‹ La Diplomatie au temps de Machiavel (volume 2)Chapitre 20 sur 30 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le premier devoir d'un roi est de savoir ce qui se passe à sa cour, dans ses états, et aussi chez ses voisins *.

Certains renseignements du dehors peuvent arriver par des rapports de la frontière s ; en 138o, le sénéchal de Beaucaire envoie un rapport sur l'état des partis en Provence ; mais le cas était exceptionnel : en Provence, pays français, se produisait une crise où le sénéchal intervenait les armes à la main ; une partie de la population réclamait l'annexion pure et simple à la couronne. 11 n'y avait donc qu'un côté vraiment international dans l'affaire, celui des rapports avec la

1) Roiier des guerres.

•2) 1476. Renseignements donnés à Milan, sur le compte des Suisses, par le syndic de Biasca, qui a envoyé un espion se mêler à un grand pèlerinage, par le capitaine de Lugano qui a des espions, par le commissaire d'Arona. L'ambassadeur de Milan prés le duc de Bourgogne revoit des renseignements par le médecin lombard du duc (Gingins la Sarraz, Dépêches des ambassadeurs milanais, II, 101, 197,205,210,387). Mercurin de Gattinara, président du parlement de Bourgogne à Dole, envoie des nouvelles de Suisse et de France à Marguerite d'Autriche, sur sa demande (1512. hett. de louis XII, IV, 83),

cour pontificale d'Avignon, naturellement peu sympathique aux idées d'annexion '.

Le seul moyen pratique de se procurer des renseignements, comme de poursuivre une négociation, consiste à envoyer des ambassadeurs. Delà, deux catégories d'ambassadeurs : l'ambassadeur résident, chargé d'adresser des renseignements, l'ambassadeur spécial, chargé de traiter une affaire.

L'ambassadeur a pour mission ostensible défaire ce que son souverain est empêché de faire, de remplacer son souverain. Tout envoi d'ambassade comporte donc, en sous-entendu, l'excuse du souverain mandant de ne pouvoir se rendre lui-même chez le souverain destinataire. Il en résulte que l'ambassadeur est un porte-parole personnel ; il ne représente pas la nation, mais la personne du roi. C'est pourquoi il s'appelle ambassadeur du roi de France, du roi d'Angleterre..., et non ambassadeur de France, d'Angleterre...

La légation est un office 2.

Dans l'antiquité classique, le personnage chargé d'une mission se nommait orator. Virgile a dit :

« Jamque oratores adorant ex urbe Latina 3 »

et Ovide :

« Ergo tam placidas orator missus ad aures...* ».

Dans un sens moins favorable , et avec une nuance de dédain , on se servait aussi du mot nuncius : Jupiter, en envoyant Mercure au roi Iarbas, lui dit : « Hic nostri nuntius esto s » .

L'expression orator demeure classique. A Rome, on non

1) Douet d'Arcq. Choix de pièces inédites, I, p. 67.

2) Marlinus Laudensis, De legalis, q. 2 : Et. Dolet, De officie- legati,

3) Enéide, liv. n.

4) Métam., liv. iv.

5) Enéide, liv. iv, v. 181.

emploie [ias d'antre pour les ambassadeurs étrangers ; le pape qualifie un ambassadeur, eu stylo ofticiel: « Domine orator1 » ; e'esi le terme courant 2. Le mot reste de style dans le latin des chancelleries italienne, 3 allemande, 4 espagnole5 et usuel dans les chancelleries française et anglaise. Les Italiens adoptent aussi clans leur langue le mot correspondant oratore6. Nuntius ou nitncitts, équivalant au français messager1, s'est conservé aussi, mais plus rarement au XY° siècle qu'au XIV 8 : il se joint souvent au terme procureur 9, et il acquiert ainsi un

1) Jean d'Auton, t. I, pièces, p. 331.

2) Burckard, Sanuto, etc.

3) Reg. du sénat de Venise: môme dans lés cas les plus solennels: « solennissinii oratori nostri (1509. Arch. de Venise, Secreto 42, 60 : Secreto 41, 180 v°). — Robert Accaiuolo, orator de Florence en France en 1511 (Saige.II, 104). — Oratores de Gênes (Arch. du ministère des affaires étrangères, Gênes, 1, t'"s t>8 v°, 69 \°, 71. — Lettre de Ludovic le More « oratoribus in Germania agentibus » (Calvi, Bianca-M* Sforza Visconti, p. 166) : lettres milanaise ,1e 1470 (irf., p. 11), de 1461 (Lett. de Louis XI, I, 353), de 1494 (M. de Mandrot, Ymbert de Batarnay, p. 359): pièces des négociations de Camulio, milanais), en 1461 (Archivio Sforzesco). — Bref de 1501, Archives du Vatican, reg. Vatican 868, f° 94, etc.

4) Créance de Maximilien, 23 avril 1475 (fr. 16074, n» 27, fo 26). « Orateur de l'archiduc», dit Molinet(fr. nouv. acq. 3041). Pouvoir d'« orator » par Albert roi des Romains, au scolastique deSarrebourg (J. 995).

•ii Pouvoirs d'oct. 1464. K. 1368, cl. 2.

6) Buonnaccorsi, Diario, passim. Règlement du cérémonial milanais, en 1468 (Archivio storico lomb°, 1890). Lettre de Ludovic Sforza, 8 juin 1492 (lat. 10133, 478 v°). Dépèche milanaise de 1476 (Gingins la Sarraz, 1,281). Lettre du roi de Naples, 1er mars 1480 (Roscoë, Vie de Laurent de Médieis,!, 458 , etc.

7) G. de Villadiego, De legato, p. m, q. î « Nuncii domini régis Francie »... « les messagers que le Roy envoie »... (J. 915 B).

8) Texte milanais de 1387 (Jarry, p. 391).

9) « Procuratorcm, actorem, facto rem et nuncium specialem : » tous ces termes sont synonymes, dit Villadiego (De legato, p. m, q. î). « Nuncios et procuratores spéciales» (traité de 1505 avec l'Espagne. K. 1639, dr 3). « Procuratoribus et nuncii- » (J. 915 B). « Procuratorem et nuntium » (pouvoir de Jean Grimaldi, 1494. Saige, Documents, 11,8). « Ambassialoribus, procuraloribus,nunciis aut deputatis » (pouvoir anglais de mai 1400. Rymer, 1.1. p. 183). Oratores et mandater» » (avril 1491. Lat. 10133, fo 461).

sens encore plus restreint que celui à'orator ', le sens de fondé de pouvoirs, envoyé, messager, porteur de dépêches ; il ne représente par lui-même que l'accomplissement spécial d'une commission, et on l'applique aux simples courriers 2. En Italie on le conserve encore dans les chancelleries, surtout dans la chancellerie vénitienne 3, pour désigner les envoyés ordinaires * ; en France, il se perd. On dit parfois aussi deputatus. Une autre indication se traduit d'une manière encore plus spéciale, par le terme procurator, emprunté au droit civil et qui nous entraine presque hors du droit public. Le procurator n'est plus qu'un mandataire de droit commun, représentant personnel de son mandant. C'est restreindre autant que possible la conception diplomatique ; cependant le mot intervient souvent ; soit procurator 5 simplement, soit procurator specialis et generalis, ° soit transformé en son équivalent mandatarius \ ou, très rarement, un peu élargi par la forme negotiorum gestor 8. On trouve encore, dans un sens plus restreint, le mot (( internuncius » pour désigner un agent plus ou moins secret 9.

1) Paris de Grassis expose qu'il a cru devoir faire sortir de la chapelle pontificale (à Rome) les envoyés de Rhodes et de Bologne, parce que, représentants de sujets du pape, ils sont nuncii et non oratores (lat. 5164, t'o 51 vo).

2) Y. p. 295, note 7.

3) En latin « nuntius », en italien t nontio, nuncio » ou t noncio » (Sanuto, passimj : lettre du doge à Louis XI, 6 juin 1466(Archivio Sforzesco) : dépèches de Fr. Foscari, 16 sept. 1501, Marco Dandolo, 10 déc. 1502, Condulmer. 21) février 1507-8 (Archives de Venise, Dispacci, 1). « Nuncios ethoratores » (1445. Saigc, Documents, I, 171 et s.).

4) Machiavel est élu, en 1510, « nunzio al rc di Francia » (Canestrini, Seritti inediti, p. liv).

5) Textes de la mission de Prospero Camulio (1461. Archivio Sforzesco).

6) Pouvoir de 1494. Saige, II, 8.

7) Créance allemande du 23 avril 1475 (fr. 16074, n<> 27, f» 26) ; quittance de Charles VIII (19 janvier 1493. K. 1638, dr 2).

8) K. 1639, d. 3. Pouvoir espagnol du 29 juin 1502.

9) Internuncius de l'empereur à Jean Grimaldi, pour le prendre à son service comme corsaire (1433. Saige, I, 95).

(les divers titres officiels ont clone des acceptions précises : orator, porte-parole ;procurator, envoyé autorisé à traiter telle affaire clans les limites de son mandat, susceptible de désaveu s'il l'outrepasse. Les chancelleries se soucient peu d'élargir le qualificatif ni la mission. Préoccupées des principes légaux du mandat, elles préfèrent accroître les pouvoirs en accumulant les termes, selon le style notarial de l'époque : style dont la trace se retrouve encore dans renoncé des pouvoirs de « ministre plénipotentiaire et envoyé extraordinaire ». L'usage veut donc qu'on ne qualifie pas l'ambassadeur d'une seule expression ; on combine les divers termes en les nuançant; au besoin, on ajoute les qualités personnelles qui se rapportent aux services de chancellerie : « conseiller et orateur1 », « secrétaire et procureur »... 2.

Il aurait fallu, pourtant, un terme plus élevé, correspondant à des pouvoirs étendus, à une véritable délégation, à une représentation complète. Ce terme est le mot legatua, qui, dans les auteurs classiques, signifie représentant du pouvoir central et gouverneur. Dans les chancelleries, le terme legatus n'est pas inconnu3 ; à Florence, à Gènes, on l'emploie \ Une instruction française de 1380 porte « légacion 3 » ; dans son

1) K. 1639, d. 3, Pouvoir espagnol, etc., etc., du 29 juin 1502.

2) « Orator, procurator et secretarius » (pièces delà négociation de Prospéra Camulio, envoyé milanais, 1461. Archivio Sforzcsco). « Orator et secretarius» (Lettre du dauphin au duc de Milan, 6 oct. 1460. Letl. de Louis XI, I, 327). « Consiliarios, oratorcs, mandatarios noslros » (Créance de Maximilien, 23 avril 147S. Fr. 16074, no 27, fo 26).

3) C'est le terme primitif des chancelleries : il était courant au X1' siècle (Pertz, Monumenla, Scn'ptorcs, III, p. 433, 744).

4) Créance des Florentins pour D. Accaiuolo (28 février 1474-1 iT.'i. Ms. fr. 3882, f° 00): texte de 1461 (Lelt. de Louis XI, I, 344). Dans le sens simple d'envoyés, legati de Gênes au roi, pour affaires de la ville, en 1500, lo()2, Arch. du Min. des Affaires Étrangères, Gènes 2, ï- 227, 233 : legati du roi de France à Gênes, oct. 1493, id., f« 230 v°.

o) Douet d'Arcq, Choix de Pièces, I, 6.

discours au duc de Bourgogne, un ambassadeur d'Angleterre parle de ses « très espéciaux et précellens compaingnons en légation1». Des chancelleries secondaires emploient le même mot '.

La chancellerie romaine, seule, sort nettement et largement de la confusion qui résulte de la multiplicité des dénominations. Elle ne recourt point aux formulaires notariaux, parce qu'elle prétend parler de plus haut, dans la langue de Cicéron. Elle divise nettement ses ambassadeurs en deux classes, selon qu'ils agissent comme simples délégués, au nom du pape, ou comme suhstituts, comme représentants du pape, en leur propre nom. Elle qualifie les premiers nuntil ou oratores, les seconds legati. Elle repousse les autres termes moins irréprochables comme latinité. Or, à la fin du XV siècle, elle se trouve seule à conserver couramment ces mots de nimtius et legatus avec des distinctions aussi précises: de sorte qu'il a fallu les traduire à sou usage. Le mot français légat signifie donc «le légat du pape 8 », la « légacion et ambassade du pape 4 » : il a depuis longtemps droit de cité s. Le mot nonce s'introduit plus difficilement au début, on le considère môme comme un mot nouveau, on s'en moque. « J'ay usé de ce mot de nunce, dit Brantôme 6, puisqu'il s'use aujourd'hui ; mais j'ay veu, à mon advènement à la court, que l'on n'en usoit 7,

1) Fr. 1278, fo 64.

2) Lettre du duc d'Orléans, 22 nov. 1448, citée par Faucon, Rapport,]). 35 : dépêche des ambassadeurs de la Banque de St-Georges, Milan, 44 juin 1507 (Archives de S'-Georges à Gènes, Lettere).

3) 1454 (fr. 1278, fo 180 v°).

4) 3 mai L418 (Douet d'Arcq, Choix de Pièces. 1,397). « Légaulx et embassadeurs » d'Eugène IV (01. delà .Marche, I, 204).

5) Bien que, dans le langage courant, on dise aussi «les messages du pape» (4377. Fr. 20590, nos 5, 6).

6) Brantôme, IV, 294-295.

