‹ La Diplomatie au temps de Machiavel (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · J. 990, II · texte numérisé non relu

J. 990, II

3) Maximilien répond par une circulaire 1res violente (Dupuy, llist. de (a réunion de la Bretagne, II. "22'2).

4) 11 août 1496. Sanuto, I, 28:;.

.'> Le lo septembre I il)6. l'empereur projette lui-môme un manifestée ses électeurs pour se justifier contre la France (Dépêches de Foscari, dans l'Arekivio storico italiano, p. 868).

6] Envoi, par Charles VII, d'uni' ambassade circulaire en Allemagne (le 6 avril 1459), à ["archevêque de Trêves cl à l'évêque de Metz, aux ducs Alhcrtet Olhon d'Autriche, Guillaume de Saxe. niarquisAlh.de Brandeberck, marquis de Bade, O' Olry de Wirtemberg. comte palatin (Th. Bazin, vd. Quicherat, . IV, 341 et s.).

7) Leibnitz : Cœsarini Fûrstenerii, Traclatus de jure Suprématies ac Legationis Prïncipwn Germaniœ, Londini, KiTH.

8) Envoi d'ambassadeurs français, anglais..., à la diète de Francfort, en niai 1 397, pour l'affaire du schisme (Jarry, Vie de Louis de France, p. 198).

28 février 1476-1477, empiéter sur le pouvoir exécutif au point de « commander et conclure » eux-mêmes les instructions données à l'ambassade en France. Il est vrai qu'il s'agissait de circonstances exceptionnelles ; ils légitiment leur intervention et rendent les instructions acceptables en y insérant la clause qu'on les a rédigées « du secu, bon plaisir et consentement de madite damoiselle », Marie de Bourgogne \ leur nouvelle souveraine -.

Quand on négocie avec la Suisse, il faut prendre garde que, dans cette confédération, les pouvoirs sont très peu homogènes : les cantons d'Uri, Schwytz, Unterwald, et aussi 2ug, c'est-à-dire les cantons forestiers, se séparent volontiers des autres, au point de négocier séparément à l'étranger 3, et même d'engager la confédération par leurs propres actes l. Ils se rapprochent volontiers du Valais. Les ambassades suisses comprennent des ambassadeurs de divers cantons 5.

Le Valais est une agglomération de communes sous la direction de l'évèque-comte de Sion. seigneur du Ilaut-Valais. L'évêque ne peut signer de traité qu'avec l'approbation de ses communes c, et, comme on le pense bien, celles-ci ne sont pas toujours d'accord.

En France, où il n'y a pas ce qu'on pourrait appeler de droit public, le roi gère le royaume « en bon père de famille », comme un seigneur ou un usufruitier7. Son droit exclusif à

1) Gachard, Ànalectes, cccucxv : Kervyn, liât, de Flandre, V, p. .'il.'i-.Vi.'i.

2) Cependant Louis XI leur répond que leur princesse les désavouera (Commines, 1. V., c. xvi).

3) Septembre 1 47.">, avis donné h la duchesse de Savoie. Gingins la Sarraz, Dépêches des ambass. milanais, I, 222, 238.

4) V. notre mémoire La conquête du Tessitt.

5) Ambassade de I W~. Mandrot, Ymbert de Balarnay, p. 3't2. o) (iingins la Sarraz, Dép. des ambassadeurs milanais, I, 233.

7) Sauf .ni certain contrôle intérieur. V. Seyssel, La Grant' monarchie de France.

diriger lea affaires étrangères est absolu : sa signature engage le pays. Les Anglais comprennent difficilement un pareil principe ; dans le traité signé le .*} novembre 1492 avec la France (à Ktaplcs , ils stipulent expressément la ratification par les Etats, dans les deux pays. Cette stipulation demeure en France lettre morte. Pour donner satisfaction aux scrupules anglais, et consacrer la paix, Louis XII dut se livrer a une sorte de comédie. Au moment de son mariage à Nantes, le 15 janvier 1 499, il fit signet un protocole, par un certain nombre de personnages présents. « représentant les trois Etats du royaume de France ». Il y avait de tout, parmi ces soi-disant représentants de la France : des bretons, MM; de Hohan, de Rieux.... ; des étrangers. MM. de Ligny, de Ravenstein, de Hochberg.... '.

