‹ La diphtérie et la sérumthérapieChapitre 35 sur 103 · SPASME GLOTTIQUE D'ORIGINE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

SPASME GLOTTIQUE D'ORIGINE PULMONAIRE

2 rô

Autopsie faite trente-six heures après la mort.

Il n'existe aucun vestige de diphtérie ni dans le pharynx, ni dans le larynx, ni dans les voies aériennes. La muqueuse du larynx dans la région de l’épiglotte, des ventricules, des cordes vocales parait saine ; mais au niveau de l’anneau crieoïdien, on note une ulcération correspondant exactement au ventre du tube et n’intéressant que la muqueuse.

Cette ulcération n’est pas tout à fait annulaire, elle forme en arrière un croissant ouvert en avant ; la partie antérieure du cricoïde est le siège d’une autre petite ulcération en coup d’ongle dénudant le cartilage.

A la coupe du parenchyme pulmonaire, les bronches laissent sourdre par la pression du pus concret. Emphysème très marqué des lames antérieures et des sommets des poumons.

La lames et les bords postérieurs des deux poumons sont occupés par des foyers confluents de broncho-pneumonie. Les lésions, à peu près symétriques, sont très prédominantes dans les deux lobes inférieurs. Les ganglions péri-trachéaux bronchiques ne sont pas tuméfiés, les plus volumineux ne dépassent pas la grosseur d’un haricot.

Rien à noter de spécial dans les autres organes.

Ce fait doit être manifestement classé dans les cas de spasme de la glotte associé à des lésions broncho-pulmonaires. Peut-être l’enfant à cause de son état rachitique, était-il prédisposé au laryngisme? Mais il n’en est pas moins certain que les accidents de suffocation laryngée ont éclaté à l’occasion de la broncho- pneumonie.

On doit remarquer en outre que le séjour du tube à demeure a produit des ulcérations cricoïdiennes qui ne manquent pas d’importance et dont la cicatrisation aurait demandé un temps assez long si l’enfant eût survécu.

Contrairement à l’opinion de M. Sevestre, en m’appuyant sur plus de deux cents autopsies, je crois pouvoir affirmer que les ulcérations laryngées consécutives à l’emploi du tube à demeure ne sont pas rares, et qu’il y a un réel avantage, quand cela est possible, à substituer le cathétérisme temporaire du larynx au cathétérisme permanent.

Le fait suivant, recueilli également par mon interne M. Ghika, me paraît aussi devoir être classé parmi les spasmes laryngés d’origine pulmonaire.

Broncho-pneumonie double, spasme de la glotte. — Tubage.

Mort.

La nommée Z..., Jeanne, dix-sept mois, enlre à l'hôpital le S septembre 1896. Elle est reçue au pavillon des douteux, avec le diagnostic de broncho -pneumonie double. Rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Son père est alcoolique, sa mère bien portante. Quatre autres enfants bien portants. L'enfant est née à terme, elle a été nourrie au sein. Elle a été soignée pour une bronchite il y a cinq mois. Depuis est constamment malade, tousse toujours, maigrit, a une diarrhée persistante.

A son entrée elle est très pâle, fatiguée, a une forte dyspnée avec tirage latéral modéré. On trouve les signes d’une bronchopneumonie double.

Du 5 septembre au 7, son état va sans cesse en s’aggravant et le 7, à 8 heures du matin, elle est conduite d’urgence au pavillon Bretonneau, avec tirage intense.

Le visage est d’une pâleur cadavérique, les lèvres bleues, les yeux ternes, cerclés de noir, le nez pincé, avec battements rapides des ailes du nez.

A chaque inspiration, il se produit une forte dépression sussternale et sus-claviculaire et un tirage latéral saccadé ; l'épigastre se déprime peu, les sterno-mastoïdiens se contractent d'une manière active. Le pouls se perçoit difficilement. Il s’agit d’une asphyxie blanche.

L’enfant est moribond.

On tube l’enfant. La respiration se régularise immédiatement. Le tirage sus-sternal cesse, mais on constate encore un peu de tirage latéral, les ailes du nez continuent à battre. L’enfant reste toujours aussi pâle, et, malgré la régularisation relative des mouvements respiratoires, l’état général est des plus mauvais et le pronostic des plus sombres. Les deux poumons en arrière donnent de la submatité à la percussion, surtout à droite.