7) La chancellerie romaine n'avait pas cessé de l'employer (bref du pape à Louis XI, 21 juin 4466, Archivio Sl'orzesco : instruction au cardinal de

AMBASSADES TEMPORAIIIES OU PEUMANENTES 299

sinon d'ambassadeur du pape '. Etquand ce nom de nunee fut introduict, par derrision on disoit: Voy là l'once du pape \ VA certes plusieurs negoustarenl bien ce mot du conimanccinent. eoinin'autant vaudroit qu'on dist le messagier du pape comme nonce ; cuv nuncius en latin n'est autre chose à dire que messager*] et. par ainsi, ces beaux pindarisseurs de niotz, pensant faillir ou ne dire pas bien i\n ambassadeur du pape, allarent trouver mince du pape ». Brantôme ne soupçonne pas l'origine du mot, et l'idée qu'un légat et un nonce, tous deux ambassadeurs, représentent pourtant deux catégories différentes, n'a pas encore pu pénétrer, de son temps, à la cour de France, ou, du moins, dans son esprit.

Les lettrés, surtout les jurisconsultes 8, conservent aussi, les premiers par affectation de beau langage, les seconds pour se rapprocher de leur style chéri, l'usage du mot leç/atus, comme terme général. C'est ainsi qu'aux Etats généraux de 1484, le chancelier de Fiance, pour parler des ambassades envoyées aux souverains étrangers, se croira obligé de les appeler «des légations dans les provinces étrangères * ». Ce sont là de sim-

Gùrck, en 1500, Archives du Vatican, reg. SLV, fo ;S2l et s.: bref de 1502. nommant le «nuntium et commissarium » pour conduire la flotte contre les Turcs, mêmes Archives, reg. Vatican 868, 1° 00 : instruction du 22 fév. 1504 à Mariaiio Bartolini, « nuntio et oratori » en Allemagne, mûmes Archives. reg.SLV, t'j 453-463: bref du 14 mars l.'illi à l'évoque d'Arezzo, « uuncium et oratorem » en Espagne, ibid., f° 420 v<> : instruction de mai 1504 à Charles de Carretto, mêmes Archives, lnstruttioni alli nunlii, reg. 238, fo 45, etc.). 11 L'évêque de Bologne « amhaxadenr du pape. » 1422 (Douet d'Arcq, Comptes de l'Hôtel, 284).

2) Les Coutumes d'Avignon, an XIII* siècle, appellent nunliusuw huissier (Coutumes et Règlements delà Hep. d'Avignon, p. 89), et ambaxalor un ambassadeur. Yilladiego (De legato, p. ni, q, i) dit encore que les nuncii qui portent des lettres s'appellent courriers ou cavallaircs.

3) Tractatut de legatii, maxime principum, exquis'»' doctoris l). Martini Laudensis, insère, p. 212 v° à 213 v<>, dans le recueil de Ziletti, t. XVI : Allegationes Vincentii.

4) « Legationes in extraneas dimittere provincias » (Bernicr, Journal des États Généraux, p. 50).

pies artifices de style, qui sortent des habitudes des chancelleries, aux yeux desquelles, depuis l'Empire romain, les royaumes ont cessé de passer pour des provinces. Seule, la cour de Rome pouvait considérer les diverses contrées de la république chrétienne comme autant de provinces, en les regardant du Capitole.

Quant aux termes français, le plus souvent employé, au XIVe siècle, est celui de messages, messaigés, messagers, messagier1 ; l'ambassade s'appelle message, messageine2. A cette dénomination ne s'attache aucun sens défavorable : nous la voyons, au contraire, appliquée aux plus hautes missions, à de grosses ambassades 3 : des plénipotentiaires revêtus des pouvoirs les plus étendus se qualifient «procureurs généraulx,espéciaulx messages'* ». Au XVe siècle, elle vieillit, et passe au second rang5 ; on l'appliquera même à de simples courriers : Olivier de la Marche nous apprend qu'il y avait à la cour de Bourgogne un service permanent de douze messagers toujours prêts à monter en selle 6. Au commencement du XVIe siècle,

1) Quittances de 1346 (dis. fr. 20390, n° 3), de 1390 (id., nos 24-2.">) ; « messaigés, commis ou députez de la partie d'Angleterre, ayant povoir à ce souffisant » (lettres du duc de Bourgogne, 29 août 1403. Douet d'Arcq, Choix de Pièces, 1, 249) : « messages » du roi (instruction de 1383. Id., GO): « messaigés solemnez » (instruction de 1380. Id., 4, 5, 6, 7) : « messages, messaigés » (instructions de janvier 1393 pour une grosse ambassade; id., p. 113, 116; de 1401, p. 219; de 1400, p. 195: pouvoir de 1400, p. 171; patentes de 1400, p. 183). « Messages.» (Instructions françaises, de 1376, de la tin du XIVc siècle. Jarry, p. 430, 385, etc). Le sire de Iiueil, messager du roi (1384 Fr. 20616, no 12).

2) 1308. Moranvillé, Bibl. de l'Ec. des Chartes, 1890, p. 168 : instruction de 1375, Jarry, p. 385.

3) tNuntii et oratores » du pape (Instruction d'Alexandre VI, 1498. Procédures politiques du règne de Louis XII, p. 1106).

4) Pouvoir du 11 sept. 1386. Douet d'Arcq. Choix de Pièces, I, p. 75.

2) « Messaigc espécial », dit encore Jean de Rove (édition Michaud, p. 291).

6) Mémoires, t. IV, p. 66.

elle a passé de mode ; pourtant on la retrouve encore çà et là '. Une autre expression, un terme que n'ont point connu les Romains, a pris le dessus ; celui d'ambassadeur ; il est devenu courant5 et le seul habituel en France. Au XIVe siècle comme au XV0, l'ambassadeur s'appelle « ambassadeur3, ambasadeur, ambaxadeur *, ambaixadeur \ ambaixeur 6, ambaxeur "', ambasseur, embaxeur, ambesseur8, ambayssadeur, embassadeur »*.

1) « Messagers » de Hongrie (Jean d'Auton, t. II, p. 215). «Ambassadeurs, procureurs et messagiers espéciaulx» (Jean d'Aulon. II, p. 99 note 1). «Ambassadeurs, procureurs et messagers espéciaulx » (pour le mariage de Claude de France; 1501. J. 931, no 2).

2) Dès le XlIIe siècle, avec ses variantes multiples. V. Pertz, Monumenta, Scriptores, XIX, "201, I [Annales Foroiulienses), 14, 33 {Annales Veronenses), 34, ,3 {texte Padouan).

3) J. 951, no 2, pouvoir de 1501. Instruction de 1393 (Douet d'Arcq, Choix de Pièces, I, 113,116). Lettres de 1450,1400, du dauphin (Lett. de Louis XI, I, nos lxiii.cx ). Lettre des Liégeois à Louis XI (Gachard, Analectes, cxxxi, cxxviu). Pat. et protocole de 1487 (Mandrot, Ymb. de Batarnay, p. 342, 340). Ileg. du conseil de Charles VIII, p. 45, 46, 78, 116, 142 ; nouv. acq. fr. 1232, i'° 260 bis, etc. Lettre du cardinal d'Estouteville, 1412 (Lett. de Louis XI, I, 240). Lettre du roi des Romains (1492. Perret, L. Malet de Graville, p. 255). Christine de Pisan, dans le Livre des Fais d'Armes, (édition Yérard,in-4°), dit «ambassadeurs» et «ambaxadeurs». Sous Louis XII, le terme « ambassadeurs » est courant {Lettres de Louis XII).

4) « Ambaxades, ambaxadeurs» (Jean d'Auton, t. II, p. 98, 99,213, 210, 217 ; t. I, p. 293). Protocole de 1419 (ms. Morcau 1425, n° 89).

5) Reg. du conseil de Ch. VIII p. 2.'i5. 1510 (ms. fr. 20590, no 50). 1415 (ms. fr. 0748, l'o 19). Au traité d'Arras(ms. Morcau 1452, no 129). 1454 (Le Jouvencel, II. 283). 1450 (Fonds Bourré, II, 79). 1460 (Lelt. de Louis XI, I, C). 1409 (ms. fr. 2811, 73): et encore, Douet d'Arcq, Comptes de l'Hôtel, p. 281,283 ; Perret, L. Malet de Graville, p. 38 ; ms. fr. 15538, no 193; Delaville le Roulx, La France en Orient, II, 167, 34, 35, 94; mandements du 21 déc. 1509, K. 1039, d. 3 : fr. 20590, 50, 52, etc.. etc.

0) Delaville le Roulx, p. 34.

7) Ou embaxeur : lettres de 1447 (Th. Bazin, IV, 280), du 20 oct. 1456, déc. 1456, 1457 (Lett. de Louis XI, I, nos lxi,lxii, lxiv, lxvii): 1454 (ms. fr. 1278, f" 180 vo).

8) Ms. fr. 2811, 68 : lat. 5414 A, fo 59.

9) Le Maire de Belges.

En latin « ambassiator1, ambaxator s, ambaxiator 3, ambasiator, ambaciator, ambasciator* » ; en italien « ambassatop", ambasciatore, ambassiatore, ambassadore 6, ambasciador 7 » ; en espagnol « embaxator, embaxador " » ; en anglais « ambassatours, ambassiatours »9.

1) « Ambassiatores ad parles Francise » (Rymer, 111,200).

2) Lettre du duc de Savoie, 1488, Mandrot, Ymbert de Batamay, p. 353, 356. Coutumes et Règlements de la Rép. d'Avignon, p. 134 (alias, ainbaxiator). Perl/,, Monumenta, Scriptores, XIX, 34.

3) Lettre de 1400 (Douet d'Arcq, Choix de Pièces, I, 192). Rapport de l'ambassadeur anglais, 1419 (Th. Bazin, IV, 278). Protocoles et traités de Venise, 1389-1404, cités par Faucon, Rapport de deux missions, p. 13 noie. Delaville, La France en Orient, 11, 25, 38, 142 et 68, 96, etc.... Plus tard, Venise se sert presque exclusivement du terme orator. Cf. Textes romains, français et hongrois de 1375-1376 (hrry,ouvr.cilé,p. 370,380,381, 382,383,etc).

4) « Nuncios et ambasialores » (contrat de mariage de Louis de France, 1374. Monumenta Hvngaria hislorica, Acta extera, 111, p. 77). Pertz, Monumenta, Script., XIX, 14, IX, 516). « Ambaciator » (mandement du roi de Sicile, 30 janvier 1416. Saige, Documents, I, 10). « Ambascialor » (1511. Ici., H, 110). Perl/., Monumenta. Script., XIX, 14, IX, 515).

5) Gingins la Sarraz, Dép. des amb. milanais, I, 41; III, 133.

6) Lettre florentine de 1514 (Saige, 11, 144): Buonnaccorsi (Diario, passini) dit « ambasciatori, ambasatori » : Sanuto, III, 31 (terme rare dans Sanuto, qui dit orator, parfois noncio): «ambàssador », Instruction vénitienne du 17 mai 1509 (Arch. de Venise, Secreto, 41, 180 v°): Giuslinian, en 1503, dit « ambàssador, ambasciator » (Dispacci, publ. par M. Villari) : «ambasciatori», parfois « messi », dans Benedetti, YAssedio di Novara ; Il fatlo d'arme del Taro. Ludovic le More écrit aux ambassadeurs en Allemagne : « Oratoribus in Germania agentibus. Ambasciatori,. . .» (Galvi, Bianca- M. Sforza-Visconti, p. 166) : « ambaxiatori» (rapport de 1470, Ghinzoni, Galeazzo Maria Sforza e Luigi XI, p. II): « imbassatori », dans un texte incorrect de 1470 [id., p. 11) : « ambassatori », dans l'instruction du 10 février •1470 (id., p. 13). Dans les dépêches milanaises de l'Archivio Sforzesco, on trouve : « Ambassatore, ambaxatore, ambaxato, ambaxiatore, ambaxiata. » Guichardin écrit: « Imbasciadore, imbasciatore » (Opère inédite, M. 31, 147).

7) Texte florentin de 1421 (Saige, Documents, I, 22).

8) Rapport de Hier, de Vich (Arch. de Simancas, Ëstado, lego 847, fo 90): pat. de 1500 (publ. Jean d'Auton, II, 39i).

9) « Messages ou ambassatours » (pat. de Richard, roi d'Angleterre ; Rymer, IV, I, 1). « Ambaxadeurs et messages » (27 mai 1401, Convention de Lenlinghen. Rymer, IV, 1, 3). « Messages et ainbassiatours » (mandement du 20 juin 1401. Rymer, IV, 4).

L'ambassade s'appelle ambaxade, embasserie ', ambassade « ; ( en latin, ambaxata, ambaxiata ', ambaxaria 3). On appelle encore « ambassade, embassade » par abus, les lettres dont un envoyé est porteur *.

Le qualificatif d'ambassadeur Se cumule comme les autres. On dira par exemple : « ambassadeurs, procureurs, etmessagiers espéciaulx.8 »

Sauf a Rome, aucune des dénominations que nous venons d'indiquer n'est sacramentelle. Il île s'agit point, quand on parle d'ambassade, de désigner une carrière, une profession, mais seulement un envoi, une mission", qui peut s'indiquer encore par des termes équivalents, tels que : « envoyés, commissaires \ syndics \ députés0...

