M,, VI
4) Mémoires, II, 285.
5) Gius. Mùller, Documente nulle relazioni délie citta Toscane coli'oriente cristiano e coi Twchi.
6) Delaborde, Expédition de Charles VIII, p. 1 13.
7) Zizim (Djem) arriva à Rome le soir du 13 mars ; le personnel laïque inférieur de la cour alla seul au devant de lui ; il entra accompagné de l'ambassadeur de France, M. de Faucon, du commandeur d'Auvergne et de la garde du pape. L'ambassadeur du soudan alla aussi au devant de lui et l'aborda, après avoir baisé la terre à ses pieds. Le lendemain matin, après consistoire, les officiers du pape et les ambassadeurs laïques vinrent chercher Djem dans sa chambre au palais, et le conduisirent solennellement à l'audience pontificale. Djem avait obtenu la faveur de ne pas baiser les pieds du pape en audience publique ; il lui baisa l'épaule et lui adressa un compliment aussitôt traduit par interprète. Il alla ensuite avec sa suite visiter les cardinaux; mais il les aborda tous en leur mettant la main sur l'épaule, ce qu'on trouva
VIII annonça qu'il allait descendre en Italie pour réformer l'Eglise, conquérir Naples,et attaquer Constantinople,un môme sentiment d'etlVoi réunit les personnages si dissemblables qu'il menaçait. Le sultan eut peur1. Quoique le pape continuât à prêcher les croisades, et que le doux Bajazet fit brûler, en cette année môme 1494, quelques missionnaires chrétiens1, Alexandre VI et lui s'entendirent; sous les auspices du pape, qui le recommanda au (Irand Seigneur, le roi de Naples entra dans la combinaison. Après un premier échange d'ambassades, le roi de Naples reçut en grand apparat, non pas à Naples, mais à Trajetto, le 20 novembre 1494, un ambassadeur turc, accompagné d'une suite pompeuse. Le roi était entouré de sa cour, d'un grand nombre de barons du royaume, et assisté de l'ambassadeur vénitien3. L'ambassadeur promit l'appui des Turcs. Pendant ce temps là, Alexandre VI envoyait un agent secret nommé Buzardo * solliciter près de Bajazet, non seulement cet appui hypothétique, mais de l'argent : Buzardo revint peu après, avec un ambassadeur turc et 40,000 ducats ; par malheur, un adversaire du pape, Jean de la Rovère, au courant du fait, dressa une embuscade près de Sinigaglia, arrêta Buzardo, saisit la correspondance, qu'il envoyai Florence pour en répandre des copies, et l'argent, qu'il garda. La Rovère fut désavoué par les Vénitiens, anathématisé par le pape s : mais le cardinal de Giïrck, outré de la conduite
fort impertinent (Dépêche de Pambass. milanais à Rome, Il mars 1489. Archivio Sforzeseo). L'ambassadeur du soudan offrait au pape 150 à "200.000 livres et son alliance contre les Turcs, en échange de la personne de Djeni (Dép.du 18 mars 1489, id.).
1) Seyssel, Hist. du rôy Loijs X[[°, 70 v°; Benedelti, Malipiero.
2) Sanudo, Spedizione, 213.
3) a., i'io.
4) Créance pour Buzardo, dans Sanudo, Spedizione, p. 45-47.
5) Alexandre VI se plaint violemment, en 1 i98, de l'injure que lui t'ait le préfet de Rome (La Rovère) : « Famam noslram maculare conatus est, con-
d'Alexandre VI. se chargea avec le cardinal de la Rovère d'ébruiter le scandale ' .