Le roi peut déléguer ses pouvoirs, même diplomatiques, a des vice-rois, lieutenants-généraux, chefs d'armée ou amiraux. Le duc de Bourbon, lieutenant-général du royaume en 1494 et 1 i9o, reçoit et envoie des ambassadeurs*. Anne de Beaujeu, comme gardienne du roi pendant sa minorité, accrédite et dirige elle-même les ambassades. En 1489, les ambassadeurs de France en Angleterre écrivent « à Madame » qu'ils ont remis au roi d'Angleterre ses lettres, qu'ils ont exprimé la bonne volonté du roi et la sienne *. Le vice-roi de Naples, sous Louis XII, a tout pouvoir d'« envoyer et déléguer ambassades et autres messaigiers..., de recepvoir et oyr toutes manières d'ambassades et recepvoir toutes manières d'estrangers * ». Il

l)Mém. de l'Histoire de Bretagne, III, c. 826-827.

-2) Not. mis. IV. 2030, P> 53,60 ; 25717, 178.

3)Ms. fr. 15538, no 188.

i) Pouvoirs du «lue de Nemours, août K>01 (Jean d'Auton, 11,96 note). ' Cependant on se demande à Rome, sous Jules II, « an orator proregis Neapolitani (espagnol) locum habeal in Capella », s'il a rang à la chapelle papale. (Paris de G rassis. Lut. .'illi.'i. 1» 467). Cf. les patentes latines du ducd'Orléans, du 13 dov. 1394, instituant Enguerrandde Coucy « locumtenentem et pro-

correspond avec l'ambassade de France à Rome \ Le cardinal d'Amboise, puis son neveu Charles d'Amboise, comme lieutenants-généraux du roi en Lombardie, ont mêmes pouvoirs s. A Venise, où la France entretient un ambassadeur résident, ils envoient des ambassadeurs spéciaux, dont ils prolongent la mission à leur gré 3. Le cardinal d'Amboise signe même à Milan des traités avec Florence et avec Lucques '.

Le sire de Ravenstein et, après lui, Jean de Rocbechouart, gouverneurs de Gênes pour le roi, se crurent autorisés aussi à user du droit d'ambassade. Ils correspondent avec Florence, avec Rome, avec Venise par des lettres confiées aux soins des ambassades de France, ou par l'envoi direct d'ambassades. En souvenir de leur ancienne indépendance, les Génois aimaient à multiplier ces ambassades, et à leur donner un certain éclat" : mais, comme nous l'avons vu, Jules II trouva un peu singulier de recevoir une ambassade génoise d'obédience, même accréditée par Ravenstein ; quant à l'ambassade d'obédience de ses compatriotes de Savone, il ne l'admit qu'à titre privé" . Les Génois n'avaient pas envoyé moins de douze ambassadeurs, avec quatre-vingts voitures de bagages et environ deux cents chevaux !

Néanmoins, tous les lieutenants-généraux n'ont qu'un droit d'ambassade limité, pour l'expédition des affaires cou-

curatorem nostrum generalem ac nuncium specialem in partibus ultramontanis », avec pouvoir de passer toute espèce de traité avec tout le monde et de faire tout acte de gouvernement (Jarry, p. 438).

l)Sanuto, IV, 421.

2i V. l'Appendice.

3) Boislisle, Etienne de Vesc, p. 190-191 : Sanuto,lII, 437.

4) Jean d'Auton, II, 26, n. 1.

5) Burckard, Diarium, III, 333: Saige, Documents, II, 102, 112: Sanulo, 111, 1498 : Archives du Ministère des affaires étrangères, Gênes 1, 1° 69 et s.. Archives de Gênes, Diversorum, nombreuses instructions.

6) Burckard, III, 334.

LE DROIT d'aMRASSADE t f)9

rantes. et aussi pour maintenir l'illusion de l'autonomie parmi des populations d'un amour-propre très chatouilleux. Ils ne peuvent pas engager le roi : leur signature sur une convention, fut-ce celle du cardinal d'Amboise, ne vaut qu W référendum, jusqu'à ratification par le roi1.