1) « Ambaxades ». 1499 (J. d'Anton, I, 84 ; II, 140). Lettre de Louis XI au duc de -Milan, t î oct. 1466 (Archivio Sforzesco). Mandement royal du 23 avril 1437 t'r. 80978,f« 118 '). Quittance de l'évoque d'Aleth du 28 déc 1 iS\ (id.,*): ms. t'r. 2*1 1. 24 \ fieg. du conseil de Charles Vllt, p. '2,'!:!. « Ambassade » : Reg. du conseil de Charles VUl, p. 88. « Ung ambassade », 1440 (t'r. 1278, f° 127). « Ambaxate, ambaxatores, ambaciatores » (texte vénitien, 138o. Jarry, p. 390). « Ambasciatores et nuncii » [texte milanais, 1387. Id., 391). « Anibaxiate » (texte milanais, lin XIY« siècle. Id., p. 419). « Ambassiata » (id., p. 420). « Ambaxadeurs » (texte français. Id., p. i20). « Ambasiata » (Pertz, Monutn., Script., IX, 812).

2) En 1308 (.Moranvillé, Bibl. de l'Ec. des Charles, 1890, p. 69).

3) Coutumes et Règlements de la Republique d'Avignon, p. 133.

I) Un chevalier grec apporte « lettres et ambassades » de l'empereur de Constantinople (Oliv. de la Marche, I, 287).

.">) Pour le mariage de la reine de Hongrie, 1309 (Jean d'Anton, II, p. 99, n" 1), « Secretario et ambassâtore » (Minute milanaise de réponses, 1460. Lettres de Louis XI, I, p. 3 il).

6) « Ambassades et autres messaigiers », « toute manière d'ambassades a (pat. d'août 1501. Jean d'Anton, II, 96 note).

7) Pouvoirs du roi d'Angleterre, mai 1400 (Douet d'Arcq, Choix île pièces, I, p. 168). « Ambassiatores,commissarios, procuratorcs et nuncios spéciales » (Arch. Sforzesco. Créance du 21 novembre 1438).

8) Le conseil de Gène-; appelle syndici les commissaires qu'il envoie pour traiter avec l'« ambaxatore, syndico et procuratore » d'une autre ville : la désignation est appelée « syndicatus » (V. nol. 2 juillet 1406. Delaville, La France en Orient, II, 170).

9) « Ambayssadeurs , . . . depputez » (commissaires à un arbitrage). Let-

En revanche, les dénominations d'ambassadeur, d'orateur, de messager, s'appliquent à tout personnage chargé d'une mission temporaire d'ordre public, en vue d'un règlement amiable '. On appellera ambassadeur un envoyé du duc d'Orléans à sa terre piémontaise d'Asti*, les envoyés d'Isabeau de Bavière près des Etats du Dauphiné 3, les députés des cantons suisses à la diète fédérale *, les agents du gouvernement suisse près des Suisses à la solde de pays étrangers 5 ; on donnera la môme appellation à tout envoyé royal 6, même princier 7, dans l'intérieur du pays 8 ; on ira jusqu'à l'appliquer, en matière de guerre, à des capitaines qui négocient une capitulation0, et même au commandant d'une occupation armée pacifique ,0. L'expression a la même élasticité que

tre du duc de Savoie, 31 mars 1488 (Mandrot, Ymbert de Batarnay, p. 355, 356). « Die abgeordnelen der sieben Zehnten des Landes Wallis (Valais) » : 1500 (Segesser, Recès fédéraux, vol. III, p. 2, p. 47).

1) En 1495, au camp vénitien-milanais, on qualifie <X ambasciatori les envoyés de Ludovic ou de Venise (Benedetti, // fatto d'arme, édition 1863, p. 143, 175).

2) 28 février 1401. Ant. de Milio, docteur, ambassadeur du duc d'Orléans à Asti (Ms. nouv. acq. fr. 3655, 174).

3) Pour demander de la reconnaître (18 avril 1418. Mémoires de Fenin, preuves, Y).

4) « Ambaxadeurs » (Jean d'Anton, Pièces, I, p. 347).

5) Les envoyés du gouvernement suisse aux Suisses enrôlés en Lombardie s'appellent « ambaxades » (Jean d'Anton, I, 247).

6) «Le Jouvencel» étant nommé lieutenant du roi, le roi lui envoie trois hommes de son grand conseil, qui lui font de pompeux discours (Le Jouvencel, II, 23). L'un d'eux, Bien-Assis, dit : « Je vous veulx dire XII petis vers. . . ., qui ne sont pas de mon ambassade » (id., p. 30).

7) Ghilini, Annali di Alessandria, p. 116. Milan, 31 juillet 1495 : lettre de Ludovic aux Alexandrins, supprimant un impôt additionnel, sur la demande de leur ambassadeur. — « Oratores filiorum ducis quondam de Nemours », aux États-Généraux de 1484 (Massclin, Journal des États, p. 154).

8) « Ambaxade » du vicomte de Lomagne au roi, vers 1450 (fr. 281 1 , 24).

9) Ces capitaines sont des « messagiers, messages » (Jean d' Au ton, I, 255, 256, 299, 300), ou « ambaxades » (août 1501. Jean d'Auton, II, 67).

10) Louis de Marafin, Chargé de la garde militaire de Saluées en 1487, se

l'institution. En Italie le mot amèasciata signifie une commission quelconque '.

Quelquefois, en parlant d'ambassadeurs, on dit «l'homme2 » ou les « gens » de tel roi. L'expression peut paraître familière, bien qu'elle se retrouve dans les textes officiels :i, ou sous la plume des écrivains les plus connaisseurs \ Alphonse Ier d'Esté n'appelait jamais ses ambassadeurs que « mon homme » 5; il arrive même qu'un prince désigne un envoyé étranger, familièrement, par son prénom, comme le ferait son maître. LouisXI écrit au duc de Milan qu'il a reçu ses lettres par « Emanuel,vostre conseiller et serviteur0 »,sansnientiondunom de famille ou de la qualité d'ambassadeur. Commines, appelle couramment les ambassadeurs des « gens »7 : envoyer « de ses gens » " etc. Le terme gens est d'ailleurs l'expression génèri-

qualitie « conseiller, chambellan et ambassadeur du Roy. » Il esl parlé d'ambassadeurs, dans le même acte (.Mandrot. Ymbert de Batarnay, p. 355).

t) On appelle « ambasciatori » en Italie, les embaucheurs, chargés de recruter les mercenaires (Cli. Vriarte, Un condottiere au XVe siècle, Rimini, p. lût). Bald. di Castiglione dit qu'une femme honnête ne doit recevoir de son amant ni « ambasciate ne doni » (Ballh. de Castillon, Le parfait courtisan t trad. Chapuis, p. ii6).

2) Le prêtre Ltiea Renaldi, agent de Maximilien à Rome, en 1502, est envoyé en Allemagne : « L'uomo mandate- in Germania o Pré Luca, » écrit l'ambassadeur de Venise (Dispacci di Giustinian, I, 26).

3) « Gens et messages du Roy » (instruction du 30 mai 1376. Jarry, ouvr. cite, 383).

i) Burckard, pour indiquer que Philibert Naturel, ambassadeur d'Allemagne, est parti pour l'Allemagne, dit que « l'homme de l'empereur » est parti.

u) A. Iteumont, Délia diplomazia ilaliana, p. 137.

0) Emmanuel de Jaropo. 21 octobre (1466), Archivio Sforzesco. Dans une lettre à l'archiduc, Louis XII, en parlant de l'ambassadeur des Pays-Bas, dit simplement : « par la main de Courteville, vostre ambassadeur résident icy » (1505. Lelt. de Louis XII. I, 42).

7) Mémoires, p. 415.

H) Créance d'Isabcau de Bavière au duc de Bourgogne, Troycs, 23 octobre 1 il'.M pour « de es gens » qu'elle lui mande, et elle le prie de lui envoyer de

306 LA DIPLOMATIE AU TliMPS DE MACHIAVEL

que par laquelle on désigne les serviteurs d'un roi, conseillers, chambellans ou autres '.

Au point de vue de la durée, les ambassades se divisent en ambassades ordinaires ou résidentes, et en ambassades temporaires ou spéciales.

On s'imagine généralement que les ambassades résidentes ne remontent qu'au milieu du XVIe siècle * ; le savant Wicquefort disait déjà au XVIIe siècle: « Autrefois, on ne faisoit point de distinction entre les ambassadeurs ordinaires et extraordinaires, parce qu'il n'y enavaitque d'une sorte. On ne les envoyoit que pour une affaire, laquelle estant réglée, il s'en retournoient chez eux ». Rien de plus inexact.

Au XIVe siècle, on proclamait la nécessité des ambassades permanentes : Philippe de Maizières, dans le Songe du vieil pèlerin, recommande au roi de France d'en entretenir. Ce qui est vrai, c'est que la France répugna longtemps à cette idée, et, sauf à Rome, elle paraît n'avoir commencé à entretenir d'ambassades permanentes qu'à la fin du XVe siècle. Jusque là ses ambassades les plus prolongées conservaient un caractère transitoire.

Mais bien d'autres Etats l'avaient précédée dans cette voie. En 1464, l'Espagne qualifie d' « orator residens » son ambassadeur en France, Alfonso da Silva 3. En Italie, cetusage était universel *. Le 28 décembre 1467, le duc Charles le Téméraire reçoit une ambassade vénitienne de félicitations sur son avène-

suite « deux ou trois de voz plus principaulx gens et à qui vous vous f'yez le plus. . . » (ms. Moreau 1425, no 88).

1) APéronjie, le roi et le duc de Bourgogne commettent « de leurs gens » pour traiter les affaires (Gommines, 1. u, c. vu).

2) Reumont, Délia diplomazia Ualiana, p. .r>.

3) Pouvoir spécial, d'oct. 1464. K. 1368, dr 2.

4) Au XI Ve siècle, le roi Robert de Sicile et la reine Jeanne ont pour « ambaxiator continuus » à Rome Jacques « de Porta », docteur in utroque (Jarry, p. 375).

ment, et peu après un ambassadeur résident '. En 1475, Milan entretient des ambassades permanentes en France, en Piémont, en Bourgogne*. Erasme Brascha devint résident milanais en Allemagne après le mariage de Maximilien 3. Un malentendu sVtant produit entre la république de Venise et Charles VIII, (mi 1493, on fait observer au sénat que Charles VIII n'entretient pas de résident à Venise, comme le font tous les états d'Italie*. Dans son instruction du 6 mars 1495 à l'agent qu'elle envoie à (lonstantinople, la Seigneurie de Venise le charge, si le sultan se plaignait qu'on ne l'eût pas assez tenu an courant des nouvelles d'Italie, de saisir l'occasion de lui dire que c'est faute d'un représentant accrédité près de lui. Venise désirerait vivement avoir un résident près de la Porte et elle invite son agent à y rester le plus longtemps possible 5. Sous Louis XII, l'usage se généralise, partout du moins où il y a lieu. La France entretient des ambassades permanentes à Rome et à Venise f' ; l'archiduc T, Marguerite d'Autriche \ l'Espagne 9 en entretiennent en France. Les puissances italiennes en ont presque partout.

L'.imbassadeur permanent s'appelle résident10; en latin resi-

1) Gingins la Sarraz, Dépêches..., I, vu.

•1) Gingins la Sarraz, Dépêches des ambassadeurs milanais.

3) Galvi, Bianra Maria Sforza.

i) Perret, RM. de l'Ec. des Chartes.

•i Arch. de Venise, Misto 26, p. 145.

Lccurse Mai nier, d'avril 1501 à mars 1503 : Jean Lascaris, de 1503 à la rupture: en 1513, Théodore Trivulce, puis l'évéque d'Asti (V. Baschet, Archives de Venise, p. 420-421).

7) Orateur de l'arcliiduc, résident en la ville de Valcnciennes : ms.fr. nouv. acq. 3041.

8) Lettres de Louis XII, passim.

9) «Jacobo Albion, résidente qui » (d'Espagne). Dép. d'Ant. Condulmqr, Blois, -1 février 1507-8, Arch. de Venise, Dispacci, I.

10) « L'ambassadeur de Florence résident » (1510. Le Glay, Négociations, 1, 358).

dens, continuus, en ilalien «résidente1», ou parfois « ambassadeur ordinaire. »s

11 est, du reste, il faut le dire, l'objet d'une sorte de défaveur. Outre qu'il a peu convoité un poste qui le sépare de son pays, de sa famille, de ses affaires, le résident n'a que des pouvoirs généraux d'observation et de référence : il ne peut rien prendre sur lui. à moins de pouvoir spécial3. Tout le monde se défie de lui : son gouvernement qui, placé à distance et appréciant les choses différemment, ou même mal, porte surellesun jugement autre que celui de l'ambassadeur, et chez qui on sent le souci constant de voir ses intérêts dépendre de la conduite, de la présence d'esprit, de l'honnêteté même d'un seul homme : le gouvernement près duquel il est accrédité. Celui-là se défie de lui, et le considère volontiers comme une sorte d'espion officiel. On fait bon visage aux résidents, mais on désire s'en voir le moins possible entouré.

Le résident légitime sa présence en communiquant sans cesse des nouvelles au gouvernement qui le reçoit. Les chancelleries italiennes cherchent aussi à donner à leurs ambassades permanentes une signification de déférence : « Notre devoir et notre respect pour S. M. très-chrétienne exigent que nous entretenions constamment quelqu'un auprès d'elle,» écrit le chancelier de Milan à Ph. de Commines, en 1478 \

1) « Al Résidente » d'Espagne à Rome (dépêche de la Seigneurie de Venise aux orateurs à Rome, 26 nov. 1813. Arch. de Venise). «Oratore résidente» de Florence à Milan (dép. des amb. milanais à Florence, 24 déc. l 'iM. Archivio Si'orzesco). «Oratore rcsidenle» de Milan à Venise (Buonnaccorsi, Diario, p. 15).

