III. — Maurice C..., deux ans, entré le 10 octobre
Examen bactériologique. — Bacilles courts et moyens.
10 octobre. — L’enfant présente du tirage depuis la veille et est placé à son entrée dans la chambre de vapeurs. Le tirage est intense, mais bien médian. La toux est rauque, la voix est claire. Aucun exsudât dans la gorge. Injection de 10 c. c. de sérum à l’entrée.
L’élal général est bon, la respiration est lente, régulière. Pas de cyanose, pas d’élévation thermique.
11 octobre. — Le tirage a beaucoup diminué, l’enfant ne lire que lorsqu’on l’excite. L’enfant est pris, à 3 heures de l'aprèsmidi, d’un violent accès de suffocation; le tubage devenant nécessaire, on place un tube court.
12 octobre. — La respiration devient fréquente, les ailes du nez ballent; la température est de 40°. L’enfant est pâle, les muqueuses cyanosées.
Dans les poumons, submatité à la base gauche; souffle k ce niveau. Râles humides des deux côtés.
L’enfant, détubé le matin, est repris d’un accès de suffocation vers o heures du soir. Retubage. L’opération ne fait pas cesser le tirage de l’enfant. A 11 heures du soir, la surveillante fait sauter au pouce le tube qui menace de s’obstruer.
A 1 heure du matin, l’enfant est dans un état d’asphyxie imminente ; on pratique la trachéotomie.
Mort à 7 heures du matin.
Autopsie. — Aucun exsudât membraneux ni dans le pharynx, ni dans le larynx, la trachée et les grosses bronches.
Vascularisation de la muqueuse des bronches ; leur calibre est rempli d’un muco-pus épais, roussâlre.
Noyaux de broncho-pneumonie très étendus dans les deux lobes du poumon gauche. Le poumon droit présente à la coupe l'aspect d’une véritable éponge purulente; on fait sourdre de pus par les petites bronches.
Rien à noter dans les autres organes.
IV. — Ferdinand M..., quatorze mois, entré le 26 janvier 1893.
Bacilles moyens. Injection de 10 c. c. de sérum à l’entrée.
26 janvier. — L’enfant est tube d’urgence, étant en proie à un violent accès de suffocation. Gorge rouge, amygdales tuméfiées ; pas de fausses membranes.
29 janvier. — Souffle tubaire k gauche.
4 février. — Mort.
Autopsie — Pas de fausses membranes dans le pharynx, le larynx ou la trachée.
Muco-pus concret dans les grosses bronches. Bords de l'épiglotte tuméfiés et vascularisés.
Poumon droit : noyaux de broncho-pneumonie tuberculeuse; de même dans le poumon gauche.
Dégénérescence graisseuse du foie.
CROUP DIPHTÉRIQUE NON MEMBRANEUX
J'hésite encore, je l'avoue, pour classer ces faits dans le cadre de la diphtérie, et je suis plutôt disposé à les ranger parmi les faux croups graves, avec diphtérie bactériologique. — Je ne prétends pas que les phénomènes de sutfocation dans les laryngites diphtériques soient toujours liés aux membranes, et l’observation ci-dessous prouve que le spasme glottique peut précéder l’apparition des membranes.
Le 2 décembre 1895, il nous a été possible, grâce à un heureux concours de circonstances, de voir, chez un enfant de cinq ans, le jeune L..., l’orifice supérieur du larynx sans l'emploi d’aucun instrument, et d’appliquer ensuite un miroir pour inspecter l’intérieur du larynx et les cordes vocales. Toutes ces explorations ont été faites à 11 heures du matin, et le tirage était tellement intense que l’enfant a dû être tubé à midi. 11 s’agissait donc bien d’un spasme violent, et néanmoins nous n’avons pas aperçu d’exsudat membraneux avant le tubage.
Voici les détails de cette observation véritablement remarquable : nous trouvons, le 2 décembre, dans la chambre de vapeur de la section des douteux, le jeune L..., âgé de cinq ans, qui a été apporté à une heure avancée de la soirée et sur lequel les antécédents font entièrement défaut.
C’est un garçon d’assez bonne apparence, d’un développement moyen, très doux et môme très docile. 11 a la toux et la voix rauques, presque éteintes par moments.
Le cornage est assez bruyant et le tirage sus et soussternal est continu et profond; pas d’accès de suffocation, mais les muqueuses commencent à se cyanoser un peu.
En pratiquant l’examen du pharynx et en abaissant la langue, comme d’habitude, on est très surpris de voir l’épiglotte et la partie supérieure du larynx proéminer au
point que l’inspection en est très facile. Le bord courbe de l’épiglotte est saillant en avant, recouvert d'une muqueuse rouge un peu épaissie ; la partie adjacente visible des replis arythéno-épiglottiques a le même aspect. Au premier abord, toute la muqueuse du pharynx et celle tapissant les amygdales sont tuméfiées, d’un rouge un peu sombre, et ce n’est qu’en examinant avec un bon éclairage qu’on distingue, à la face interne des amygdales, dans les dépressions cryptiques, quelques exsudats très circonscrits, presque transparents. L’examen bactériologique ayant décelé des bacilles moyens, on porte le diagnostic de diphtérie légère du pharynx et de croup.
La conformation spéciale et exceptionnelle du larynx, qui, anormalement surélevé, se prête à l’examen direct, me suggère l’idée de pratiquer l’examen laryngoscopique.
L’enfant est porté dans la chambre noire du laboratoire et très facilement on parvient à appliquer le miroir laryngoscopique.
Nous avons distinctement vu, M. Levrey, mon interne, et moi, que l’orifice vestibulaire du larynx était limité par une muqueuse tuméfiée, sans aucun exsudât, et que les cordes vocales, d’une teinte un peu rosée, très mobiles, étaient également dépourvues d’exsudat membraneux.
Cet examen a été fait à il heures du matin, et. à midi, la suffocation étant menaçante, on plaça dans le larynx un tube qui fut bien supporté jusqu’à 9 heures du matin le lendemain. Au moment du lavage de la gorge, la respiration étant très difficile, la surveillante a extrait le tube par énucléation, et l’enfant ne conserve qu'un tirage très modéré jusqu’au moment de la visite, à 11 heures, le 3 décembre. Pas de membranes rendues par le tube, même après le détubage.
Les exsudats pharyngiens sont encore plus réduits
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qu’hier; il n’y a plus qu'une petite traînée blanchâtre très mince sur l’amygdale droite. Nous pratiquons à nouveau l’examen laryngoscopique le lendemain avec mon ami le docteur Chambellan : mais cette fois on voit des membranes blanches très distinctes tapissant la face postérieure de l’épiglotte, l’espace inter-arythénoïdien et la partie postérieure des cordes vocales. L’enfant a la voix et la toux tout à fait éteintes ; la veille, j’ai fait ensemencer deux nouveaux tubes pour contrôler l’examen bactériologique et l’on retrouve des bacilles moyens.
Le 4 décembre le tirage a tout à fait cessé. Un examen laryngoscopique montre que la muqueuse laryngée est débarrassée de ces exsudats et qu’elle garde une couleur rouge vif. Le 6 décembre, des signes de broncho-pneumonie apparaissent à la base gauche, la température s’élève. Néanmoins l’enfant a guéri.