CROUP D'EMBLÉE
suis pas le premier à mettre en doute l’opinion de Trousseau, qui regarde le faux croup comme une affection à allures bénignes, à début soudain et à marche rapide et favorable. Mon collègue, M. Sevestre, a inspiré un excellent travail à son interne, M. Touchard, sur les laryngites aiguës graves de l’enfance.
En Angleterre, où le dogme clinique formulé par Trousseau n’est pas accepté, le diagnostic du croup est considéré comme extrêmement épineux. L’un des pédiatres anglais les plus autorisés s’exprime ainsi 1 : « Le vieux proverbe : « La valeur d’un pudding se juge « en le mangeant, » me semble tout à fait en situation. Un enfant est amené à l’hôpital avec les symptômes que je viens de décrire, et il est généralement impossible de dire tout d’abord si la laryngite est simple ou membraneuse.
« Si l’on n’aperçoit pas de membranes dans la gorge, s’il n’y a pas d’inflammation locale, pas de tuméfaction, ni d’induration des ganglions du cou, mais seulement une fièvre légère sans albuminurie, on pourra espérer que la laryngite est simple; mais, au début, on ne peut rien dire de plus, le cas devra se révéler de lui-même.
« Un diagnostic ferme et précoce est impossible ; l’étudiant devra se souvenir que de nombreux cas de laryngites qui paraissaient membraneuses, ont rapidement cédé au simple traitement par l’air humide et chaud, et qu’au contraire les laryngites, qui paraissaient très simples au début, ont pris lentement tous les caractères d’une laryngite membraneuse mortelle. »
Si l’on se place au point de vue pratique, qui est essentiel, la difficulté de distinguer le faux croup du croup
1 Traité pratique des maladies des enfants , par James Goodliart. — Traduction française, par G. Variot et Follenfant, p. 266.
d’emblée impose le devoir d’appliquer aux deux affections la même thérapeutique.
Tout enfant présentant des signes de laryngite intense devra bénéficier du même traitement que s’il s’agissait sûrement d’un croup membraneux. Lne injection de sérum antidiphtérique devra être faite immédiatement; l’enfant sera placé dans la chambre de vapeur, et si les phénomènes de suffocation deviennent menaçants, on devra se tenir prêt à pratiquer le tubage ou la trachéotomie, suivant les conditions dans lesquelles on sera placé. Dans la laryngite suffocante non membraneuse, le tubage qui remédie parfaitement au spasme glottique ne donnera pas toujours les succès qu’on pourrait attendre, bien qu’on ne courre pas le risque de voir le tube obstrué par des membranes, comme il arrive trop souvent dans le croup membraneux.
L’incertitude du clinicien pour séparer deux affections spécifiquement différentes n’aura donc pas de contre-coup fâcheux dans la pratique, étant données nos ressources thérapeutiques actuelles. Les inconvénients du sérum ne sont pas à mettre en parallèle avec les dangers d'une laryngite suffocante le plus souvent diphtérique d'ailleurs.
Je ne m’attarderai pas à discuter longuement le diagnostic différentiel du croup d’emblée avec d’autres affections. Le croup étant la plus commune des laryngites suffocantes, on pensera toujours à lui toutes les fois qu'on se trouvera en présence des phénomènes dus à l’obstruction laryngée, au spasme glottique.
La laryngite striduleuse si bien décrite par Bretonneau et par Trousseau est une phlegmasie superficielle de la muqueuse laryngée chez les jeunes enfants, avec toux et voix rauques et accès de spasme glottique à début soudain généralement nocturne. La soudaineté des accidents soit