TRAITEMENT
Il peut paraitre surabondant de parler ici de la sérothérapie que tout le monde reconnait depuis longtemps comme spécifique de la diphtérie. Tel n’est point cependant notre avis.
Si aucun médecin ne dénie au sérum antidiphtérique sa valeur contre le bacille de Lôffler, pour quelques-uns cet agent garde de son origine microbienne quelque chose de mystérieux ; on semble croire qu’il agit à la fason d’un ferment ou d’un microbe, presque à dose infinitésimale. Bien mieux, certains médecins ont peur de l'employer en quantité suflisante, comme s’il devenait toxique rapidement, à mesure qu’on en injecte davantage, ainsi que le font les médicaments chimiques très actifs. :
11 faut lutter contre cette timidité à l'égard du sérum de certains praticiens. Ces grosses doses, qu’ils ont peur d'employer, 1l faut les injecter pour guérir la maladie, pour prévenir les rechutes, pour empécher les complications.
Le Sous-Secrétariat d'Etat du Service de Santé
s’est tellement rendu compte du danger que présente un pareil état d’esprit et de lPimportance de faire de grosses doses de sérum antidiphtérique en particulier, et de tous les sérums en général, qu'il vient d’éditer une petite brochure : Notions pratiques sur quelques maiadies infectieuses, destinée à être répandue parmi les médecins. Il y indique, de facon absolument nette, que les doses doivent être au minimum de 40 à 60 centimètres cubes de sérum, le premier jour, avec injections, les jours suivants, de 40 centimètres cubes tous les jours, jusqu’à disparition des fausses membranes, et de 30 et 20 centimètres cubes les jours suivants.
Ce sont là des doses minima au-dessous desquelles il ne faut pas aller. Dans les cas 2raves, elles seront beaucoup plus élevées. Depuis un certain temps, d’ailleurs, plusieurs auteurs ont réclamé l'injection de fortes doses. Nous citerons : Capitan, Deléarde, à l’Académie de Médecine: Deroide, Orticoni, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris.
Deléarde, dès 1906, mjectait à tout enfant diphtérique, quel que fût son âge, 50 à 80 centimètres cubes de sérum à son entrée à l'hôpital: le lendemain et même le surlendemain, S0 centimètres cubes en cas d’angine simple; 100 centimètres cubes en cas de croup. Les résultats de cette pratique sont extrêmement remarquables et très. rapides. Une quatrième injection est presque toujours inutile.
Deroide mjecte chez un enfant de cinq ans 120 centimètres cubes en moins de vingt-quatre heures ; chez un enfant de dix-neuf mois, 90 centimètres cubes en
moins de vingt-quatre heures, 110 centimètres cubes en quatre jours. Non seulement il n’y a pas d’accidents, mais des diphtéries graves sont guéries de façon très rapide.
Enfin, Orticoni a systématiquement injecté de erosses doses chez des soldats diphtériques. I y fut amené en constatant qu'avant la guerre, avec des quantités de sérum de 120 à 150 centimètres cubes -en moyenne pour la durée de la maladie, on arrivait à une mortalité de 3,45 pour 100. Dans ces conditions, il n’y avait qu'un très petit nombre de paralysies diphtériques. Au moment où il fut appelé à un hôpital de contagieux, les statistiques étaient de 20, 25 et même 29 pour 100 de mortalité dans certains secteurs du front, avec des doses de 50 à 60 centimètres cubes par jour. Malgré ces doses, considérées alors comme largement suffisantes, il se produisait dans la convalescence de nombreuses paralysies généralisées, un très grand nombre de malades avaient des paralysies du voile. Systématiquement, Orticoni exagère la méthode des doses massives et répétées. Il imjecte, dans les cas moyens, de 300 à 500 centimètres cubes dans le cours de la maladie, dans des cas graves de 700 à 1.000 et même à 1.800 centimètres cubes, ceci en commencant par des doses de 100 à 120 centimètres cubes par jour èn deux injections. En l’espace de sept mois, il traite 208 diphtériques avec un seul décès, et ce dernier survmt au cours d’une forme hypertoxique qui ne fut hospitalisée qu'au huitième jour. |
Dans ces conditions, en dehors des symptômes
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pharyngés qui évoluent très rapidement de façon favorable, il constate une albuminurie très peu fréquente, le plus souvent des traces fugaces ; il n’eut guère que deux ou trois malades qui, à un moment donné de leur maladie, urinèrent 0 gr. 75 à 3 grammes d’albumine par litre.