L'archevêque de Durazzo. assuré de l'appui financier de la France, préparait, à ce moment, une insurrection formidable en Albanie On eut l'editiant spectacle de puissances italiennes, Venise et Milan eu tète, conjurées avec le Souverain Pontife et le sultan pour étouffer ce réveil des chrétiens *. Andréa Gritti, depuis lors si célèbre, mais à ce moment simple marchand vénitien à IVra, fil ses débuts dans la diplomatie en négociant l'entente. C'est par lui que Venise fait passer au sultan l'heureuse nouvelle de la mort de Djem '. Deux jours plus tard, Venise envoie « en toute hàtc » au sultan par un agent spécial, toute sorte de protestations d'amitié, et surtout la demande d'établir à Constantinople une ambassade permanente \ Aussitôt après Fornoue, on fait passer à Constantinople l'avis d'une victoire italienne ; le sultan rend grâce à « Dieu B », considère Venise comme une alliée, et lui offre, par ambassadeur spécial, un peu tardivement il est vrai, « toutes ses forces 6 », ou au moins une bonne
tra nos fingens quod cum Turcis sentirenius » (Instructions d'Alexandre VIf dans les Procédures politiques du règne de Louis XII, p. il 06 et s. Cf. Delaborde, p. 479).
1) Bertrand, Catalogue de la Bibliothèque impériale de S' Péter sbourg, histoire, 4°, papier, 36 D. Copie de Instructions d'Alexandre VI à Ge Bu-
zard, nonce près de Bajazet ; cinq lettres de Bajazet au pape. Copie du XVIIIe siècle. — D'après dos notes et la notice préliminaire, cette copie est faite sur les originaux de la bibliothèque de Citeaux, en 1717. Les pièces avaient été données à Citeaux par Raymond Pérault, évèque de Gurck.
2) Malipiero, Annali Veneti.
A) Arch. de Venise, reg. Misto 26, p. 144. Une copie de ces pièces par M. de Mus-fi appartient ;i la Bibliothèque nationale, qui possède aussi la' précieuse transcription, faite par M. le comte de Mas Latrie, des dépèches des ambassadeurs vénitiens en France.
4) 6 mars li'.l.'i. Arch. de Venise, reg. Misto 26, p. tï.'i.
o) Benedetti, Il f alto d'arme del Taro.
6) Benedetti (édit. de 1863, p. 149); Sanuto, Spedizione, p. 646.
armée \ Il envoie même un cheval aux deux principaux capitaines vénitiens, comme gage de satisfaction 2.
Dès lors, en dépit des principes, on traite et on se brouille avec le Turc comme avec toute autre puissance. Dès le commencement du règne de Louis XII, pendant que le monde retentit des appels à la croisade, les rapports sont très actifs. Attaqué par la France, Ludovic Sforza en appelle au Turc, son ami3 ; l'ambassadeur de Naples est si bien vu à Constantinople que Bajazet passe une grande revue en son honneur \
Au moment le plus actif de la préparation des croisades, quand le pape expédie ses bulles, en plein jubilé, un ambassadeur turc arrive à Rome, en février 1500. 11 venait offrir au roi de Naples l'appui de son maître, en échange de Tarente 5. Il entre, nous devons le dire, sans éclat ; mais les prélats ont l'étonnement de voir un diplomate turc se rendre à cheval au Vatican, le 24 février 1500, dans l'appareil ordinaire, et escorté de l'ambassadeur vénitien G.
Personne ne poussa plus que Venise à la croisade de 1501 : la république faisait retentir le monde entier de ses clameurs. Pendant ce temps-là, un de ses secrétaires se trouvait à Andrinople, pour négocier la paix. Il en rapporta des nouvelles
i) Malipierc.
2) Malipiero.
3) Instructions à Ambr. Buzardo et Martine- da Casale, fr. 2927, fos 94-97, publiées par Corio, édit. de Venise, loi>4, Historia di Milano, pars vu, p. 498 etsuiv.; Le grant jubillé de Millan, plaq. contemporaine; correspondance diplomatique, publiée à la fin de notre édition de Jean d'Auton, t. 1 ; Sanuto, Dt'arii, II, 1088, 1089. Après la chute de Ludovic, son envoyé revint à Naples; Sanuto, III, 403. Sanuto assure (III, 63) que, lors de son exil de 1499, Ludovic répétait partout : « Il n'y a de bonne foi que chez le Turc. »
4) Sanuto, Diarii, III, 419.
5) Sanuto, III, 132.
6) Burckard, III, 16.
