Milan
17 — Naples, 3, 7, 10.
Rome, 13. Monopoli, 24 avril.
Milan, 15.
20 — Dulcigno,25 avril.
Rodes, 16 mars.
• Modon, 22 avril.
Lyon, 14.
22 — Ferrare, 20. Milan, 20.
26 — Lyon, 17.
27 — Lyon, 21.
30 — Bude, 18.
l«r juin. Lyon, 26. Bude, 31, Corfou, 48.
il8 LA DlPtOHATTS AU TEMPS DE MACHIAVEL
vie le More à iVovare, en 1300, parvient dans la nuit du 11 au 12 avril : les ambassadeurs français Feurent le 13 (dimanche des rameaux) à la messe, par deux courriers espacés, qui déclarèrent avoir fait la veille 180 milles *. Les courriers les plus irréguliers sont ceux d'Espagne et du Portugal, du moins tant que TEspagne et la France se trouvent en guerre. En 1499, un hératit Vient de Séville à Venise en quinze jours, porter une oSre de secours du roi d'Espagne, contre les Turcs*; mais, en 1495, la ligue de TEspagne avec Venise, publiée en Espagne le 26 avril, n'arrive, par courrier èpécial, à Venise que le 9 juin, le courrier n'ayant pu passer que par mer entre Barcelone et Gênes ': un autre courrier, arrivé le 15 juin, portait des lettres du 20 mai; il avait attendu sejit jours à Barcelone une occasion de passage *.
La mort dlsabelle la Catholique (26 novembre 1504) n'est connue à Rome que le 24 décembre •.
Ainsi, les ambassadeurs peuvent avoir très bien des primeurs de nouvelles.
Mais il se produit à cet égard une sorte de conflit permanent. Un gouvernement, régulièrement, transmet ses communications & un autre gouvernertient par son propre ambassa-
1) Sanuto, m, 214.
2) Novembre 1499. Sanuto, II!, 52.
3)Sanudo, Spedizionet^l^.
4) Sanudo, Spedizione, 389 .
5) Dispacci di Giustinian, III, 343. L'ambassadeur vénitien à Lisbonne reçoit par courrier, le 21 mars, six lettres de la seigneurie de Venise, du 31 décembre, mal conditionnées « per le aque ». Il y a une partie indéchiffrable (1501. Sanuto III, 1596). Dépêche de l'ambassadeur vénitien à Londres, écrite le 21 décembre lîilO. A ce moment, on était en guerre avec la France et les courriers étaient pris (Sanuto, XI, 690) ; il ne trouve personne, même avec de l'argent, pour porter sa lettre. On attend un courrier de Flandre, dont il profitera. Le 15 septembre lo09, on reçoit à Venise une dépêche de l'ambassadeur en Angleterre, datée du ier(Dép. du 14 sept. 1509, Post-Scriptum. À. de Venise).
COltRBSt^ONbÂNCES DIPLOMATIQUES ll9
dëttl* et hoii pBv l*atiibàssàdëllr étranger ftëcrédlté sbr flacè * Venise^ fjar fexetnple^ doit fait é ^Jassël* l^eâ fcômiliunicatibtiîJ f àt le résident vénitien eii France. Mdiâ le résident frariçalîi ft Vfe* niàe, s'il se motitrë actif, intrigant, obligeant, libérÉll eh tibilvelleâ. . . , s'il à leâ fâVetità dii goliverhement Véiiiticti, ^isoutirera » léfe tioiivelles intéressantes fet Jirendra raVaiicé sut* son collègue de Paris. Dé là, les plaintes aniêreè dé bëlul-ci, qui, dans l'ititérêt de sbti Action, réclamera sbti privilège de nouvelles nationales : « Je ne pilis croire fce qilë dit lé cbttité Alexandre (Trivulziô) , frète de TaiîibassadëUr prêS de vôtlô, écrit Dandolb, tjlie Vous lui avez comniunicluê ce que vbiiâ m'écrivez, ce que tbiis recevez dé Rome et ce qu'on doit faite passer jpar Uioi ^.. » L'éVé^iùfe d^Asti^ rambasfekdëtlt cil qUestibii, était Uii italieii sotipçonneUi, qui ataii rhàbilëlé dé toiii se faire coriimtliiiquer *.
La plus gtandë ttlarquë de ëbiifiailce à doMër à ùll ambassadeur étranger, le plus graiid plaisit* qùfe puksë lui faite iin sôUterain, est donc de lé eharger officiellement d'une cdtiinltinîfeatibn. Nbus Voyons même LbUis XI doritiër â un résident milanais Uîie lettre de créaiiee pour certifier à son malttc le contenu de sa dépêche : fait absbluitierit anormal, et qiii marque l'extrême limite du genre ^
t)e ce qui précède, il résulte que les dépêches dugoiivernementapportenlàFambassadeur iodes ordres. S** lé langage à tenir pour les affaires, 3° des nouvelles.
Mais rhistorien ne peut accepter les dires des dépêches sans contrôle, c'est-à-dire sans compléter la dépêche principale par
A) Dép. du 18 déc. i513 (A. de Venise).
2) Dép. à l'orateur en France, IS sept. 1514 (A. de Venise).
3) Créance de Louis XI au duc de Milan, pour Panigarola, amb. milanais, chargé d* « escripre aucunes choses de par nous » (1467. Lettr, de Louis Xf, III, 177).
la dépêche annexe qui y est quelquefois jointe et qui contient des ordres complémentaires ', ou sans rapporter les dépêches aux faits, ou sans les comparer entre elles. Ainsi, dans une dé pêche du 15 juillet 1493, à son ambassadeur de Milan, le roi de Naples déclare remercier Ludovic Sforza de la réponse faite à la France, en faveur de Naples ' ; or, il se savait si bien trompé par Ludovic que, le même jour, il envoie à l'ambassadeur en Espagne un tableau de la situation, où il représente le pape comme initiateur de la coalition de Milan avec la France contre Naples '. Un ambassadeur français. Perron de Bascher, arrive à Rome : Ferrand de Naples écrit à ses ambassadeurs en France que Perron a parlé orgueilleusement au pape, que le pape a répondu avec réserve, que Timpression remportée par Perron changera en France bien des choses * ; près de son ambassadeur à Rome, il se plaint amèrement, au contraire, de la réponse trop favorable du pape, il accuse le Saint Père de duplicité*.
B. Correspondance expédiée par F ambassadeur. Les écrits que l'ambassadeur doit à son gouvernement se divisent: 1© en dépêches, 2* en rapports, 3* en mémoires. La dépêche* est une lettre, écrite au jour le jour, sous des impressions du moment : le rapport un compte-rendu sommaire de la situation en cours de la mission : le mémoire (ou relation), un travail d'ensemble rédigé dans le silence du cabinet ', après le retour
1) Dép. vénitienne du 28 déc/lo09 à Timbass. à Rome, et dépèche annexe du même jour (A. de Venise, Secreto 42, 102).
2) Dans des di^pôches du 8 février 1492, à son ambassadeur à Milan, Ferrand se déclare chaleureusement heureux de l'accord entre Milan, Florence, et la France (de l'accord de ses ennemis. Trinchera, Codice Aragoncse^ t. II, p. I. p. 38, 39).
3) Trinchera, Codice aragonese, t. II, p. ii, p. 430, IS3. 4) Dép. du 12 août 1493 {Ibid,, p. 203).
.S) Dép. du 16 août 1493 {Ibid.)
6) « Despèche » (Lettres de Lotus XU, I, 166).
7) Sur la différence des rapports et c|cs relations, Y. Gachard, Mon^men^
de r^unbassadeur. Nous parlerons du mémoire à propos des archives diplomatiques.
1" La dépêche a pour but de rendre compte des conversations du résident et de transmettre toutes les nouvelles.
Aux yeux d'un gouvernement, le meilleur résident est celui qui écrit le plus souvent, et qui tient quotidiennement au courant des plus menus détails. Certaines instructions rappellent expressément ce devoir*.
Le reproche de ne. pas suffisamment écrire est considéré comme de la plus haute gravité *. Aussi le résident passe-t-il une partie notable de son temps à sa correspondance *. L^envoyé du duc de Ferrare à Florence et près de Charles VIII, en 1495, envoie six rapports circonstanciés en huit jours^ le premier du 11 juin, le dernier du 18, et il ne reçoit de son maître que la lettre de rappel, puis une lettre finale qui approuve sa conduite : w Nous vous remercions et nous vous louons de tous les renseignements que vous nous avez envoyés, de tout ce que vous avez dit et fait. Vous avez agi en tout avec sagesse et en bon ambassadeur *. » Un bon ambassadeur écrit encore plus. « C'est plutôt pour ne pas interrompre mon usage de vous écrire chaque jour, que par nécessité, que je vous adresse cette lettre, dit une dépêche de Machiavel. Je n'ai rien d'important à ajouter aux trois dépêches des deux jours précédents, expédiées cette
de la diplomatie vénitiennCy dans les Mémoires de l Académie royale de Belgique, i. XX Vil. p. 54.
4) u Kritis aulem diligentissimi in scribendo et minulissime significando omnia occurrentia de die in diem » (Commission vénilieune du 40 juil. 1498, aux ambass. en France. A. de Venise). Cf. Dispacci dlA. Giustinian,!, 6.
2) Le cardinal d'Amboisc reprochée Accursc Mainier de ne pas écrire assez (1503. Sanuto, V, 533). Louis XII envoie, en 1501, un messager à Edouard Buillon, pour lui dire d'être « plus diligent d'écrire et avertir de toutes choses. »
3) V. Nys, Les origines de la diplomatie, p. â7.
4) KervvD, Lettres et négociations, 11^ 210,
nuit par un courrier de Lyon ' . » La ditûcuUé maiérielle a' expédier ses dépêches est la seule excuse que puisse alléguer un ambassadeur pour les raréfier. Quelques chiffres suivront & indiquer l'intensité des envois. Le tome Itl des dépêches de Giustinian, résident vénitien à Bomc, nous donne un total de 394 dépOclies pour 365 jours, c'estrà-dire plus d'une dépêche par jour, sans défalquer les dimanches et jours de fête (si nombreux à Rome), ni les jours de déplacement, demaîadie, d'empêchement...' Les dépêches de Machiavel, quoique moins nombreuses, offrent encoi'e un total rcspecla.ble. Dans sa première légation à Rome, il envoie quarante neuf dépêches en cinquante jours • ; dans la seconde, il écrit en moyenne deux fois par trois jours *. Près de César Borgia, il n'écrit que. tous les deux^oui-s ' : à Forli, presque tous les jours ', â Mûntoue environ tous les dent jours ' ; de France, il écrit moins, & cause des difficultés des communications '. Il résulte de cette fréquence d'envoi que les demandes et les réponses se croisent sans cesse *.
i)Dép. deRome, 4<iéc. i903.
S) 38 en mars 1504, 3S en avril, 32 en mai, 32 en juin, une par jour en juillet, 3d en août, une |>ar.jour en septembre el en oclobre, .S6 en novembre, 34 en décembre, 34 en janvier (505, 35 en février,
3)S8oct-.16déc. 1S0:t.
