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CHAPITRE XV

CORHXBPONDANCSS DIPLOMATIQUES.

Lacorrespondauce joue le premier rôle dans uae ambassade résidente ; c'est l'affaire majeure. Elle vaut b. l'histoire générale une contribution d'une telle richesse et d'un tel prix qu*OD ne peut rien lui comparer. L'histoire possède desdocuments originaux et des mémoires : les documents lui founùssent une anatomie, un squelette, aux lignes vraies et serrées, sans couleur, sans physionomie : les mémoires apportent un témoignage toujours dangereux; ils sont trop souvent rédigés après coup, soit par un personnage mal informé et qui peut k la fois pécher par infidélité de mémoire et par infidélité d'optique, soit (ce .qui est encore pis] par un homme d'Etat plein de rancune et de vanité, presque obligé, pour sa glorification ou sa justification personnelle, à des vues systématiques, ou à d'habiles oublis.

La. correspondance diplomatique trace, au contraire, le lablcau quotidien des moindres incidents, tableau dâ à des personnages expérimentés et spirituels, professionnellement tenus & fournir d'exacts renseignements. Leurs détails pèchent par l'abondance, par la compendiosité ; mais on ne saurait trop en priser la valeur.

La correspondance diplomatique se divise en deux catégories, d'importance très inégale : A. la correspondance reçue par l'ambassadeur, B. la correspondance expédiée par lui. ■ A. Correspondance reçue par l'amb(tssadeur. Elle se compose

1* de missives officielles diverses, sur lesquelles nous n'avons pas à insister, et qui se réfèrent aux différents modes d'action de l'ambassade , dont nous avons parlé ; 2*" de dépêches ou nussives du gouvernement.

Les missives ou dépêches officielles, arrêtées en conseil, du moins quant à la substance^ sont, comme nous Favons dit, habituellement de nature à être montrées ^ L'ambassadeur reçoit, dans le même courrier, pour sa direction propre, des lettres jfirivées ', qui émanent du premier ministre, ou du chef de TEtat lui-même. Ainsi le sire de Gra ville, principal membre du conseil, annonce par lettre personnelle à Du Bouchage, envoyé de Charles VIII pour les affaires de Saluées, l'arrivée du marquis de Saluées à la cour' :« J'ay receu les lettres que m'avez escrip tes, ajoute-t-il, vous avez fait merveilleusement bonne dilligence, maiz s'a esté grant faulte d'avoir oblyé voz lettres. L'en les vous envoyé à toute dilligence par ce porteur*». A cette lettre, est jointe une missive du roi qui contient la même nouvelle de l'arrivée du marquis, et un ordre : « Toutesfoiz, comme escripvons présentement à nostre dit oncle (le comte de Bresse), ne différez point pour leur venue de parachever vostredite charge selon et en suivant voz instructions et ce que vous

i) V. not. une dépêche du 8 juillet 1498 au chargé d'affaires vénitien, répondant point par point à des propositions génoises (À. de Venise, Secreto 37, f. 25) : la dépêche du 15 juin 1495 au résident vénitien près le roi des Romains (/6i£f., Secreto 35, fo 422 v"). Le 29 novembre 15 12, une lettre adressée à Gritti est écrite sur parchemin et par conséquent officiellement communicabIc(Dép, de Gritti, ier déc. 1512. Mômes archives).

2) Ou même par une seconde dépêche annexée à la première. Deux dépêches de ce genre, l'une à communiquer, l'autre confidentielle, adressées de Venise au résident à Rome le 9 avril 1513, sont des types de grand style, fier, franc, large (A. de Venise).

3) Ainsi que celle du sire de La Forest, envoyé de Savoie.

4) Orig., sur papier; ms. fr. 2923, fo 28. Cf. les lettres de l'évêque de Saint Halo, en 1495 : copies anciennes d'extraits, Arch. de Milan, Potenze Est,, Duca d'Orléans,

'•uim uj^ii

I LA DIPLOUiTli: AU TEMPS DE UACH1AVEL

ma ordonné, car noua n'entendons pas que aueuns tihoseen ^e estra retardée ' ». E^e oaractèra privé dea lettfai na sa hit que par leur style et par la nature des reosei^ementa . y sont consignés.

