SPASME GLOTTIQUE D’ORIGINE PULMONAIRE
laryngé réflexe, ayant son point de départ dans les lésions du parenchyme respiratoire.
C'/est une sorte de convulsion interne, pour employer le vieux langage clinique, venant s’ajouter à la bronchopneumonie.
Tous ces faits ne laissent pas que d’être très embarrassants lorsque l’on doit poser le diagnostic précis de croup et surtout de croup d’emblée.
Le faux croup grave n’offre aucun caractère distinctif d’avec le croup d’emblée, avant que des membranes aient été rejetées soit spontanément, soit après les manœuvres du tubage. Quant aux spasmes laryngés proprement dits, au cours de la broncho-pneumonie, nous ne pouvons guère espérer les distinguer à coup sur du faux croup grave de Trousseau ni du croup d’emblée. L’examen bactériologique des sécrétions pharyngées, malgré l’incertitude de ses résultats, ne doit pas être négligé dans des conjonctures aussi difficiles. La présence ou l’absence du Lœffler est une assez forte présomption en faveur du croup ou en faveur du faux croup ou du spasme laryngé simple.
Je puis citer un exemple manifeste de spasme laryngé d’origine pulmonaire, dont l’observation clinique a été recueillie avec grand soin par l’un des internes de mon service, M. Ghika.
Henri D..., âgé de un an, entre au pavillon des douteux, le 2!) juin 1896 à 10 heures du soir. L’enfant aurait toujours été débile depuis sa naissance. Il a le faciès rachitique, la tète volumineuse ; la fontanelle est encore largement ouverte, les bosses frontales sont saillantes. Le père serait tuberculeux et trois frères et sœurs de l’enfant seraient morts de méningite.
La maladie actuelle n’aurait débuté qu’il y a trois jours par de la toux, de la lièvre et de la gêne respiratoire. m
Dans l’après-midi qui précède l'entrée, les phénomènes de suffocation deviennent intenses. Lorsque l’enfant est apporté à l’hô-
pilai, le lirage est tellement menaçant qu’on pratique le tubage d’urgence et que l’on injecte 20 centimètres cubes de sérum.
Deux heures plus tard le tirage étant redevenu très violent, on s’aperçoit que le tube n’est plus en place ; il a été dégluti.
On est obligé de retuber l’enfant avec un tube d’âge supérieur (deux ans) pour éviter qu’il ne soit rejeté.
La respiration est assez libre jusqu’à 8 heures du matin ; mais à ce moment le tube menace de s’obstruer, on entend un gargouillement dans le tube, l’agitation et l'anxiété sont extrêmes : après quelques quintes de toux qui font expectorer un bouchon muco-purulent, le calme se rétablit.
Au moment de la visile, à 9 heures du malin, la respiration est assez régulière. Aucun exsudât dans le pharynx ; la muqueuse du pharynx n’offre même pas de rougeur. Dès que la toux survient, un flot de muco-pus rejeté par le tube, vient inonder le pharynx.
Les fosses nasales sont libres, pas de jetage; aucun débri de fausse membrane n’a été rendu jusqu’à présent. La température est à 39°. Les ailes du nez battent, les mouvements respiratoires ne sont que peu accélérés. A l'auscultation, on constate un affaiblissement très appréciable du murmure vésiculaire aux deux bases avec des râles sous-crépitants disséminés et une submatilé légère à la percussion. Le pouls est rapide, petit, régulier. On porte le diagnostic clinique probable de croup d’emblée avec broncho-pneumonie secondaire. L’examen bactériologique ne décèle que du staphylocoque. Bains à 30° toutes les trois heures. L-’état s’aggrave peu à peu dans la journée et, dans la nuit, la température s’élève à 39 3,6, la respiration est plus rapide.
Le B1' juillet au matin, l’enfant est très mal ; gargouillement bruyant de muco-pus dans le tube ; le visage est pâle, blême, les traits sont tirés, les ailes du nez battent avec force, dépression notable des parties latérales du thorax à l’inspiration. Les signes physiques de broncho-pneumonie sont devenus très évidents, surtout à la base gauche (matité, râles sous-crépitants et souffle); à droite, la respiration est très rude avec quelques râles. En avant sous les clavicules, sonorité exagérée (emphysème).
A il heures du matin la respiration est si difficile qu’on se décide à enlever le tube, mais instantanément l’enfant asphyxie, la cyanose est très intense, tous les muscles de la respiration sont en état de spasme, les mouvements s’arrêtent, on replace en hâte le tube. ^ 6 heures du soir la température est à 40°. L’enfant meurt dans la nuit.