4) Ouaranle dépéciies : 28 aoùt-î6 oct. tS06.
5) Cinquante-deux fois, en cent six jours (1 ocl. 1502-21 janv. 1503).
6) Sept dépfdies, dont une en route ; du 16 juillet au 34.
7) Treize dépêches : 17 nov.-t6 dëc. 1S09.
8) Premifire légation h la cour de France ; 28 dépêches, les treize dernières signées de Machiavel, les autres de Délia Casa et de lui (25 juillet-24 nov. 15O0), Légation près de l'empereur; 14 dépêches, du 25déc. 1507 au 14 juin 1508 (v compris les leltresdn voyage). Li'gationà Mantoue; 13dépéclies,n novembre- 16 décembre 1509. Troisième légation en France; 18 lettres, 7 juillet- 10 déc. 1510. Qualrii^me légation en France ; 4 dé|i*c!ies, 13 septembre- 24 septembre 1511.
9) « J'apprends que vous vous iitaignez de ne |ias recevoir assex souvent des lettres de moi, ce qui m'est d'autant plus sensible que je ne crois pas pou-
CORRESPONDANCES DIPLOMATIQtJES 12â
La ptetniète dépêche doit J)artir à Tissué de Id premièrô audience *.
Lorsque l'ambassadeur vient d'avoir une conversation importante, il la transmet le jour mêiiie V II y a des faits majeurs qui n'admettent aucun délai de tratismissiôli ', tels que Télection d'un pape: la nouvelle part sur l'heure*, en style télégraphique, par les voies les plus rapides, et par estafette
voir mieux faire, car je vous ai écrit les 7, 9, ii, d2, 13, 14, 45, 16, 17, 20, 23, 27 ; celles-ci sont du 29 et 30 » (liép. de Machiavel, Imola, 30 octobre 1502).
1) Première dépêche de J. de Courteville, ambassadeur, aussitôt après Taudience privée (1506. Le Ghy, Négociations, 1, 130). Cependant l'orateur peut être appelé à envoyer des dépêches avant son arrivée. Voici Tanalyse d'une dépêche de ce genre, adressée au roi par l'évêque de Paris et M. de Tournon, deMons, le 10 janvier (1508) : « Reçu la lettre du roi, qui nous prescrit d'aller par Bruxelles trouver l'empereur. Reçu la lettre de créance. Le roi catiiolique a envoyé ici son maître d'hôtel Nicasius Kackency, qui va trouver le roi en la compagnie de M. du Ru ; cet envoyé avertit que le roi catholique a adressé à Namur son maître d'hôtel Mousqueron, pour nous mènera l'empereur qui est à Trêves. Inutile de passer par Bruxelles, puisque vous nous prescrivez d'aller droit à l'empereur ; M. de la Rochebeaucourt nous a écrit dans ce sens. D'après Nicasius et le sr de la Roche, nous devrons nous adresser au trésorier, Mess. Jacques Veylingher, et àHans Regnyer, secrétaire. Le trésorier doit se trouver à la journée de Cambrai : en son absence, nous verrons Regnyer. Nicasius dit que tout est en bonne voie près de l'empereur, quoique plusieurs cherchent le trouble. M. de la Roche en écrit autant » (Bibliothèque de l'Institut, ms. Godefroy 255, fo 6).
2) t)ép. des résidents vénitiens en t'rance, Danddlo 15 février 1502-3, Condolmeri 24 janvier 1507-8 etc. etc. (A. de Venise). V. des dépêches de Jean de Courteville, au roi de Castille, dans son ambassade de 1506 en France, les 13, 16, 21, 24 mai, 16-17, 29 et encore 29, 30 juin, 2, 5, 10, 18, 21, 23, 26 juillet, 7, 16, 11 août, 1er, 14^ 13, 23 septembre, dans Le Glay, Négociations, l. Cf. Lettres de Louis XII.
3) 16 mars 1466, à 4 heures de nuit. Lettre des envoyés de Gâléas Sforza à Chambérv : « On va aller celte nuit même le délivrer ». Autre lettre, h. 10 heuresdenuit(Archivio Sforzescb).— Venise, 17 mars 1466. Lettre de l'envoyé de la duchesse de Milan à Venise, après la mort du duc. Reçu le matin môme par la seigneurie, il envoie de suite le discours amical qui lui â été tenu (Archivio Sforzesco).
4) Billet dé deux lignes, annonçant l'élection de Jtîlès It (Oép. de Machiavel, 1er novembre 1503).
I2i LA DIPLOMATIE AU TEMPS DE MACHIAVEL
spécial K Le lendemaia, Tambassadeur adresse un rapport. '
Vespucci, ambassadeur florentin, dans un rapport sur Innocent VIII, du 29 août 1484, s'excuse de son retard maladroit à envoyer Tavis de Télectioii : le courrier est partisans Taviser, au moment où il était à entendre la messe avec les autres ambassadeurs. L'estafette milanais aaussi été envoyé par un particulier, dit-il, et non par l'ambassadeur ^
Les jours qui suivent l'élection d'un pape, les longues dépêches se succèdent : l'ambassadeur transmet le détail des libéralités faites aux cardinaux, son impression sur la nouvelle direction et les nouvelles influences, sur les premières communications échangées avec le nouveau souverain *.
La dépêche est adressée au chef de l'Etat : ainsi, à Venise c'est au doge, « Serenissime princeps»; très rarement et par exception, aux chefs du conseil des Dix *. On a vu des dépêches adressées à un autre ambassadeur chargé de les transmettre ^ A un point de vue tout différent, un légat adresse des dépêches à d'autres ambassadeurs ou à d'autres souverains, en vertu de sa propre autorité \
Le chef de l'ambassade peut rédiger et signer seul la dé-
i) Dép. ttorentine (Thuasne, Diarium, II, \ note). 2) Rapport florentin, du 12 août 149â, publié par Thuasne, Dianum, I1,6H.
8) Roscoë, Vie de Lauj^ent de Médicis, pièce xxxix.
4) Dépèches florentines de 1492, publ. par Thuasne, Diarium^ II, p. 612 et suiv.
5) A Florence, la dépêche s'adresse aux Dix, qu'on appelle: « Vos seigneuries ». L'ambassadeur dit: « MagniiiciDomini mei observandissimi », et finit par: « Etîo me rachomando, humilmente aile S. V. » (Dép. de Bracci, 1497, publ. par Villari. MacchiaveUi ed i suoi iempi, I, 334).
6) L'évoque de Gùrck, ambassadeur d'Allemagne près de Jules II, écrit les nouvelles à André de Burgo, ambassadeur en France, qui les transmet à Marguerite d'Autriche {Lell. de Louis Xll, U, 142, 107).
7) Les légats en Hongrie^ en Allemagne, écrivent à la seigneurie de Vepise (mars 1501, déc. 1500. Sanuto, III, 1628, 1231).
pêche ; dans ce cas, on remarque une certaine propension à parler peu de ses collègues. La plupart du temps, les ambassadeurs présents signent tous : alors celui d'entre eux qui produit un fait personnel se met en cause en se nommant : «Aujourd'hui, je... (un tel) ai dit... * ».
Les signatures varient d'orthographe, suivant Tusage de l'époque -. Certains ambassadeurs ajQectent de signer en latin. Les dépêches sont datées à la mode nationale et suivant le style du pays de l'ambassadeur : cependant on ne saurait poser à cet égard de règles bien absolues. Dans son ambassade de 1508 en Allemagne, le florentin François Vettori suit le style florentin, c'est à dire qu'il commence l'année au 25 mars. La diplomatie vénitienne suit aussi son propre style. André de Burgo, milanais d'origine, ambassadeur des Pays Bas, date généralement ses dépêches du jour et du mois, mais quand il indique Tannée, c'est selon le style de Rome, style de l'empire et de Milan '. L'évêque de Gtirck, ambassadeur d'Allemagne *; Paul de Lodi, secrétaire d'André de Burgo et milanais, chargé d'afiaires en France pendant l'absence de Burgo, emploient le même style'. Au contraire, MM. deMelun,
i) Dép. des ambassadeurs de France près de Maximilien au cardinal d'Âmboise, 28 février 1501 (LeGlay, Négociations j I, 37 et suiv.), signée de tousi les ambassadeurs. Leur dernière lettre était du 7. Quelquefois le chef de l'ambassade s*appeHe « moy » tout court. Ainsi, un rapport de 1461 porte i « Mgr le mareschal et moy escripvismcsà moy Dauvet )>, ce qu'il faut traduire ainsi : « Mgr. le mareschal et moy Bureau (le chef de l'ambassade) escripvismes à moy Dauvet (le second ambassadeur) — (publ. par Vaesen, qui croit à tort à un lapsus, dans les Leltr. de Louis XI, II, 874).
2) Panigarola, ambassadeur de Milan, à la fin du XV< siècle, signe « Panicharola », ou a Panigarola » {Dép. des amb. milanais, l, XI, n. i) : Ant. de Plan, son collègue, signe : « Antonius de Aplano » (Mandrot, Ymbert de Batarnay, p. 342).
3) Lelt. de Louis XII, l(l, 1S9, 445 : Le Glay, Négociations, I, 488, 491. A)LetL de Louis Xll, IV, 46, 30(janv. 4513).
5) Id, IV, 50, 59 ; lll, 4lO, 40 janvier 4512 ; et le 26 février 4542 (Le Glay, Négoc, I, 484).
126 LA DlPLO!yÉATlE AU TEMPS DE MACllUVEt
de Viry, de Gattinare, Cauliar, ambassadeurs des Pays Bas et d'Allemagne, écrivent à Marguerite d* Autriche, de Bourges, le 12^ et le 16' mars 1508, en réalité IfiOO, c'est-à-dire selon le style de France ' ; l'un d'eux, Mercurin de Gattinare, date une
i) Lelt. de Louis XII, 1, 149.