!*ierre de Médicis écrit h un de aea ambassadeurs : '< Je ne s que louer votfe aotivité, dont nous ne retirons pas un diocre fruit. Plus j'y songe, plus j6 me réjouis que vous ez lè-bas, parce que vous pourrez moissonner. . .Vous fores ! à Son Eicellence le paragraphe suivant » : suit un paraipbe de ton tout à fait officiel *.

Dans une dépêche officielle, Marguerite d'Autriche annonce as ambassadeurs en Angleterre la conclusion du traité de mbrai, avec un abandon très familier et évidemment conmtiel: Ce n'a pas été, dit-elle, « sans avoir bien sonvant mal i teste ; et nous sommes, M. le légat et moy, cuidié pren> t au poil. Touttcs fois, t la pariin, nous nous sommes récon- .és et fait amis ensemble le mieulx que a été possible * ». ^uand on peut, on complète par une communication verle la dépêche officielle. Le 21 novembre 1463, François irza témoigne sa satisfaction pour la conclusion de la ligue. L.cbevez pour le mieux, écrit-il, notamment pour la question îuniaire. Emmanuel de Jacopo qui retourne vous dira verement nos intentions * ». On chiffre aussi les dépêches '. La dépécbe montrable est naturellement rédigée en conséence* : « Dans la réponse que Vos Seigneuries feront A

)Hs, fr. S913, f°37.Amboise, 48janvier. oDeparleroy».

)Letlre6ramhassadeur florentin à Venise (li94. Kervyn,Le/Irei et négo-

tiotti,îl, 1271.

)LeU.deLoui>xn,l,{3i.

)Rec. deSimonctU, ms. lai. 10133, f" 33.

) La chancellerie ehiffre d'après les mêmes règles que l'ambassadeur : nous

parierons plus loin.

i) Longue dépêche d'insiruclion aux ambassadeurs de Maiimilien, en latin,

née B per Begcm » (1509. Le Glay, Nt'gocialiom, I, 293-303), etc.

CORRESPONDANCES DIPLOMATIQUES lOT

cette lettre, écrit le florentin Yettori ', elles voudront bien me prévenir simplement qu'il ne leur parait pas urgent de conclure, pour que, s'il faut la montrer à Tempereur et gagner du temps, je puisse la montrer : il est difficile ici qu'on ne sache pas quand je reçois des courriers, et obligé alors de dire quelquechose, j'aurai l'air de suivre vos ordres '».

Ce qui achève d'indiquer le caractère habituellement montrable des dépêches officielles, c'est la recommandation expresse de secret que certaines contiennent '. Venise avise, le 15 septembre 1514^ l'ambassadeur à Rome qu'à son insu, elle a, par un amt, conclu un pacte secret avec le pape, et elle rinvite à n'en parler à personne, pas même aux cardinaux vénitiens *.

Privé d'initiative, le résident parle purement et simplement le langage que lui envoie son gouvernement. L'ambassadeur de Milan accuse réception d'instructions ducales, par une lettre, où il les résume, en déclarant s'y conformer « usque ad mortem '. » On voit les ambassadeurs vénitiens suspendus à leur courrier, dans des transes et des inquiétudes permanentes. Le gouvernement de Venise aurait voulu, semble-t-il, devancer l'invention du télégraphe ; par malheur, les distances sont grandes, il faut traverser des pays peu sûrs ; si bien qu'il se renseigne, le sénat ne voit pas les choses du même

i)Dép. deFr. Vetlori, Botzen, â9 mars ISOB (Œuvres de Machiavel).

2) Naturelli, ambassadeur à Rome, prie Maximilien de lui écrire « par la première- poste une bonne lettre, contenant aucunes choses plus que crédence, et aussi crédence sur moy. » II indique le contenu de cette lettre (LeGlay, Né' gociations, I, iiS).

3) Dépêche secrète du conseil des X au résident vénitien à Rome, pour l'inviter à soutenir la candidature à la tiare du cardinal de la Rovere (9 sept. 1o03. \rch. de Venise, Misto 29). Officiellement, Venise soutenait le cardinal d'Amboise.

4) Arch. de Venise.

5) i476. Dépêches des amba5sadeur$ milanais, I, 269.

■*pçyîi

œil que le résident ; il en voit d'autres ; souvent, il hésite, par prudence et par une disposition naturelle à biaiser ; et puis, comme dans toute assemblée délibérante, il lui faut se réunir, délibérer, trouver une majorité.... Bref, le temps s'écoule, et le malheureux orateur reste souvent dans une position difficile, obligé à parler et à rester muet, à agir et à se réserver, à entretenir Toccasion et parfois à la laisser passer, pris entre les exigences de son gouvernement et celles des affaires : heureux encore quand il reçoit enfin une réponse vraiment topique.

