‹ La Diphthérie aux Armées: En 1915-1916Chapitre 25 sur 26 · L.=-C, Re · texte numérisé non relu

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tes peu en piqure profonde pour donner, au contraire, à la surface de la gélose, une sorte de couvercle crémeux qui envahit bientôt tout entière, tandis que le bacille diphtérique vrai ne donne jamais de culture aussi abondante à la surface, mais pousse bien en profondeur. Le bacille de Lôffler produit plus d’acidité dans les milieux sucrés que le bacille d'Hoffmann, les milieux de Thiel, de Rothe, virent au rouge avec le Lôffler, ne virent pas avec le bacille d’Hoffmann. Les résultats de la plupart de ces méthodes semblent inconstants.

Les procédés biologiques, agglutmation, déviation du complément, n’ont pas donné satisfaction non plus pour des raisons d'ordre technique, le sérum préparé par injections de corps microbiens dans le péritome des chevaux étant agglutinant, surtout pour l’échantillon qui a servi à l’immunisation de l'animal et non pour d’autres échantillons.

Un certain nombre de procédés nouveaux ont été signalés ces dernières années. Langer et Kruger ont constaté que le bacille de Lôffler, même en culture jeune, serait entièrement décoloré lorsque dans la méthode de Gram, on fait agir l’alcool absolu pendant dix minutes, tandis que les bacilles pseudo-diphtériques sont encore colorés au bout de plusieurs heures.

Conradi a préconisé des- plaques au tellure ou au sélénium pour séparer les deux germes, les bacilles diphtériques donnant des colonies noires en tellure, rouges en sélénium, tandis que le bacille pseudodiphtérique n’en donnait jamais de semblables.

UE | D’après Axenoff et Tompakow, ce procédé de diagnostic est assez lent, Beaucoup d’autres microbes que le Lôffler donnent des colonies noires ou rouges. Le procédé n’a donc pas grande valeur. ; On a même été jusqu'à ensemencer l’un et l’autre microbes, soit sur des cultures de tissus, soit sur le plasma employé pour cultiver les tissus : Field Smyth a constaté que le bacille diphtérique pousse très bien dans le plasma sans tissu, tandis que le pseudo-diphtérique n’a jamais poussé. Dans une culture de tissu ensemencée avec l’un ou l’autre mierobe, le bacille diphtérique pousse mieux que le pseudo-diphtérique. Si on ajoute de la toxine diphtérique dans la culture de tissu additionnée de bacille pseudo-diphtérique, ce dernier pousse aussi bien que le bacille diphtérique. Cependant, il faut choisir une dose suffisante, mais non trop forte, ear lorsque la dose est trop forte, le tissu cesse de se développer. Nous n’insisterons pas sur les difficultés d'utilisation pratique de ce procédé. Martin et Loiseau se sont appuyés de nouveau sur la propriété du bacille diphtérique de pouvoir pousser en anaérobie, à l'inverse du bacille d'Hoffmann. [ls se servent du milieu suivant : à 500 centimètres cubes de macération de viande de veau, mélangée avec partie égale de bouillon de viande, on ajoute par litre de mélenge :

Glucose 10 TR 0 eramimes Célose ARNO TEE Are, Nitrate de potasse . . 2 A

Faire dissoudre et ajouter un blanc d’œuf. Chauffer

à 415 degrés pendant une demi-heure, filtrer, répartr en tubes à essais sur 10 à 12 centimètres de hauteur, stériliser en chauffant une demi-heure à 100 degrés pendant trois jours de suite, ou bien une demi-heure à 115 degrés. On part d’une colonie pure que l’on émulsionne dans un peu de bouillon stérile et que lon ensemence dans un tube de gélose préalablement fondue et refroidie autour de 50 degrés. On ensemence dans toute la masse; on refroidit le tube de gélose et on le met à l’étuve. S'il s’agit de bacille de Lôffler, on constate souvent après quinze heures un semis abondant de colonies uniformément réparties sur toute la hauteur du tube sans prédominance dans la zone d’aérobiose. Retiré de lPétuve et conservé à la température de la chambre pendant plusieurs jours, 1 n’y à pas dé changement appréciable; les colonies les plus voisines de la surface ne se sont pas étalées à l'air libre.