2) « Eleclo oralor in Franza, ordinario, in luogo di sicr Marco Dandolo. dotor e cavalier, per laquai è slà assà l'uori, sicr Francesco » Morexini. . . 24 août 1503. Sanuto, V, 68.

3) Pouvoir spécial, du 29 juin 1502, pour Juan Galla, résident d'Espagne près de Louis XII (K. 1639, d' 3).

4) Kervyn, Lettres et négociations, \, 226.

Cette idée ne laisse pas que d'avoir des partisans, L'arrivée d'ambassadeurs produit toujours un certain effet sur l'opinion » '. C'est une preuve, dit Machiavel, qu'on « inspire plus de crainte que les autres n'inspirent de confiance »'. En 1500, le départ de l'ambassade florentine indispose la cour de France: Louis XII dit que « les Florentins s'éloignent de lui, » et Machiavel cherche à excuser ce départ, en assurant que l'ambassade va être remplacée '.

En réalité, l'ambassadeur permanent suit de près ce qui se passe, se crée des amis, fait connaître par sa correspondance l'envers des négociations *, observe la vie locale, ses conditions politiques et économiques. 11 a do plus, en Italie, la mission de se lier avec les artistes6. Machiavel est élu ambassadeur en France, le 20 juin 1510, « parce que ce poste est demeuré sans titulaire et qu'on juge nécessaire de l'y envoyer pour donner avis de tout ce qui se produira » '.

Mais les ambassades permanentes ont l'inconvénient de coûter cher, et c'est pourquoi ou les restreint. Venise rappelle, en 1502, son ambassadeur en Angleterre, « attendu qu'il perdait son temps et son argent, n'obtenant rien contre les Turcs '. Quelquefois même on trouvail les ambassades temporaires trop longues. Philippe de Nerliavertit Machiavel, en-

I) l'Iiil. de Commines écrit à Cicco Simonetta pour engager le gouvernement milanais à envoyer de suite un nouveau « résident » (d'après l'analyse de M. Eug. Charavay, Vente d'autographes, du 11 nov. 1887. n° 94).

■1) Dép.du 11 oet. 1800.

3) Dép. du 8 sept. 1500. Cf. Instruction à Rob. Accaijuoli, du 24 juillet 1510 (Desjardins, 11. ','rli). Il est indispensable d'avoir un ambassadeur à la fou r de France : Accaijuoli excusera son retard. Il se fera renseigner en arrivant jiai' le secrétaire .Machiavel qui s'y trouve.

4) V. une preuve remarquable dans les correspondances publiées par M. G-hinzoni, dans sa brochure Galeazzo Maria Sforza e Luigi XI.

'■>) Ginginsla Sarraz, I. -28.'i.

Ii| Canestrini. Srritti inédit i di Nice. Macchiavclli, lv,

" Sanuto, IV, 261,

voyé sur la fin de sa vie en très modeste ambassade à Venise, de hâter sa mission, parce que les marchands publient qu'il est là à leurs frais, allongeant son séjour, occupé à s'entretenir avec des hommes de lettres, et qu'ils ont besoin d'autre chose que de chanteurs de fables1.

Quant à la durée effective des ambassades permanentes, elle n'a rien de fixe : elle ne se rattache point aux changements de gouvernement. En cas de révolution, l'ambassadeur écrit à un des secrétaires du nouveau maître pour exposer que, s'il s'adressait confidentiellement au précédent chancelier, c'est que celui-ci représentait le pouvoir; il fera de môme avec le nouveau chancelier 3. Ludovic le More, à son avènement, confirme l'ambassadeur de Milan à Venise en fonctions déjà depuis quatre ans 3. Le rappel de l'ambassadeur ne tient qu'à des convenances publiques ou privées, qui varient à l'infini. Accurse Mainicr resta ambassadeur de France à Venise deux ans, Jean Lascaris, cinq ans. Au bout d'un an, les ambassadeurs vénitiens commencent d'ordinaire à réclamer leur rappel *. Les ambassades permanentes ne sont vraiment de mise qu'entre puissances italiennes 5. L'ambassa-

1) Artaud, Machiavel, II, 203.

2) Lettre del'amb. milanais, 1579. Kervyn (Lettres et négociations, lll, 62).

3) Sanuto, Spedizione..., 677.

4) Dép. de Foscari, 16 sept. 1501, de Dandolo, 22 mai 1514 (Arch. de Venise, Dispacci, l).Giustinian resta trois ans à Rome. Comme l'observe Burckard, Venise a des ambassades permanentes, niais des ambassades qui ne t'ont (pie passer (Diarium, II, 532).

5) Et mémo là elles sont souvent très courtes, ce quia pu les faire prendre pour des ambassades temporaires. Comniines, en 1478, reste un an à Florence (1. vi, c. v): les dépêches des résidences de Machiavel en France vont du 2o juillet au 24 novembre 1500, du 22 janvier au 2o février l.'iOi, du 7 juillet au 10 septembre 1510, du 13 septembre au 24 septembre 1511 : à Rome, du 28 octobre au 16 déc. 1503, du 28 août au 26 octobre 1506; à Forli, sa correspondance ne dure que huit jours. Nous comprenons dans ces dates les dépêches expédiées de la route, à l'aller ou au retour. En l.'i02, un ambassadeur d'Allemagne arrivé le 13 mai, repart le 13 juin (Burckard, III, 208),

deur italien clans une oour italienne ne se sont pas éloigné de chez lui, il n'est pas dépaysé ; il retrouve la vie qu'il aime. Il peut même prendre des congés, ce qui n'existe pas dans les grandes ambassades. Kn 14TT, l'ambassadeur de Naples à Florence s'excuse de ne pas aller au-devant d'un légat qui arrive, parce qu'il fait ses malles, ayant obtenu, pour se rendre à Naples, un congé d'un mois, aller et retour compris '.

L'ambassadeur résident se reconnaît à ce signe qu'il est presque toujours seul: on peut aussile reconnaître à la teneur de sou pouvoir ou de son instruction, s'il les communique. 11 est d'usage d'ailleurs qu'un ambassadeur permanent indique son caractère lors de la remise de la créance 2 ; il dira, alors, qu'il vient » pour rester » 3. Cette situation s'affirme tout à fait lorsque la créance mentionne que le nouvel ambassadeur est nommé en remplacement d'un autre*, etdansce cas le souverain peut, à l'audience de créance, tout en soubaitant la bienvenue au nouvel envoyé, adresser un mot de souvenir à son prédécesseur 5 ; mais il n'y a à cet égard rien d'obligatoire, et tel ambassadeur, arrivé à la cour comme membre d'une ambassade spéciale, peut y rester comme résident, en vertu d'une désignation expresse ou tacite6.

1) Dép. de l'ami), milanais à Florence. 31 août 1477. Arch. Sforzesco.

2 Commission vénitienne du 3 juillet 1512, pour Capello, nommé résident en Angleterre: Capello devra déclarer qu'il remplace Badoer, rappelé sur sa demande (Arch. de Venise).

3) « Per starvi qui », dit l'orateur d'Espagne à Venise, 25 juillet 1507 (Sanuto. VII, 122).

'i Créance térraraise du 10 juin 1311. Fr. 2920, f° 31.

5) Lors du changement d'ambassadeur de Ferrare, au discours de créance le doge fait l'éloge du premier et souhaite la bienvenue à son successeur (le premier était parti sans attendre le second), 1508 (Sanuto VII, 661).

6) Le comte Carlo Balbiano Belgiojoso, destiné orateur résident, arrive en France comme membre d'une ambassade solennelle, dirigée par le comte de Caïa/./.o, en 1492 (Delaborde, p. 236);l'évêque de Tréguier, destiné à Rome comme ambassadeur breton d'obédience en li'.lit, y reste résident de France; Accurse Mainier de même, à Venise.

Quant aux consuls et aux procureurs en cour de Rome, quoique essentiellement résidents, ils ne remplissent pas. à proprement parler, des fonctions d'ordre politique.

L'ambassade temporaire cadre incontestablement mieux avec les principes qui régissent la diplomatie du moyen - Age : dans un mémorandum de 1476, un ambassadeur piémontais énonce même comme acquis et indubitable ce précepte que, pour une négociation nouvelle, il ne suffit pas de lettres à l'ambassade existente : il faut un nouvel ambassadeur, avec des lettres de créance spéciales, et une instruction conçue dans le sens nouveau ' ; autrement dit, on ne se contente pas d'un envoi de pouvoir. Cette tbéorie, exagérée, constitue pourtant l'usage ordinaire. L'envoi d'une ambassade spéciale porte mieux coup et suppose des ambassadeurs mieux instruits : les changements de personne ont aussi leurs avantages : en arrivant à Rome, en 1494, Charles VIII avait vu échouer toutes ses négociations avec le pape ; il envoie trois nouveaux ambassadeurs, et ceux-ci réussissent 2. On peut recourir à l'envoi d'hommes nouveaux pour gagner du temps. Louis XI fait un chaleureux accueil à une ambassade anglaise aveclaquelle il ne voulait pas s'arranger, et la congédie très satisfaite, en annonçant l'envoi prochain d'une ambassade française pour tout régler : trois semaines après, il commet dos ambassadeurs, mais nouveaux, et avec charge de rester étrangers aux promesses deleurs prédécesseurs 3. Les ambassades temporaires s'adaptent à merveille aux changements de politique. Même chez les rares Etats capables d'avoir ce qu'on peut appeler une grande politique, les événements contingents de la vie internationale entraînent souvent des change-

1) Gingins la Sarraz, Dépêches des ambass. milanais, II, 202.

2) Guichardin, 1. i, ch. iv.

3) Flassan, Diplomatie française, II, 230,

ments de direction, qu'il est utile d'envelopper dans une ambassade temporaire. A la mort de Charles le Téméraire, le sénat de Venise décide de se rapprocher immédiatement de la France: « Mutatio rerum, dit-il, est precipua causa mutationis consiliorum » ' ; cependant le sénat de Venise brille par son esprit de suite, de prévoyance, de fermeté.

Les ambassades temporaires chevauchent donc sur les ambassades permanentes. Le résident cède le pas et se borne à guider, présenter et accompagner l'envoyé spécial, à la remise de sa créance, et dans les premières démarches. Ainsi, en 1510, l'ambassadeur résident de Marguerite d'Autriche en France écrit l'arrivée de l'ambassadeur spécial, Jean Caulier, qu'il a accompagné avec son personnel à la remise de la créance, etcpii, dit-il, a bien parlé. Caulier rendra compte de son affaire : quant à l'ambassade résidente, elle continue à envoyer de longues dépêches de renseignements 3: les mêmes postes emportent les dépêches de Caulier \

Plusieurs ambassades spéciales du même souverain peuvent se rencontrer : dans le rapport de son ambassade à Home en 1469 pour le procès du cardinal Balue, Guillaume Cousinot, gouverneur de Montpellier, expose que, le président du Dauphiné Cruel ayant reçu séparément la même commission, les deux ambassadeurs se réunirent et partirent ensemble. Mais ils rédigèrent deux rapports \

Le cas se présente surtout lorsqu'un prince a délégué le droit d'ambassade, comme Louis XII aux gouverneurs de

1) Perret. Bibl. de l'Ec. des Charles, LI, p. 121.

■2) Lis chefs des deux ambassades de France se présentent tous deux au Conseil des X de Venise pour communiquer une dépêche du cardinal d'Amboise(mai 1500. Sanuto, III, c. 295).

3) l.'ilO. Lettres de Louis A'II, II, lit.

4) Ms. IV. 3384, f*8 190 et sui\. Partie du deuxième a été imprimé par Duclos.

Milan et de Gênes et au vice-roi de Naples. Dans ce cas, on reçoit à la même cour des ambassadeurs accrédités par la France de trois côtés différents. En fait, le vice-roi de Naples, pour ses rapports avec Rome, a recours aux ambassadeurs du roi : les gouverneurs français de Gênes et de Milan accréditent au contraire de nombreuses ambassades, et même d'un caractère permanent. Certains ambassadeurs du roi attribuent, bien à tort, à ces ambassades une place un peu secondaire. En 1500, le résident de France à Venise, Mainier, présente à la Seigneurie une ambassade franco-milanaise, de premier rang, accréditée par le cardinal d'Amboise lui-même, et composée de trois importants seigneurs : deux sénéchaux, Etienne de Vesc et Philibert de Clermont. et un maître d'hôtel du roi Giraud d'Ancezune, tous trois français. Malgré la qualité de ces ambassadeurs, Mainier, simple juge en Provence et simple résident, se croit autorisé, non seulement à participer à l'audience secrète, mais à exposer lui-même l'objet de l'ambassade, au lieu de laisser « la langue » au chef de l'ambassade comme c'était son devoir '.

L'ambassade temporaire résulte d'un mandat qui prend fin par lui-même. Ce mandat épuisé, l'ambassadeur n'a plus que le droit de retourner dans sa patrie. Si, sans obstacle de force majeure, il laisse passer le délai normal de son départ, il perd, d'après les jurisconsultes, son caractère diplomatique et les immunités qui en résultent 2. Mais l'envoi d'une nouvelle ambassade n'a point pour effet d'annuler les pouvoirs de la première à moins de rappel formel s.