3) En France, l'année civile commence le jour de Pâques, à Venise le l«rmars... Opendant le 4«f janvier continue en France, en Italie, et môme à Rome, à s'appeler le premier « Jour de Tao » (V. nol. JJ, ^M, 81, yo) et à être fôté conformément à de vieilles traditions du ps^ganisme, vainement combattues par les conciles. Ainsi les comptes royaux et ducaux mentionnent tous, en janvier, des cadeaux ou aumônes pour le jour de Tan. Le 34 décembre, dernier jour de Tannée, les enfants et jeunes clercs demandaient partout, en France, l'a» guy l'an neuf, ou à guil€^leu (Comptes, dans les Tflres d'Orléans, t. XlII. JJ. 2H4, i8o. Th. Marcilius, HistoriaUrenavum, Paris, 1599, p. il, SH, 46. Cf. t. Il, p. 370, du présent ouvrage). A Florence» nous dit le Pogge, les calendes do janvier sont « anni principium » {Facéties, édition Lisieux. fac. 189). Le premier janvier, dit Sanuto (ûiarii, VII, 709) est à Venise & il primo di de anno nuovo, licet in questa terra non si mutta milesimp si non al primo di marzo. » Le même Sanutp nous raconte ilW- \euTs (Spedtzione, 165), que, le l»»" janvier 1495, Charles VIII entend la messe, en grande cérémonie, à l'église Saint- Marc de Rome, entouré decardinaux, (( |)er esser el primo di de anno nuovo. u Louis Xll meurt le It janvier : un ambassadeur écrit : « Le lendemain, le roi (Louis XII) trespassa, le jour du nouvel an » (l)ép. de Phil. Dalles à Marg. d'Autriche, 3 janvier lolS. LeGlay, Négor.ialicnSfly 593). Fleurange dit que le roi mourut c par un premier jour de Fan. — Ce lui feust (à François !«•") une belle eslrègne pour un premier jour de l'an ... Ledit s^ d'An^'oulesine naquit par ung premier jour de l'an ; son père mourut par un autre premier jour de l'an, et après eut le royaume de France par ung premier jour de l'an. » Il y a donc là un fait indispensable à observer cl ({uc nous signalerons en passant, paife qu'il parait méconnu de certains savants. Ainsi M. Voesen, rendant compte du tome III de VHistoij*e de Louis XII dans la Revue des questions historiques (annéel89l, fasc. 2), nous a, parmi d'autres critiques analogues, reproché d'appeler a jour de l'an » le premier janvier, et a cru ((ue nous avions eu la pensée de faire commencer à cette date l'année civile. Ajoutons enfin que Tannée financière ne coïncide presque jamais avec l'année officielle. En lisant, par exemple, dans les comptes d'Asti la mention suivante : c De annoincepto die prima februarii anni MCCiCCLXIX et finjto ultiina januarii anni MCCCCLXX » (Collection de Bastard^ n*' 9^0), il ne faudrait pas en conclure que VsLïinée civile commençât à Asti le le' février.
COHRESÈONDAKCES Dlt>LQMATlQUES 1^7
Ipttre ps^ftiwlièr^ à ga soqvera^e du 16 ï^ars tSiQ9 -, à la rojiiaipc, tandis qup Yiry et G$(ttinare \v^i écrivent (Je CharpUes le II avril 1509 avec la mpptipn «après Pasqqes,»' à la française. \l n'y a dpnc ps^s de règle absolue. Chaque ambassadeur suit ses habitude^.
C'est le secrétaire qui, d'ordi|iaire,écptla cori'espondance^ à moins que Tambassadeur ne tienne h Vccrirp de sa propfe qiaifl poup \xn mofif ou povif un autre '.
Les dépêches ej; rapports sont rédigés dans la langue uationale deTambassade * ; siTambassadeur^coinu^e ilarrive quelquefois, est étranger et peu au courant de cette langue, il s'en remet à son secrétaire du soin de la rédaptjpn. André de Burgp, aipbî^sç^deur eu F?^ucp d'uue cour toutp française, oomprenait difficilement le français et ne récrivait pas. 11 aY«^it v»u sec^'éte^ire pour Ip français, et uu pouf Ipls^tin : quand le seorétaire français lui manque, il écrit en latin ^ Paul de Lodi, chargé d'affaires par intérim, ne peut libeller ses dépêchps qu'eu italieu, pbpse peu pratique, ou en latiu; luais quel latin ! Malgré la forme sèche et antilittéraire de petites phra^e^ presque uiiiforn^ément CQïnmiencées par Item qu par
i) Lettres de f^ms XII, ipO.
3)Dép. (ie Geoffroy Caries^ ^501 (Le Glay, I, ol), de Fosçari, de Loches, t?fév. 1500-1501 (A, de Venise).
4) La correspondance des aipbass^deurs milanais est ns^^iireUeiriçnt en ita- |i^p ; la ^ate, la formule finale et la signatiire sont en latin. L'ainbassadeur traite le duc de « Y^^**^ Excellence >» et qe parlç du roi que spus ce iiom : àfaeità,. La correspondance n'est sjgqéç qvie d'un ^n^bassadeur : les dépôç))fs ini|)Qrtp(es sont signées dç| deux. L'^rçhivio Sforzescp contient une s^ite de (}ép^ph^ milanaises du plu^ hai^t intérêt (V. ^iisgi Grhinzoni, GqleazzQ ^aria Yisconti ^ Lui^i Xl- Dépêches dç f anigarola, ^mbass. de Milan, au dqç e\ iji la duchesse de Hljlilai;, en 1467 : Lettre^ (ffi Lo\(>}^ Xf, fil» 36^ etsuiv., etc.).
5) Dépêche pp laljp, datée de Blois, 4 ma^^ 1512, 9ty)p de. ^qn^p ((^p (rlay^ Négoc, 1, 488) » ifdem., le a s^vril 1512 (/rf., 491).
i28 LA DlPLOMATIl:: AU TIsLMPS OÊ MACHIAVEL
Quod^ il n'échappe pas aux fautes les plus élémentaires : quant au choix des expressions, en voici un exemple : pour dire : « Il lève une armée» ; « Facit unam arnlatanl^)) Un grec, Jean Lascaris, recueilli en Italie par les Médicis, était devenu en 1504 résident de France à Venise; c'était un protégé du cardinal d'Amboise, d'une tournure un peu orientale *, mais latiniste : celui-là écrivait en latin '.
Les dépêches diplomatiques, rapidement libellées, portent la trace de quelque hâte : leur style est primesautier, négligé, vivant, très caractéristique. Les Italiens se servent d'une
1) Leur, de Louis XU, lïl, 267.
2) Sanuto, VII, 727.
3) M. Etienne Charavay a eu l'obligeance de nous communiquer une lettre de Lascaris au légat, datée de Venise, iO août, où, après quelques lignes d'une autre écriture pour indiquer qu'il y a peu de chose à dire, et qu'il l'écrit au roi, Lascaris continue ainsi : c Ro Duo, dubito ne pretcslatio quam scribo in litteris ad Regem esse f.ictam Bartholomeo de Alviano a Consalvo Ferrante, sit quedam fictio,et ne Bartholomeus predictus vadat contra Florentinos ut mutet statum Florentie, cum Hispanorum consensu, et fortasse etiam cum consilioet favorehujus dominii: et hoc suspicor, primum quia Bartholomeus non potuisset alerc tantum exercitum tanto tempore propriis sumptibus. Postea video oratorem Hispanum esse quotidie, ex quo venerunt Hispani ad Plumbinum in magnis consuitationibus cum his dominis. Ulterius, quando ingressi sunt Hispani Plumbinum, egodixi quedam verba his dominis, si possem intelligere quomodo placeret ipsis ea res: ex responsione quam mihi fecerunt visum est mihi quod non displicebat ipsis quod essent ingressi, quia dixerunt Plumbinum esse rem parvi momenti. Quod autem supra omnia me inducit ad hanc suspicionem, illud est quod hic habcnt regem nostrum egrotarc incurabili cgritudine,eta nonnullisdictum est mihi quod existimant eum non posse evadere multos menses: talis opinio )>osset suscitare cogitationes que sunt habite ante mortem cardinalis Ascanii, dum Rex graviter egrotaret. Hec loquor ex suspitione, nihil habeo certi,eteo minus quo, postquam detenti sunt secretariifdequibus scripsi superioribusdiebus, minus potest aliquis quidpiam intelligere propter terrorem incUâsum omnibus. — Ëodem die. Dictum est hic etiam venisse istuc ad Regem dUos Jacobitas missos a Regé Aragonie, acturos de pace, aftirmantque eos missos ad decipiendum ut alias. E. D. Y. K^^ (autogr.) humillimus servitor, Janus Lascaris. Au dos: A monseigneur, Monseigneur le légat » (orig., sur papier. Dépêche indiquée dans le Catalogue de la vente du io janvier 1887, sous le n® 66, et dans le Bulletin d'autographes de M. E. Charavay, no 22i,janv. -février 1886, sous le n© 31397).
CORRBSPONDAnCBS DIPLOMATIQUES i29
langue courante, sorte de jargon mêlé de latin et de divers dialectes, langue à part, qui se greffe sur un des dialectes indigènes. On trouve parfois dans les dépêches des boutades', des saillies bizarres ', des récriminations plus ou moins vives sur la pénurie d'argent, ou même surla direction des affaires. Un projet de traité, que les ambassadeurs de Marguerite d'Autriche lui soumettent ne rencontrant pas son approbation, ceux-ci lui envoient un autre projet, modilié,qu'ils considèrent comme trop beau et inacceptable pour la partie adverse qui « se laisroit plus tost aracherles dents » : si celui-là ne plait pas, ajoutent* ils, (( que Messieurs les clers de par delà pourjectent ung traisté en ceste matière, d'eulx mesmes et selon leur entendement ; et cognoistrez après quel choix y aura de Tung à l'autre. •»
La rédaction des dépêches procède essentiellement par description et par analyse. On commence par un accusé de réception des lettres du souverain, « cum débita reverentia »,. ajoutent les Italiens. Ensuite on s'attache à une reproduction littérale des paroles et des faits. Cette rédaction suppose donc une certaine liberté de parole.
Quand l'ambassadeur promet le secret sur une confidence, il entend par là que la confidence n'ira pas plus loin que son gouvernement. Foscari rend compte d'une conversation secrète avec révoque de Novare : « Il m'a prié de ne vous donner aucun avis de cette conversation, ajoute-t-il, et je le lui ai promis*. »
i) « Domina Domina nostra, s*écrie André de Burgo dans une dépêche à Marguerite d*Autriche (t5l0) ! Possumus conqueri de multis, sed etiam in parte de nobis ipsis! Yiceramus, et poteramus iterum vincere, et cetera...;noio aliud dicere » (Leltr. de Louis X[I, I, 263).
i) Le consul de Venise à Naples écrit qu'il est au lit avec un fort mal français {iHiO. Sanuto, X, lio).
3) Lett. de Louis Xll, I, 187.