Les généraux d'armée ont le droit, au point de vue diplomatique, de « requérir et demander.... l'ayde et assistance de tous princes et seigneurs, nos amis et alliez et bienveillants », et traiter avec toute personne qui veut se rendre \ Un général en chef pont, pour toutes affaires de guerre, « envoyer et délaiguer ambassades et autres messaigiers », recevoir les villes à composition, « oyr toutes manières d'ambassades ; bailler et octroyer seuretez, saufeonduietz, trêves et abstinence de guerre, recepvoir toutes manières de gens estrangés V Ainsi le marquis de Mantoue reçoit, en 149o, des ambassadeurs de Savoie, qui réclament contre les ravages de ses troupes sur les territoires neutres'. Parfois le général en chef, ayant souscrit une trêve et posé des bases de négociations, devient diplomate et mène la négociation jusqu'à la paix 5; mais, pour peu qu'il ait de prudence, il s'abstiendra autant que possible de prendre aucun engagement. En 1501, Stuart d'Aubigny, commandant l'armée française à Naples, accepte, conformé-

i) Ratification du traité avec Lueques. Jean d'Anton, loc. cit.

î) Jean d'Auton, II, ;VX>.

:i; Jean d' Au ton, II, 82 note.

4) Benedelti, // fatto d'arme, éd. 1863, p. 195. Cf. Pouvoirs de Lambert Grimaldi pour conclure une ligue (ligam et capitula,) avec Jean Philippe de Ficsque, comte de Lavagna, amiral de Gènes, et taire « quascumque promissions » avec Bernard Villamarina, capitaine général de la flotte d'Aragon (l.'i février I i.'ii-. Saige, Documents, 1, 287). Louis de Bequetis, écuyer milanais.vient en ambassade prés du duc d'Orléans de la part du capitaine Robert (de San Severino), et reçoit de lui 1-20 liv. (TU. Orléans XII. 83o. \ i juin 1484).

.'il Paix avec le roi d'Angleterre conclue par le maréchal des Querdes (4492. Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 630).

ment à ses pouvoirs, la capitulation du roi Frédéric, à titre provisoire* sous forme d'un sauf-conduit donné à Frédéric pour se rendre en France et traiter lui-même avec Louis XII. Pouvait-on agir avec plus de rectitude et do modération? Cet acte donna pourtant lieu à des récriminations, que Jean d'Auton nous expose tout au long1. Aussi, pour le droit d'ambassade, les délégations du pouvoir royal doivent s'entendre de la manière la plus étroite.

Quant aux vassaux et aux protégés, le temps n'est plus, comme nous l'avons dit, où le roi de Franco croyait pouvoir faire condamner le roi d'Angleterre, comme son vassal pour le duché de Guyenne ' ; ces fictions n'existent plus '. Les vassaux ont été absorbés par leur suzerain, ou se sont émancipés ; ils possèdent sans aucune contestation possible le droit d'ambassade. L'archiduc Philippe le Beau, quoique vassal de la France, négocie couramment avec elle, souscrit des traités, bref se meut, même vis-à-vis d'elle, avec la plus entière liberté de relations. Le grand-maitre de Rhodes, bien qu'il exerce à Rhodes des pouvoirs souverains, n'est pas précisément admis en Occident au droit d'ambassade * ; en Orient, ses envoyés près de la Sublime-Porte ont la qualité d'ambassadeurs9.

Le despote de Serbie, prince indépendant, accrédite sans

1) Tome II, |). 77 et suiv.

2)1313. Ms. fr. 18433, no 7.

3) En 1339, l'ambassadeur anglais en France rend hommage au nom de son maître, pour les terres qui doivent hommage, puis il remet un cartel de déti qui déclare la guerre (Froissait, êdit. Lucc, I, 132, 439).

4) Comme nous le dirons plus loin, ses ambassadeurs n'obtiennent pas à Rome le rang d'ambassadeurs. De même à Rome on refuse le consistoire public et le siège en la chapelle aux ambassadeurs de l'évêque de Liège (Paris de Grassis. Lat. .fil(H, fo 333).