Quanta la durée des ambassades temporaires, on comprend qu'il n'existe point de règle à ce sujet : elle varie d'un jour

I) Boislisle, Et. de Vesc, p. 190-191.

"2) Martinus Laudcnsis, De legalis, quest. 11.

3) U„ quest. 10,

AMBASSADES TEMPOïtAIHES OU PERMANENTES 31! f>

A plusieurs mois1. A Rome seulement, on peut noter une rèd<\ qui est la lenteur : les ambassades les plus temporaires \

(lurent plus longtemps qu'ailleurs. En 14(58, une commission cardinalice t'ait attendre une communication à l'ambassade spéciale de France, du 19 décembre au 29 janvier*; c'est l'usage.

Au point de vue des modalités d'exécution, nous diviserons les ambassades, faute de termes consacrés, en ambassades simples, circulaires ou cumulatives.

L'ambassade simple consiste à se rendre dans telle cour et a en revenir directement.

Nous appelons ambassade circulaire celle qui emporte des créances pour plusieurs cours qu'elle doit successivement visiter. Ce système d'ambassade est d'un usage extrêmement fréquent3. Il présente, en eflet, beaucoup d'avantages.

Il réalise une économie et flatte la vanité de l'ambassadeur : satisfait de l'ambassade de Philippe de Comminesà Florence en 1478, Louis XI le charge de passer, à son retour, par Mi-

1) Bustaehe Deschamps, envoyé en Allemagne le 18 janvier 1307, revient en juillet 1397 [Jarry, p. -214). L'ambassade en Angleterre de 14455 commence le 2 juillet, finit le 30 (fr. 3884). L'ambassade de l'archiduc en France, en 1471, dure d'octobre à décembre (Ghmël, Monumenta Habsburgica, I. 21>).

2) Ms. t'r. 3884, I'" 835. Deux ambassades franco-anglaises, à Rome, durent, la première, de S'-Jean-Baptiste 1Î22 à la veille de Ste-Catherine ; la seconde de la veille S'-Simon et Jude, 1423, au 20 mars suivant (Mand. royal du 7 lévrier 1428-20. Fr. 20300. n» 8S).

3) Ambassades circulaires françaises de Perron de Bascher en Italie, en 1 »02 (Delaborde; Boislisle. Et. de Vesc, p. 54) : du sire du Bouchage à Milan et en Allemagne, en 1494 et 1403 (Mandrot, Ymbert de Batarnay, p. 330, 300 : noire Hist. de Louis XII, t. lit) ; de l'agent breton Sala/art près du roi d'Angleterre et de l'archiduc en 1484 (Dupuy, Hist delà réunion de la Bretagne, II, p. 32) ; de l'évoque de Langres et Jean de Rye au pape et au comte •le Foix en 1380 (Douel d'Arcq, Choisi de Pièces, I, 4, fi); du S«f d'Aubigny et de Perron de Bascher, à Milan et Home, 20 mars 1404 (Arch. de .Milan, Pot. Est., Fra., 1494-95), Ambassade florentine circulaire à Gênes, à Monaco ' et en Provence, pour saisie de navires par Jean Grimaldi, en 1421 (Saigc, Documents, I, 22>.

lan, et d'y recevoir l'hommage du duc de Milan : mission dont Commines se montre très fier '.Déjà, en allant, Commines avait passé deux ou trois jours à Milan en mission spéciale. Pour l'Italie, d'ailleurs, la configuration même du pays rend presque nécessaires les ambassades circulaires : il n'y a guère de routes qui ne traversent plusieurs capitales, et c'est un léger effort que de se répandre un peu à droite et à gauche, comme l'envoyé de France à Rome en mars 1504, qui passe officiellement par Mantoue, Ferrare, Lucques, Bologne et Sienne pour aller de Lyon à Rome 2.

Les ambassades circulaires permettent de se livrer à des échanges de courtoisie extrêmement utiles qui ne motiveraient pas nue ambassade spéciale, laquelle, d'ailleurs, semblerait trop accentuée et exciterait des susceptibilités. Ainsi l'ambassade de Russie à Rome en 1500, passant nécessairement par Venise, s'y arrête, présente une créance et échange des congratulations d'ordre général contre les Tartares et les Turcs \ Tout en prescrivant à François Capello, nommé résident en Angleterre, de se rendre à son poste par les voies les plus directes, la Seigneurie de Venise le charge de voir et de complimenter, au passage, l'empereur d'abord, puis Marguerite de Flandre : il fera même à l'empereur une importante communication *.

Les ambassades circulaires remédient à un grave inconvénient des ambassades spéciales, qui est d'appeler l'attention5:

1) Liv. vi, c. v.

2) Dispacci di Giustinian, III, 22. Amb. circul. de Jean de Manzi (3 sept. 1438, Areh. Sforzesco), etc.

3) Sanuto, III. loi, 135. Commission florentine à Gualterotti et Salviati, ambassadeurs a Naples, leur prescrivant de saluer le pape au passage (1506. S. lla/./.i, Vita di Pi'ero Soderiw, Padova, 1737, fo; p. 188).

4) Commission du 3 juillet 1512. Arch. de Venise.

u) La Seigneurie de Venise avoue à l'orateur de France la venue d'un ambassadeur espagnol, arrivé à Pizzighitone après avoir traversé le Milanais. L'ambassadeur s>n plaint et veut écrire en France ; la Seigneurie écrira aussi

elles déroutent les commentaires et masquent le but véritable de la mission, au point qu'on a intérêt à transformer une ambassade simple en ambassade pseudo-circulaire. Allant à Turin corrompre les conseillers de la cour de Savoie, en 1481, et ne trouvant aucune cour sur son passage, Commines répand partout le bruit qu'il se rend à Milan, par Turin : et, du reste, il ne parait pas à Milan '.

Au point di- vue de la négociation, le caractère circulaire de l'ambassade rend des services plus sérieux. l°C'est un moyen d'apaiser les susceptibilités. L'évêque de Ivaguse, envoyé par Jules 11 en mission à Venise pour des questions qui touchent vivement Florence, reçoit l'ordre de passer par Florence, où il a soin de faire valoir d'avance sa visite et de laisser écrire qu'il est « tout florentin !. »

2" On donne plus de poids a la démarche finale. L'ambassadeur qui, avant de se présenter pour traiter une importante affaire, s'esl déjà fait recevoir par une ou plusieurs autres puissances, dont l'appui mériterait considération, bénéficie immédiatement du soupçon d'entente et peut parler avec bien plus d'autorité ; c'est ainsi que l'ambassadeur turc négocie àNaples avant d'arriver à Rome en février loOO 3, qu'un envoyé de Louis XII fait presque le tourdunord de l'Italie en 1504, avant d'aborder la même capitale \ Il arrive d'ailleurs qu'un ambassadeur obtient ainsi l'assentiment réel d'une ou de plusieurs

(18 oct. IS02. Sanulo, IV, 36!)). Lettre de François Sforzaà son ambassadeur en France, exprimant ses remerciements avec une certaine enflure. Jamais, dit-il, nous ne reconnaîtrons assez, les bienfaits du roi. Nous sommes toul à lui. Le roi aurait pu s'épargner la peine de nous envoyer une ambassade. Nous lui en adressons une ('28 janv. 1 KiG. Arcli. Sforzesco).

1) Kervyn. Lettres et négociations, III, 86.

2) Machiavel, Dép. de Rome, 28 nov. 1503.

3) 5 février 1500. On attend à Rome l'ambassadeur turc venant deNaples; on sait déjà qu'il a offert son appui au roi de Naplcs, en demandant Tarente en gage (Sanuto, III, 132).

4) Dispacci di Giuttinian, III, "li.

cours à telle démarche qu'il va tenter, et à laquelle il donnera, de la sorte, un caractère collectif.

(l'est par ce moyen que le protonotairc Hesler, ambassadeur d'Allemagne, obtient le chapeau de cardinal '. M. de Montj eu, ambassadeur de Bourgogne à Venise en 1475, demande à Montcalieri une audience de la duchesse de Savoie et lui communique divers points de sa négociation, (le cas est fréquent \

3° Un cas plus rare consiste a envoyer un ambassadeur d'abord chez une puissance amie pour lui communiquer ses instructions, et lui demander des conseils ou des directions pratiques. Charles VIII employa ce système d'ambassade circulaire, lequel, du reste, ne lui réussit pas très bien. Ses ambassadeurs à Rome ou à Naples passaient toujours par Florence, demander les avis de Laurent de Médicis 8. En 1494, il envoie simultanément à Milan, à Rome, à Venise, à Florence, des amhassadcurs séparés, mais tous avec l'ordre de passer par Milan pour y prendre langue \

4° L'ambassade circulaire permet d'éclairer une négociation6, soit qu'on ne veuille pas tout d'abord s'engager à fond 6, soit qu'on tienne à assurer d'avance son champ d'opérations. L'instruction de Machiavel envoyé en France,

1) Gingins la Sarraz, Dépèches des ambassadeurs milanais, II, 1 19 et s.

2l Gingins la Sarraz, I, 60. Lettre de Louis XU au duc de Milan, le priant de donner conseil et aide à l'ambassade d'obédience française, qui va passer par Milan (1466. Lelt. de Louis XI, III, 107).

il) Delaborde. p. 206.

4) Lett. à Lud. Sforza. Boislisle, Et. de Vese, p. 79.

5) >< L'évoque de Sl-David, ambassadeur, allant à Rome, a fait ici des ouvertures de trêve. Nous désirons la paix et l'union » (Lettre du roi au roi d'Angleterre, 12 août i486, lieg. du conseil de Charles VI II, p. 45).

G) Dépêche dcl'amb. milanais à Londres, 20 juillet 1490. Ms. lat. 10133,

en 1504. lui prescrit dépasser par Milan pourvoir le lieutenant-général du roi. Machiavel s'arrête à Milan vingtquatre heures, et expose à Chaumont l'objet de sa mission, afin que celui-ci puisse écrire au roi et lui recommander ses amis et ses propres états '. L'instruction de l'ambassadeur vénitien près de l'empereur en 1509 porte qu'il devra voir en route l'évêque de Trente et lui faire toute sorte de politesses .

5° Le système circulaire deviendra de mise à plus forte raison près des seigneurs d'un même pays ayant droit d'ambassade. Avant la fin du XV siècle, les puissances ne si; faisaient pas faute de l'employer vis-à-vis des grands seigneurs français. De même, en 1459, Charles YII *, en 1507, Jules II \ envoient en Allemagne une ambassade circulaire aux électeurs de l'Empire.

6° L'ambassade circulaire devient tout à fait utile, lorsqu'il s'agit d'une partie à lier, ou d'affaires connexes. Comme le dit un Mémorandum de 1476, que nous avons déjà cité, quand un ambassadeur va négocier une adhésion à une alliance, il est « honnête » qu'il passe par la cour du ou des coalliés, avec une lettre de créance spéciale, et l'autorisation de communiquer sa mission. En effet cette communication viendrait de toute façon à la connaissance de la cour tierce 5. En 1504, Jules II envoie une ambassade circulaire en Alle-

1) Machiavel, Dépêche de Milan, 22 janvier 1503-4.

2) Arcli. «le Venise, Secreto il, 180 v°.

3) Quicherat, Th. Bazin, IV, 341, 349 et suiv.

4) Archives du Vatican, reg. 0LV, f. 453.

5) Mémorandum d'un ambassadeur milanais en 1476 (Gingins la Sarraz,.

II, 204 . Créaneede Louis \l au duc de Milan, pour J. Hunier, ambass. a Home, chargé de communiquer à Milan sa charge (li67. Lctt. de Louis Kl,

III, 195) ; de même pour Geotî'oy de l'Eglise (1468. Ibid., p. 210).

magne, en France, dans les Pays-lias et en Espagne, pour une ligue contre Venise '.

Quant aux affaires que nous qualifions de connexes, les archives de Bologne" nous en fournissent un exemple par l'ambassade à Pologne, en février 1501, de M. deTrans, ambassadeur de France à Rome *.

7° Enfin, l'ambassade circulaire est indispensable pour une négociation de paix ou un essai d'arbitrage entre des puissances tierces. C'est ainsi qu'en 1510 et 1511 l'évoque de Murray reçoit une ambassade circulaire du roi d'Ecosse pour Paris et Rome, en vue de négocier la paix 3. Ce genre d'ambassade est particulièrement pénible et ingrat. Le plus mémorable monument que nous ait laissé la diplomatie française du moyen Age est la relation de l'essai d'arbitrage de 1478-1479 entre Rome et Florence, confié par Louis XI à une grande ambassade. Cette ambassade, reçue le 27 décembre 1478 par le duc et la duchesse de Milan, repartit de Milan le 1" janvier 1479 et arriva le 10 à Florence ; reçue par la Seigneurie le 11 , elle n'eut de réponse que le 16, elle repartit aussitôt et arriva à Rome le 24 ; elle négocia longuement et vainement, et prit congé le 2 juin *.

Une ambassade circulaire reste toujours simple vis-à-vis de celui qui la reçoit : elle exige une créance séparée et distincte pour chaque puissance b.

1) Archives du Vatican, Instr. alli minlii, reg. n<> 2;î8, f° 45.

2) Archives de Bologne, litterarum, lettres de la Seigneurie à Louis XII, 1 1 lévrier 1501, à Mino de Bubeis, 8 janvier et 1« avril luOl.