4) Dép. de Lyon, 25 sept. i501 (A. de Venise). ^
430 LA DIPLOMATIE AtJ TlMt»ll DB MACHIAVEL
La dépêche diplomatique est un document essentiellement confidentiel ; il faut des circonstances exceptionnelles pour en autoriser la communication S et, à plus forte raison, la publication*. Mais on peut toujours craindre une indiscrétion. Le résident d^Urbin à Rome se hÀte de révéler à son collèguç de Venise le contenu de dépêches chiffrées de France, arrivées la veille, au moment où il se trouvait au Vatican avec le trésorier •. Aussi rencoutre-t-on quelquefois des recommandations de secret^.A Venise, les dépèches sont lues en conseil des Dix, à huis clos, et Ton renvoie le dé« libéré au lendemain, après serment de ne rien révéler ' : cependant, Dandolo, dans une dépêche chiffrée et autographe, répète à la seigneurie ces mots de Louis XII : « Pour l'amour de Dieu, tenez cela secret, et, je vous le dis franchement, n'allex pas récrire pour qu'on le lise au oonseil des Pregadi ; tout le monde le saurait, et il n'y aurait plus rien 4 faire. Si vous écrivea, réclame» en mon nom le secret, et qu'on ne lise pas votre lettre. Ecoutes, je^veux vous parler plus franchement que je n'ai jamais fait avec un autre : quand j'étais votre ennemi, je connaissais toutes les délibérations des Pregadi, si secrètes fussent elles. Ne me trompez pas ! Je saurais plus facilement que jamais tout, si je voulais : mais, grâce i, Dieu, je n'en ai pas besoin^ Je crois voir le cœur
1) L'ambassadeur milanais près la duchesse de Savoie ouvre, au passage, le rapport de Tambassadeur milanais en Suisse,le communique à la duchesse et l'envoie à Milan avec son propre rapport (1473. Dép des amb. milanais, \fi9),
2) Le duc de Ferrare fait publier à Ferrare une lettre de son ambassadeur à Milan, sur la bonne réception du cardinal d'Âmboise (mai 1500. Sanuto,HI, 278). Le duc de Milan dit à Tambassadeur vénitien du mal du roi Louis XI, et ajoute que Louis lui a proposé de déclarer la guerre à Venise. La relation de l'ambassadeur fait tapage. L'ambassadeur milanais â Venise s'en procure le résumé et l'envoie au duc (1476. Dépêches des amb, milanais^ H, 385).
3) Août 1504. Disp.diGiustiniany III, 218.
4) Dép. de Mauroceno, Blois 24 sept. 1504 (A, de Venise). 5}Sanuto,UI, 259.
Correspondances diplomatiques 131
de la seigneurie ; elle voit, elle a le mien. Si donc vous écrivez aux Dix, priez en mon nom de ne rien dire, parce qu'il
est nécessaire en ce moment que noussoyions tout un »
« Le roi s'étendit, avec une grande expression de sincérité, ajoute Dandolo. Je le remerciai de cette marque d'affection ; je lui promis la pareille, et votre fidélité inviolable à son alliance, je lui dis que j'écrirais de ma propre main en grand secrets »
Tel ambassadeur demande qu'on jette au feu sa dépêche, aussitôt déchiffrée * ; des résidents vénitiens s'opposent à ce qu'on communique leurs nouvelles de France à l'ambassadeur de France*.
L'ambassadeur prudent se préoccupe de l'impression que va produire à sa cour la dépêche, et il écrit en conséquence*; ses amis le renseignent confidentiellement et l'avertissent même des faits politiques relatifs k son service. En 1501, la situation d'Accurse Mainier, résident de France à Venise, était fort ébranlée; Mainier avait à traiter bien des affaires intéressantes pour les chefs de l'armée, et on trouvait ses dépêches agressives. Ses amis l'en avisent discrètement, et lui conseillent d'aller à Milan faire sa cour au car-
i) Dép. de Beauvaîs,l«f août 4oi3 (A. de Venise).
2) Mercurin de Galtinare à Marguerite d'Autriehe (juillet 1910. Lett. âê Louis XII, I, 276). Le procureur en cour de Rome de Marguerite d'Autriche lui envoie des détails sur la mort violente du cardinal d'Yorck, empoisonné à Rome, disait-on, par Tévéque de Vorchester : il la prie instamment de ca« cher d'où elle tient ces détails : « Habat pecuniam episcopus, que excusabit eum, et sic ipsum accusare non debeo, nec accuso, quia ejus indignationem haberenon vellem. » D'ailleurs, ce n'est pas prouvé (i5t4. Ibid,f IV, 343).
.3) Dép. deCondolmeri, Blois, 2 février 1507-8; de Dandolo, Blois, 30 nov. i513 (A. de Venise).
4) Les ambassadeurs de Marguerite d'Autriche, pour lui faire leur cour, lui envoient même de Tours des pêches et des raisins muscats (15 sept. iolO, Le Glay, Négociations, I, 358) .
132 LA DIPLOMATIE AU TKMPS DK MACHIAVEL
dinal d'Amboise ; ils lui résument aussi le langage tenu par le résident de Venise à une audience du roi *.
Il faut aussi assurer le secret à Tégard des indiscrétions tierces. Dans ce but, on peut recourir à divers expédients de rédaction : signer de simples initiales * ou même d'un autre nom •. Le système le plus sûr consiste à écrire en langage figuré, en employant des mots de convention. Bien manié, ce système donne un résultat indéchiffrable * : mais, dans des mains inexpérimentées, il ne constitue qu'une défense naïve, facilement pénétrable. Aussi est-il peu employé, et seulement à défaut de chiffre. Nous avons un exemple de la forme naïve dans les dépêches latines de Paul de Lodi, chargé d'affaires par intérim à la cour de France en 1512. Evidemment, lorsque Lodi écrit : « Item, quod Dubius fecit fieri decem millia pedites Mediolani ; quod Dubius facit unam armatam in Provincia* », il suffit de savoir que le roi de France gouvernait Milan et la Provence pour obtenir la clef de ce latin. Un autre chargé d'affaires ne s'en tire pas beaucoup mieux : il appeUe le pape Ba et l'empereur Be, mais il dira par exemple : « Ba envoie un bref à Be » ; or les moins clercs savent que le pape seul écrit des brefs *. Ce sont enfantillages d'apprentis diplomates.
Pour assurer le secret, on se sert généralement d'un alphabet conventionnel, appelé « le chiffre », « les chiffres » \ en
1) Lettre publiée dans Jean d' Anton, tome II, p. 44, n. 1. Guichardin, résident en Espagne, est renseigné par son frère resté à Florence (Guicciardini, OT^re inédite, VI, p. 36), par son père (p. 47), par un secrétaire de la seigneurie (p. 343).
2) 1476. Phil. Sacramoro, anibass. milanais à Florence, sign.: « Pb. S.» (Dép. des amb, milanais, I, 332).
3) Le consul de Venise à Ghio (Sanuto, III, 129).
4) Lettre deGommines (Kervyn, Lettres et négociations, II, 42).
5) Lettres de Louis XII, III, 267.
7) Lettres de Maximilien à Philippe le Beau, dlors en Espagne (juin 1566) :
italien « zifre ». Le chiffre est ua système cryptographique, qui n'a rien de spécial à la diplomatie ; on s'en sert entre particuliers i, à Tarmée, etc. '. Il est très en hoimeur dans les diplomaties italiennes ; rarement^ on chiffre une dépêche entière', mais il arrive constamment d'en chiffrer une partie *, ce qui présente d'ailleurs l'inconvénient d'appeler sur cette partie l'attention des. indiscrets. A cet inconvénient, il faut en ajouter d'autres ; le déchiffrement incombe à un fonctionnaire subalterne, capable d'indiscrétion ^ L'arrivée d'une dépêche chiffrée suffit déjà à exciter les commentaires. André de Burgo supplie Marguerite d'Autriche de tenir secrète une dépêche chiffrée qu'il lui adresse et de ne pas paraître l'avoir reçue '. En réalité, on ne la dissimule pas aisément, et, même en chiffre, mieux vaut s'entendre par certains signes ' que d'écrire '.
« Quand à noz nouvelles, vous les entendrez bien au long parnostre cousin le seigneur de Chicvres, nostrc lieutenant général, auquel avons ordonné de vous en advertir par leschiflrcs... » — « Depuis ces lettres escriptesetchififrées...» (P. S. d'une dépêche du l«r juin 1506). « Nous avons depuis fait extraire ce peu de cliyffrequi y avoit, et avons veu et entendu tout le contenu »... (Phil. le Beau à Naturel, son ambass. à Rome : juin 1506. Gacbard, Voyages des souverains f I, appendices, p. 507, 515, 550).
i) Vœsen, Calot, du fonds Bourré, n^i^OB : Jacques de Beauniont, capitaine, écrit à Louis XI, pour lui envoyer un chiffre dont il se sert avec ses amis.
2) « Le pape refuse le passage aux gens d'armes milanais.... » Lettre chiffrée de l'ambassadeur de Milan à Rome, au capitaine, 2 nov. i466 (Arch. Sforzesco):
3) Dépêches de Dandoio, Dlois, 5 et 8 janvier 1513 (1514), entièrement chiffrées (A. de Venise).
4) Arch. de Venise, DUpacci degli ambasciàtori in Francta ai capi del Cons. dei X, tilza 1».
.j) Nous en avons donné un exemple ci-dessus.
6) 1511. Lett. de Louis XII, II, 173.
7)Fr. Vettori, ambassadeur de Florence en Allemagne, demande, en cas de propositions de paix, qu'on les lui communique de suite en chiffre, en soulignant les articles où Florence n'admet pas de changement. On pourra aussi lui envoyer un blanc-seing signé du notaire et un plein-pouvoir en chiffre, qu'il transcrira lui-même sur le blanc-seing (Dép.de Fr. Vettori, Botzen, â9 mars 1508, dans les Œuvres de Machiavel).
8) Le chiffre qsuel k cette époque se compose simplement d'un alphabet ;
:-'T«7;'wr^F
On ne se Boucie donc pas extrêmement du chiffi^e^ et, en tous cas, on cherche & le compliquer*. Chaque ambassa-
dans ces conditions, il sufBt d'un peu d'attention pour opérer le déchiffrement, en commençant par les monosyllabes habituels et, de, des, etc. Voici, en 1510, le chiffre du cardinal d'Amboise, tel que nous l'avons déchiffré dans ses dépêches à Alberto Pio :
ft
Séparation de lettres répétées : tt.
Voici le chiffre du sire de Ghaumont, en 1510, d'après ses dépêches au même personnage :
(Archives du prince Pio, marquis de Castel-Rodrigo). Le système du chiffre reste le même au XVI* siècle. V. des clefs des chiffres (1556), Ms. fr. 20974 : ms. Parlement i53.
1) André de Burgo, ambassadeur, écrit à Marguerite d'Autriche qu'il ne peut plus retrouver le chiffre « qu'il avait avec elle. » Il lui en envoie un autre, par un secrétaire qui s'en va (mai 1512. Lettres de Louis XII, III, 257).
2) On complique le chiffre par l'intercalation de signes de ponctuation ou de séparation ; par l'emploi d'un chiffre arabe, d'un simple signe conventionnel ou d'un pseudonyme, pour désigner un nom propre. En voici quelques exemples extraits du déchiffrement de la» correspondance adressée k Alberto Pio, résident de France : w Soyez sceur quao ea ? esté aduerty pour tout uray que» avoi+enuoyé ung sien cubiculaire angloys deuers 31 pour lincîtera faire une descente en France et faire la guerTr» re au traianus et au royaume TT et pour ce faire offroit iubilez et deximes iusques a sept cent mil tt ca de ducats et ou cas que cest argent ne suf tt X ^^^ suplirdc sien propre cù \ei pour mieulcq X conduire la chose ofTiX* froit a monsieur dcu u« uincestre...» etc. « Et pourparler franchement quant Severuz uoX^^us parler du fait de Ildeclairer luy pour une maxime que ne contreuiendra en chose du monde à ce qui a esté conclut ou traicté de cambray mais de ce qui a esté raquinest(?) ou traicté traianus en fera tousiours par laduis et conseil de tous mes roaX sieurs ses confédérés. Dont il est le chef. »... «Des praticques et menées et en-
COKRKBPONDANCfiS DIPLOMATIQUES 135
deur a le ftien propre *. Il s'en sert danà la correspondance courante ; maïs au cas où il aurait à craindre Parrét de ses dépêches, il ne pourrait y recourir sans imprudence ; <|uand on intercepte une dépêche chiffrée, on s'arrange pour la lirp*. La cryptographie a ses règles, et l'art du déchiffrement ûeu* rît dans les chancelleries •. Cet art est ancien : en 1896, nous voyons les Florentins envoyer au roi de France, pour l'irriter contre Jean Galéas Visconti, de fausses lettres chiffrées, soi-disant interceptées et déchiffrées*.