Les mois autorités 83
terribles ; il avait vu de formidables armements ; il avait trouvé les pachas admirablement au courant de la situation de l'Europe, et de l'Italie en particulier ; on lui avait parlé de lettres écrites contre les Vénitiens par un cardinal résidant à Rome, par un prince italien, par le grand-maître de Rhodes1 : « les pires ennemis de Venise en Turquie, dit-il, ce sont les autres Italiens * ». Aussi avec quels honneurs le gouvernement vénitien reçut, le 3 avril, un envoyé de la Sublime- Porte 3 ! Le mois suivant, arrive une ambassade turque régulière' et elle séjourne à Venise jusqu'au 21 août, très hautaine jusqu'au dernier moment 5.
Quant à la Hongrie, dans cette même année 1500, elle est pour ainsi dire en coquetterie avec son puissant voisin. Le roi de Hongrie envoie un ambassadeur. Un représentant Turc arrive à Bude, avec une suite de cent trente chevaux 6 ; il passe devant les ambassadeurs chrétiens envoyés pour conclure une ligue contre lui 7, et, pendant qu'on négocie cette ligue, il va voir les magnats et joue un rôle très actif8. Le sultan voulut notifier lui-même par une lettre au roi de Hongrie la conquête de Modon sur les Vénitiens 9 : « Je vous écris cela comme à mon ami, lui dit-il, pour que vous vous réjouissiez avec moi ! » Que lui écrit-il? que les Vénitiens sont lâches, que, quant à
I) Mars KiOO. Sanuto, III, 179 et suiv.
2* En apprenant la prise de Modon sur les Vénitiens par les Turcs, le cardinal de S'e-Praxède s'écrie : « Voilà les Génois satisfaits, ils vont pouvoir commercer » (Sanuto, III, 84M).
4) Id., 315.
5) Id., 63-2, 660.
6) Sanuto, 111,77, 117,132, 4S3.
7) Id., 356.
8) Id., 596.
9) Le sultan était entré à Modon an milieu des plus grands honneurs de la population chrétienne (Sanuto, III, c. 901).
lui, « Ma Majesté Impériale », il est protégé par le Dieu céleste et la force du Tout-Puissant, que pas un homme de Modon n'a échappé, qu'il a distribué à son armée les biens et les personnes conquises '... Enfin, la ligue conclue, on congédie l'ambassadeur turc, mais en le couvrant de cadeaux, en l'entourant de petits soins, avec d'infinies précautions2.
L'empereur lui-même, malgré sa hauteur, n'échappe pas à la contagion. Il envoie en 1500 un ambassadeur, que les Turcs se donnent le plaisir de faire attendre à Raguse3.
L'Espagne et le Portugal*, parmi les puissances occidentales, restent seules en dehors du mouvement, ainsi que l'Angleterre. La France faillit au contraire y prendre part, à son insu ; elle envoya deux hérauts porter un ultimatum à la Sublime-Porte. Mais elle était conseillée et représentée en Orient parles chevaliers de Rhodes, dont le grand-maître était français8. L'ordre de Rhodes jouissait auprès des Musulmans de la plus haute considération6; il faisait la police des mers avec le plus noble sentiment de justice : il entretenait avec la Porte des rapports de fait convenables, même cordiaux7, et connaissait à merveille les intrigues des Vénitiens. Le grand-mattre jugea l'attitude de la France beaucoup trop raide ; il vit son pays s'engager dans une mauvaise aventure, où tout le monde l'abandonnerait pour en tirer les profits. Il donna donc pour guides aux hérauts deux chevaliers, qui négocièrent par dessus leur tête l'envoi d'une ambassade turque en France ; les deux chevaliers devaient reve-
1) Id., 797-798.
2) Sanuto, IV, 50; III, 1267.
3) Sanuto, III, 180, 286.
4) Instructions, publiées par Mendes Leal, Corpo DipJomatico, I, p. 1-5.
5) Cl. Je Seyssel, Hist. du roy Loys XII°, p. 74.
