‹ La Diphthérie aux Armées: En 1915-1916Chapitre 11 sur 26 · L..., entre à l'ambulance 8/21, le 15 décembre, avee un · texte numérisé non relu

L..., entre à l'ambulance 8/21, le 15 décembre, avee un

état général grave. Les fausses membranes tapissent toute la gorge et les fosses nasales. Température : 39°.

Malgré le sérum, la température se maintient tous les jours entre 38 et 39 degrés.

Au bout de six jours, les fausses membranes finissent par céder,mais la courbe de la température ne redescend pas à la normale. Il est apparu à gauche une adénite assez volumineuse; au bout de quelques jours, cette adénite cervicale, peu fluctuante, fait place à un volumineux adénophlegmon du cou. Cet adéno-phlegmon, en se développant, fuse vers la ligne médiane et s'étend du lobe inférieur de l'oreille gauche jusqu'au devant du cou.

Le >» décembre apparaît à droite une masse ganglionnaire qui se développe peu à peu en augmentant la gêne respiratoire que présentait déjà le malade.

Le 4 janvier, l'ouverture des adéno-phlegmons donne du pus en assez grande abondance. Les phénomènes de gêne respiratoire disparaissent et, au bout de quelques jours, la température revient à la normale.

Guérison deux semaines après l’incision.

L’angime maligne ne nous a jamais nettement présenté le syndrome décrit par Marfan sous le nom de syndrome secondaire de la diphtérie maligne, consistant en hypertrophie du foie, dilatation du cœur et vomissements.

Ce syndrome, qui est à peu près constamment mortel, a cependant été observé dans quelques cas, surtout au cours des typho-diphtéries ; nous en verrons plus loin des observations.

Nous n’avons jamais observé non plus d’angines devenant secondairement malignes. Toutes nos angines malignes l’étaient d'emblée, avant toute imjection de sérum.

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A côté de l’angine diphtérique, le processus pseudomembraneux peut s'étendre au nez ou au larynx.

La diphtérie nasale est à peu près constante dans l’angine diphtérique maligne et elle peut persister longtemps après la guérison de l’angine, dissémmant pendant longtemps le bacille de Lôffler. Elle n'offre par elle-même aucun caractère de gravité.

Le croup, assez rare chez l’adulte, a cependant été observé 3 fois sur les 73 malades que nous avons pu suivre à l’ambulance 8/21.

Dans tous les cas, il s’est agi de croup dont les symptômes sont apparus après ceux de l’angine; nous n’avons jamais observé le croup primitif, commençant à évoluer avec une gorge mdemne.

OBsERVATION XI

le 3 septembre à l'ambulance 8/21.

L'état général est très mauvais ;le malade respire avec

trente ét un ans, 17° d'infanterie, entre le

peine et ne peut absorber aucun aliment. Fausses membranes abondantes, saignantes sur les amygdales et le pharynx, s'étendant au nez. Signes de laryngite et de bronchite ; petit foyer de congestion pulmonaire. Le rein est douloureux à la palpation. Les urines, très albumineuses, contiennentuneforte proportion de globules blancs. Température : 39°5.

Examen bactériologique : Lôffler long.

On fait un traitement sérothérapique intense, comprenant des injections de 30 à 4o centimètres cubes, tous les jours.

Les jours suivants, l'extension du processus au larynx fait envisager l'éventualité d'un tubage, mais les symptômes s'amendent peu à peu, et, au bout de quelques

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injections de sérum, les fausses membranes diminuent, la température revient autour de 38 degrés; les urines deviennent moins hématuriques, les phénomènes pulmonaires disparaissent.

Le dix-septième jour, il ne reste plus que des traces d’albumine dans les urines. Le malade ne s’alimente cependant que difficilement et avale mieux les solides que les liquides (légère paralysie pharyngée).

Le dix-huitième jour, disparition de l'albumine.

OBs£éRvATION XII

F.., J.-M., 17° d'infanterie, entré le 24 août 1915 à l'ambulance 8/21, pour angine diphtérique.

Etat général très grave Fausses membranes très épaisses, grisâtres, envahissant tout le pharynx et le nez. Paralysie du voile du palais; signes de laryngite. Pas d’albumine.

