LARYNGITE MEMBRANEUSE SANS LŒFFLER
On trouvera clans la thèse inaugurale déjà citée de M. Charles Vagniot1, la relation d’un grand nombre de faits qui établissent solidement la notion clinique du croup fruste.
LARYNGITE SUFFOCANTE AVEC EXSUDATS MEMBRANEUX SANS BACILLES DE LOEFFLER
Cette forme de laryngite suffocante avec exsudats membraneux pharyngés propagés aux voies aériennes est très rare. Il est absolument impossible de la distinguer par les caractères cliniques du croup membraneux ordinaire à bacilles de Lœffler. C’est donc l’examen bactériologique seul qui permettra d'affirmer qu’on se trouve en présence d’une diphtérie extensive à streptocoques; et, en pareille occurrence, je conseillerais volontiers de faire plusieurs cultures réitérées sur sérum avant d’admettre que le bacille de Lœffler est réellement absent de la gorge. L’ensemencement d’un premier tube peut ne pas avoir été fait dans des conditions convenables.
Malgré la rareté de la diphtérie laryngée à streptocoques, il me semble impossible de contester son existence.
J’ai conservé le souvenir d’un fait typique de ce genre que j’ai observé en 1890, avec M. Morel, à l’hôpital des Enfants-Assistés, où j’étais chargé temporairement d’un service. J’v ai déjà fait allusion antérieurement. Il s’agissait d’un enfant de trois ans environ dont la gorge était tapissée de membranes confluentes et extensives. Les lèvres elles-mêmes étaient recouvertes partiellement d’un enduit membraneux. Des troubles laryngés survinrent avec des phénomènes de suffocation ; un érythème généralisé se produisit à la surface de la peau et le petit
1 Le croup fruste, thèse de Paris, 1897.
malade succomba malgré tous nos efforts. M. Morel fit plusieurs ensemencements des membranes sur sérum et jamais il ne trouva de bacilles de Lœffler, mais seulement des streptocoques. Les cultures furent examinées à l'Institut Pasteur par M. Roux lui-même qui vint assister à l’autopsie. Cette diphtérie à streptocoques, dont le tableau clinique était si complet, ébranla fortement, à cette époque, ma confiance dans la spécificité du bacille de Lœffler.
J’ai rencontré, sur plus de trois mille enfants diphtériques, ou suspects de diphtérie, qui ont passé au pavillon Bretonneau en 1895 et 1896, quelques autres cas analogues ; mais, vu leur extrême rareté, ils ne doivent pas troubler l’esprit du clinicien qui est autorisé à manier le sérum antidiphtérique dès qu’il constate des troubles laryngés coïncidant avec des exsudats membraneux pharyngés. Les chances d’erreur sont si minimes qu’on peut les considérer commes négligeables.
L’observation ci-dessous, recueillie par mon interne, M. Ghika, peut donner une idée très exacte de l’évolution de la diphtérie laryngée à streptocoques.
Angine pseudo -membraneuse el laryngite à streptocoques. — Trachéo-bronchite avec sécrétions très abondantes. — Tubage d'urgence. — Trachéotomie par suite de V insuffisance de l'évacuation du pus par le tube. — Guérison.
La nommée C., Jeanne, âgée de sept ans, entre à Bretonneau le 29 mai 1896.
Rien de particulier dans ses antécédents héréditaires et personnels.
L’enfant est grande pour son âge, un peu maigre. Elle est malade depuis cinq jours ; mal de gorge, toux, inappétence, fièvre. Depuis hier, la toux est franchement croupale, el un tirage rapidement intense est apparu dans la nuit.
Elle est conduite d’urgence à l’hôpital Trousseau à 1 1 heures du matin. L'enfant est fortement cyanosée ; toux très rauque, voix claire, tirage et cornage très accentués.