6) Lettres adressées au grand-maître, citées par Sanuto, III, 563 ; IV, 405. 7J Sanuto, IV, 405.
nir en France également et faire connaître au roi la situation véritable. Malheureusement, il leur fallut passer par Venise, et là se joua une comédie sans nom. On mit sous bonne garde les ambassadeurs turcs ; on les sépara des Français et on ne leur laissa voir que des Vénitiens ', on arracha a la complicité de l'ambassadeur de France l'ordre aux chevaliers de Rhodes d'attendre à Venise la réponse du roi à une lettre qu'on lui adressait. Cette réponse arriva, telle qu'on l'avait préparée ; c'était un refus de recevoir l'ambassade ottomane. Le doge la promulgua aussitôt devant tout le corps diplomatique, et l'ambassadeur de France renchérit encore; il prononça un beau discours, où il rappelait le caractère Très Chrétien de son roi. Le premier des deux chevaliers de Rhodes, français fier et impétueux, ne put se contenir; il répliqua énergiquement, et il s'en suivit une scène regrettable. On le traita « d'homme du diable, d'ami des Turcs ». Les autres ambassadeurs, même l'ambassadeur de Naples, prirent tour à tour la parole pour approuver brièvement le refus opposé par la France. Après la séance, l'altercation recommença violemment entre le chevalier et l'ambassadeur de France, qui formula quelques plates excuses. Le doge intervint, chassa les chevaliers de Rhodes de la manière la plus rude. Les ambassadeurs turcs furent aussi fort rudement congédiés de cette Venise où l'on recevait si bien leurs pareils '. Ajoutons qu'en France on trouva la conduite du roi digne de son titre Très- Chrétien, et que Claude de Seyssel lui en fait un titre de gloire.
Cette incroyable scène, dont on pourra lire les détails racontés avec joie par l'annaliste vénitien Sanuto, coupa court, en effet, aux relations de la France avec la Porte \ Elle nous
1) Sanuto, III, 338, 570, 571, 572, 577, 647, 648.
2) Venise arrêta aussi «les ambassadeurs envoyés par le Sophi de Perse à
dispense d'insister sur le véritable rôle de l'Europe à l'égard des Turcs.
On peut lui donner comme pendants les scènes pénibles qui se produisirent au conseil de Venise, en 1503 et 1504. Bajazet avait envoyé à Venise un certain Mustafa, avec une liste d'esclaves de Ste-Maure que le sénat s'était engagé à restituer '. Il fallut, selon la volonté du sultan, rechercher sur tout le territoire de Venise ces malheureux, hommes, femmes, enfants. Ils ne se retrouvèrent pas aisément, on le comprend. L'envoyé turc n'avait pas mandat de transiger. Il vint à plusieurs reprises au conseil, réclamer ceux qui manquaient ; il lui manquait une femme, et les femmes ont du prix, leurs maîtres possédant, comme on sait, tous droits sur elles ; puis ce sont des enfants. On introduit au conseil les enfants réclamés ; et alors se produit un incident douloureux. Pendant qu'on les délivre aux Turcs, les enfants crient qu'ils ne veulent pas aller « avec des chiens ! » Enfin, le 27 février 1504, l'envoyé turc vient prendre congé ; on lui fait des présents, on lui offre un bateau, cependant il murmure parce qu'il manque encore des esclaves sur sa liste. Il part..., non, il se ravise et revient au conseil réclamer un esclave « que possède » sier Marco Zantoni. On le lui livre : l'envoyé s'em-
l'empereur et au roi de France. V. le discours de Louis tlélien, ambassadeur de France, contre les Vénitiens (plaquette contemporaine, en latin ; ce discours a été ensuite republié en français). Cf. Le Maire de Belges, L'histoire moderne du prince Syach lsmaïl.
1) On ne se faisait pas faute alors, dans les Etats italiens, de posséder des esclaves. V. une lettre de François Sforza au roi de Naples, le priant de faire rendre à un Génois une esclave qui lui a été enlevée et conduite à Naples (2 mars 1466. Archivio Sforzesco). Au XVe siècle, les Génois et les Vénitiens se livraient en grand à la traite des esclaves et les vendaient jusqu'en Allemagne (Heyd, Hist. du commerce dans le Levant, édit. franc., II, p. 560 et suiv.). Les chiffres variaient : une belle femme valait 80 à 90 écus d'or (id,, p. 562).
barque et part. Puis il reparaît, débarque de nouveau et se rend au conseil. Le dernier esclave a une fille, que possède encore Zantoni ; il lui faut cette fille, il la veut *...
