RÉTRÉCISSEMENT DU LARYNX
I centimètre cube d’huile mentholée à o p. 100 et par l’ingestion d’un peu de grog.
Au doul de dix minutes, l’enfant est recoloré, respire d’une façon presque parfaite. On le place dans la chambre de vapeur. A l’examen du pharynx, on ne constate pas de fausses membranes, les amygdales sont rouges, tuméfiées, mùriformes. Il existe une adénopathie assez considérable. Les parents interrogés donnent les renseignements suivants : l’enfant tousse depuis huit jours ; avant-hier, la voix s’est couverte ; la nuit a été mauvaise, l’enfant devenant de plus en plus gêné pour respirer. Enfin son état s’est progressivement aggravé jusqu’au moment où on l’a amené à l'hôpital.
L’ensemencement est pratiqué avec les membranes rejetées à 6 heures du soir et on fait à l’enfant une injection de 20 centimètres cubes de sérum. La température est à 37°, 3.
19 février. — L’enfant va bien. Toutefois la température est à 39°, 1, et l’on pratique une seconde injection de 20 centimètres cubes de sérum.
L’examen bactériologique révèle du Lœffler moyen, des streptocoques et des staphylocoques.
20 février. — La température est à 37°, 8, l’enfant respire bien. On énuclée le tube à 3 heures de l’après-midi après quarantesix heures de tubage. L’enfant reste calme jusqu’à 8 heures du soir. Alors il commence à s’agiter de temps en temps, à respirer avec une certaine gêne, à demander souvent à boire. Celte gêne augmente jusqu’à 1 1 heures du soir, puis l’enfant s’endort.
21 février. — Réveil brusque à 1 heure du matin dans un accès de suffocation terrible. L’enfant qui est un peu maigre présente les signes d’une strangulation extrême : les yeux saillants, la bouche s’ouvrant largement pendant l’inspiration, l’épigastre violemment déprimé, ainsi que les creux sus-sternal et sus-claviculaire ; tous les muscles dilatateurs du thorax sont convulsés, le tirage est sifflant, la voix éteinte.
On retube très rapidement l’enfant qui est immédiatement soulagé jusqu’à 4 heures du malin, heure à laquelle il rejette son tube.
Alors commence pour cet enfant une pénible odyssée de rejets successifs du tube avec retubages, qui tiennent pendant neuf jours le personnel du pavillon en éveil et réclament l’intervention de sept internes de garde, jusqu’à ce que, de guerre lasse, on le trachéotomise.
Fendant ce temps, l’état général de l’enfant s’est maintenu bon
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et il a guéri, mais nous allons voir au milieu de quelles péripéties et grâce à quel surcroît de soins et de vigilance.
21 février. — Première expulsion du Lube à 4 heures du matin. A 7 heures, tubage d’urgence.
22 février. — Deuxième rejet du tube à 2 heures du matin, trente-huit heures de calme.
23 février. — Retubage à 4 heures du soir.
24 février. — Troisième rejet du tube à o heures un quart du matin. Onze heures de calme. Retubage à 3 heures du soir.
25 février. — Quatrième rejet du tube à 5 heures et demie du matin. Une heure de calme. Retubage à 6 heures et demie.
Cinquième expulsion, le même jour à 9 heures un quart du matin. Retubage immédiat.
Sixième expulsion à 1 heure du soir. Une heure de calme. Retubage à 2 heures.
Septième expulsion à 10 heures du soir. Retubage immédiat.
27 février. — Huitième expulsion du tube à 4 heures du matin. On essaie de tuber l’enfant avec un tube d’âge supérieur tube de neuf ans).
28 février. — Neuvième expulsion du tube à 4 heures et demie du matin. Retubage immédiat.
Dixième expulsion à 11 heures du soir. Retubage une heure après. Ces deux derniers tubages furent particulièrement émouvants.
29 février. — A 6 heures du matin, onzième expulsion avec le même tableau d’asphyxie brusque.
On pratique alors la trachéotomie (procédé en un temps !.
Du 28 février au 26 mars (vingt- sept jours), tous les efforts, pour laisser l’enfant sans canule restent vains. À chaque essai l’asphyxie reparaît après quelques secondes. On lui laisse la canule.
Le 12 mars. — On enlève la canule et on tube l'enfant sans difficulté avec un tube de huit à neuf ans. La nuit est calme, pas de fièvre, mais à 6 heures du matin, le 13 mars, rejet du tube et reprise du spasme. On a passé la canule qu’il porte encore aujourd’hui.
En effet, c’est en vain qu’on a réessayé plus tard de retuber l’enfant, on a constaté l’existence d’une sténose laryngée qui a été en croissant et a nécessité le maintien de la canule. Actuellement toutes les tentatives de cathétérisme dilatateur du larynx sont restées infructueuses ; aucune bougie de la filière Gharrière, même parmi les plus fines, n’a pu être introduite. Mon collègue de chirurgie M. Rroca à qui j’ai proposé de pratiquer la laryngofissure chez cet enfant, ne s’est pas encore décidé à lui faire courir les risques de cette dangereuse opération.