Si l’on procède de même avec le bacille d'Hoffmann, on voit qu'il ne pousse qu’en une zone voisme de la surface. La culture est moins rapide: elle n’est ordinairement visible qu'après vingt-quatre heures, toujours après trente-six heures. Les colonies sont Iocalisées dans le dernier centimètre de la gélose, près de la surface, et souvent dans les 2 ou 3 millimètres avoisinant l’ar libre. Les tubes gardés à la température de la chambre montrent, au bout de huit à dix jours, un développement exubérant des colomies voisines de Pair qui envahissent toute la surface libre de la gélose sous forme d’une couche épaisse et crémeuse.

Tous ces procédés de. différenciation du bacille d’'Hoffmann et du bacille de Lôffler, sont, ou difficiles, ou tout au moins longs, On peut conclure qu’un bactériologiste exercé, disposant d’un laboratoire bien outillé et ayant au moins plusieurs jours devant lui, pourra presque toujours dire si un bacille suspect est ounest pas diphtérique. Mais ce n’est pas là ce qu'on demande, Il faut que, dans le minimum de temps possible, vingt-quatre heures au plus, il ait donné une réponse utilisable pour le clinicien. Il est donc indispensable qu’il s’en tienne au diagnostic probable fondé sur une différenciation sommaire.

Dans la plupart des laboratoires, smon dans tous, on adopte la façon d'agir suivante : s'il s’agit d’un malade ayant une angine, le simple fait de trouver des bacilles ayant les caractères du Lôffler, longs, moyens ou courts, fait répondre : bacille diphtérique. S'il s’agit d’un porteur, non malade, on répond : bacille diphtérique, si les bacilles sont longs ou moyens. S'il s’agit de bacilles courts, on répondra : bacille diphtérique, si ceux-ci sont en grande abondance, en culture presque pure; sinon, on ne tiendra pas compte de la présence de quelques colonies isolées de bacilles courts. Lorsqu'on aura des raisons de pousser plus lom le diagnostic différentiel, on fera la coloration de Neisser ou on essaiera de décolorer le Gram par un séjour prolongé dans lalcool absolu. Ceci se présentera surtout lorsqu'on trouvera des porteurs gardant très longtemps des bacilles analogues au Lôffler dans la gorge, sans que le traitement employé les fassè disparaitre.

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La persistance du bacille de Lôffler vrai chez les porteurs est extrêment variables, surtout chez les porteurs sains. Chez les convalescents, on a donné un assez erand nombre de statistique (Corbett, Welsch, Graham-Smith, Meunier). Pour Bouché, dans 50 pour 100 des cas de malades, le bacille persisterait moins d’un mois après la guérison; dans 40 pour 100, il resterait de un à deux mois; dans 10 pour 100 de deux à trois mois. Dans certains cas, le bacille peut persister très longtemps : quatre cent cinquante-huit jours pour Legendre et Pochon; six cent soixante-nouf jours chez un malade de Pripp. Indépendamment du danger que présentent ces imdividus pour la société, 1l faut tenir compte du coût de leur immobihsation pendant un temps aussi prolongé. Aussi, depuis longtemps, a-t-on essayé des traitements multiples pour faire disparaître le bacille. Les différents lavages de la or ze et du nez avec des substances antiseptiques : eau de Labarraque, eau résorcinée, eau phéniquée, les inhalations ou pulvérisations de substances antiseptiques volatiles : iode, gaïacol, goménol, ne font disparaitre le bacille qu’en l’espace souvent de plus de trois mois. On a proposé d’autres procédés ou d’autres substances. L’essence de jasmin, pour Ewart, aurait une action satisfaisante, non seulement pour la diphtérie mais pour l’influenza. Il y a déja longtemps qu'Emmerich et Low ont vanté la pyocyanase ou extrait de culture en bouillon du bacille pyocyanique, qui détruit rapidement 2x vitro le Lôeffler. Rappoport emploie le kaolin qui, pulvérisé dans le nez et la gorge, élimine mécaniquement les

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bactéries avec lesquels il se trouve en contact et y adhèrent très fortement à lui. [/auteur aurait constaté une disparition assez rapide des bacilles, sauf dans certains cas où il fallut, enlever les amygdales et des végétations adénoïdes pour permettre au kaolin d’agir.