Les dépêches chiffrées adressées à un ambassadeur ne portent pas de signature.
— Les dépêchés d'un résident traitent trois catégories de sujets : état des affaires en cours ; nouvelles de faits conclus et passés ; conseils sur la conduite à suivre.
treprinses de Seoei'us actendu sa mauuaise complection ymaginacions et sinderês (?) qtt*il a en sa teste il ne mesmerueille de riens et mestmement que autaut que mescripuez ce suis aduertidangleterreallemaigne en plusieurs autres lieux maiz dune chose suis je fort esbay c'est de ce que mescripuez Scipw car s'il n*esl bon et seur pour Traianus cest le plus faulx et lasche prince que soit sur la terre ...» « Quant au regart du « de l'alliance qu'il ueull renouueller avec ques 19, sa saincteté en aescript a leuesque de tiboli pour en en* tenére sa voulonté auquel a esté fait responce telle que verrez par une lettre que il vous escrlpt : tout en foys je n*ay point uoulu que resolution se soit prinse icy maiz le tout remis a nous qui en avez escript et sil est besoing Q nous enuoyeraung mandat. » 31 est le roi d'Angleterre ; 19, Q ou Traianus, Louis XU ; n ou Severus, Jules II ; Scipio, Ferdinand le catholique (Arch. du Prince Pio^ m. de Castel -Rodrigo).
1) En l'absence de Tambassadeur, le chargé d'affaires en hérite. Jean le Veau accuse réception au secrétaire de Marguerite d'Autriche d'une lettre en « zifre », et répond qu'il n'a rien trouvé {Lett. de Louis XU, II, 173, III, 135).
â)Un courrier envoyé en Allemagne par les ambassadeurs de Venise en Hongrie est arrêté : les lettres, portées au roi, étaient en chiffres et ne contenaient que des récits de conversations (juin 1500. Sanuto, III, 32).
3) V. à ce sujet M. Perret, Les règles de Cicco Simonetta pour le déchiffrement des écritures secrètes, 4 juillet 1474, dans la Bihl. de VEc. des Chartes, 1890, p. 516 et s.
4) Jarry, Vie... de Louis de France, p. 212.
Rien de plus facile que de rédiger une dépêche sur les deux premiers points ; le troisième présente des dangers k plus d'un titre.
D'ordinaire, on connaît facilement les faits, sauf un fait majeur et excessivement secret, comme la ligue de Cambrai. Mais on pénétre très difficilement ce qui se passe autour de soi, et il est plus difficile encore d'en dégager une ligne de conduite pour Tavenir : on ne doit dans ce but négliger aucun moyen d'information exacte *.
La plupart des résidents se bornent à envoyer des nouvelles. « Mon office est de connaître toutes les dispositions du pape et d'en informer Votre Sublimité », écrit l'ambassadeur de Venise à Rome, en envoyant l'analyse d'une importante dépêche du nonce en France, dont il a eu connaissance par une personne versée a in penetralibus Pontificis* ». — a Sérénissime prince, écrit-il encore le 3 septembre 1502, mon office pour le moment consiste à fureter çà et là ce qui se dit et & en donner avis à Votre Sublimité, ce que je fais en toute diligence, sans épargner ma fatigue. Je n'affirme les nouvelles que quand je les tiens de source sûre ; autrement, je mériterais un blÂme. Mon rMe n'est pas d'apprécier les choses, mais de les faire connaître comme je les sais, en indiquant la source, et en laissant à Votre Sublimité le soin de les juger, dans sa haute sagesse '. » — Le résident s'appliquera à donner autant de détails que possible, car oi\ lui reprochera toujours de n'en pas donner assez. « Vous me demandez en outre où en sont les choses dans ce pays et quel jugement on en porte : je croyais ne vous avoir rien laissé à désirer à ce sujet ; j'y reviens en peu de mots », écrit Machia-
i) Machiavel, Insinuation à Raph. GirolamL 2) 1502. Dispacci dîA. Gimtiniany I, 44.
ConRESPONDANCES DIPLOMATIQUES 137
vel*. Les dépêches diplomatiques sont donc pleines d'analyses de conversations, et très souvent de citations ' ; puis, de cancans. A Venise surtout, on aime les petites nouvelles et on les prend de toutes mains.
Une fois que le résident a recueilli ses nouvelles, il les classe et les trie : il élague celles qu'il devine fausses, et, en enchaînant les autres, il en étudie la portée et les tire au clair pour en construire sa dépêche. Il fera bien d'éviter de se mettre trop souvent en évidence : « On se sert, pour les dépêches, du moyen suivant, déclare Machiavel : D'abord, on raconte les pratiques qui se produisent, les hommes qui les mènent, les passions qui s'y mêlent, puis on écrit ces paroles : Toutes les choses ci-dessus bien considérées y les hommes prudents qui se trouvent ici jugent qu'il doit en résulter tel ou tel effet. De mon temps, cette manière d'agir bien maniée a fait un grand honneur à beaucoup d'ambassadeurs, et en a déshonoré plusieurs ' ». Certains résidents, faute de temps pour se livrer à un travail d'élimination et de condensation, écrivent des dépêches beaucoup trop longues *.
Rien de plus ridicule pour un ambassadeur -que la vantardise; ainsi, l'ambassadeur de Venise k Londres, en 1510, séparé de son gouvernement par d'infranchissables espaces (la France était en guerre avec Venise, et on faisait la chasse aux courriers, plusieurs avaient été capturés et incarcérés), en
i)Dép. de Rome, 21nov. 1503. « Vous me demandez des éclaircissements que je crois vois avoir donnés. En lisant bien mes lettres, vous les y trouverez » (Dép. Imola, 43 sept. i.H02).
â) Not. Desjardins, ll,60i.
3) Machiavel, Instruction à Raph.Girolami.
4) Bépôche de renvoyé anglais John Stile à son souverain, en anglais : cette dépèche, imprimée, n*occupe pas moins de dix huit pages in-8 : elle est signée d'un paraphe tout à fait illisible (1509. Gairdner, Hist» régis Henriet sepHmi, p. 431 et suiv.). Naturel!!^ ambassadeur de Maximilien, s'excuse de (si longueur de ses dépêches (Le Glay, Négociations, I, 139).
profite pour dire que, si l'argent ne lui manquait pas, il ferait des merveilles ; il servirait d'exemple à ses successeurs ; il a obtenu du roi d^Angleterro des actes importants ^ etc. !.».
On ne demande point à un résident de conseils ; s'il s'in-* gère d'en glisser dans ses dépèches, que ce soit avec mille précautions [ « Madame, écrit André de Burgo à Marguerite d'Autriche, combien je scay que vous et vostre conseil de par delà soyez assés saiges et que n'aves besoin de mon conseil, touteffois, pourvous obéir, et à vostre correctioi), mon petit avis est que devez, comme premîèrcmentje vousaiescript*, etc..» Sans doute, le résident a des vues et des appréciations qui inspirent sa conduite, mais il doit bien garder les apparences et montrer un sang-froid imperturbable. Machiavel écrit très froidement, le 1"' janvier 1502 (1503) : «Le duc (César Borgia) a fait mourir cette nuit vers la dixième heure Vitellozzo et Oliverotto da Fermo ; les autres sont encore vivants, en attendant... etc. w Aucun commentaire*. Une autre fois, de Blois, il transcrira, sans rire, une conversation où Robertet lui rappelle tous les services rendus à Florence par les Français, depuis Charlemagne jusqu'au dernier roi (Charles VII), et même jusqu'au roi présent*. Mais à Florence on aime assez que l'impassible spectateur scrute les choses par lui-même et en fasse ressortir Tenchalnement. Les dépêches de Machiavel contiennent donc, avec le récit des faits aujourle jour,des analyses politiques pénétrantes sur le monde de la cour et sur les divers motifs qui peuvent guider le gouvernement ; parfois quelques mots sur des affaires privées. Les dépêches florentines renferment ainsi des prévisions, des pensées politi-
i)Oct. 1510. Sanulo, XI, 690.
2) Lettr. de LouU XIU II, 260.
3) V. aussi une dépêche de BerLr. Costabili,auduc de Ferrare, 11 juin 1503, sur la mort deTroccio (Villari, Macchiavelli ed i suoi tempif p. 599).
4) Dép. de Blois, 13 août 1510.
ques% et même des portraits de personnages '. Leur portée, on le comprend, varie entièrement selon la personne de Tambassadeur. Pepi, résident florentin à Rome, se montre très empressé à écrire, le jour même, ses conversations avec le pape, avec les cardinaux ou avec ses collègues du corps diplomatique, sans commentaires '. En 1503, l'ambassade florentine à Rome envoie des dépêches plus larges, plus fournies de nouvelles *.
Les nouvelles ainsi expédiées rapidement appellent un certain contrôle ; les jugements portés par les divers ambassadeurs ne se ressemblent pas toujours. Le florentin Capello écrit, en chiffres, le 17 octobre 1500 : c Mgr de Trans (ambassadeur de France à Rome) est très estimé du pape : on dit qu'il fait plutôt les affaires du pape que du roi ; il se trouve près du pape en extrême faveur » ; Capello entretient chaudement son amitié et reçoit ses confidences, après avoir juré sur un crucifix de ne pas les trahir *. Peu après, son successeur Pepi écrit, au contraire, que Trans ne fera pas plus que les autres, qu'il passe son temps à se promener avec Pierre de Médicis, etc. Quant à Tambassadeur vénitien, il représente Trans comme fort mal vu du pape...
Les dépêches diplomatiques existent en très grand nombre ; elles forment d'amples collections : leur trame varie assez peu. Les ambassadeurs novices écrivent dans un style em-
4) Desjardins, II, 143, 144et suiv., io7, 161, 179, 241, 368, 416, 646.
2) Id., Il, 127, 280, 509.
3) V. ses dépêches de mars à décembre 1501, not. ses dép. des 10, 11, 13 (double dépêche), 14, 17, 19, 20, 21, 22, 25 mailSOl, 7, 9, 12 juin, etc. (A. de Florence, class. X, dist. 4, 7, 65).
4) Dépôches de J. V. So^derini, en juin 1503, d'Al. Bracci, de Fr. Fortucci de San Gemigniano, en juillet 1503, d'Ant. « Zenus », en août 1503 (Arch. de Florence).