Après la courte expédition de Métélin en 1501, dont la France supporta tout le désastre, Venise fit, en effet, la paix avec la Porte et entretint avec elle les rapports les plus chaleureux. De part et d'autre, les ambassadeurs reçoivent des honneurs extrêmes, uniques * ; on s'adresse de magnifiques présents \ Des pièces de soie turque, offertes au nom du sultan en 1503, deviennent les devants d'autel de l'église Sl- Marc *. Bajazet et le doge échangent les témoignages les plus courtois*. Une escadre turque entre, en 1505, dans le port de Modon, saluée par toute l'armée vénitienne, et le provéditeur vénitien lui envoie des rafraîchissements6. Lorsqu'un ambassadeur de Tunis va, en 1504, avec une suite nombreuse, implorer l'appui du Grand Seigneur contre l'Espagne qui menace les musulmans d'Afrique, ce sont les galères vénitiennes qui le transportent ; il est reçu à Venise par le conseil, on lui a fait préparer, aux frais de la République, une maison et des barques 7... En 1509, Venise cherche à conclure une ligue avec le Grand Turc contre l'Empire, la France et l'Espagne 8. Elle y réussit : et, un instant, l'Orient put se croire à la veille d'en finir avec les Francs ; une forte escadre ottomane s'arma dans le port de Jaffa pour attaquer Rhodes. Les chevaliers de Rhodes la surprirent le 21 août 1510, avant qu'elle
1) Sanuto, V, 762, 91o, 868, 899, 904, 937, 947.
2) Sanuto, V, 456 et s., 947, 36, 990, 750, 991, 993, 1001.
3) Id., et VII, 649.
4) Id., Y, 27,29.
5) Sanuto, V, 42, 915,454.
6) Sanuto, VI, 238.
7) Id., VI, 26.
8) Id., IX, 356.
n'eut pris la mer, et la détruisirent complètement. Ce hardi coup de main rétablit le prestige de la France \ L'année suivante, Louis XII recevait à Lyon un ambassadeur du Soudan d'Egypte et de Syrie", Quanson Ghotiry,qui lui offraitle protectorat des Lieux-Saints3 et en garantissait le libre accès à toute caravane religieuse ou commerciale sous pavillon français*. Louis XII fit publier aussitôt cette nouvelle, à la foire de Lyon (mai 1511), en présence de l'ambassadeur. Ainsi se produisit, au moment (curieuse coïncidence) où Jules II excommuniait le royaume, le plus grand événement diplomatique du XVIe siècle, d'où devait naître l'union intime, et maintenant séculaire de la France avec les pays ottomans B.
1) Aussi, le 8 octobre, en répondant amicalement aux lettres du Grand Turc, le gouvernement vénitien avise le baile vénitien de Constantinople de se tenir sur la réserve, et si on rappelle les promesses de secours, de parler vaguement. Le 15 février loi i, il écrit de nouveau au baile et à l'orateur d'implorer des secours, une descente en Frioul, des subsides d'argent. Le 22 mai 1514, il leur écrit : « Ne sollicite/, plus ni subsides, ni secours: étouffez l'affaire dans le silence. Répondez par des faux fuyants », etc. (Arcli. de Venise). Le 10 juin 1523, le conseil des Dix donne à ses capitaines des ordres effroyables ; d'après le traité conclu avec la Turquie, on devait rendre les prisonniers turcs : il ordonne de couler les galères capturées et de massacrer très secrètement tous les prisonniers jusqu'au dernier, afin d'éviter des rapports qui envenimeraient les eboses (Arcli. de Venise).