Aussi se plaint-il sans cesse de la rareté des dépêches *. Dans son mémoire de 1507, le résident vénitien en Allemagne expose qu'il a dépensé cent dix courriers pour des dépêches à la seigneurie et qu'il n'a reçu d'elle que cinq lettres*. L'ambassadeur à Londres, en octobre 1510, se plaint que la seigneurie ne lui a pas écrit depuis six mois*. Ou bien les dépêches arrivent par paquets : l'ambassadeur à Rome, en 1500, en reçoit cinq dans une même matinée *. L'envové florentin à Venise remercie vivement Pierre de Médicis d'une lettre nette : « depuis trois mois, dit-il, qu'il est là, il commençait à ne plus y voir très clair * ». Bien peu de résidents peuvent se permettre d'écrire comme Dandolo, le 22 mai 1514 :« Vous avez vu que

i) Ou de leur défaut de clarté. Marguerite d'Autriche envoie une lettre de blâme. L'ambassadeur répond : « (Vous) ne me parles clairement, ainsy que debvroit ferc la maislresse h son serviteur ; ayns me bailliés une cuil- Hère, disant ne vouloir estre faicte mencion de vous» et que j'en fasse ainsy que je l'entendz. Lesquels motz se devroient escripre k ung eslrangier et à ung homme incogneu, non pas à moy, lequel havés assés cogneu et expérimenté. Mais puys que ainsy est que vous m'en mettes la bride sur le col, sans me déclairer plus avant, je suys bien contrainct m'y governer de sorte que je ne me tyre le chat aux jambes... » (1509. LeGlay, Négociations, I, 262-263).

2) Sanuto, VH, 193.

3) Sanuto, XI, 690.

4) 28 déc. 1500. Sanuto, III, 1248.

5) 1494. Kervyn, Lettres et Négociations, II, 131.

COnnCSPONDANCBS DIPLOMATIQUES 109

j'ai énergiquement agi selon vos vues, sans toujours attendre vos ordres, ce qui serait difficile et périlleux à pareille distance. J'ai reçu hier vos lettres du 27 avril * ». Rien de plus dangereux et de plus humiliant pour un résident que de rester sans direction, comme Philippe de Gommines exposé à la risée des Vénitiens, en 1494-95, parce qu'on le laisse sans dépê-. ches et sans réponse à ses lettres '. Gommines finit par mettre dans sa confidence l'ambassadeur milanais (son adversaire caché), et lui parle de la politique française en termes amers : « Vainement, dit-il, il écrit et insiste sur l'extrême danger de la situation. Vainement, il envoie courrier sur courrier; il n'écrira plus, puisque Ton tient ainsi Qompte de ses avis ! Voilà comment les choses se passent à la cour ! Si J'on réussit, on pourra remercier la Providence ! » L'ambassadeur de Milan transmet aussitôt cette conversation à Milan, et, chose singulière, la démarche réussit ; peu après, Gommines reçoit une dépêche du roi '.

Louis XI se garde bien d'une si lourde faute : nous lui voyons adresser constamment des dépêches, même pour une simple ambassade spéciale de trois mois en Bretagne *.

Louis XII écrivait sans cesse. Sanuto témoigne que Tam* bassadeur de France à Venise en 1500 recevait du roi d'inces* santés dépêches '.

i) Dép. du22 mai iS14 (Â. de Venise).

2) Sanudo, Spedizione, p. 268.

3) Janvier 1495. Kervyn, Lettres elnégociations, I!,153, iS6. -4) Favre, Introduction du Jouvencel, p. cclxxvii.

5) Sanuto, III, patsitn. Le roi et la reine d'Espagne signaient l'un et TaU' tre les dépêches à leurs ambassadeurs, et en envoyaient fréquemment. Ainsi Isabelle écrit le 16 août, en réponse à une dépêche de Puebla, ambassadeur en Angleterre, du 13 juin ; Ferdinand répond le 19 mai, à une dépêche du 15 avril (Correspondance publiée par Gairdner, Historia régis Henrici septimt p. 400-430). Leurs dépèches sont développées, contresignées d'un secrétaire. Les lettres directes à présenter au roi sont en espagnol.

ilÔ LA OiPLOMAtJB Atj TEMPS DE MACHIAVEL

Les dépêches de la cmir restent en la possession des ambassadeurs ; elles se retrouveut donc dans les archives privées * .

