CHAPITRE
DE LAUTORITÉ.
Tout le droit naturel du Moyen Age, le droit des gens et la diplomatie reposent sur le principe chrétien, évangélique, que les peuples forment une vaste famille, soumise à une même autorité, et cette autorité, c'est Dieu. L'exercice de l'autorité, c'est-à-dire le -pouvoir, prend des formes infiniment diverses. La doctrine chrétienne favorise la liberté et l'égalité, mais sans exclure aucune forme de gouvernement. Au fond, l'esprit du Moyen- Age est républicain ' ; le système républicain apparaît
1) Claude de Seyssel lui-môme, défenseur presque officiel du système monarchique (V. La grant' monarchie de France, édition 1557, p. 1), et l'un de ses principaux fonctionnaires, ne cache pas ses préférences pour le système vénitien : république aristocratique («/.. p. 4). Mais, en théorie, on n'attache pas une importance majeure à la question de la forme du gouvernement. Selon les idées du Moyen-Age. fermement acquises à la métaphysique et aux théories de droit naturel, la loi, c'est Dieu, c'est à- dire la justice suprême. Il n'y a pas de législateurs terrestres, mais seulement des autorités quelconques chargées d'interpréter et de formuler des règlements conformes aux principes de la justice : ce qui est juste est juste, la question de forme importe peu. On ne considère nullement la société comme le résultat d'une sorte de contrat, comme une société d'affaires, comme une assurance mutuelle, où une décision vaut parce qu'elle émane de la majorité. Une décision ne vaut que parce qu'elle est juste ; notoirement injuste, elle n'oblige pas. L'important est de posséder la science du juste, c'est-à-dire du droit naturel. Le consentement des peuples n'est requis que lorsqu'on leur de-
comme le plus stable, partant comme le plus favorable aux longs desseins ' ; on ne considère, philosophiquement, la royauté que comme une sorte de pis-aller, de nécessité2. ..Mais peu importe ! Le principe ne varie pas : « Tout pouvoir vient de Dieu 3 », comme dit S' Paul : Savonarole proclame même Jésus-Christ roi effectif de Florence, et les rois n'ont de raison d'être, dans la doctrine universelle, que comme lieutenants de Dieu. Tel estle principe majeur et absolu sans lequel tout le droit des gens demeurerait inexplicable et par lequel il se sépare absolument du droit moderne, qui n'admet point de métaphysique et repose entièrement sur le système contractuel. L'ancien droit des gens, au contraire, s'appuie sur un dogme, sur un code qui est l'évangile. Les préceptes de l'évangile sont, pour lui, les formules initiales du droit naturel. Et le célèbre Suarez, tardivement fidèle à cette doctrine, l'exprime à la fin du XVIe siècle, comme on l'aurait fait au XVe siècle : « Le genre
mande un nouvel impôt. Cf. Suarez, De legibus ac Deo législature, Goimbre, 1612.
1) On faisait le parallèle de la forme durable de la république avec les variations du gouvernement de France occasionnées par le changement de rois (Guicliardin, liv. IV, ch. III). « Veneti tamdiu fascinabunt oculos principum, écrit undiplomate allemand en 1512. donec fraudibus et immortalitate eorum opprimant omnes » (Letl. de Louis XII, IV, 105).
2) Bartole dit « Régna propter impunitam licentiam delinquendi condita fuerunt. » D'après Honoré Bonet, « oncques, au commencement du monde, Dieu ordonna à homme que il tcnist seignorie sur les aultres », mais « il ordonna raison, sens et discrétion, afin qu'ils dcussent vivre raisonnablement; car en toutes choses qui ont membres, il est de nécessité, selon bonne raison, que il y ait ung chief, et là où il n'y a chief, certes il n'y peut avoir nul régime de bonne ordonnance.» Dans le même sens, Philippe Pot, agent et fonctionnaire d'Anne de Beaujeu, proclame aux Etats généraux de 1484 que « les rois ont été faits pour les peuples et non les peuples pour les rois.» Et, plus tard, Erasme dira: «Princeps, quid aliud est quam medicus Reipublicae ? » (Institutio principis christiani, c. VII.)
3) Coutumes et règlements de la République d' 'Avignon , p. 61, 33. Aussi, le blasphème est puni : la république défend de tuer de la viande le vendredi : le serment consacre tout. ... (id., p. 31, 33).