5) Dépêches du 17 octobre, du 21 oct. 1500 (Arch de Florence).
140 LA DIPL03IATie AU Tlf:5IPS DE MACHIAVEL
barrasse et retors, avec d'évidentes prétentions à la finesse ; la plupart adoptent une forme consciencieusement analytique, anecdotique. La grande allure, toujours rare, exige une expérience, une autorité, une vigueur qui ne se trouvent pas com munément ; elle suppose aussi des circonstances pressantes , difficiles. Marco Dandolo,quifut deux fois résident en France, nous montre les deux manières. Dans sa première ambassade, nous le trouvons encore retors, timide ; sa dépêche du 1" février 1503, dit qu'il transmet les nouvelles avez zèle et sans commentaire ; tout son souci est de connaître les pensées et les intentions du roi par les meilleures sources ; il va jusqu'à employer les gens qui servent à boire et à manger. Dans une autre dépêche du 48 février, il raconte une entrevue nocturne avec un ami secret, qui trahit les confidences du roi ; il n ajoute rien ; il proteste de son dévouement et en réfère au conseil des DLx. Dans ses dépêches de 1514, au contraire, ii déploie une vigueur, une précision, un esprit d'initiative que les tâtonnements de sa première ambassade ne pouvaient pas laisser supposer. On y sent un véritable souffle *.
L'étude des dépêches est le seul moyen de connaître certams expédients, certaines opérations de Tesprit politique , qui influent sensiblement sur la marche des affaires. L'ambassadeur habile indique discrètement la conscience qu'il a de son rôle, même en cas d'insuccès. « Je défends l'honneur de notre république autant ^u'il m'est possible, écrit Machiavel, en développant les nombreux arguments qui militent eu sa faveur. Ils no sont point admis. Je n'ai pu jusqu'à ce jour vous mander tout cela, de peur d'être accusé de présomption ; mais, voyant aller les choses comme je l'avais prévu, j'aime mieux avoir à me plaindre des fausses interprétations que Ton pourra
4) A. de Venisç.
COnRESPONDAriCKS DIPLOMATIQUES 141
se permettre qu'à me repentir de ne pas vous avoir informé de ce qui se passe ici * . »
Les résidents français paraissent écrire peut, et les dépêches françaises qui nous restent n'ont point Tenvergure des dépêches italiennes : ce sont, à peine, des bulletins de nouvelles', et souvent beaucoup moins \ Il semble qu'on peut en dire autant des dépêches espagnoles '. La banque de Saint-Georges, à Gênes, qui constituait une puissance, une sorte de petit Etat, envoyait aussi des ambassades pour ses affaires; les dépêches sont nombreuses, brèves et purement en style d'affaires •.
2' - Les rapports sont des dépêches détaillées, ou plutôt des mémoires qui analysent et' exposent une situation. Ainsi, en 1513, l'évêque de Gûrck envoie à l'empereur un rapport en latin sur la situation de Rome et les sentiments du pape \ Ce sont les Florentins surtout qui réclament des rapports *.
1) Dép. de Machiavel, Imola, 13 sept. 1503.
2) D*après Tanalyse de la correspondance d^Alberto Pio, résident français à Rome, Pio écrivait souvent, mais il était italien.
3) Charavay, Calai, de la collectim Bovet (in-8^ 1887), no 150, lettre de Guill. Briçonnet. Dépêches de Tambassadeur de France en Espagne (Ms. fr. 2961, f^» 46 à 100). Dépêches du maréchal des Querdes, ambassadeur spécial, sur ses négociations de paix avec les Flamands fFr. 1554, 1, 29) sur le traité passé par les gens de Bruges {Id.j 185).
4) V. les dépêches fort sommaires de l'ambassade de Charles VIII à Rome, signées de Bonguier ; priant le roi de faire remettre au pape une caravelle prise en mer (Rome, 30 avril. Fr. 15541, 180) ; entretenant le roi de nominations de bénéfices {Id., 181).
5) Dépêche de Pierre de Robledo, ambass. deCastillc àParis, sur l'enlèvement du dauphin, fils de Cliarles VI (K. 1710). Dép. de Hier, de Vich, ambass. à Home, du 13 septembre 1515(Archives de Simancas, Estado, lego no 847, fo 90).
6) Archives de la banque de Saint Georges, à Gênes. Lettres d'ambassadeurs, 1500-1510.
7) Lettr. de Louis XII, IV, 205.
8) On réclame à Machiavel des exposés de l'état du pays (Machiavel, dép. dlmola, 27 oct. 1502). Dès le lendemain de l'élection d'un pape, les ambassadeurs envoient des rapports plus ou moins explicites,selon ce que la prudence leur permet d'écrire (Rapport florentin, du 12 août 1492, publié par Thuasne, Diarium, Q, 611).
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142 La OlPLOMATlfc AD TEMPS DE MACHIAVEL
« Les ambassadeurs très expérimentés*, dit Machiavel», et sûrs de la force de leur esprit, écrivent rarement, tous les deux mois par exemple ; mais alors ils envoient un tableau complet de la situation, de l'état moral du pays, de la cour, de la politique. Ce procédé bien manié est fort apprécié du gou vernement, parcequ'il facilite beaucoup les décisions. Mais il exige une perspicacité profonde. L'ambassadeur devra, au bout de deux mois de séjour, se trouver en mesure de tracer un tableau tellement précis, tellement complet, qu'il n'ait plus qu'à le rafraîchir par la suite : et il devra dans la rédaction s'abstenir de tout ce qui sentirait la présomption. Il faut qu'on y trouve le langage de la prudence, qu'on sente la réalité des choses. Par. exemple, un ambassadeur arrive en Espagne ; il enverra d*abord la nouvelle de son arrivée et de sa première audience' ; puis il se taira et observera. Il étudiera d*abord le roi, les influences actives près de lui, son caractère (avare, pacifique, libéral, passionné, populaire...); les principaux personnages du pays, leurs dispositions politiques (tendances à jouir du présent, ambition...), leur influence, la solidité de cette influence, leur accessibilité à la corruption. Puis, dans le pays lui-même, il cherchera à analyser les forces sociales, le lien qui les rattache au prince, l'action dont elles disposent et refTet que pourrait produire leur contentement ou leur mécontentement ; enfin le caractère du peuple. Puis il tâchera de sonder les affaires politiques elles-mêmes, les vues du roi sur telle ou telle puissance, ses affinités avec telle ou
1) Surtout les ambassadeurs spéciaux.
2) Instruction à Raph. Girolami.
3) Par une simple dépêche classique, comme nous l'avons dit plus haut. V. les dépôches de l'ambassade de Louis XI k Madrid, en 1462 (Lett* de Louis XI, 11, 378, 380) ; la première relate l'arrivée des ambassadeurs, Taudience de créance et l'audience secrète ; la seconde accuse réception d'une lettre du roi, et informe qu'elle a été communiquée.
Correspondances diplomatiques 143
telle autre ». Les rapports sont surtout pratiques pour les ambassadeurs spéciaux, chargés de traiter une seule affaire, et qui peuvent rendre compte de la négociation par un simple rapport ' ou une simple relation.
Copies Jointes, Très habituellement, on joint, soit aux dépêches, soit aux rapports, des copies de documents. Comme nous Ta vons dit,le gouvernement envoie à son ambassadeur des copies de traités*, de dépêches reçues des autres ambassades, ou même de lettres interceptées ', L'ambassadeur, s'il y est autorisé, ou s'il le juge à propos, communique ces documents *. Dq son côté, il annexera souvent des copies à ses dépêches : transcriptions de projets de traités *, lettres qu'il aura reçues, ou qu'il aura pu se procurer *, notes précises sur la situation militaire ou sur l'état des troupes \..
Ce système de copies de pièces est surtout usité dans la diplomatie vénitienne *,
i) Rapporl (le Philibert de Grolée à Charles VIII, sur l'accomplissement (le sa mission à Milan. Ahyat (Ahbhie grasso), 8 octobre (Ms. fr. 15541, 160).
5) Commission vénitienne à Fr. Capello, en Angleterre. 3 juill. 151S.
3) « Je vous envoie raulhentique dos lettres interceptées de l'orateur florentin, avec l'extrait du chiffre. Le pape verra que les Français veulent tout laire contre lui, avec le duc de Ferrare » (Dép. vénitienne aux ambassadeurs à Rome, 23 juill. 1510. A. de Venise, Secreto 43,79).
4) Machiavel, pour obtenir une «ludience du duc de Valentinois, lui envoie par un secrétaire une copie de pièces (Dôp. du 15 oct. 1502) : il donne lecture de copies qu'on lui a adressées (Dcp. du 20 oct, 1502).
o) Copie des articles projetés pour la paix entre Louis XII et Maximilien, annexée h la dép. de l'ambassadeur en France, du 29 février 1508 (A. de Venise).
6) Copie d'un rapport secret d'un agent vénitien, du 24 janvier 1502-3, annexée à la dép. de Dandolo, du le"" février suivant. Copie d'une lettre de Trivulce au roi, annexée à la dép. de Dandolo, 2 sept. 1514 (A. de Venise).
7) Etat exact de l'année du duc de Valentinois, annexé à la dé{)éche de Machiavel, d'Imola, 29 oct. 1502. Etat des gens d'armes français destinés à passer les Alpes, annexé à la dépêche de Dandolo, du 14 novembre 1514 (A. de Venise).
8) V. aussi des copies florentines, Desjardins, 11^ 132, 438 ; copies jointes
Les documents simplement communiqués sont des pièces ntervenues entre des tiers ; les documents qui font partie inlégrante de la négociation doivent être transmis en original. ;'est & dire en expédition ', ou en minute ', suivant les cas.
Transmission des dépêches.
La transmission des dépêches s'opère par les postes, ou par les courriers spéciaux.
1<* Postes. Les postes sont des relais de chevaux, établis jour porter des lettres. Cette industrie, libre en principe »>mme toute autre, est exercée par des particuliers à leurs 'isques et périls. Rien n'empêche un gouvernement étranger le traiter avec des postes pour assurer son service, ou d'en itablir à ses frais s'il le préfère.
En France toutefois, il existe à ce sujet des règlements Irèsipcciaux, qui ont pour but, non pas d'assurer le service, mais le le restreindre. Louis XI, qu'on représente comme le créaeur des postes, édicta au contraire contre elles une règleoentation draconienne. Il défendit aux postes du royaume out service spécial, à moins d'autorisation formelle, et pres- ;rivit,pour le transport des dépêches à ta frontière, l'itinéraire exclusif des grandes routes, le tout sous peine de mort. Il roulait par ce moyen se réserver les nouvelles de l'étranger : le plus, il établissait aux frontières un bureau pour l'ouver-
uxdépiïchea de l'ambassadeur florenltR à Rome, du 17 juin 1S03 (duplicata le dépêche), 33 juin 1503 (lettre de Naples), de Douveiles de Naplea, IS juin 503, 39 juin 1!>03 (Archives de Florenee, Leltere ai X di Balia, clasa. X| ist. 4, filM 73,330, 335. 354, 296, 303, ;«l8l.