3) Lettres de Louis A'II, II, 84 et s., 110. Lettres au duc de Milan l'informant de l'envoi d'« ambaxade •> en .-avoie et à Venise, en sa faveur (1466. Lclt. de Louis XI, III, 110). Ces ambassadeurs passeront par Milan, pour prendre les instructions du duc (id., 116).

■4) Ms. lat. 11802 : cf. ras. fr. 20978, P> 118*.

li) Thomas Bazin, éd. Quicherat, IV, 341; Atcli. de Venise, Secrclo 41, 180 vo, Instr. de 1509, etc.

Sans créance, un ambassadeur ne peut, sur sa route, que présenter dos hommages personnels de courtoisie et de respect aux divers gouvernements, surtout amis ou alliés : il le fait à ses risques et périls, et joue là un jeu dangereux. Philippe de Commines, comme un intrigant do, bon aloi, l'essaya plusieurs fois et n'en rôtira que de la déconsidération.

11 so vante, dans sos Mémoires1, d'avoir été bien reçu, en 1 178. parla duchesse de Savoie à son passage, mais il se vante moins du retour. La duchesse était morte ; Commines, en revenant de Florence, s'arrête encore à Turin, pour y jouer un rôle avantageux. Il va voir le jeune duc et se fait un devoir, dit-il, de lui offrir ses services, de lui présenter ses condoléances sur la mort de son Excellentissime mère. Pour donner du poids à sa démarche, il s'était fait accompagner par l'ambassadeur milanais ; mais il ne réussit qu'à se mêler à quelques intrigues, sans intérêt*. Au retour de Venise, en 1495, il se montra plus osé; il alla voir le duc de Milan à Vigevano, où se trouvait déjà un ambassadeur régulier; il se fit moquer de lui. Le duc, tout en le recevant fort bien, lui accorda très difficilement une audience : il lui dit, en le quittant, qu'il voulait lui « montrer un tour d'amy » pour que le roi lui fit « bonne chère », et lui donna une nouvelle fausse* Commines avoue qu'à la cour, on « lui lava bien la tête »3. Il est même dangereux pour une ambassade régulière de stationner sur le terrain dautrui. C'est ainsi, comme nous l'avons déjà dit, que l'itinéraire par Venise, quoique normal, arrêta tout rapprochement entre Louis XII et Bajazet*.

Quant aux ambassades cumulatives, nous appelons ainsi

1) L. vi, c. v.

2) Kervyn, Lettres et négociations i I, "203. :t) L. vin, ch. xix.

4) Sanuto, lll, 570, 571, lui.

l'ambassade qui cumule plusieurs créances, soit que les ambassadeurs de diverses puissances se réunissent pour confondre leurs démarches et leurs efforts en vue d'une môme affaire, soit qu'un même ambassadeur soit accrédité par plusieurs puissances. Même en cas d'alliance, même en cas d'ambassades vassales, le premier cas se présente rarement; les ambassades préfèrent conserver une action indépendante et convergente. On peut cependant regarder comme une ambassade cumulative, l'ambassade de France et de Bourgogne à Milan en 1461, les deux ambassades ayant présenté ensemble leurs créances1; l'ambassade de France et de Bretagne à Rome en 1500, devenue cumulative après coup, par l'absorptipn de la seconde dans la première. En 1462, les ambassadeurs florentins en France vont cumulativement à Milan avec une ambassade de France2.

En 1499, Venise propose à Louis XII une ambassade cumulative, où entrerait également le pape, près de l'empereur8. En 1501, la France, représentée d'abord par M. de Trans, puis par Yves d'Alègrc, négocie cumulativement avec un commissaire du pape et un envoyé de César Borgia, à Bologne : les trois ambassadeurs se présentent ensemble, à diverses reprises, au conseil de Bologne, et l'orateur de France a la langue, comme chef de cette ambassade*.

Le second genre de cumul se rencontre très rarement. Cependant, il y a à Asti, en 1149, des agents commissionnés à

1) Ms. fr. 20638, f° 98.

2) Desjardins, Ncijociations....l, 127 et s., not. 130. Ambassade cumulative de l'évêque de Gùrek et de vingt-deux ambassadeurs de la ligue, en l.'>12 (Guiccardi, Opère inédite, VI, 147).

3) Instruction du 28 sept. 1 199. Arcb. de Venise, Secreto 37, f'° 131 v».

4) Archives de Bologne, Lilterarum, 8 janvier et 9 mars 1501 . L'ambassade à Rome, en novembre 1469, comprend, cumulativement. Gnill. Couainot, conseiller du roi, Guill. le Franc, secrétaire du duc de Bourgogne (Ghinzoni, Galeazzo Maria Sforza e Luigi XI).

la fois par le roi de France et le duc d'Orléans1. En septembre 1466, la duchesse de Milan envoie un ambassadeur circulaire à Florence et à Naples; à Florence, il doit féliciter Pierre de Médicis de son avènement, et lui demander des nouvelles à porter a Naples. Pierre de .Médicis agrée si chaudement ce bon procédé, qu'il donne, lui aussi, à l'orateur milanais une créance pour Naples2.

Quelquefois, pour une même affaire, on envoie successivement des ambassades, avec ou sans nouveaux pouvoirs, avec ou sans nouvelles instructions : ces ambassades se fondent par voie d'agglomération. Ainsi, en 1497, Charles YIII avait envoyé d'abord en Espagne Guillaume de Poitiers et Michel de Grammont : il leur joint le sire du Bouchage3, Philippe Guérin. Etienne Petit, qui augmentent d'autant l'ambassade*.

Enfin, on ne peut parler des ambassades politiques sans mentionner divers agents réguliers, qui coopèrent, dans une autre sphère, à la même oeuvre : d'abord, les consuls, qui, malgré leur recrutement spécial et le caractère purement commercial et judiciaire de leur mission, dont nous parlerons ailleurs, jouent un rôle important dans la diplomatie3, sur-

)) Le gouvernement de Charles VI envoie des ambassades cumulatives, composées d'agents du duc de Bourgogne et du duc d'Orléans (comte de Circourt, Le duc Louis d'Orléans, II, p. 23). En 1488, Charles VIII traite avec une ambassade bretonne cumulative, composée de neuf Bretons, de cinq serviteurs du duc d'Orléans et de deux serviteurs du sire d'Albret (L. de la Trémoïlle, Correspondance de Charles VIII, p. 241).

2) Dépêche du 13 sept. lUili lArchivio Sforzesco). En loll, la France et l'Allemagne commettent en Hongrie un ambassadeur cumulatif.

3) Mandrot, Ymbert de Batarnay, p 204.

i) J. 915 B, 22 ; fr. 10237, 110. Cf. un exemple analogue en 1419, fr. 201)77.

o) Lorsque Pierre Martyr d'Angbiera se rend en ambassade en Egypte (1501 , dis <on arrivée au Caire, le consul des Catalans et des Français expédie un courrier au soudan pour annoncer son arrivée et demander pour lui un sauf-conduit (Pétri Martyris Anglerii opéra, scilicet tegationis Babyionicœ libri très..., in-f.).

324 LA DIPLOMATIE AU TEMl'S DE MACHIAVEL

tout dans la diplomatie vénitienne, qu'ils secondent de la manière la plus active1, et qui s'entend avec eux'3. Le baile de Pera, son secrétaire ou son vice-consul, le consul et le viceconsul d'Alexandrie, les consuls à Chio, à Tunis, à Naples... envoient à Venise de véritables dépèches diplomatiques, à défaut de résident3. Ils possèdent un chiffre*. On les considère, au point de vue politique, comme des vice résidents. Ils n'ont pas les immunités ni le rang d'ambassadeur; leur présence n'a rien d'honorifique pour un prince : on ne les charge pas, en général, de présents pour un sultan. Emprisonnés au Caire avec leur consul de Damas, les marchands vénitiens écrivent à Venise, en mai 1511, pour solliciter l'envoi d'un ambassadeur près du Soudan d'Egypte, afin de le flatter : « Ce seigneur Soudan, disent-ils, aimefet| l'honneur6 », et les consuls eux-mêmes ajoutent : « Le Soudan se plaint qu'à Venise on lui avait promis un ambassadeur avec beaucoup de présents et d'autres choses" ». Cependant, dans les postes secondaires, rien de bien apparent ne distingue un résident d'un consul. En juin 1494, par suite de la déclaration de guerre, le roi de Naples rappelle son agent à Gênes.

1) L'ambassadeur de Venise au Caire, en 1512, à son audience de congé, mène avec lui les deux consuls. Celui d'Alexandrie reçoit le don d'une robe. Après l'audience, les consuls et les marchands donnent à l'ambassadeur un banquet d'adieu, où quatre jeunes gens disent une cglogue en son honneur (Ch. Scheter, Le voyage d'outremer, p. 205-206).

2) « Tuto quello che te sera ricordato da li consoli nostri de Alexandria et Damasco, perbeneficio de la mercandatia de la natione noslra, seraj diligente et solicito in procurar sij impefrato et obtenuto, havendo sempre a cuor el comodo et utile de li mercadanti nostri, secundodie esser la precipua cura et pensierluo » (Instruction vénitienne de 4511, à D. Trevisan pour l'Egypte, publ. par Ch. Scheler, Le voyage d'outremer, p. 246).

3) Sanuto, III, 476, 1262, 1551 ; IV, 388 ; V, 162, 297; XI. 294;

4) Sanuto, XI, 294.

5) Sanuto, XII, 214.

6) Sanuto, XII, 235,236 et s..

Les Génois s'en montrent fort émus : ils sollicitent aussitôt l'intervention de Ludovic Sforza pour le maintien de cet agent, lequel, disent-ils, n'a jamais eu à s'occuper de politique: il servait simplement de représentant pour les intérêts personnels de ses nationaux, et son départ produirait pour le commerce de Gênes avec Naplesdes cllets épouvantables1.

On peut faire rentrer dans la catégorie des consuls, l'agent spécial entretenu h Rome par les puissances chrétiennes, sous le nom de « procureur en cour de Rome ». Cet agent, purement d'affaires, chargé de veiller à l'expédition des bulles, des dispenses, et do faire toutes les commissions de chancellerie, rend des services par sa connaissance de la cour; c'est, du reste, un fonctionnaire d'un ordre assez relevé, qui peut joindre à son titre un grade romain, tel que celui d' « ahréviateur des lettres apostoliques8 ». Cette procure mène parfois à un évêché*. On ne connaît guère de dépêches politiques de ces procureurs'', que nous sommes portés à considérer comme devenus assez romains pour ne pas beaucoup écrire. Mais ils peuvent agir. Nous voyons des procureurs en cour de Rome se joindre à une ambassade envoyée par leur maître3, ou même par un ami de leur maî-

1) Lettre du 7 juillet 1494. Arcli. de Gènes, Litterarum, 3G 181-2.

2) 1499. Burekard, II, 558.

3) Robert d'Epinav, procureur de France à Home, est nommé évoque de Nantes en 1490 (Hist. de la réunion de la Bretagne, II, 197).

4) En 1513, le procureur en cour de Rome de Marguerite d'Autriche lui envoie des rapports diplomatiques (Lettres de Louis XII, IV, 169).

5) Ou même un ancien serviteur de procureur devenir ambassadeur. « Et prêter eos quatuor (envoyés d'obédience du duc de Savoie) ctiam fuit quidam Hercules de A/.clio (A/.enio, dans la copie), scutifer R»'< I)«' Cardinalis Neapolitaoi, qui ab aliquo temporc citra fuit procurator in curia pro ipso Duce, quoniam ipse Hercules ex Marchionibus de A/.elio dicitur de no- ' bili génère» (Paris de (irassis, lat. 51Gi, fo 326). Sa présence cause une vive discussion parmi les maitres de cérémonies. Paris de Grassis lui donne rang d'ambassadeur, conformément au pouvoir ducal, Burekard refuse (id., fos'327- 328).

326 LA blPLOMATIE AU TEMPS DE MACHIAVEL

tre1. On les considère comme des diplomates élevés à bonne école. En 1452, Charles d'Orléans, envoyant à l'empereur tinë ambassade pour une affaire importante et difficile, joint à cette ambassade, hors rang1, son procureur en cour de Rome2. Leur situation est assez haute pour arriver à se confondre avec celle de résident, au commencement du XVIe siècle ; Robert Guibé, évêque de Nantes et cardinal, est à la fois « ambassadeur et procureur du roy en cour de Rome:l », et, après lui, un ambassadeur fait fonctions de procureur*. Le procureur en cour de Rome a rang' de diplomate et jouit des privilèges diplomatiques \

Enfin, les puissances ont à Rome des cardinaux-protecteurs. A la mort de Sixte IV, le cardinal Ralue, légat en France où ses intrigues le rendaient insupportable au gouvernement, craignit un rappel, et la cour de France profita de la circonstance pour entrer en arrangement avec lui : Ralue 'demanda le poste de procureur en cour de Rome, avec de bons émoluments ; on ne voulut pas le lui confier ; mais on lui conféra un titre honorifiquement très supérieur et fort peu dangereux, celui de protecteur des affaires de France à Rome. La question d'argent ayant été convenablement réglée, Ralue accepta le titre, qui lui permit de continuer sa vie d'intrigues et même de rendre des services6. Cette qualité de « protecteur des affaires du roy et

1) Rapport de l'ambassadeur anglais à Rome (1419. Quicherat, Th. Bazin, IV, 278).

2) J. 545, II; K. 69, no 6.