Presque toutes les archives d'Etat renferment aussi des minutes. Beaucoup figurent dans les publications de correspondances, par exemple dans le Codice Aragonese de Trinchera (dépêches aux ambassadeurs de Naples), dans les Négociations de la France avec la Toscane ^àt Desjardins (dossier de dépêches et de lettres de Rome adressées au légat Jean de Médicis*)...

Les dépêches officielles contiennent surtout les commimications courantes à faire par la bouche de lambassadeur. (^est comme une conversation de gouvernement à gouvernement, qu'on traduira verbalement dans les meilleures conditions.

Cette conversation prend naturellement les tours les plus divers. Dans Thabitude de la vie, elle a pour principal objet de donner les nouvelles ; nous avons dit Fimportance de cette fonction*. Lambassadeur reçoit donc de son gouvernement les nouvelles qui intéressent son pays, surtout quand elles présentent un intérêt pour sa mission et qu'elles comportent une conséquence immédiate. Ainsi itne dépêche de Venise à Gritti en France l'avise, le 23 février 1513, que, d'après des lettres de Rome du 15, le pape est très gravement malade : dans l'incertitude de ce que fcraitun nouveau pape, Gritti reçoit

i) Avec les lettres privées que Tainbassadeur reçoit delà cour.V.eni4p/)endicB l'analyse de la correspondance oflicielle d'un résident, tirée des archives du prince Pio de Savoie.

â) T. \\t p. 548 et suiv. Jean de Médicis était légat à Bologne, c'est-à-dire légat à l'intérieur ; mais il n'avaitpu prendre possession de salégation (1510) ; et ses dépèches sont toutes diplomatiques et militaires.

3) On envoie et on promet des nouvelles très détaillées de tout événement à l'ambassadeur (14-15 sept. 1509. Arch. de Venise, Secrète 42^ 60).

COKRBSPONDANCfiS Dlt^LOfttATlQUEâ lll

Tordre de presser vivement la signature de la Hgue *. Le 8 mars suivant, une dépêche avise le chargé d'affaires à Milan, d'après une dépêche de l'envoyé florentin à Londres, des préparatifs militaires faits en Angleterre, contre la France et les Suisses ; on en conclut que la France pourrait se trouver paralysée dans son action, et, en cas de ligue, laisser Venise à découvert en Italie: on invite donc, en toute hâte, le chargé d'affaires à bien s'informer avant de signer l'alliance •. Mais les nouvelles aboutissent rarement à des conclusions aussi préeises.

' Il est fréquent qu'on envoie ft Tambassadeur, en guise de nouvelles, des copies de documents à communiquer. Ce pro- X5édé naturellement indique un véritable degré d'intimité et d'alliance. Par exemple, Louis XI, adresse au duc de Milan copie des instructions qu'il adresse le jour même à l'ambassadeur de France à Rome'. Mais, en ce cas, on se permet certaines précautions. Le 23 mars etle 80 avril 1512, la seigneurie de Venise envoie au pape, en signe de grande intimité, le récit d'entrevues orageuses entre André Gritti et J.-J. Trivulce : mais en soulignant les passages que le résident vénitien ne devra pas communiquer*.

Un ambassadeur qui ne reçoit pas de son gouvernement avis d'un acte important déclare l'ignorer ou même le dément. L'ambassadeur anglais à Rome, eti 1510, embarrassé par la nouvelle subite de l'entente de son roi avec la France, ferme sa porte et dit n'en avoir point de nouvelle '. Le résident de Marguerite d'Autriche, qui apprend, à Tours, par le rési-

1) A. (ie Venise.

2) A. de Venise.

3) 1468. Lettres de Louis XI ^ lll, 240.

4) A. de Venise.

5} Avril 1510. Sanuto, X, 160.

112 Ll DIPtONATIE AU TEUPS DE MACHIAVEL

dent d'Aragon, le mariage du duc de Gueldre avec une nièce de sa souveraine, dément le fait, et, bien qu'il en reçoive ensuite confirmation indirecte, maintient le démenti, parce qu'il n'a pas de lettre officielle k ce sujet '.

