CADUCITÉ DES MEMBRANES
les couches superficielles de la mucpieuse et ne tombaient pas après les injections.
Enfin, chez un garçon de treize ans, j'ai vu des exsudats assez étendus sur les amygdales et le pharynx se reproduire pendant plus de douze jours ; la dose de sérum injecté a excédé, dans ce cas, 80 centimètres cubes. Le pouls était d'une faiblesse extrême; le malade ne pouvait se soulever sur son lit sans être menacé de syncope. Les urines étaient très albumineuses.
En résumé, les exsudats diphtériques réfractaires au sérum constituent l’exception.
L’action spéciale du sérum sur la caducité des membranes est absolument démontrée pour moi, comme pour les observateurs qui m’ont précédé. C’est par le décollement rapide des exsudats laryngés et trachéaux, et par leur non-repullulation, qu’on doit expliquer la modification extraordinairement favorable dans la statistique des croups tubés ou trachéotomisés.
La proportion des guérisons dans la trachéotomie, donnée par Trousseau, le grand propagateur de cette opéraration, était de 1 sur o : cette proportion est de 2 sur !» dans certaines statistiques récentes.
Le croup, en effet, chez les jeunes enfants, n’est pas produit spécialement par les diphtéries graves ou toxiques ; tout le danger réside dans la présence des membranes sur la muqueuse laryngée et trachéale et dans le spasme glottique coexistant ; le sérum déblayant assez vite les exsudats laryngés, la durée du séjour du tube ou de la canule peut être abrégée et les chances de mort sont de beaucoup diminuées.
Quant au mécanisme même de la chute des membranes sous l’influence du sérum, nous l'ignorons encore ; il est bien vraisemblable que l’innervation vaso-motrice doit
être modifiée par le sérum ; les membranes blanchissent, pâlissent, avant de tomber, comme si leur constitution moléculaire était changée.
Peut-être parviendra-t-on à élucider ce point si intéressant, en pratiquant des examens histologiques de la muqueuse et des membranes adjacentes chez des sujets ayant reçu ou non des injections de sérum? L'examen comparatif de pièces de ce genre nous fournirait probablement quelques renseignements utiles.
Au-dessous des membranes détachées, la muqueuse est ordinairement d’un rouge vif, livide , mais d’autres fois, je l’ai vue pâle et rosée.
Un autre fait ressort non moins évidemment des deux observations d’angine toxique que j’ai rapportées plus haut, c’est que le sérum ne paraît pas toujours entraver le développement des troubles généraux que l’on impute aux toxines de la diphtérie.
Bien que je ne conserve pas les enfants, à cause de l’insuffisance des locaux, assez longtemps pour noter les accidents de la convalescence, j’ai cependant observé un certain nombre de paralysies, des morts subites, des albuminuries ; une néphrite tardive, avec infiltration généralisée, suivie de mort. Je n’ai pas d’éléments suffisants pour affirmer que tous ces troubles sont aussi fréquents qu’avant l’emploi du sérum, mais je puis déclarer qu’ils ne sont pas rares.
La substance contenue dans le sérum jouit d'un pouvoir antitoxique et immunisant certain sur les animaux : mais l’antitoxine n’a pas des effets thérapeutiques aussi constants pour la diphtérie de l’homme en évolution. Néanmoins l’action décollante du sérum est évidente sur toutes les formes de la maladie, légères ou graves.
RÉCIDIVE DES MEMBRANES