3) Diarium deliurckard, II, 514, n. 2; III, 175, 362,

4) « Ant. Gymel » (M. de Gimel, plus tard deuxième ambassadeur avec Alberto Pioda Car pi) est « procureur et ambassadeur pour le roy en cour de Home (1505. Fr. 2831, 1° 88). Cf. IV. 15541, n" 177.

5) Cf. lettre du roi au parlement, pour recommander une affaire du procureur en cour de Rome (Xia 9320, 91).

6) Delaborde, La légation du cardinal Balue ; le même, Expédit. de

du royaume en cour de Rome » constitue un rouage extradiplomatique, une sorte de procuration supérieure. Son principal eflei consiste à permettre de servir honnêtement une pension à un cardinal influent. Le titulaire porte haut sa qualité : ainsi Bahie, dans une lettre de félicitations à Laurent de Médicis pour la nomination de Jean de Médicis au cardinalat, traite Laurent de « frère ». suivant les règles de la correspondance entre souverains, et signe simplement « Tout votre1 ». Le cardinal Jules de la Rovère (le futur Jules II) hérita de cette qualité après la mort de Balue', et après lui le cardinal San Beverino, Le protecteur en cour de Rome n'a pas de pouvoirs, et n'est pas diplomate'; il occupe une situation officieuse, honorifique* et s'il prend un rôle actif, on peut craindre certains tiraillements avec l'ambassade5, Il s'emploie pour préparer la réception d'obédience G ou dans les moments graves, Mais les cardinaux nationaux jouent habituellement ce rôle, et les puissances dépourvues de cardinaux,

Charles PIII, p. 171; Hist. de Louis .VII ; Boislisle, Et. de Vesc.p. 51; quittance du 18 déc. 1504 (fr. 20978, f" 131).

I) « Magnifico ac potenti viro Laurentio de Médicis, tanquam Ira tri nostro carissimo. Magnifiée ar polens fraternoster rarissime, saluteni . . . Quod bontnn, felix et faustum sil reverendissimo fîlio vestro, Magnificentiae Vestrse et civitati Florentiae ! Hac hora creatus fuit in cafdinalem filius vester reverendissimus D. Joannes de Médicis. . .,etc Totus vester, Io. cardinalis Andegavensis» (Home. 8 mars 1 i89. Roscoe, Vie de Léon X, édit. franc., I, p. 393).

2 Instruction publiée par Thuasne, Diarium, I, ,ril4, n. -2.

3) Pour représenter effectivement la cour protégée, il lui faudrait des pouvoirs spéciaux. Y. le pouvoir de Louis XII, instituant procureurs spéciaux au concile de Latran le cardinal Frédéric de San Severino, prolecteur des affaires de France en cour de Kome, l'évêque de Marseille cl Louis de Soliers (Corbie, 26 oct. L513. Labbe, Concilia, XIX, 835).

ii II reçoit quelquefois du gouvernement des missions directes, d'après M. le comte de Circourt, Le duc Louis d'Orléans, II, "29.

5) Desjardins, II, 667 .

G) Le cardinal de SM'raxéde, protecteur de Savoie, s'emploie dans ce but Paris de Grassis, lai. 5164, f. 332),

la Savoie par exemple, ont seules un intérêt de principe à posséder un protecteur.

La diplomatie de la cour de Rome suit des usages spéciaux, tout différents de ceux des autres chancelleries.

Le légat pontifical n'a point de similaire : il se rapproche des ambassadeurs que nous qualifions exceptionnels, en ce que la légation n'admet jamais qu'un seul membre : mais il s'en distingue profondément par l'étendue des pouvoirs.

La matière des légations pontificales a fait l'objet de savantes études au moyen âge, de la part des canonistes, ou des jurisconsultes, qui l'ont envisagée à des points de vue assez différents. Le légat n'est pas un simple ambassadeur du pape : « gerit vices pape », comme dit Nie. Bohier : il tient lieu de pape par lui-même. Il exerce dans les pays de sa légation une juridiction de première importance, que les uns désirent étendre, les autres restreindre. En France, les pouvoirs des légats ont été étudiés, à l'époque dont nous nous occupons, dans deux traités, tous deux dédiés au légat du moment, et ainsi en quelque sorte officiellement consacrés : l'un, sous Charles VIII, de JeanBruneau, professeur à l'université d'Orléans1; l'autre, sous Louis XII, de Nicolas Bohier2 : ce dernier est dédié au cardinal d'Amboise, premier ministre du roi et légat du pape 3.

i) Inséré dans Ziletti, t. XIII.

2) Inséré clans Ziletti, t. XIII, p. n.

3) Cf. Baronius, a°,885, n° 2, f. X : fr. 4327: nouv. acq. fr. 1078 (traité par M. de Salles) : Cyllenius, De legato ponlificio, Venise, 1558 : deux traités sur les légats, ainsi que la narration de la réception du cardinal d'Amboise, annexés au traité de L'origine des cardinaux du S^Siège et particulièrement des François (Cologne, Pierre le Pain, 1670). En U80, Louis XI reconnut aux légats a latere le droit de faire partout porter la croix devant eux, sauf en présence du roi (ibid., p. 198), etc., etc.

Bohier distingue Irois sortes de légats' : 1° le légat à latere, tiré en quelque sorte de la substance même de la papauté: 2° le légat constitué, c'est-à-dire envoyé en mission spéciale, sorte d'ambassadeur extraordinaire; 3° le légat-né, qui jouit de ce titre en vertu de privilèges de juridiction attachés a nue haute fonction, comme l'archevêque de Reims en France, l'archevêque de Pise en Italie. Cette troisième catégorie, qui présente sur les deux autres l'avantage de l'inamovibilité, ne constitue qu'un échelon supérieur de la hiérarchie ecclésiastique : elle n'a point de caractère diplomatique proprement dit; nons ne nous en occuperons point.

Le légat a latere est nécessairement cardinal1. Il ne peut pas être nommé par un simple motu proprio] il est désigné par le pape, mais solennellement, en consistoire, après avis des cardinaux, suivant les uns', après assentiment des cardinaux suivant les autres*. Il a droit aux mêmes honneurs3 et à la même obéissance que le pape6.

Selon les jurisconsultes ultramontains, le légat doit être cru sur parole7. 11 suffit qu'il déclare faire acte de légation et personne ne peut lui demander production de ses pouvoirs; la notoriété de sa légation suffit8. Les Français exigent, au contraire, que le légat apporte une commission en règle et,

1) Distribution établie par Innocent IV. Le Sexle (\\b. primus, De officia legati) distingue le-; légats cardinaux qui peuvent de plein droit conférer les bénéfices, et les non-cardinaux qui ne le peuvent que sur pouvoir spécial.

2) (1. de Villadicgo, Tractatus de legalo,q. m (Ziletti, t. XIII).

3) Villadiego, q. î.

•4) Bohier. Pour se dispenser d'envoyer son fils comme légat, avec l'armée de Charles VIII, Alexandre VI répond que 1»' choix des légats appartient au consistoire (l)elaborde, p. 512).

.')) Hruneau, concl. îx.

6) Bohier.

7) « Creditur legato a latere » (Martinus Laudensis, De legatis, quest. 8).

8) Andréa' Barbatia, De cardinalibus legatis a latere.

d'après eux, il n'a droit à être reçu en France que sur la production et la vérification de ses lettres de légation1. Une constitution de Jean NXIf frappe d'interdit ipso facto tout pays qui, en vertu d'une soi-disant coutume, refuserait de recevoir un légat, car « le légat représente le pape partout où celui-ci ne peut aller, il a le pouvoir de Dieu2 ». Néanmoins, en France, on se croit le droit, non-seulement de vérifier matériellement les pouvoirs du légat, mais d'en exiger l'entérinement par le parlement, qui peut s'y refuser.

Le 28 septembre 1151, à Taillebourg, maître Guillaume Seguin apporte au roi Charles VII des lettres qui accréditent comme légat le cardinal d'Estouteville, et il annonce le voyage, dans huit jours, du cardinal, pour venir traiter de la paix avec l'Angleterre. Le jour même, le roi fait répondre qu'il ne peut croire que M. d'Estouteville, « qui est notable et saige seigneur », vienne ainsi, sans son vouloir et consentement, sans l'avertir préalablement : il invite Guillaume Seguin à lui écrire de ne pas quitter Rome sans avoir l'acquiescement royal, ou, s'il est parti, de ne pas entrer dans le royaume comme légat, pour ne pas s'exposer à l'affront de ne pouvoir continuer : « car le roy a privilège que aucun ne se peut porter pour légat », cl, pour rien au monde, il ne souffrirait une dérogation à cette règle3.

Louis XI, italien en tout, et aussi partisan des idées d'Où tre-monts en matière religieuse que son père l'était des idées gallicanes, n'éprouva aucun scrupule à faire arrêter le légat du pape, cardinal de S'-Pierre-aux-Liens; mais, tout en ménageant les susceptibilités gallicanes, ilprofessa la nécessité d'obéir à Dieu et à son vicaire, de soutenir le pape et son pouvoir

1) Bohier.

2) Extravagantes communes, lib. I, tit. i, c. unique,

3) Note orig. du XVe siècle, ms. fr. 1001, fo 42.

temporel suivant la politique Imménioriale de la France, de détruire la Pragmatique, contrai unilatéral, « œuvfe de haine et d'envie », «'t do <« tout moyenner», de garder « la souveraineté du pappe et l'église gallicane en sa liberté », d1 « avoir concordat/ entre le pàppe et église gallicane connue on a eu le temps passe1 ». Ses successeurs s'inspirèrent de la même politique expérimentale, en réservant les principes. Quand, en 1 183, Balue. exilé de France, pré tendit y rentrer comme légat, le gouvernement lui interdit de passer la frontière et écrivit à Home pour demander son rappel, en même temps (pie les Etats Généraux protestaient contre tout envoi de légat. Après une humiliante quarantaine de quatre mois à Pont-de-Beauvoisin, Balue prit rengagement écrit de ne pas user de ses pouvoirs et de se contenter de réceptions honorifiques. On l'autorisa, seulement, « pour l'honneur du Saint Siège », à faire sa révérence au roi et à dire sa créance s. Quant à Georges d'Amboise, il fit soumettre au parlement et enregistrer ses bulles dénomination et de prorogation3.

D'après Bohicr, le légat n'est pas un cardinal-vicaire, c'est un vice-pape ; il a « merum et mixtum imperium », à moins de réserve formelle. Son pouvoir en matière de dispenses ne trouve de bornes que dans les règles générales des statuts et

1) Déclaration de Louis XI (ma. fr. 1001, fl» 31).

2) Delabonle. Expédition de Charles VI II, p. 167. L'esprit hostile qui avait présidé au choix de Balue s'accentuait par ce t'ait que Home avait directement notifié sa nomination par des brefs aux ducs d'Orléans, de Bourbon, de Bretagne, adversaires de la régence (Raynaldi, XI. 49).

3) Jean d'Auton. En 1494, Charles VIII écrit de l'avie. le I i octobre, à un cardinal, pour le prier de dire au pape qu'il refuse comme légat à son camp le cardinal de Sienne Piccolomini.le futur Pie III), «lequel est tout arragonnoys et qui a tousjours tenu et tient le party dudit Alphonce, par quoy en Iuy ne pourroye avoir affection, ne adjouster foy à ce qu'il me diroit. » Le roi dit qu'il recevrait bien un cardinal non suspect (Ms. IV. 2902, fo U2).

constitutions de la sainte Eglise romaine. Ainsi, au point de vue diplomatique, le légat peut concéder des représailles ; mais il ne peut consentir une cession des terres de l'Eglise, lesquelles sont inaliénables. Bohier n'exige de mandat spécial que pour déroger à ces règles de droit commun. Martin de Lodi, italien, estime que, pour conférer les bénéfices, il faut une délégation spéciale, et que, s'il exerce la juridiction du pape sur les exempts1, le cardinal-légat ne peut, par le fait seul de sa fonction, connaître des cas réservés 2. Mais les jurisconsultes français se montrent moins explicites : selon Bruneau,le légat a : 1° un droit absolu de juridiction3. Il peut être saisi de toute affaire intéressant les matières ou les personnes religieuses, « per viam querelae » *, même réservées au papes : ilse substitue donc de plein droit à la juridiction de l'ordinaire, c'est-à-dire des évêques6, et il exerce, de plus, pleine juridic-

1) Exempts de la juridiction ordinaire, soumis seulement à celle du pape.

2) Mart.Laudensis, De legatù, quest. 13, 14. Cf. Villadiego, quest. xi, quest. vin. Du reste, la détermination de ce droit fait l'objet de savants travaux. On s'est demande notamment si une partie peut récuser le légat comme suspect ; on admet que oui, et aussi que le jugement d'un légat est susceptible d'appel (A. Barbatia),

3) Bruneau, Traclatus de dignitate et polestale legati, concl. xi.

4) Le pape pouvait entamer une procédure en France par trois voies : 1° dénonciation (querela), s'il est saisi d'une plainte; 2° accusation, si on se porte accusateur à Borne ; 3° inquisition, c'est-à-dire par une procédure d'office. Le pape tentait de faire admettre que la poursuite d'après le deuxième mode devait avoir lieu à Borne ou tout au moins à Avignon. D'après Bruneau, le premier mode de procédure est délégué de plein droit au légal .