1) Lettre au roi, transmise à l'ambassadeur de Venise en France avec une ëptehe dumâmc jour(t2 sept. i513. A. de Venise).
S) Envoi par les ambassadeurs milanais à Florence, de la mina te delaconenlion de ligue projetée (1478. Kervyn de Lettenhove, Letlra tt négod»' iofu.m, 13).
ture de toutes les lettres : ce bureau se composait d'un simple commis, qui, à son gré, sans responsabilité et sans contrôle, arrêtait les lettres qu'il jugeait préjudiciables au roi. Les gouvernements étrangers pouvaient, moyennant finance, se servir, comme tout le monde, des postes'>oyales *, c'est à dire des chevaucheurs ou courriers soldés par le roi.
Charles VIII rendit cette réglementation plus stricte encore, en instituant un contrôleur des chevaucheurs ; et même un ordre du 8 juillet 1495 défendit aux postes, sous peine de la hart, d'apporter aucune lettre contraire aux canons du concile de Bàle et aux prescriptions de la Pragmatique '. C'était exiger des postes, non seulement la lecture des lettres, mais encore une appréciation théologique... Louis XII simplifia l'organisation , en supprimant d'un trait de plume les postes particulières. Il doubla le nombre des chevaucheurs royaux, et l'ordonnance du 18 janvier 1506-1507 * accorde aux chevaucheurs royaux, partout où il s'en trouve, le monopole de fournir des chevaux,mesure qui atteignait même les courriers spéciaux dont nous parlerons tout à l'heure. Ainsi les lettres se transmettaient régulièrement de poste en poste ; pour accélérer l'expédition et assurer la gratuité aux let-^ très administratives, on y joignait une réquisition spéciale *» Le 7 mai IqlS, les ambassadeurs d'Espagne déclarent & Louis XII qu'ils ont à transmettre en Espagne l'adhésion du roi des Romains à la paix : pendant toute la journée, Robertet cherche en vain à leur faire montrer cette
i) Ordonnances^ XXI, p. 347, n. i. C f. t. I, p. 189.
2) Arthur de Rothschild» Histoire de la poste aux lettres.
3) Ordonna^iceSy t. XXI.
4) Nous avons publié daiiâ les Procédures politiques du régne de Louis XI t une réquisition postale, faisant partie du dossier du procès contre le maréchal de Gié.
146 LA DIPLOMATIE AD TEMPS DE MJCHUfU.
{ùAm ; finalement, le roi •< leur donne la poste » pour l'Espagne sans rien voiri.
Cependant l'ambassade des Pays Bas obtint an mandement royal, qui lui permit d'établii des postes spéciales ',
Il ne semble pas que le système fronçais se soit généralisé, du moins en Italie. Lh, régnait la liberté complète des postes, malgré l'organisation soigneuse de eaoallaires dans tontes les villes *. En 1501, la France arait en Italie, pour son compte, un service de postes, centralisé à Milan, d'où le cardinal d'Amboise expédiait au roi un rapport quotidien : ces postes étaient si bonnes qu'on leur confiait les correspondances des ambassade» étrangères *. En 1475, le duc de Hilan établit entre Moncalieri et Milan deui postes de chevaux, pour recevoir régulièrement les dépêches de son envoyé en Piémont '. Le roi de Naples a une poste à Florence *.
Ces postes spéciales fonctionnaient à eAté de celles de l'Etat, ^e dirigeait partout un maître des postes. Ce maître des postes est toi^ours un personnage important ^, parce qu'il sait
1) Mp. de Dandolo, 8 mai IKK (A . ds Vadik).
' S) Les ambassadeurs de Marguerite d'Autriche demandent t Louis XII l'autorisation d'établir des postes deBIoisà Bruxelles, pourleurcorrespoudance. Lonis XII la leur accorde de suite et ordonne ï Roberlet d'en faire libeller le maDdement : «les postes au pays de France ne courroiflnt sans ledit coDgiâ» (déc. 1509. Ltttres de Louû XII, l, 203).
8) M J'envoie ees lettres via Pontremoti et je mande an commissaire de ce liwi de les adresser de suite au cavallaro de la posta, à Boi^ San Doonino » (Dép. de l'ambass. de Milan à Florence, Sarzanella, 16 juin 1447, Archivio Sfonesco) .
i) Jean d'Anton, II, 9S note 2.
5) Dépéchu des ambats. ttUltMats, 1, 20.
6) Id, 1,242.
7) En Allemagne, on envoie au maitre des postes. Francisque de Taxis, un paquet de lettres pour qu'il l'expédie (ISll. Le Glay, Négoeiatitms, I, 4%). Le maître dee postes apporte de la part de Haximilien un docummt aux ambwsadeura de France (1501. Id., 1,43): il les pria de )» commoBÙiaCT de •uite à Louis XII par leurs postes, pour avoir ses instructions.
dOilRES^OKDANdES^ ÙIPLOMATIOUBS 141
OU pénètre les nouvelles ^ Le maître des postes du pape avertit Tambassadeur de Venise que, la nuit précédente, le pape a fait expédier un courrier spécial à Florence et en Suisse, avec des brefs à remettre, et des lettres de change pour ses besoins.' La commodité et Técoubmie résultant de l'emploi des postes royales de France, les font utiliser constamment pour l'envoi des dépêches *. Les dépêches pour les ambassadeurs apportées par les postes royales arrivent à la cour, dans le courrier du roi *. L'ambassadeur peut envoyer son secrétaire les chercher ' ; ou bien on les lui remet de la main à la main, par exemple à la messe du roi * ; ou bien, régulièrement, le cabinet du roi les transmet à la chancellerie, laquelle envoie un de ses commis les porter à l'ambassadeur ''. Rien de moins mystérieux que l'arrivée des dépêches par cette voie. Lorsqu'une dépêche est pressée, elle porte une mention spéciale sur
i) Marguerite d'Autriche reçoit par le maître des postes la nouvelle de la victoire de Guinegate (1513. LeU, de Louis XI [^ Vf, 195).
2) 6 fév. 1505. Disp, di Giustinian, UI, 402.
3) « Puisque les postes sont dressées icy, je vous advertiray continuellement des choses qui surviendront » (A. de Burgo à Marguerite d'Autriche, Blois,17 sept. 1511 . UH. de Louis XH, III, 37. — Cf. Ibid. , II, 23 et suiv.). L'orateur de Venise à Milan envoie en France par les postes royales les lettres de la seigneurie (juillet 1500. Sanuto, III, 527).
4) Ou transmises par un officier royal (Transmission par Trivulce, ment, dansladép. de Dandolo, du 22 dée. 1513. A. de Venise).
5) Dandolo écrit que son secrétaire Régi no a été à la cour chercher « se erano mie lettere »(Dép. du 8 mai 1514. A. de Venise).
6) Dandolo écrit qu'il a reçu à la messe certaines dépêches et qu'il les a de suite montrées au roi (Dép. du 14 sept. 1514. A. de Venise).
7) Pendant que les ambassadeurs de France et de Milan à Venise se promènent ensemble en gondole, un secrétaire de la seigneurie vient apporter à l'ambassadeur de France des nouvelles du roi de France. I) lui remet une lettre d'un autre ambassadeur de France (février 1495. Kervyn,Le<^re« et négociations, II, 165). Le trésorier Robertet, répondant à une lettre de l'ambassadeur d'Allemagne, lui envoie des nouvelles. La poste a apporté une lettré deM.de Gûrck pour l'ambassadeur, que Robertet a remise au chancelier pour la faire parvenir (avril 1511. Lettres de Louis XH, II, 171).
'r'rnr»» I
118 LA DIPU>IIATIE AC TEMPS ÙK MACHIAVEL
l'adresse ; par exemple :« Per postas, cito, et volantissime. Consigna ta caballario, inGebennis, dieSO junij, boni 12"" ',» ou encore « Cito, citissime, celerrime ' ». Mais cette mention équivaut à une recommandation platonique. Le seul avantage de la poste consiste dans Téconomie de l'envoi. Le port d'une dépèche dlmola à Florence, en 1502, coûte un florin *, tandis que renvoi d'un exprès coûte six livres, pour les seuls frais de déplacement *. La poste offre peu de garanties pour un ambassadeur. De plus, il faut coimaitre Theure de départ et s'v conformer ^, Le 12 août 1510, Machiavel reçoit à Charabord la réponse de son gouvernement à une lettre du 18 juillet. Comme la poste repart, il lui faut écrire à la hâte sa dépèche sur ses genoux '.
Courriers, — Pour assurer la sécurité et la rapidité de leure correspondances, les gouvernements et les aml)assades peuvent toujours, même en France, employer des courriers spéciaux. Louis XI, dans Tordonnance de 1464, réserve ce droit, à titre de tolérance : « Le pape et les princes étrangère amis du roi continueront à pouvoir envoyer des coureurs, conformément aux ordonnances^», c'est à dire tant qu'une ordon-
i) Mention d'envoi d'une dépêche pressée d'ambassadeur milanais, 1476 {Dépêches des ambassadeurs milanais, H, 329).
2) I)ép. delrevisano, Asti, 14 juill. 1502 (A. de Venise). •
3) Dép. de Machiavel, 9 décembre 1502.
4) Dép. de Machiavel, 14 novembre 1502.
5) « Le serviteur du maislre des postes m\i dit qu'il a heu commission de son maistre de mectre trois postes entre cy et Lyon. Et par ainsi je vous cscriprayà ccste heure continuellement de toutes nouvelles qui surviendront» (André de Burgo à Marg. d'Autriche, 1510. Le Glay, Négociaiions, l 404).
6) Dép. de Machiavel, à cette date.
7) Duclos, Hist. de Louis XI, IV, p. 260 et suiv.
CORRESPONDANCRS DIPLOMATIQUES H9
nancc ne rinterdira pas. Les princes français ne bénéficient pas de cette faveur *.
L'ambassadeur recourra donc à des courriers ciiaque fois qu'il aura besoin de faire parvenir une importante nouvelle avec une vitesse exceptionnelle. La rapidité est une question d'argent: «Vu l'extrême importance, je vous en avise en toute célérité sans regarder à la dépense, selon vos ordres ; n'en dites mot à l'ambassadeur de France », écrit le résident en France Dandolo à la seigneurie de Venise '. La dépêche destinée à une transmission de rapidité exceptionnelle porte souvent une mention apparente : « Cito, volate, » etc. '.
Quand même les courriers ne pourraient devancer les postes *, on recourt à eux pour leur confier les documents à remettre en mains propres ^, pour avoir la certitude qu'une dépêche arrivera à sa destination *"*, et surtout pour échapper aux indiscrétions du service des postes : « Je vous envoie un cavalier spécial, ayant des nouvelles que je ne crois pas
i) 11 y a, à la cour de Bourgogne, douze messagers, payés de leurs voyages par l'argentier, quand ils vont dehors, à raison de 4 livres par jour, dit Olivier de la Marche (IV, p. 66).