5) Sanuto, IV, 403, lettre du fils de Bajazet (1502) : ms. ital. 898, lettre de Bajazet.

LE DROIT DAMBASSADE 171

difficulté de rares ambassades '. Quanl au voïvode de Moldavie, vassal de la Hongrie, il agit avec une correction sans pareille : son ambassadeur es! muni de doubles lettres de créance,

l'une du voïvode. l'autre du roi de Hongrie3.

Dans les pays musulmans, le l>ey de Tunis, le sultan d'Egypte agissent diplomatiquement en toute liberté. Tunis entretient des rapports très fréquents avec Gênes 3, l'Egypte avec Venise '.

Le cas d'un souveraiù indépendant, entré comme condottiere au service d'un autre, offre plus de difficultés : il se rencontre en Italie 3. Ce souverain conserve le droit de négocier pour son compte comme il lui plaît ; mais il peut être destitué de son engagement*.

On admet parfois, par une sorte de tolérance, que, pour des questions toutes locales, pour des affaires de frontière, les autorités locales puissent passer des conventions. Le sandzach de Bosnie Mehemet bey traite, en janvier lo03, avec le provéditeur vénitien de Cattaro, pour la pacification de la frontière, et assure aux gens de Cattaro la libre

1) Sept. 1502. Saattto IV, 188.

2) IS06. Sanuto, M, -291.

3)Arcli. de Gènes. Sanuto, VI, -20.

SariuW, V. 887-8H0, ',!».

• > Par exemple, le seigneur indépendant de Monaco, Jean Grimaldi.se met, en l 'M, comme corsaire, avec une galère année, au service des Niçois, pour purger la nier des pirates : « Vous ne toucherez pas à cinq pavillons, les pavillons vénitien, florentin, génois, catalan, provençal ». disent les Niçois : « J'attaquerai, répond-il. ceux qui vous attaqueront, et les Sarrazins » (Saige, I, 96).

novembre l49S.Le sénat de Venise. ayant appris que le marquis de Mantoue veut rendre visite au roi de France,écritàsesprovéditeursetàson orateur

de l'en empêcher, avec ordre de garder celte dépêche, s'il est trop tard (Ai eh.

de Venise,Secreto Xi. p. 18-2). — 23 juin 1497. Le sénat ayant découvert (|iie le

marquis de Mantoue a traité avec le roi de France, le destitue (id., Secrelo 36, p. 137 vo).

circulation1. Les syndics do Monaco, Menton et Roquebrune passent, le 28 octobre 1483, une convention avec les commissaires de Vintimille, pour l'exportation des grains" ; le 21 août 1511, Lucien Grimaldi traite avec le village de Sospel pour la

suppression des représailles3 Ce sont là des exceptions

bonnes à noter, qui n'infirment en rien la règle générale et qui s'expliquent par le peu d'importanoe de l'affaire.

Les principes que nous venons d'énoncer n'ont triomphé qu'avec une peine extrême. Si l'on se reporte a un siècle en arrière, on est surpris du progrès réalisé par la France en cette matière. Rien n'a autant changé de face pendant le cours du XVe siècle que le droit d'ambassade. •

Au commencement de ce siècle, nous trouvons la France dans la plus complète anarchie. Chaque prince, chaque grand feudataire se croit en droit d'échanger des ambassades avec l'étranger, de nouer des alliances et des intrigues, de s'unira ses pareils par des pactes. Le duc de Bretagne, par exemple, passera un traité d'alliance avec le comte de Clermont \ La reine Isabcau, elle-même, signera un pacte avec les ducs de Berry et d'Orléans, et toutes ces parties, qui n'ont pas le droit de traiter, échangeront, comme des souverains, l'une sa parole de reine, les autres leurs paroles de fils de roi 5. Chacun, en outre, négocie de son côté ; le duc d'Orléans traite avec le duc de Gueldre. Le duc de Bourgogne noue avec l'Allemagne des relations secrètes contre les ducs d'Orléans et de Milan : la reine est lame du complot, par son père le duc Etienne de

1) Sanuto, IV, 789.