C'est surtout en cas de mauvaises nouvelles qu'il importe de prévenir l'ambassadeur, afin qu'il les présente sous un jour convenable*. Dans le post-scriptum d'une dépêche du 23 juillet 1510, Venise glisse cette nouvelle; h Les ennemis viennent de prendre Moncelso : nous comptons le leur reprendre *. H Venise excelle, dans ces cas-là, aux témoignages d'énergie. Bornons-nous A citer une dépêche du 13 mai 1512 à l'ambassadeur à Rome, où la seigneurie, en traçant à grands traits tout un plan de campagne, fait valoir ses dépenses extraordinaires, les sacrifices qu'elle fera encore, les probabilités de victoire \ et la dépêche du 12 septembre 1513, au résident en France Dandolo, après la perte de Thérouanne par la France : dépêche toute pleine de protestations d'énergie et de dévouement, d'exhortations à la grandeur d'âme etàla confiance, enmême tempsque d'ordres très pratiques : Il Nous avions reçu par Rome des nouvelles si mauvaises que les vAtres nous ont paru meilleures, surtout la nouveUe que l'^xosse va attaquer l'Angleterre.. .' « Une dépêche h Dandolo du 3 avril 1514, qui raconte des combats livrés aux portes même de Venise, ne respire pas moinsde confiance: « Quelle que soit notre mauvaise étoile, nous libérerons la Lombardie... Les Espagnols vont, dit-on, marcher contre le Frioul. Nous ne savons que faire. Nous envoyons des troupes

1) ISiO.Ie/trejdc ioiiis XII, H. 28.

2) Burckardi Diarium. 111, U.

3) Au» ambassadeurs à Rome, 23 juil. 1510(A. de Venise),

4) A. de Venise. Cf. la lettre du la mai 1509 au capitaine général (mêmes archives, Secrelo 4) , 173).

3) A. de Venise.

à la fois versPadoue et vers Venise. Mais nous avons accompli ce que nous promettions : que le roi compte sur notre indissoluble alliance * ! »

L'annonce empressée d'une mauvaise nouvelle relative à un allié cache parfois une arrière pensée utile. En 1476, on s'étonne à Home de l'empressement du duc de Milan à annoncer, par son ambassadeur, la défaite subie par son allié le duc de Bourgogne, à Granson ; on comprend vite le calcul du duc *. A plus forte raison, les cours mettent un empressement naturel à enregistrer les bonnes nouvelles, ou les simples espérances de victoire '.

En dehors des transmissions officielles de nouvelles personnelles, on trouve encore un extrême intérêt à pourvoir abondamment l'ambassadeur de nouvelles de toute sorte. Ci Dans chaque cour, dit Machiavel*, ily a des faiseurs d'affaires, de diversgenres, toujours éveillés pour savoir ce qui sepasse autour d'eux. Il est à propos de devenir leur ami, pour avoir des nouvellesdechaque côté. L'affection de ces gens s'acquierten les invitant à des banquets, à des divertissements. J'ai vu des personnages très graves admettre le jeu dans leur maison^ pour donner occasion à de pareils hommes de venir les voir, et pourvoir ainsi causer avec eux. Ce que l'un ne sait pas, l'autre le sait, et le plus souvent tous savent quelque chose.*. Mais qui*conque veut qu'un autre lui dise ce qu'il sait, doit nécessaire*ment dire à cet autre ce qu'il sait lui-même *. La meilleure manière d'avoir des informations, c'est d'en donner. » Un

i) A. de Venise.

2) Dép' des amb. milanais, I, 374.

3) Dép. vénitiennes du 25 mai 1512, du 15 nov. 1514 à Tanibassadeur à Rome (A. de Venise).

4) Instruction d Raphaël Girolami.

5) L'orateur de Venise va voir le pape (pour avoir des nouvelles d'Alle-

itiagne) et lui montre des lettres de Venise (1510. Sanuto, X, 218).