Depuis longtemps, Martin fabrique un sérum de cheval antimicrohien en injectant, non pas de la foxine, mais une émulsion de bacilles de Lôffler chauffée à 100 degrés, pendant une heure, sous la peau, dans les veines ou le péritome du cheval. Martin a constaté que les attouchements de la gorge par ce sérum font disparaitre assez rapidement les bacilles de Lôffler, et il a mcorporé son sérum à de la gomme pour en faire des pastilles que le malade ou le porteur doit sucer au nombre de dix par jour environ.

Les résultats de Martin ont été confirmés par Dopter, mais Martin sest toujours opposé à faire entrer dans la pratique ce sérum, de peur que Île publie ne le confondit avec le sérum antitoxique et ne s’en servit à la place de ce dernier. Ce n’est qu'au cours de la guerre que le sérum antimicrobien fut employé largement et d’une facon systématique pour le traitement des porteurs de germes.

Ravaut commença à l’employer en introduisant, plusieurs fois par jour, dans les fosses nasales où le pharynx par insufflation, la poudre suivante :

Pastilles de Martin pulvérisées . 50 grammes. Areono-ben2ol ere. te En D SEX O Camphre pulvérisé à l'éther . . 10 grammes.

PA NOV ON 1 Rte RON ES —

Acide borique : . + + : à 25 =

Fe ES

Ravaut ajoute de l’arséno-benzol au sérum antimicrobien, car il a constaté que, dans presque tous les cas de diphtérie, 1l existait de nombreux fuso-spirilles a la surface des ulcérations situées au-dessus de la fausse membrane et que ces fuso-spirilles entrainaient la persistance du bacille de Lüffler. Ravaut obtient, en une moyenne de sept à neuf jours, la désinfection du pharynx de ses malades atteints d’angine diphtérique ou des porteurs de germes.

Actuellement, l’Institut Pasteur fournit aux hôpitaux militaires de contagieux un appareil complet, permettant l’insufflation de poudre de sérum antidiphtérique, antimicrobien, ou de sérum antiméningococcique pour les porteurs de méningocoques.

Labbé et Canat, à la suite de ce traitement, ont constaté la disparition, en une moyenne de vingt quatre jours, des bacilles de Lôffler chez trente-cinq malades, alors qu'avant ce traitement, en employant deux grands lavages de gorge par jour à l'eau de Labarraque à 30 pour 1.000, des instillations de vaseline résorcinée, matin et soir, dans le nez, et des badigeonnages de la gorge à la glycérine iodée une fois par jour, la stérilisation des malades demandait quarante jours en moyenne.

Ce qui montre l’action spécifique du sérum, c’est que parfois les microbes reparaissent après la cessation de la sérothérapie locale. ponr disparaitre, à nou— veau quand on la reprend.

Les porteurs, soit convalescents, soit porteurs sains, sont considérés comme guéris lorsqu'on à fait deux examens successifs négatifs à, au moins, quatre jours

y = Ke

on d'intervalle. Naturellement, en dehors du traitement local de ces individus, on désinfectera leur linge, leurs vêtements, et, avant de rendre au commandement les locaux contaminés, ceux-ci seront également désinfectés.

La recherche et le traitement des porteurs de

germes constituent-ils la seule facon de lutter contre la

propagation de la diphtérie, et sont-ils suffisants dans tous les cas ?

Si l’on a affaire à une épidémie peu grave ou à quelques cas isolés survenant dans un régiment, dans une compagnie, dans une unilé, qui se trouvent dans d'assez bonnes conditions physiques, la recherche des porteurs sera largement suffisante ; mais s’il survient une épidémie grave de diphtérie avec de très nombreux cas disséminés, s’il survient même quelques cas dans un hôpital parmi des individus en état de moindre résistance, la recherche des porteurs de cermes, souvent longue, sera insuffisante et permettrait à l'épidémie de se disséminer avant qu'on ait eu le temps de prendre des mesures efficaces. On aura recours alors à la sérothérapie préventive. Tous les voisins du malade ou tous ceux qui ont pu être contaminés par lui seront injectés avec 10 centimètres cubes de sérum.

Mais il ne faut pas oublier que le sérum, s'il empêche le porteur de contracter la diphtérie, ne stérilise pas sa gorge et permet la dissémination du bacille. Quand la sérophylaxie sera nécessaire, il faudra aussi souvent que possible lui adjomdre la recherche et le traitement des porteurs de germes,

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