5) Pour la poursuite défaits religieux ou de personnes religieuses, il fallait, en dehors des légations, obtenir du pape un vicariat. Louis XI le fit solliciter en 1468 pour poursuivre Balue et l'évoque de Verdun. Ses ambassadeurs firent toutefois remarquer que, dans bien des cas, les princes temporels avaient cru pouvoir s'en passer (Mémoire de 1468. Fr. 3884, fo 203 v°).

6) Bruneau, concl. vin, x. Ce pouvoir a été aboli par le concile de Trente.

tion sur les exempts1 etsur les cas réservés, dit ca^s papales*. Bruneau ne réserve au pape que les décisions pour déposition d'évèques, et translation d'évèques ou d'évêchés*. N'insistons pas sur ces points qui, malgré leur importance diplomatique, relèvent du droit canonique.

2° Le légat confère les bénéfices, dont la dévolution appartient au pape *. Nous touchons ici au point majeur de la querelle du gallicanisme. La grosse question était de savoir à qui appartiendraient les nominations aux bénéfices opulents, et les revenus des sièges vacants. Louis XI fait prévaloir le système d'une entente du roi et du pape*; il voulait distribuer ces beaux revenus à ses serviteurs, à des grands seigneurs, à des gens d'armes " ; système trop pratique pour n'être pas con-

1) Monitoire du cardinal-légal de SMPierre-aux-Liens contre Arthur de Montauban, pourvu de L'abbaye de Redon, cité à comparaître dans 60 jours devant lui (Airh. de la Loire-Intérieure, E. 42). Arthur de Montauban était convaincu d'un assassinat politique.

2) Les casus papales au nombre de vingt, les casus episcopales (40), les casus in quo dispensant abbntes (7), sont énumérées dans une plaquette de 6 ff. , petit in-18 carré, Casns papales, avec la marque de Denis Rocc, s. d.

3) Concl. xu. Celte matière donnait lieu à l'envoi d'agents spéciaux en France ou à Home, et à une entente personnelle entre le roi et le pape. C'est ainsi que fut traitée en 1488 l'affaire des évoques arrêtés (Histoire de Louis XII, t. II; ms. IV. 23236, f08 138, 144; 25841, f« -27, etc.): les envoyés du pape prétendirent diriger l'instruction. Dans l'affaire de Balue, Louis XI envoya à Rome une ambassade spéciale, et il obtint la translation de l'évoque de Verdun : il s'entendit avec le pape pour imposer à ce prélat le serment de ne plus conspirer : « Ce sont les articles que le Roy entend qui soient accordez, promis et jurez par l'évesque de Verdun, auctorisez, ratifiez et approuvez par nostre saint Père le pape et enjoincls audit évesque, sur peine de malédiction éternelle, déposicion et suspension, ctdcdégracion (sic), se mestierest, par nostredit saint père elle collège des cardinaux » (minute orig., ms. fr. 1001, f»72).

î) Bruneau, concl. xxi: concl. xxu, si le pape et lui confèrent, le même jour, un bénéfice, ce bénéfice appartient au premier mis en possession ; concl. xxiui, le légat ne confère pas ceux qui sont à présentation de laïques.

.'i) Bernier, Journal des Etats généraux de 1484, p. 517.

6) Affaire de l'évéché de Séez : Seyssel, Histoire du Roy Loys'XIle-, p. 42 vo.

serve par ses successeurs1, et qui donne un singulier relief à la mission d'un légat : aussi l'annonce de la venue d'un légat met en branle toutes les ambitions. On répand même le bruit que cet ambassadeur apporte des cbapeaux2.

3° Enfin, ce qui qualifie le plus la mission du légat, c'est le pouvoir de distribuer des grâces spirituelles, des indulgences3, des dispenses: c'est aussi ce qui la rend si antipathique en France : à ces « indulgences et décismes de dispenses, et autres voyages en court de Homme », on attribue de grandes sorties de numéraire, des « évacuations de pécunes ».... « Sont venuz trois ou quatre légatz, qui en ont donné de merveilleuses évacuations à ce povre royaume, et veoit l'en mener les muletz chargez d'or et d'argent ». Le royaume est en bon état et n'a pas besoin de légat, affirment les Etats- Généraux de 1484 *. Cbaquc départ de légat est une grande plaie ouverte, dit le Rozier Historial. Le drainage de l'argent par voie d'indulgences prête aux plus acerbes critiques '.

1) Seyssel, évoque lui-même, dit ostensiblement qu'Erard de la Marck, évèque et prince de Liège, est tenu au roi, parce que Louis XII lui a fait avoir Liège, et, de plus, l'a fait pourvoir de 1 evêché de Martres, « qui est l'un des bons de France », et d'autres bénéfices {ouvr. cité, p. 68).

2) Journal des Etats généraux de 1484. p. 516.

3) Pruneau, concl. xxxn.

4) .Journal, p. 671: Cf. p. 82 : Godefroy, Hist.de Charles VIII, p. 404.

5) Le cardinal-légat d'Amboise, dépositaire des décimes levés pour la croisade, s'en servit pour prèler à Louis XII des sommes considérables, comme nous l'avons dit dans notre ouvrage sur La veille de la Réforme. Cf. fr. 23H0, Maçon, 18 sept. 1503, Mand.de remboursement au cardinal d'Amboise de 20.000 liv., prêtées par lui pour la guerre : 8 déc. 1508, attache des généraux des finances de verser, suivant les patentes du roi, au cardinal d'Amboise, 2,177 liv. 10 s. pour remboursement de prêt sur les deniers du décime et jubilé, suivant obligation du roi, de 300,000 liv., datée du 3 août 1507, (à prendre sur les 50.000 ducats d'or reçus du roi d'Aragon et de Naples et autres); Grenoble, 12 juin 1511, mandement de recevoir en compte la quittance donnée par le feu sire de Chaumont, après la mort du légat, de 12,0001. versées pour sa pension jusqu'en septembre 1510 ; le légat étant mort le 25 mai, on lui devait en outre, pour 4 mois 6 jours, 4,200 liv. t.

AMBASSADES TEMroit.URES OU PERMANENTES 335

Tel est l'immense pouvoir des Légats « latere. Ce pouvoir les distingue de tout autre ambassadeur et leur crée une place à part dans la diplomatie : il présente le caractère très spécial de tenir à la fonction elle-même. De tous les envoyés à l'étranger, le légat seul peut, théoriquement et pratiquement, arguer d'un pouvoir personnel. Wicquefort ne nous parait pas un historien très véridique lorsqu'il affirme que la grande autorité des légats a pris son origine dans le crédit personnel des cardinaux-légats d'Amboise et Wolsey '.

Quant au simple légat, quoique toujours unique, il fait en réalite fonctions d'un ambassadeur de premier rang, ou même de résident. Il n'est pas nécessairement cardinal. L'évèque de Tivoli, ancien légat d'Alexandre VI, à Venise, y revient comme légat de Jules II. Il présente deux brefs du pape, l'un qui, le qualifiant « nontio et oratori nostro », le nomme légat, avec les pouvoirs les plus étendus de donner des bénéfices, l'autre qui confirme les actes de sa légation antérieure 2. JNous rentrons ici dans le droit commun des ambassades, dont l'étendue est déterminée par des pouvoirs et dont les actes sont sujets à ratification. Un tel légat, sauf les honneurs réservés à son caractère, gère son ambassade comme un ambassadeur ordinaire. Ainsi l'évèque de Tivoli, en mars 1504, vient à la Seigneurie solliciter pour le cardinal S'-Pierre-aux-Liens, et de la part du pape, une abbaye vacante en Crémonais ; il présente même à l'appui de sa demande des lettres du pape et du cardinal*. A cette classe ordinaire appartiennent aussi les

1) « L'autorité excessive des Légats a pris son origine principalement du grand crédit que les cardinaux d'Amboise el «le Wolsey avoient auprès de Louis XII et de Henry VIII. rois de France et d'Angleterre, qui soutinrent qu'on leur rendisl des honneurs tout à t'ait extraordinaires, ou pour parler plus proprement, extravagants » (Mémoires..., p. 109) . déc. 1503. Sanuto, \ . i78.

ïanuto.V, L027.

légats nommés inpartibus infidelium, par exemple le cardinal-légat de Rhodes.

Les légations sont simples ou circulaires comme les autres ambassades1. Quant au nonce, c'est l'ambassadeur de la diplomatie courante : les nonciatures comportent un ou plusieurs ambassadeurs ; elles se recrutent parmi les archevêques, évêques, protonotaires, camériers, prélats divers 2. On traite les nonces comme tout autre ambassadeur ecclésiastique 3 : la seule différence consiste en ce que les nonces, à leur présentation, commencent par donner au roi la bénédiction papale *.

Le jurisconsulte Villadiego enseigne qu'un simple protonotaire, revêtu de pleins pouvoirs, n'est pas un nonce, mais un légat5. Cette théorie est contredite par les faits. Jules II, en 1504, envoie en Espagne l'évêque d'Arezzo comme « nonce et orateur, avec pouvoir de légat de latere G ».

Il y a des nonces envoyés en mission spéciale, comme des

1) Instruction pour légation circulaire en Hongrie, Bohème et Pologne, (18 nov. -1500. Arch. du Vatican, j3LV,l'° 46 v°;Marciana, de Venise, ms.Iat., cl. XXI, cod. 24, f° 116).

2) Nonces du pape pour féliciter Louis XII de son avènement (et autres affaires) : Jean, archevéqne de Raguse; Adriano Castelli, protonotaire, clerc delà Chambre apostolique, secrétaire domestique; Ram. Centelli, protonotaire, trésorier de Pérousc (Procédures politiques, p. 1106). Jean-André Grimaldi, camérier secret, nonce du pape en Danemark. (27 mai 1474. Saige, Documents,l, 501), etc. D'après les Bertrancli Hélix, Appamiensis, Historiœ Fuxensium (1. i\\), le cardinal de Foix aurait été simple nonce à Naples vers 1489 ; mais l'auteur a certainement commis là une confusion.

3) Mém. de 1469. Ms. fr. 3884, f» 190 v«.

4) « Post datam Suae Majestati henedictionem nomine ejus Sanclitatis, et presentationcm brevis, referetis Suœ Majestati... » (Instr. d'Alexandre VI à ses nonces, envoyés pour l'avènement de Louis XII ; Procédures politiques, p. 1106).

5) Tractatus de legato, par G. de Villadiego, quest. m.

6) Instructions du 14 mars 1504 (Archives du Vatican, /3LV, 1° 420 v«; Marciana, à Venise, papiers dePodocataro).

légats, en pays infidèles, par exemple pour prendre la direction d'un croisade '.

1 /envoi de légats a lieu d'office ou sur la demande d'une puissance :. demande motivée par l'efficacité de ces envois pour maintenir ou négocier la paix 3.

Les légations sont peu recherchées par les cardinaux, personnages généralement Agés, qui n'ont rien à y gagner : dans la charte imposée au futur pape, suivant l'usage, lors du conclave qui suit la mort de Pie 111, en 1503, un article porte, en substance, que, les cardinaux craignant l'exil sous forme de légation et n'osant pas, par ce motif, opiner librement en consistoire, le futur pape s'engagera à ne jamais envoyer personne en légation sans son consentement formel *.

11 va sans dire que, sans conférer de légation, le pape peut déléguer tout ou partie de ses pouvoirs à tel ou tel cardinal, pour le diocèse de celui-ci 5.

1) Bref nommant un « nonce et commissaire » pour armer et commander la flotte contre les Turcs, et taire fonctions d'amiral (avril 1502, Arch. du Vatican, reg. Vatican 868,. f° 66).

2) Après la mort de François Sforza, la duchesse de Milan demande au pape l'envoi d'un légat cardinal pour maintenir la paix (Archivio Sfor^ zesco) .

3) Le cardinal do Sainte-Croix (Nie. Albergati, évoque de Bologne) est employé, avec le cardinal de Chypre (Hugues de Lusignan), pour faire la paix en France (Th. Bazin, liv. n, p. 97). Trêve de Tours, entre la France et la Bretagne, négociée par les envoyés anglais et le légal du pape (10 mai 1490. Mém. de Bretagne, 111, 667). En mai 1478, un légat du pape va en Picardie prêcher la croisade et la paix. La guerre se ralentit un peu (Jean de Royc). etc.

4) Capitula privais : Archiv. du Vatican, SLV, f° 485-305.

o) Moiu proprio, en faveur de César Borgia. des kalendes de juillet 1496s contresigné de l'odocataro : « Alexandcr etc. Ad futuram rei memoriam. Ad personam dilecti tilii nostri Ccsaris, sancte Marie nove diaconi cardinalis, quam multiplicum gratiarum muneribus illustravit Altissimus, nostre considerationis dirigeâtes intentum et attente prospicientes quod ipso canlinalis. qui ecclesie Valentincnsi, ex conccssionc et dispensatione SedisApostolice preest, eamdem Bomanam ecclesiam, cujus honorahile mcmhrum exis-

tit.per suorum amplius honorât magnitudine[m]merilorum.dignum,quin potius debitum, arbitramur ut, illam specialibus favoribus et prérogative décorantes, ea sibi libenler concedamus, per que personis infra civitalcin et diocesim suam Valentinensem eonstitutis se reddere gratiosum ac earumdem personarum animarum salut) considère possit » (formule habituelle) : le pape lui concède le droit de donner des dispenses de mariage au troisième degré, d'absoudre et régulariser les unions contractées, en légitimant les enfants nés, d'habiliter et absoudre tous candidats à des fondions ecclésiastiques (Archives du Vatican, reg. 873, f«*335 r°, 337 r°).

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