2) « In presentia magnifici et po(enlcs(.w) clomini, 1)»' Lamberti de Grimaldis, Alunaci [domini], ad infrascripta peragenda autoritatem suam eisilcni sindicis... dantis » (Saige, Documents.. , I, 574).

3) Saige, II, 112.

4) 23 avril 1410. Mém. de Bretagne, II, 833.

5) 1er décembre 1405. Douel d'Arcq, Choix de Pièces, I, 283,

LE DROIT d'àMRASSADE 173

Bavière '. Les querelles dos princes deviennent ainsi, non seulemenl dos affaires d'Etat, mais des affaires diplomatiques, ou, pour mieux dire, pseudo-diplomatiques1. 11 on résulte de véritables scandales ; pour en trouver des exemples, on n'est

embarrassé que de choisir : tel l'étonnant arbitrage déféré aux ducs (!<' Berry, de Bourgogne et d'Orléans, pour le règlement des difficultés pendantes entre le marquis de Moravie, d'une part, le comte de S'-Pol H le roi. t\c l'autre3 : telle surtout la lettre collective adressée, en 1 11*2, par le duc dr Berry, le duc Charles d'Orléans, le duc de Bourbon, le comte de Vertus, à l'empereur pour lui demander d'intervenir on Franco*.

1) 1401. Jarry, \>. 252.

2) Nul. Pouvoirs donnés parle roi à la reine pour apaiser la brouille îles ducs d'Orléans el de Berry. Ki mars [\o-l. Douet d'Arcq, Choix de Pièces, I, ±lï .

3)5 mars 1399. .1. 608, no [2.

i) Ce factuin débute ainsi : « Serenissimo prepotentique principi consobrino el domino precarissimo, domino Sigismondo,Deigralia Ronianoruni regi,semper augusto, ac Hungaric, Dalmatie et Croatie régi, Johannes Régis quondam Francorum filius, dux BituriceUsis el Alvernise, Karolus, dux Aurelianensis et Valesii, Joliannes,dux Borbonii.et Philippus Virtutum comes.Integerrimo vestre intime reeommendaeionis et gratificacionis officio veslre excellentissime Serenitati ante omnia presentalo. Glorificetur omnes mundi péroras Majestatis vestre Cesarea Cclsitudo. Glorificetur, inquam,Sercnissime prepotensque princeps et domine. atque in exeelsis exalletur laudibus infinitis. Ouippe (pie principes inter et gentes christicolas preeipue regni hujus sapientissime novit optimum persuadere et imponere morem paeis que publicam Francorum eoncordiam et unanimitatem tantopere diligit, simultates el dissidia deteslatur. 0 quam gratissime,quam suaves nobis et cordibus nostris pacifere lictere vestre fuerunt, quanta caritatis dulcedine, quanto sapientie et bonitatis fructu pregnantes exubérant, quam maximis lauduin preconiis ubique celebrari merentur, quibus quidem Augusla veslre Sublimitatis amicitia perniciosissimam régie donius nostre dissensionem et discordiam intestinam amicissime condolendo déplorât, eoncordiam vero et pacem saluberrimam plurimum exoptando suscitât perefficaciter et liorlatur. Quasautem tantis meritis dignas gratesque débita repend ia referemus, Sane nos in lioc reputamus tantos veslre beneficentiedebitores,qui numquam salis libérales erga vos esse poterimus solutores » (Ms. lat. 15173, f° 234 et suiv., ms. du XV« siècle).