2) Chah Ismayl, soudan d'Egypte et de Syrie. On peut voir sur lui les savantes notes de M. Schefer dans sa publication Estât de la Perse en 1660 (Paris, Leroux, 1890), pages 262 et suiv., notes.
3) La lettre du soudan d'Egypte à Louis XII se trouve dans Sanuto XII, 624 et suiv.; elle est moins absolue que ne le dit Le Maire de Belges. Le formulaire en est très développé. Louis XII est appelé « Louis de Valois, défenseur des royaumes de la chrétienté, ennoblisseur de la loi chrétienne, exaltateur du peuple chrétien » etc., etc. Le sultan déclare assurer la sécurité des Francs et leur commerce, et leurs consuls, et ne vouloir que la paix. 11 se plaint d'attaques et de pirateries, fomentées à Rhodes, qu'il indique en détail.
4) En Egypte et Syrie régnait la 2e dynastie des Mamelucks, ennemie des Turcs depuis qu'elle avait donné asile à Djem : elle possédait le sultanat de Damas (Lieux-Saints).
5) Pour le moment, il n'eut pas de suite par la faute de la diplomatie fran»
LES TK01S AUTORITÉS 89
Du reste, on entretenait avec les pays musulmans du nord de l'Afrique des relations très anciennes de paix et commerce ', troublées seulement par la piraterie privée.
L'un de ces pays attire toutes les convoitises européennes, c'est l'Egypte. Tenu en respect par l'ordre de Hhodcs, le Soudan d'Egypte n'a de recours contre lui qu'auprès de la France : le Soudan garantit la sécurité des Francs, leur commerce et la personne de leurs consuls *. Auprès de lui, s'agitent vivement les rivalités européennes. Le gouvernement de Venise ne néglige rien pour asseoir au Caire son intluence ; envois d'ambassades avec un apparat extraordinaire, intrigues consulaires, présents réciproques 8... Après la victoire des chevaliers de Rhodes et la défaite des Vénitiens en 1509, la France prit au Caire la prééminence ; son consul reçut officiellement le titre de premier des consuls *. Le consul catalan exerçait aussi un grand empire sur l'esprit du sultan. En 1511, on nourrit en Espagne de vastes projets b: la France fournirait des vaisseaux a l'Egypte, et il se formerait une coalition pour chasser les Portugais des Indes 6.
çaise, supplantée par la diplomatie vénitienne. V. à ce sujet M. Ch. Schefer, Le voyage d'outremer, de Jean Thenaud (Paris, Leroux, 8<>).
1) V. M. le comte de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce et documents divers concernant les relations îles chrétiens avec les Arabes de l'Afrique septentrionale, Paris, 1865, 4». Louis XL particulièrement, chercha à augmenter le commerce avec l'Afrique et négocia avec le roi de Bone.
2) V. l'opuscule de Le Maire de Belges, Le sauf-conduit donné par le Souldan aux François, à la suite du Traicté intitulé : De la différence, des scismes et des concilies de l'Eglise..., loti, in-4.
3) Dès 1502, Venise cherche à soulever l'Egypte contre les Portugais, à obtenir son intervention dans les Indes, et en 1509 et 1510, on l'accusa absolument de fournir à l'Egypte des munitions (Heyd, Hist. du commerce dans le Levant, édit. franc., II, p. 520, 537 et suiv.). V. le Voyage d'outremer.
i) Le Maire de Belges, Le sauf conduyt donné par le Souldan...
:») Sanuto, \, 19,50, 887-800 : VII,' 122, 182; XII, 307. Sur l'ambassade de Pierre Martyr en Egypte, V. Schumacher, Petrus Martyr, der geschichtsschreiber des Weltmeere, New-Vork, 1879. p, 50 et suiv.
6) Sanuto, XII, 307.
La possession des Indes, la sûreté du passage par l'Egypte, ce sont là les questions vitales du commerce de l'Europe, et la découverte du Cap de Bonne-Espérance n'a fait que les exaspérer.
Somme toute, l'antimonie théorique du Turc ne sert, en pratique, que de formule de chancellerie, et, en fait, les Etats musulmans sont entrés dans le concert diplomatique des nations chrétiennes.