‹ La diphtérie et la sérumthérapieChapitre 64 sur 103 · LE SÉRUM COMME VACCIN PRÉVENTIF · texte numérisé non relu

LE SÉRUM COMME VACCIN PRÉVENTIF

qui suivent les injections de sérum, il paraît bien que les inconvénients de l’immunisation priment les avantages.

Plusieurs de mes internes, pendant les années 1895 et 1896, ont été atteints par la diphtérie, MM. Chabry, Hermary, Audion ; tous trois ont reçu des quantités de sérum variant entre 20 et 70 centimètres cubes.

Les accidents initiaux et tardifs qu’ils ont éprouvés ont été fort pénibles, hyperthermie pour M. Chabry, érythèmes, arthropathies, albuminurie tardive apparaissant avec les érythèmes, etc., nécessitant un séjour au lit de plusieurs jours.

Les médecins et les aides chargés d’assurer un service de diphtérie tel que celui de l’hôpital Trousseau ne demanderaient qu'à s’immuniser contre la maladie, s’ils jugeaient la vaccination pratique. Pourquoi n’avons-nous jamais songé à nous injecter préventivement? — C’est qu’étant sains et bien portants, nous ne voulions pas courir les risques de nous aliter plusieurs jours pour nous préserver de la diphtérie pendant un laps de temps de trois semaines. Je me serais privé d’une bonne partie de mon personnel si, toutes les trois semaines, il eût fallu recommencer cette vaccination dont les bénéfices sont si temporaires.

Ce qui est vrai pour le personnel hospitalier, si bon juge en pareille matière, l’est aussi dans les familles où éclate la diphtérie. L’enfant du Dr Langerhans qui a succombé d’une manière inexplicable avait été injecté préventivement, qu’on ne l'oublie pas. Ne faisons donc pas courir aux enfants sains les risques de l’intoxication sérique, dont les effets peuvent être plus ou moins graves et peut-être mortels.

Isolons soigneusement les enfants diphtériques lorsque cela sera possible. Dans le peuple, qu’on n’hésite pas à

envoyer les enfants diphtériques à l’hôpital pour sauvegarder les autres.

Surveillons les autres enfants dans la maison qui contient un diphtérique, et n’hésitons pas à appliquer la médication de bonne heure s’il y a contamination.

Donnons des conseils pour que l’antisepsie médicale soit observée. Que les objets qui ont servi au diphtérique soient stérilisés à l’eau bouillante, que les personnes en

contact avec le malade se lavent fréquemment les mains

• , 2 et le visage avec une solution faible de sublime au :

que la désinfection du linge, delà literie, de l'appartement

soit complète après la convalescence.

Tant que l’on n’aura pas extrait du sérum l’antitoxine à l’état de pureté, tant que Ton n’aura pas débarrassé le sérum des substances toxiques qui existent dans certains échantillons, impossibles d’ailleurs à distinguer des autres, je donnerai le conseil formel de ne pas se servir du sérum comme procédé d’immunisation. C’est exposer un individu sain à une maladie expérimentale dont il est impossible à l’avance de présumer la gravité1.

Aussi, je me crois autorisé à répéter que ce précieux remède contre la diphtérie doit être manié prudemment, et les connaissances nouvelles que nous avons me confirment dans l’opinion que le sérum ne doit pas être employé comme vaccin préventif.

Dans le courant de mars 1897, M. Arloing a publié 2 * * 5 quelques expériences faites sur le chien et le lapin, d’où il conclut que le sérum antidiphtérique de cheval

1 La gravité des accidents sériques n’est nullement proportionnée à la dose. Avec une injection de 10 centimètres cubes j'ai vu des enfants présenter des

troubles aussi inquiétants que ceux qui avaient reçu 100 centimètres cubes

pour des diphtéries toxiques. Ce n'est donc pas en abaissant la dose qu'on

évitera les accidents.

5 Lyon médical, 1897.

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