H^ ^ DIPLOMATIE AV TEMPS Dfl MACHIAVEL

pays qui tient ^ Taction de son {ambassadeur doit le founûi^ largement de nouvelles \ même de menues nouvelles et totalement étrangères aux affaires . La chancellerie milanaise avai^ ^^s^l»6 d'envoyer à ses ambassades, par circvilair^s, les nouvelles bonnes ^ communiquer'. Nous constatons cm 1476, par exemple, le soin extrême avec lequel le duc de Milan (adressait it Tév^que d^ Parm^, son résident 4 ^qm^, toutes les nouvelles pour les dire an ptipe*. La seigneurie d^ Yenise «annonce eU§-môme ^ son envoyé en Hongrie la lignp ^ntro VAn^let^rre et }a France * : elle avise son résident W Angleterre qu'elle vient d'adresser à Rome nno ainba^S^p solennelle..." A Gonstantinople, Çii\ Ton est trèii friand des npuvell^s de la chrétienté, une ambassade chrétienne se soutient en dénonçant les actes des antres nations chrétiennes. ^

Le grief constant des ambassadeurs est de ne pas reeevnir de leur gonvernenient des nouvelles assez nembrense^i ni assez fraîches ^ : « l^essienrs les régents (de Savoie) n^e demandent chaque fois avec instances de leni^ dire ce que

1) Ainsi le gouvernement français, fort mal renseigné par le sire de Chaumont sur les affaires d'Italie, et nullement renseigné par ses ambassadeurs qui (\'»V^ient pas Thabitude décrire, étai( obligé de demander des r^QSâigne^iaots aux ambassadeurs florentins (Desjardins, II, 43Ô et suiv.)-

2) Circulaire du duc de Milan à ses ambassadeurs en Italie (Venise, Rome, Florence, Naples...), du 11 février 1466. « Sequendo el nostro costume in pairticipareconquellalll.Signoradogni postra occurentia per lo yostro mçzo » (Archivio Sforzesco).

3) Dép. des amb. milanai», I, âS5.

4) 1510. Sanuto, X, 185.

5) « Lei solennissimi oratori nostri » (14 sept. loOO. A. de Venise, Secreto 42, 60).

6) (( Si le Turc se plaint que nous ne l'ayons pas assez tenu au courant des nouvelles d'Italie, lui dire que c'est faute d'un représentant accrédité près de lui. Notre vif désir serait d'en avoir un » (Instr. vénitienne du 6 mars 1495. A. de Venise, Misto 26, p. 145).

7) Commincs se plaint de Charles VIU ; il craint que les gens du roi ne connaissent pas très bien les usages italiens (oct. 1494. Kervvn, LeUres et négociations y lil, 138).

CORRESPONDANCBfi tlPLOllATIQUES 115

je sais de neuf de Florence et de Crênes... Ne sachant que à

répondre, je rougis, » écrit un ambassadeur milanais à Turin *. Dandolo, résident vénitien en France, revient sans cesse sur cette plainte dans sa correspondance. L'évoque d^Asti, ambassadeur de France à Venise^ avait à la cour un frère, le comte Alexandre Trivulzio, qu'il informait très bien des afibires de Venise : Dandolo s'en montre fort jaloux. « Hier matin, écrit-il, après l'arrivée des lettres de Rome, j'allai en cour : le C^"" Alexandre Trivulzio avait des lettres de son frère, M'M'Asti, des9 et 10. Toutes mes nouvelles remontant au 4, je lui en de* mandai. Il me dit que vous aviez mandé Al viano à Venise pour conférer, et que vous ne pouviez croire que le roi vous laissât ainsi eu proie. — PourTamourde Dieu^ ajouta le comte, nedites pas cela à Hobertet. Ce matin, il m'a défendu avec colère de rien vous donner de ces nouvelles, parce que vous les connaissez. — Je dois avouer mon étonnement. Ou l'évèque d'Asti a parlé de votre part, alors pourquoi me cacher ces nouvelles ? ou il a écrit contrairement à vos vues, malgré son ^^le, qui consiste à entretenir l'affection et à bien édifier le roi ». Dandolo insinue qu'il faudrait faire passer par lui de telles communications : il demande à être exactement renseigné, et proteste de son dévouement '. Quelques jours après, il écrit en post-scriptum : « Des dépêches de Tévêque d'Asti du 18 (avril) sont arrivées ; je n'ai pas de nouvelles de vous depuis votre lettre du 4 !'... Je tâcherai de voir le roi, et de i^'êtyp pas précédé dans les nouvelles par l'é vaque d'Asti, ce qui m'ôte beaucoup d'autorité *. » Il se plaint (\e manquer de primeurs ^ Heureux, en 1503, l'ambassadeur de César

1) 1478. Kervyn, Lettres et négociations, I, !^06. 2j Dép. du 28 avril 1^14. Â. de Venise.

3) Dép. du 3 mai iM4.

