les cultures, aussi bien celles du bacille diphtérique virulent que celles des bacilles non virulents croissent également bien dans le sérum antidiphtérique. Ce procédé ne nous est donc d'aucun secours pour formuler un diagnostic bactériologique.

Ces mêmes auteurs, Freenkel et Spronk, ont reconnu, par contre, que l'inoculation préventive de sérum antidiphtérique faite au cobaye avant ou

(1) De Martini, Zur Differenzierung der Diphtérie von der Pseudodiphterie-bacillen (Centralblatl flir Ba/clerioL, 1897, p. 87).

(2) Nicolas, Pouvoir bactéricide du sérum antidiphtérique {Comptes rendus de la Société de biologie, ?3 nov. 1895 et Thèse de Lyon, Paris, 1895).

(-3) C. Fr/enkel, Zur Unterscheidung des echten und des falschen Diphteriebacillus {Hyr/ienische Rundschau, 1896, n" 20).

(4) H. SproiNCk, Le diagnostic bactériologique de la diphtérie contrôlé par le sérum antidiphtérique (Semaine médicale, 189G, p. 317 et Semaine médicale, ?9 septembre 1897).

après l'injection d'une culture de ces bacilles suspects ne modifie en rien leur action, n'empêche pas la formation de l'œdème sous-cutané qu'ils peuvent produire, tandis que, faite avant l'inoculation d une culture d'un bouillon ensemencé avec le bacille de Lœffler, elle entrave toute manifestation patholo-

],'j„, 1. Bacilles de la diphtérie.

o-ique Ils en concluent que les bacilles court et moven ne sont pas des bacilles diphtériques.

Martin (1), se basant sur des expériences dans lesauelles il a obtenu un bacille court, en partant d un bacille long typique, prétend, au contraire, quii existe un bacille ciurt qui n'est qu'une forme dégénérée du bacille diphtérique.

(1) SEVESTnE et MAirriN, loc. cH., p. .V2G.

DIVERSES FORMES BACILLAIRES.

Quoi qu'il en soit, ce bacille court, possédant les propriétés du bacille diphtérique, doit être considéré comme une exception, et nous pensons que, seul, le bacille long de LœfÛer est le bacille diphtérique, que, seule, sa présence sur les milieux de culture ou dans les fausses membranes permet de poser le dia-

Fig. 2. — Bacilles en navette.

gnostic bactériologique de diphtérie. L'examen des observations que nous avons publiées à, la Société médicale des hôpitaux nous a montré que, dans les formes graves ou mortelles de la diphtérie, on mettait toujours en évidence le bacille long.

3° Bacille en navette. — Au cours de nos récentes recherches, faites avecTollemer, nous avons reconnu, dans la gorge et dans le nez de malades réputés diphtériques, l'existence d'un bacill-e en forme de

dO BACTÉRIOLOGIE. — MÉDECINE EXPÉRlMENTALli .

navette, confondu jusqu'alors avec les bacilles courts, mais s'en distinguant par ses caractères microscopiques, certaines particularités de culture et son absence complète de virulence.

Le bacille court, en navette, est un bacille plus court, plus large que le bacille diphtérique ; ses extrémités sont amincies, d'où un aspect ventru en navette. 11 se présente, sous le microscope, en amas et par masses où quelques-uns se rangent parallèlement entre eux (fig. 2). Il est uniformément coloré, ne présente pas les grains de coloration propres au bacille diphtérique et que Lœfûer avait signalés. Il prend plus fortement les matières colorantes ; traité par le Gram, il reste coloré en violet noir foncé et tranche sur le bacille diphtérique, plus pâle.

Dans le bouillon sur agar, le bacille s'allonge et tend à prendre l'aspect et la disposition du bacille parallèle ou moyen.

On peut établir une comparaison entre ses caractères de culture et ceux du bacille diphtérique (.Voy. le tableau, p. 11).

Sa vitalité n'est pas encore nettement connue; dans certains cas, des cultures de 10 à 12 jours réensemencées sur agar ou bouillon sont restées stériles, d'autres fois elles ont encore poussé. Quand on cherche à faire des cultures pures, en parlant d'une première culture impure, il arrive souvent aussi que le bacille en navette disparaisse dans les cultures successives, qui ne contiennent plus que le microbe associé : ce fait a été observé avec le bacille diphtérique, avec le staphylocoque.

L'inoculation aux animaux a toujours été négative (cobaye, pigeon, souris) (cultures de quarante-huit heures sur bouillon).

Le bacille en navette se rencontre dans la gorge, mais le nez surtout en fournit des cultures d'apparence pure au bout de vingt-quatre heures. Dans tous les cas, il est associé aux microbes septiques ou au bacille diphtérique. Sa persistance dans la gorge et dans le nez paraît souvent plus courte que les accidents angineux.

DIVERSES FORMES BACILLAIRES.

mUECI HE CULIIRE

BACILLE DIPHTÉRIQUE.

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