Il y eut alors, en France, un prince, bien doué par la nature, mais d'une ambition effrénée, qui conçut des rêves gigantesques : Louis Ier d'Orléans. Il se peut que la réalisation de ses rêves eût apporté à la France de très grands profits ; l'histoire politique est libre de le louer, ou de l'absoudre, mais l'histoire diplomatique ne l'est pas. Môme encouragé par d'autres exemples et par la complicité du roi, Louis d'Orléans n'avait pas le droit de faire ce qu'il a fait. Sa diplomatie fut prodigieusement active, sa générosité sans limites, sa puissance grande. Quel intérêt trouvait la France à avoir sur les bords de la Loire un prince indépendant, roi d'Adria,ou duc de Luxembourg, ou, que sait-on ? empereur d'Allemagne? On peut se le demander. Si fortes que fussent encore les considérations dynastiques, elles ne dépassaient guère une génération, à supposer que l'amour de la race ait pu si longtemps rester en balance avec l'intérêt. Mais, eu tout cas, le duc d'Orléans exerce, à tort, des droits régaliens; il crée un ordre, l'ordre du Porc-Épic, qu'il décerne même à des étrangers ' ; il traite d'égal à égal avec les souverains ; il offre au roi des Romains 1' « ymage d'or d'un Gharlemagne » avec écusson d'Orléans8, et de la vaisselle d'or3, au pape des joyaux4 ; il signe un traité pour son propre compte avec le duc de Lancastre, traité de ligue et d'alliance intime, greffe sur la trêve générale entre la France et l'Angleterre9 , une alliance avec Venceslas, roi de Bohême, envers et contre tous, sauf le roi de France0. Par un diplôme solennel et pompeux, du 6 octobre 1407, il dé-

1) Au maréchal do Hongrie, en janvier i 4 1 o (Calai. Joursanvault, 537,780).

2) A Mouson (Joursanvault, n° 76S).

3) Arch. du Collège Héraldique, n° 491 (30 mai 1498).

4) Joursanvault, 422.

8) Douet d'Arcq, Choix de pièces, I, l.'w (1899). 6) Douet d'Arcq, ouvr. cité, 1, 140 (1398).

LE DH01T d'aMHASSADË 17 K

claie prendre sous sa protection, « sub nostris tuicione, protectione. gubernacione, etregimine ». ses beaux-frères, le duc de Milan et Le oomte de Pavie : remplissant ainsi, dit-il, le devoif de mutuel secours qui incombe a des princes « liés par le solide nœud d'une honnête confédération et de l'amitié ' ». mais nullement les devoirs d'un prince envers son roi.

Nous ne pouvons en quelques mots indiquer la situation extraordinaire qu'avait prise en Kurope le duc d'Orléans'. Il projette d'abord de se constituer en Italie un royaume, composé des Marches, de la Homagne, de Bologne, Ferrare, Ravenne, Todi, Permise : de 1390 à 1394, les négociations se poursuivent ardemment, et, au moment où elles vont aboutir, la mort de Clément VII les annule. Aussitôt, Louis d'Orléans se met à conquérir la Ligurie : mais Gènes se donne au roi, et le roi l'arrête (1395). 11 obtient la garde du pape Benoit XIII, et le voilà qui se met en tète de terminer le schisme d'Occident. Il négocie avec la Castille \ il met indirectement le pape de Home, Boniface IX, en demeure de se soumettre*. Il s'occupe activement des affaires d'Orient et des Tartares : après le désastre de Nicopolis,. en 1396, il ne néglige rien pour avoir des nouvelles et soulager les prisonniers de Baja-

i) Jarry, p. 454-458,

2) Y. le volume qui lui a été consacré par M. E. Jarry. Vie politique de Louis de France, elles travaux do M. le comte de Circourt, de .M. Durrieu dans la Revue des questions Historiques, de MM. le O- de Circourt et le I)1 van Wervecke, Documents Luxembourgeois à Paris concernant le gouvernement du duc Louis d'Orléans, Luxembourg, 1886.

3) K. 1482 : lettre du 2-2 septembre (4398).

4) Le duc d'Orléans, devenu, sur le désir du pape, garde de Benoit XIII, écrit, le 24 juillet 1399, au frère du pape de Rome (Boniface IX) (Jiov. Tomacelli, qu'il invite à se faire donner pleins-pouvoirs par son livre et qu'il prie de venir traiter et régler le schisme, avant l'année jubilaire. Il lui ojfea sa protection près du roi de France (ms. lat. 10400, ('"* 30 et 36-39).