Non seulement l’albumine n’est pas une contreindication, mais lorsque le traitement sérothérapique intensifié est appliqué au cours d’une albummurie diphtérique assez élevée, il la-fait diminuer rapidement. Ainsi, un malade présente à l’entrée 3 grammes d’albumine dans ses urines. On fait immédiatement des doses considérables de sérum ; trois jours après, il n’a plus que 0 gr. 75.
Les seules particularités que présente la maladie au cours de ce traitement sont les complications artilaires dues au sérum.
Ces arthralgies sont souvent généralisées, attelonant fréquemment l'articulation temporo-maxillaire, et cèdent, d’ailleurs, facilement au salicylate de soude à la dose de 6 à 8 grammes par jour.
Les éruptions sériques, et en particulier lurticaire, sont fréquentes, ce dernier siégeant au uiveau des parois abdominales ou bien étant généralisé avec prurit ; il survient, en général, du dixième au douzième jour après l'injection, quelquefois du quatrième au cinquième jour chez les-sujets qui sont sensibilisés par une ou des injections antérieures de sérum.
Les paralysies, d’une facon générale, et les polynévrites en particulier, sont très rares, ne surviennent que dans les formes graves, où Pimprégnation
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toxique était très précoce. Il faut cependant noter que le traitement intensif allant jusqu'à 1.800 centimètres cubes de sérum n’a pas empêché l’apparition d’une polynévrite, et peut-être ceci est en faveur de l’opimon de Rist, pour qui la paralysie serait due à une endotoxine diphtérique différente de la toxine employée à immuniser les chevaux producteurs de sérum. Il y aurait lieu, d’après Rist, de traiter les paralysies non par le sérum antitoxique ordinaire, mais par un sérum antiendotoxique ou antimicrobien.
Les indications de la médication sérothérapique sont tirées, tout d’abord, de l'existence des symptômes pharyngés, laryngés ou nasaux. On doit continuer le sérum, non seulement jusqu'à ce que les fausses membranes aient disparu, mais encore deux ou trois jours après. On fera des doses d’autant plus considérables que les fausses membranes seront grisâtres, auront une tendance à l’extension, qu'elles seront diffluentes et que la muqueuse autour d'elles sera plus atteinte.
Les hémorragies buccales, nasales, le saignottement de la muqueuse autour de la fausse membrane commanderont des doses d'autant plus considérables que le sérum réalise, dans ce cas, une double indication : il joue son rôle antitoxique et est, de plus, un facteur coagulant non négligeable.
Un bon état général, une température normale, ne doivent pas empêcher d’injecter du sérum quand il y a des fausses membranes. Au contraire, un mauvais état général, une température élevée doivent faire
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augmenter et répéter les doses. Si les fausses rnembranes ont disparu et que l’état général se maintienne mauvais, il faudra continuer l’injection de sérum.
Enfin, l'existence de complications, telles que les paralysies, exige la continuation d'autant plus intense de la sérothérapie avec le sérum ordinaire, puisqu'il est très difficile de se procurer le sérum antiendotoxique réclamé par Rist.
Existe-t-il des contre-indications au sérum?
Depuis la notion introduite dans la médecine par Richet de l’anaphylaxie, on a voulu restremdre les imjections de sérum, surtout en cas de réimjection.
Cette crainte se base surtout sur les expériences de Théohald Smith et d’Arthus.
Théobald Smith injecte à un cobaye du sérum d’un animal d’une autre espèce deux à trois semaines après la première mjection. S'il mjecte, soit dans les veines, soit dans le cerveau de l’animal le même sérum, l’animal meurt en quelques minutes : si la réinjection se fait sons la peau, 1l n'y à pas d’accident.
Arthus, faisant des séries de réinjections souscutanées de sérum de cheval chez le lapin, observe localement de l’œdème et de la gangrene; s’il contue les injections sous-cutanées, l’animal devient cachectique et meurt dans quelques cas. Des réinjections intravemeuses amènent à leur suite des accidents graves, souvent la mort.
Rien n'indique que ces expériences soient abé0lu ment applicables à l’homme. D'ailleurs, on constate que les réimjections sous-cutanées, nocives chez le lapin, sont inoffensives chez le cobaye. On ne peut