A l’auscultation on entend du côté droit des râles sous-crépitants à bulles moyennes et fines avec souffle inspiratoire. Du côté gauche il y a un silence respiratoire presque complet; à peine entend-on quelques râles muqueux qui permettent d'éliminer l’idée d’un épanchement pleural. L’enfant est chétive, très petite pour son âge. 11 existe de petits ganglions sous-maxillaires. Dans la gorge, aucun exsudât, la muqueuse n’est même pas rouge ; le sommet de l’épiglotte n'est point bordé de blanc.

SPASME GLO TTIQUE D’ORIGINE PULMONAIRE

Les battemeals du cœur sont sourds. Le pouls est très petit, la température à 39°, S.

L'enfant a toujours de la diarrhée. On fait un ensemencement avec le mucus pharyngé ; on prescrit une potion de Todd, du lait, des bains sinapisés.

A 6 heures du soir la température esL à 40°, l’enfant s’affaiblit de plus en plus. Il meurt le lendemain, 8 septembre, à 5 heures du matin.

Autopsie faite le 9 septembre. — Pas de fausses membranes dans le pharynx ni dans le larynx. La muqueuse laryngée est saine, sauf au niveau de l’anneau cricoïdien où l’on constate sur chaque face latérale une petite zone d’anémie entourée d’un halo rouge. Ces deux petites zones correspondent aux points où la partie sus-ventriculaire du tube vient reposer sur l’anneau cricoïdien.

La trachée, les bronches grosses, moyennes et petites sont remplies d’un pus jaunâtre, épais. La muqueuse de la trachée et des bronches est rouge, injectée, congestionnée. Les deux poumons sont le siège d’une broncho-pneumonie déjà ancienne, occupant tout le lobe inférieur des deux poumons, la partie postérieure du lobe moyen du poumon droit, et la partie inférieure et postérieure des deux lobes supérieurs.

Le reste des deux poumons est le siège d’un emphysème très marqué.

Sur une coupe, les petites bronches apparaissent dilatées et la plus légère pression en fait sourdre des gouttelettes de pus. Tout le parenchyme environnant ne crépite plus et plonge au fond de l’eau.

Les ganglions trachéo-bronchiques sont un peu tuméfiés, surtout les ganglions sus-trachéo- bronchiques droits; un seul atteint les dimensions d’une olive, les autres sonL très petits ; aucun d’eux ne parait exercer de compression sérieuse sur les récurrents et les pneumogastriques. Ils ne sont pas caséeux.

Sur la plèvre viscérale on note quelques ecchymoses sous-pleu. raies.

Le péricarde est sain, le myocarde un peu pâle, mais les cavités du cœur ne sont pas dilatées, et il n’y a aucune lésion des orifices.

Le foie, la rate sont normaux ;Jes reins pâles se décortiquent bien.

Les cultures sur sérum faites hier avec le mucus pharyngé ont donné des colonies de Lœffler moyen et des cocci.

Ce cas ne laissait pas que d’être embarrassant pour poser un

diagnostic précis. Lorsque l’on a dû introduire un tube dans le larynx de l’enfant, on était manifestement en présence de phénomènes de suffocation liés à un spasme de la glotte. L’enfant aurait sans doute succombé très vite, si l’on n’eût pas ouvert un passage à l’air en pratiquant le tubage. Le soulagement immédiat qui a suivi l’introduction du tube, la régularisation relative des mouvements respiratoires ne peuvent laisser aucun doute sur le rôle joué par le spasme glotlique dans ce paroxysme asphyxique.

Les lésions broncho-pulmonaires constatées par les signes physiques durant la vie et vérifiées à l’autopsie, doivent faire admettre l’origine réflexe broncho-pulmonaire de ce spasme de la gloLle.

Comme on n’a constaté durant la vie aucune membrane dans le pharynx, ni à l’entrée de l’enfant, ni pendant son séjour ; d’autre part, comme à l’autopsie, la muqueuse laryngée et trachéo-bronchique sont entièrement libres de produits membraneux, il semble bien difficile d’incriminer la diphtérie. Tout nous porte à croire que les bacilles de Lœffler fournis par la culture du mucus pharyngé ne sont pas à l’état virulent, puisqu'ils n’ont déterminé aucune réaction membraneuse quelconque dans le pharynx et les voies aériennes, et qu’il s’agit d’une diphtérie bactériologique coïncidant avec le processus broncho-pulmonaire au cours duquel a apparu le spasme de la glotte.

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