zet. Il subventionne les chevaliers qui vont en Prusse combattre avec Tordre teutoniquc !. Mais c'est surtout en Allemagne qu'il agit : il négocie très activement avec l'empereur, en 1397 2. La présence d'Isabeau de Bavière à la cour ouvrait, de ce côté, de nouveaux horizons : Yenceslas, l'indigne empereur,se voyait ouvertement menacé de déchéance : Louis d'< Orléans l'entoure de mille prévenances, de mille preuves d'amitié ; il négocie le mariage de son fils Charles avec une nièce de l'empereur, il acquiert des domaines dans le Nord-Est et même le duché de Luxembourg ; moyennant 25,000 livres par an, des cadeaux, des titres, il s'assure d'un grand nombre de princes allemands, les sires de Bade, de Nassau, de Wal-

deck, des Deux-Ponts , de Clèves, de Gueldre1. Quand la

diète s'ouvre pour la déposition de l'empereur, les princes allemands envoient une ambassade en France : Louis d'Orléans va sur la frontière se livrer à des démonstrations d'apparat, comme s'il n'attendait qu'un signal : sa grande intimité avec la reine *, dont on médisait, semblait le placer sur la route de l'Empire : la diplomatie royale se mettait à son service 5. Tout à coup le vent change, et le duc de Bourgogne coupe court au projet G.

1) Delisle, Discours prononcé à la Société de l'Histoire de France, "26 mai

2) Cf. Moranvillé, fielalionsde Charles VI avec l'Allemagne en 1400, dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes : Arch. nat., Capillaire de la Chambre des comptes de Blois, fo ccecxv v°.

3) Circourt cl van Wervecke, ouvr. cité: ms. Moreau 405, t'os 247 et suiv., 257 : KK. 267, fo 77.

4) En 1401, il offre à Isabeau un émail entouré de saphirs, de balais et de perles (Delislc, Discours cité).

5) Et même les courriers du roi, d'ordinaire si exclusivement réservés. Le 30 juin 1397, un chevaucheur du roi va en Bohême porter des lettres du duc d'Orléans au conseil du roi de Bohème (Yenceslas) « pour choses qui grandement le touchent » (Jarry, p. 196),

6) Jarry, p. 195-196,

Ce rôle exorbitant finit avec la vie du duc d'Orléans, on sait dans quelles conditions. Son lils Charles hérite d'abord des débris de cette puissance : sa mère et lui maintiennent leur alliance avec la Bretagne1. En 1412, Charles d'Orléans signe avec le duc de Clarence une convention d'amitié: les deux parties se traiteront, l'une l'autre, comme « vrai et bon parent, frère, compagnon d'armes, et ami », elles seront tenues de se servir, aider, conseiller... contre tous, sauf le roi 2. La captivité du duc en Angleterre porte le dernier coup à cette diplomatie amoindrie : cependant, le 17 juillet 1427, Dunois se croit le droit de conclure, au nom de son frère, une trêve séparée avec les Anglais, pour garantir de l'invasion, jusqu'à la fin de 1428, le duché d'Orléans, les comtés de Blois et de Dunois *. Après son retour, le duc d'Orléans reprend sa place ; il ne négocie plus comme duc d'Orléans ; il assiste aux réceptions d'ambassadeurs, à la première place près du roi, et il y prend part avec plus ou moins d'empressement \ Tout au plus, s'occupe-t-il activement, comme médiateur volontaire, de la conclusion de la paix entre la France et l'Angleterre. Il négocie directement en Angleterre le paiement de la rançon de son frère le comte d'Angoulème, mais c'est là une affaire d'ordre privé 3. Bref, les choses sont changées et le duc d'Orléans ne conserve

1; Le 19 avril 1410, le conseil du roi envoie au duc d'Orléans un secrétaire en ambassade (fr. 20C)H>, no 18): Cf. les Deffianccs... de Charles d'Orléans et de ses frères, au duc de Bourgogne (août 1411. Fr. 3910, n» 82), la réponse du duc («/., n'J 83), la Défiance de Jean, duc de Bourgogne, à Frédéric, due d'Autriche (id., n» 84).

2) Douetd'Arcq, Choix de pièces, I, 359.