4) Dép. du 7 novembre 1514.

5) Dép. du 14 nov. 1514, du 19 nov. 1514. M. de Traas se perd de répu^

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Borgia ! c'est par lui que Louis XII apprend réiection du pape Pie IIP.

Un courrier exprès peut devancer les postes. Le 26 septembre 1500, Fambassadeur de France lit à la seigneurie, à Venise, une lettre du roi datée du 15 à Pithiviers*, c'est-à-dire vieille de onze jours ; en 1509, un courrier vénitien, porteur de lettres urgentes, arrive de Blois à Venise en quatre jours et neuf heures •. Une nouvelle peut arriver en six jours de Rome à Paris*; d'ordinaire, ellemetdixjours.il faut trente jours ù un courrier du roi de Hongrie pour arriver à Moulins *.

De Rome à Venise, une lettre accélérée met quarante huit heures* ; en avril 1500, on considère comme merveilleux de recevoir en trente heures à Rome une nouvelle de Venise \ A en croire Burckard, Alexandre VI n'apprit par courrier spécial que le 22 mai 1499 le mariage de son (ils, célébré le 12, soit dix jours auparavant*. La nouvelle de la mort du roi Frédéric de Naples, survenue en France le 9 novembre, ne fut connue à Rome que le matin du 26 '. A Venise, l'arrivée des

talion àRome, en donnant des nouvelles fausses (Dép. de Fr. de Fepis, résident florentin, 31 mars 1501. Archives de Florence). l)Sanulo, V,143.

2) Sanuto, III, 831 .

3) Sanuto, VII, 750. En pleine guerre.une dépêche du l«r septembre de l'ambassadeur en Angleterre arrive (par TAllemagne) le lo, à Venise (Secreto 42, 60).

4) En 1511, Louis XII apprend à Lyon, par lettres de Milan et courrier de Bologne, le 29 août, la mort de Jules II, survenue le 23 vers minuit (mais cette nouvelle était fausse. Lelir, de Louis Xf/, III, 20). La nouvelle de la mort de Charles YIU (7 avril au soir) parvient à Rome le 14 au soir (Burchardi Diariutn, II, 456).

5) Avril 1501. Sanuto, III, 1634.

6) Sanuto, III, 7.

7) Burchardi Dtarium, III, 35.

8) Burckard pourrait être bien renseigné sur ce point : cependant, il faut s*en défier, car il semblerait, d'après lui, qu'arriva le même jour un autre courrier annonçant que le 19 César acait clé fait chevalier de Saint-Michel, ce qui est impossible {Diarium, II, 532).

9) Dtarium.

COKRBSPONDANCES DIPLOMATIQUES

nouvelles varie beaucoup * : la nouvelle de la prise de Ludo-

1) Voici un état d'arrivées de nouvelles 1499. 3 octobre. Lettres de Ghio, 8

et i9 août.

8 — Milan, 6.

It — Capo dlstria, 7,

Viceuza, 8.

ià — Corfou, 29, via

Otrante.

U — Corfoo, 3.

23 — Corfou, 8.

10 novcmb.Modon, 20 oct.

ioOOAl janvier. Corfou, 26 déc.

24 — Armée prés Cé-

phalonie, 5.

28 — Rome, 22.

31 — Jrf., 25, 26, 27.

ier février. Alexandrie, 8 déc.

8 — Rome, i, 3.

23 — Chio, 5 déc.

23 — Constantinople ,

17 déc.

26 — Céfalonie,3. Blois, 8 et 13.

^ 29 — Rome, 25 .

3 mars. Blois, 19.

5 — Bude, 26.

9 — Céfalonie, 9.

14 — Rome, 8. Constantinople, 22 janv.

via Raguse.

l«r avril. Corfou, 17 mars.

Chio, 12 janvier.

Zante, 10 mars.

Modon, 18 février.

Cattaro, 15 mars.

Rome, 23, 28.

Lvon, 24.

5 — Lyon , 26 mars

(passage par Milan coupé). Lettre du roi, 27.

6 — Rome, 2 et 3.

à Venise, d'après Sanuto, tome III :

1500. 6 avril. Naples, 22, 26, 28

mars.

8 — Lyon, 30 mars.

11 — Corfou, 24 mars.

Rome, 7 avril.

Bude, 30 mars.

15 — Lyon, 4.

17 — Ferrare,15.Bude,

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