Malgré des injections de 4o centimètres cubes de sérum, les symptômes ne commencent à s'amender un peu que le cinquième jour. La température est toujours à 4o degrés, et elle s'y maintiendra pendant plus de deux semaines. Elle est due en grande partie à deux foyers de congestion pulmonaire, l'un au sommet droit, l’autre à la base gauche. Ces deux foyers deviennent peu à peu franchement broncho-pneumoniques. On continue les injections de sérum, tout en soutenant le cœur par de l'huile camphrée et de la spartéine.

Albuminurie peu abondante vers le quinzième jour de la maladie.

A partir du 9 septembre, injections quotidiennes d’adrénaline ; la température baisse assez rapidement autour de 37 degrés, où elle se maintient pendant cinq jours, mais le malade, très intoxiqué, très faible, peut à peine se remuer,

Les phénomènes pulmonaires ont beaucoup diminué ; l'albumine a disparu; les membres inférieurs sont para-

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lysés, surtout au niveau des extenseurs. Anesthésie plantaire.

Vers le vingt-cinquième jour de la maladie, commence une série d'oscillations qui vont se continuer pendant vingt jours. Les phénomènes pulmonaires ont repris de l’intensité. Il se développe en même temps un abcès de la cuisse.

Incision le 29 septembre. A partir de cette date, la température tombe. L'abcès a joué le rôle d’abcès de fixaton avec un résultat des plus-heureux. L'état général s'améliore Vers le cinquantième jour, otite droite suppurée : légère douleur mastoïdienne. È

Guérison sans autre complication, à partir du milieu d'octobre.

OgservaTIoN XIII

B...,. vingt-quatre ans, 114° d'infanterie, entre le 2 novembre 1915 à l’ambulance 8/21, pour une angine à fausses membranes très grave.

La gorge etle nez sont envahis par le processus diphtérique; laryngite, bronchite, aphonie complète. Température : 39°5.

Sous l'influence du sérum, l'état du malade paraît s’amender très rapidement. La gorge se déterge, mais il existe des hémorragies nasales et buccales assez fréquentes. Paralysie du voile du palais.

Le dix-septième jour, le malade se lève ; il accuse une grande faiblesse dans les jambes et se plaint de rejeter ses aliments.

Vers le quarante-cinquième jour de la maladie, il doit rester couché, les membres inférieurs sont paralysés, surtout au niveau des extenseurs. Anesthésie plantaire,

Au cœur, signes de .myocardite. Au bout de quelques jours, la paralysie gagne les quatre membreset les muscles intercostaux. Diplopie avec strabisme; paralysie des sphincters. L'état général s'aggrave et la faiblesse cardiaque

persiste. Syncopes à plusieurs reprises, malgré un traite- . ment adrénaliné et des inhalations d'oxygène.

Vers le soixantième jour, le myocarde semble réagir.

Le malade, qui ne s’alimentait pas du tout, peut téter au. biberon. Au bout de quelque temps, amélioration de l’état général et de la paralysie.

Vers le quatre-vingtième jour, léger mouvement dans les jambes ; 1l ne peut cependant encore les plier; les bras sont totalement paralysés; le malade ne peut ni serrer un objet, ni porter la main à sa bouche: il n’a que quelques mouvements de flexion des doigts, au membre supérieur droit. L'alimentation se fait toujours au biberon.

Au quatre-vingt douzième jour de la maladie, mouvements de préhension au membre supérieur gauche, puis au membre supérieur droit. L'état général se remonte sous l'influence d’injections de strychnine; la paralysie diminue progressivement et, le cent vingt cinquième Jour de la maladie, le malade part de l'ambulance en bonne voie de guérison.

Pendant toute l'évolution de la paralysie, la température a été normale et n'a dépassé 38 degrés que pendant les huit premiers jours de la maladie.

Malgré la gravité de ces trois cas, nous n’avons pas eu de décès à déplorer, et dans le premier seul, il y eut un certain degré de dyspnée mécanique. Les malades étaient beaucoup plus touchés par l’intoxication diphtérique qu’ils n'étaient asphyxiés par la présence de fausses membranes au niveau du larynx. C’est d’ailleurs la règle, dans le croup de l’adulte.

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