3) BeaUcourt, tiist. de Charles VU, II, 28 et s., CJO.

i) M. d'Escouchy, 11, 312, 313: Desjardins, Relations de la France avec la Toscane, I. 117.

o)Ms. fr. 281 1, fo 19 : appointement avec le comlcde Suffolk, à Tours (12 mai 1444 .

d'existence diplomatique que comme seigneur d'Asti, en Italie, pays qui ne relevait pas de la couronne \ mais de l'Empire. Aussi, la France l'aida plus que mollement à rentrer en possession de cette seigneurie : Charles VII n'agit que sous le coup des démarches du duc d'Orléans près de l'empereur, et, alors, il voulut conquérir le comté d'Asti en son nom '. Ohligé de le laisser au duc d'Orléans, il essaya du moins de le faire acheter par François Sforza 3. Louis XI renouvela très vivement les mêmes tentatives : en tout cas, la rivalité du duc d'Orléans et des Sforza en Lombardie suffit à faire des Sforza les plus intimes alliés du roi de France. Quoique souverain à Asti, où il battait monnaie, où il avait conseil et chancellerie, le duc d'Orléans réduit donc sa diplomatie au strict nécessaire : quelques ambassades à Gênes, à Milan, en Savoie, pour régler des questions de voisinage, quelques rapports avec des princes italiens *, l'envoi d'am-

1) Arrêt du parlement de Paris du 20 mars 4 461 ,eité au tome I de VHistoire de Louis XII, auquel nous renvoyons pour justification des détails qui suivent.

2) En 1443, Charles VII, sur la demande des parties, ratifie le traité de réconciliation entre Milan et le duc d'Orléans (K.. 07, no 22 a, b, c), traité qui ne fut jamais exécuté. Le 20 décembre 1446, une alliance directement conclue entre le duc de Milan et le roi de France, porte (article xm) que le duc de Milan s'engagea remettre au roi ou à Théodore de Valperga, au nom du roi, la ville d'Asti : le duc reste dégagé de toute promesse de rendre Asti au duc d'Orléans. Le roi devra obtenir du duc d'Orléans son désistement d'Asti : s'il ne peut, il lui remettra Asti, mais seulement avec l'agrément du duc de Milan ; sinon, non (Osio, Doeumenti, III, 456-457). Le mi, en effet, agit comme maître d'Asti ; il paraît qu'il y institua un comté eu laveur de Thomas Tihaldo, chambellan et délégué du duc de Milan (t'r. 4840), en 1446. Nous le voyons écrire, plus tard, au duc d'Orléans une lettre relative au remplacement de l'eu Thibaut Caillau, capitaine du Château Vieux d'Asti (Catal. d'autogr., vente des 15-16 avril 1885, par M. Etienne Charavay. n° 1).

3) V. not. ms. ital.. 1589, fo 262, ital. 1649, f° 330 : Lettres de Louis XI, II, p. 159.

4) Arrivéed'un ambassadeur de Ferrare, en 1459. Arcb. municip. d'Orléans- CC. C66.

bassades à l'empereur, en 1444 el 1 i'J2, pour réclamer l'investiture, l'entretien d'un procureur en cour de Rome1, voilà le bilan de son action 2. Pour rentrer à Asti, le duc d'Orléans avait essayé do négocier avec le duc de Milan, puis de s'allier avec le duc de Bretagne et le roi de Sicile 3, mais ces eflbrts demeurèrent infructueux.

Louis XI tint la main à la suppression de toute diplomatie orléanaise. Il ne put pas empêcher la duchesse d'Orléans d'envoyer à l'empereur, parles soins du duc de Cdèves, une ambassade secrète, pour obtenir l'investiture d'Asti en faveur de son fds * ; ambassade naturellement accueillie par l'empereur. Mais il ne se présentait plus officiellement d'ambassadeurs an château de Bloia ; les ambassades y envoyaient leurs joueurs de luth donner une aubade, ou quelque présent, un cheval, un faucon 5... Avant de mourir, Louis XI exigea du duc d'Orléans le serment formel de ne s'allier à aucun prince contre son successeur6.

Sons la minorité de Charles VIII, le duc d'Orléans revient aux vieux errements, et la France est cruellement troublée. Il s'agite fort à l'étranger, avec l'aide de son beau-frère Jean de Poix : il négocie activement avec la Bretagne : il envoie a Rome ], il correspond avec l'ambassadeur d'Autriche *, avec le légat. Comme du temps de son aïeul, il expédie en Savoie,

Page 1