HONTE
nie n’est qu’une localisation de l'infection. Or nous avons déjà dit qu’à Bordeaux l'infection était dans la plupart des cas très peu accentuée. Les symptômes pulmonaires devraient donc y être plus rares qu'ailleurs ; il n’en est rien.
Si nous parcourons les observations de croups opérés et guéris, nous voyons la broncho-pneumonie apparaître 15 fois sur 37 cas. Chez 7 malades les deux poumons furent envahis simultanément. Constatés généralement du 3° au 5° jour le souffle, la matité et la crépitation purent 4 fois être constatés dès l’ouverture de la trachée.
À ces 15 observations, nous devons ajouter 6 cas de bronchite membraneuse. Le rejet,pendantplusieursjours, de fausses membranes tubulées et ramifiées permettait de localiser le mal dans les petites bronches.
Parmi les croups opérés et suivis de mort, la proportion est encore plus grande.
39 fois sur 77 cas la mort survint au milieu de symptômes de fièvre et de gêne respiratoire que les signes physiques permettaient d'attribuer aux lésions pulmonaires : 11 fois enfin, la trachéotomie fut impuissante à arrêter les progrès d'une asphyxie causée par l'extension des membranes aux ramuscules bronchiques.
Nous ne saurions trop insister sur l'importance de la broncho-pneumonie comme facteur de la mortalité à Bordeaux. À certaines époques nous avons vu mourir 7 opérés sur 9. Ce fait là s’est reproduit plusieurs fois et a toujours coincidé avec un encombrement tel des salles que les intervalles des lits laissaient à peine le passage libre pour une personne.
PLAGE à ER
La broncho-pneur onie venait alors compliquer presque tousles cas parleseul fait de l’entassement des malades chez lesquels cette affection nouvelle trouvait un terrain trop propice à son évolution.
€ Ces broncho-pneumonies très fréquentes à la suite du croup, nous dit M. Cadet de Gassicourt, sont très rares à la suite des angines. » Nos observations prouvent la vérité de cette assertion.
Qu'on nous permette cependant de signaler dans une série de 62 cas d’angine diphtéritique 6 cas de bronchopneumonie ayant nécessité l'application de vésicatoires. Deux autres cas nous paraissent intéressants. Ils se rapportent à des enfants qui pendant plusieurs jours expulsèrent de longues fausses membranes ramifiées, sans jamais présenter aucun symptôme de localisation au larynx.
Nous terminerons ce chapitre des affections pulmonaires dans la diphtérie par une observation de tuberculose aiguë survenue dans le cours de la diphtérie.
OBSEkRVATION. — Pierre Ch... âgé de ans 1/2entre à l'hôpital des Enfants le 20 août pour un panaris. Il a un peu de fièvre le soir ; il est affaissé. L'examen des poumons pratiqué ce jourlà avec le plus grand soin ne révèle rien d’anormal. Le 23 au soir, l'enfant est pris de quintes de toux avec reprise. L'infir-
mière de la salle demande son transeat dans le service de la
coqueluche. La fièvre et le malaise persistent, lorsque le 27 apparaît sur le corps une éruption scarlatineuse. La gorge un peu douloureuse est très légèrement rouge. L'état général est bon. Pas d’albumine dans les urines. L'enfant ne tousse pas.
Le 6 septembre, de larges plaques diphtéritiques apparais-
Na one
sent sur les amygdales. Léger engorgement ganglionnaire. Le thermomètre monte le soir à 3%.
A partir du 8 septembre, l'état général devient mauvais, l'appétit est nul, l'enfant triste et abattu.
La température se maintient à 39° le matin, avec ascension à 40° et 40,5 le soir. Il y a de l’albumine dans les urines en proportion notable. En même temps les poumons sont le siège de poussées congestives, de noyaux de matité qui nécessitent l'application de larges vésicatoires. Les signes physiques de la broncho-pneumonie se succèdent, et se déplacent avec la plus grande facilité.
Les plaques diphtéritiques se sont étendues à toute la cavité buccale.
ÆEnfin le 5 octobre, l'enfant meurt presque subitement.
A l’autopsie, on put constater que les poumons étaient dans toute leur étendue envahis par des tubercules de petit volume. Le poumon droit présente au centre une caverne grosse comme un œuf de pigeon et remplie de pus noirâtre très fluide. Le cœur pâle et anémié présente une teinte jaunâtre paraissant due à une dégénérescence graisseuse avancée. Les reins sont blancs, volumineux, la capsule s’enlève facilement.
Cette observation nous paraît intéressante car elle nous montre que dans la diphtérie comme dans toutes les autres maladies très anémiantes une tuberculose dont rien n'avait jusqu'alors signalé l'existence peut évoluer avec une extrême rapidité.
Nous avons signalé l'absence des engorgements ganglionnaires, il nous reste à parler maintenant de deux complications de la diphtérie : l’albuminurie et la paralysie.
La présence de l’albumine dans les urines des diphtéritiques est chose très fréquente, puisque les auteurs la