CROUP D’EMBLÉE
d'emblée, soit dans le cours de la grippe, de la rougeole, etc., la rapidité avec laquelle disparaissent les phénomènes de spasme de la glotte, le retour immédiat de l’enfant à la santé, sont des caractères cliniques qui permettront d’éliminer le croup dont les allures sont plus lentes et progressives.
Nous avons reçu en dix mois, sur près de 1,500 malades, quatre enfants atteints d’abcès rétro-pharyngiens.
Ils présentaient un cornage pharyngien intense, des accès de suffocation provoqués surtout par la déglutition. La bouche était entr’ouverte, les boissons refluaient en général par les fosses nasales. L’examen du pharynx ne montrait aucun exsudât membraneux, mais les piliers et les amygdales étaient refoulés en avant par une tuméfaction lisse, proéminente dans l’isthme du gosier. Par le toucher digital on percevait une sensation de fluctuation ; une simple ponction au bistouri, en évacuant la collection purulente, suffisait à soulager les enfants qui étaient entièrement guéris en quelques jours. Une seule fois, avec M. Piatot, nous avons noté la mort subite au moment même de l’ouverture de l’abcès ; mais cette terrible éventualité n’est pas très exceptionnelle et doit être prévue.
Cependant j’ai vu, dans un cas, le diagnostic rester incertain jusqu’à la mort ; la suffocation était tellement intense qu’on dut pratiquer la trachéotomie lorsque l’enfant, âgé de trois ans, était en état de mort apparente. Quelques heures après l’opération, l’enfant succombait. A l’autopsie, on trouva une vaste poche purulente prévertébrale repoussant en avant l’œsophage et le larynx, et descendant dans le médiastin postérieur jusqu’à la troisième vertèbre dorsale. En haut, la poche ne faisait pas saillie dans la partie du pharynx accessible à l’exploration digitale.
Très rarement on rencontre, chez l’enfant, des laryngites
chroniques dues à la syphilis héréditaire ou à la tuberculose et qui peuvent devenir spasmodiques à un moment donné ; le diagnostic différentiel avec le croup d’emblée ne laisse pas que d’être embarrassant, puisque l’examen du larynx à l’aide du miroir laryngien est impossible.
Pendant que j’étais remplacé dans mon service par M. Tissier, on apporta un enfant avec des phénomènes de suffocation qui fut reconnu à l’autopsie comme atteint de laryngite tuberculeuse. J’ai conservé moi-même le souvenir d’un fait de laryngite ulcéreuse du même genre. En lisant l’observation résumée par M. Piatot, on reconnaîtra que l’enfant était souffrant, depuis longtemps dans un mauvais état de santé générale. Il est probable que si les commémoratifs fournis par les parents sont assez circonstanciés, on parviendra à établir le diagnostic ; quoi qu'il en soit, l’examen bactériologique permettra, en général, d’éliminer la diphtérie.
Tuberculose du larynx.
B..., Suzanne, vingt-six mois.
Examen bactériologique. — Bacilles courts.
9 juillet. — Enfant malade depuis onze jours. Malingre, rachitique ; système pileux très développé. Gorge normale. Voix claire mais tirage assez intense. Cornage très prononcé. Rien à l'auscultation.
L’enfant n’est pas améliorée par la chambre de vapeurs. Les jours suivants le tirage et le cornage persistent ; la voix reste claire. Aucun phénomène pulmonaire.
L’enfant meurt le 14 juillet.
Autopsie. — Congestion du lobe inférieur droit. Hémorragie sous-pleurale au lobe supérieur.
Ecchymose du péricarde pariétal.
Pas d’altération du cœur.
Hypertrophie notable des ganglions mésentériques.
Larynx. Epiglotte épaissie, irrégulière, déjetée à droite.
Ligaments glosso-épiglottiques épaissis.