2) Dép. du 30 nov. 1513 (A. de Venise).
3) « Volate, volate, volale » (V. la marque florentine de l'adresse d'une dépêche à expédier par exprès, reproduite par ïhuasne, Burchardi /jiariumy II, 2 note).
4) En avril 1474, un courrier envoyé au roi par le cardinal de Rouen promet de venir en treize jours do Rome k^arls [Dé pêches de$ amb. mil., I,iv).
3) Les capiioli de la ligue arrôlée à Budesont envoyés à Venise par l'ambassade, par courrier spécial (Sanulo, IV, 39). Humbcrt de Villeneuve écrit au cardinal d'Amboise, qu'un messager de Soleure en Allemagne est arrivé» |)orleur de lettres pour le roi ; « Bernard, secrétaire dudit lieu, m'avait écrit de • les envoyer par les postes, mais le messager dit avoir ordre de les mettre en mains propres. Je vous les envoie, avec la lettre de Bernard » (Lyon, 3 avril. Orig. ms. fr. 3087, fo 27).
6) Nouvelles importantes envoyées de Milan aux ambassadeurs milanais par un cavalier, à Amboise (13 février 1470. Ghinzoni, Galeazzo M* Sfori-ae LuigiXl, p. il).
150 LA DIPLOMATIK AC TIHPS DE MACHIAVEL
devoir confier aux cavaliers du roi,» écrit & Ludovic Sforza son ambassadeur en France San Severino'. Un courrier de confiance peut aussi porter verbalement des instructions ou des nouvelles * ; on lui donne pour la forme une lettre de créance, comme celle que nous venons de citer. Au XIV* siècle, on employait volontiers à ce service important de courriers secrets, des ser^^ents d'armes ', même des hérauts et rois d'armes *.
A vrai dire, toute correspondance diplomatique devrait passer par des courriers : mais Tarant manque pour les envois *, et les correspondances des résidents témoignent de mille expédients en vue d'échapper à ce dilemme. Pour Machiavel, la grosse difficulté réside habituellement dans l'envoi de sa dépêche. 11 se donne bien rarement le luxe d'un exprès : à Imola seulement, à cause de la petite distance, il peut,pour deux ducals, charger un homme d'une dépêche*; une autre fois, il envoie à Florence son domestique porter
1) 9 mai (1494). Arch. Je Milan, Pot. Eil., Francia, 1494-95.^
2) El même il en rapporte. V. un rapport fait par Renaud Bassée, chê- VBucheur de reicuv«''>« du roi, en forme de procès verbal, le jeudi 6 mars 1488: Bassée envoyé par Louis Marrafin, lieutenant de H. de Beaujeu pour la garde deSaluces, est admis au conseil du parlemenl de Toulouse: il apporte desleUresdeia marquise de Saluées et de.Marrafin, une créance de celui-ci, et beaucoup de nouvelles (car ces envoyés secondaires sont parfois les plus utiles). Il déclare avoir, le jeudi précédent, dîné à Turin, à l'hôlellerie de Saint Georges, avec les advûyezAt Berne et de Friliourg, qui lui racontèrent qu'ils étaient venus pour inviter le duc de Savoie â pacitteramiablement le différend (Orig.,fr. 2919, fti 58 et s.).
3) Mand. de 60 I. à un sergent d'armes pour avoir porté en poste plusieurs lettres (27 juillet 1388. Orig., ms. fr. Ï0890, no 78).
4) En 1451, Normandie, roi d'armes, est envoyé porter aux ambassadeurs en Ecosse des lettres closes. Quittance par Normandie de 300 livres reçues' avant son départ (Orig. , fr. 20977, f» S09).
5) Un courrier de FlorenceàPariscoùtait de 70ii80écus(Reumont,Z>^(omoiiaifaliana, 316).
6) Wp. des7,8oct. 1502.
CORRBSPONDAIICES DIPLOMATIQUES (51
une dépêche urgente ^ La plupart du temps, on guette une occasion : la pratique la plus usuelle consiste à s* entendre avec des commerçants qui joignent la correspondance du résident à la leur, et Texpédient par des agents, ou qui même consentent à avancer le prix d'un courrier, sauf & se faire rembourser ' ; parfois, quelque voyageur obligeant se chargera de porter les dépêches * ; ainsi, en 1606, Tévôque d'Aix, en se rendant à Milan, emporte des dépêches de Ma* chiavel* : le fameux sculpteur Sansovino s'en charge égale** ment pour Florence ".
Le malheureux résident triomphe, quand il réussit à expédier ainsi une dépêche rapidement et sans frais : mais que d mconvénients à ce système I d'abord, Thumiliation de se voir perpétuellement obligé de solliciter des services ; un souci, qui devient une sorte d'obsession : enfin, et surtout, un trouble grave dans Texpédition des affaires. L'ambassadeur reçoit les dépêches de son gouvernement par paquets ; lui même garde les siennes sur son bureau jusqu'à ce qu'il trouve une occasion. «La difficulté d'avoir des courriers, écrit Machiavel, fait que les avis arrivent tard, ou que je suis obligé de faire des paquets de lettres à vos Seigneuries, ce qui me déplairait bien, si je ne voyais qu'Elles sont obligées de faire de même ; car, aujourd'hui, j*ai reçu les leurs des 2, 8, 5, 8, 10 et 12 courant, avec la copie des avis de Rome...*».
4) Dép. du44nov. 1S02.
2) Dépêches de Machiavel, des 7 août dSOO, 12 août 1500, Il oct. 4500, 16 nov. 1502, l«r nov. 4503, 6 nov. 4503, 40 nov. 4503, 23 nov. 4503, 25 novembre, 26 novembre, et 46 déc. 4503, 2 février 1503-4.
3) Un chancelier de la seigneurie de Venise apporte de Naples à Tambassadeur de France deux lettres du roi, Tune particulière, l'autre destinée & être communiquée à la seigneurie (février-mars 4495. Kevvyn, Lettres et négociations, n, iQT) .
4} Dép. des 3, 5 sept. 4506.
5) Dép. du 28 sept. 4506. Cf. la dépêche du 49 sept. 4506.
6) Dép. du 49 février 4503-4.
152 Ll DIPLOMATIE AD TBHP8 DE MACHIAVEL
Il rosultait de cet élut de clioses que les grandes maisom do banque italiennes étaient plus exactement et plus vite reoseignées par les agents de leurs comptoirs que les gouvernements'. Mais, les nationaux de chaque état italien, animés d'un esprit de profonde solidarité, considéraient leur concours envers l'ambassadeur comme un vrai devoir. « Il est parti ce matin un courrier pour Ferrare sans que j'en fusse prévenu, écrit Machiavel. Je n'ai point l'art de deviner. On ne me trouvera point en défaut si nos commerçants veulent bien faire ccqu'ils doivent'.» L'ambassadeur pouvait donc très bien les requérirde partager ou d'avancer les frais des dépêches, mais sans aucun moyen de les y obliger '.
Dans les grandes ambassades, on se préoccupait d'assurer
le service des courriers, en attachant des chevâucheurs à
l'ambassade, ou en avançant des fonds spéciaux pour cet
objet *.
/ Quelquefois Florence fournit à Machiavel des courriers °,
i) Dép. de Hadiiavel, du 6 nov. 1503.
2) Dép. du 7 novembre 1503.
3) Machiavel, dép4>clies du 3 sept. loûO, du 8 scpl. 1500. Nys, La originn de la diplomate, p. 11.
4) Ud sommelier d'écliansonncrie, attaclii: par le duc d'Orléans à son ambassade en Allemagne de 1397, pour tenir le coniplc des acrassoires, reçoit un pi4t de 370 livres, à son dc[>arl {iHcenlaire Jourianvault, p. 426. Cf. p. 361), soit 6 livres 5 sous parjour, pour ses dépenses, celles d'un cnevaucheur, et les pourboires. Fn 1397, le duc d'Orléans fait remettre i ses ambassadeurs pour r Allemagne une avance de 30 fr., pour payer les clievauc heurs dont ils auront besoin (Circourt et van Vicrn-eckc,Documentstuxenibourgeoit,Ti''ii,e.). II attache, en outre, un cbcvaucheur il l'ambassade (/d.l. L'empereur Yenceslas alLacbc un cbevaucbeur à son ambassade prés le duc d'Orléans {Id; n» 24). tin cbevaucbeur du roi, altacbé à l'ambassade de France en Allemagne, étant mort, !es ambassadeurs désignent un de leurs serviteurs pour en faire fonctions et demandent pour lui le titre (1501. Le Glay, Négoeiaiions. 1,43).
5) En 1514, Venise availà Rome des courriers. Lc7décembrc 1314, fi nne dépécbe à l'ambassadeur h Rome, est jointe une letlre qu'on lui prescrit d'expédier en France, par un de ces courriers ou autrement, > volando u, sans regarder à la dépense (Arcb. de Venise).
lorequ'il s'agit d'affaires graves et de voyages peu lointains ; mais, là encore, se retrouve une parcimonie désastreuse. En 1502, la seigneurie s'étonne du retard apporté par Machiavel à répondre dans une circonstance très grave : Machiavel objecte que sa dépêche a dû finir par arriver, mais qu'on lui a envoyé pour la rapporter un homme à pied, marchant très mal et ne connaissant pas le pays '. En 1509, il emmène à Mantoue deux courriers ; Tun doit rapporter certains documents, il réserve soigneusement Tautre '.
En réalité, le secret des lettres ou dépêches, portées par la poste ou par exprès, n'a jamais été absolu. Le cabinet îioir de Louis XI, tombé en désuétude sous Louis XII, ressuscite en 1512 par simple mesure administrative: « Le conseil du Roy a fait faire prohibition et deflfence que nulles lettres privées ne soient portées de là les Monts sans estre ouvertes et veoir le contenu. L'on ne scait la cause, sinon que Ton présume que ce soit pour les Anglois, à ce qu'ils ne puissent rien escripre en Italie soit au Pape ou aux Vénissiens'.» Peu après, le roi, craignant que les ambassadeurs d'Angleterre n'envoyassent en Angleterre le récit de démonstrations hostiles dont ils avaient été Tobjef, mande au capitaine de Boulogne d'arrêter leurs correspondances jusqu'à nouvel ordre *.
On ne s en cachait pas. En 1512, la mort du chancelier suspend les négociations avec l'Allemagne ; on invite le chargé d'affaires à ne pas envoyer de rapports, avant qu'on ne lui donne une réponse : lien envoie néanmoins, «au risque, dit-il, de les voir intercepter », et il recourt au langage figuré *.
1) Dép. du 13 novembre 1302.
2) Dép. du 17 novembre 1509.
3) Rapport de février 1312 (Lett. de Louis Xll, III, 164).
4) Ms. fr. 2934, fo 9.
3) « Fui quottidiecum consilio, uthaberem responsaad scripta Imperialis
En temps de guerre et d'hostilités déclarées, rien de plus naturel que d'arrêter, quand on peut, les lettres et courriers de Vcnnemi, ou des tiers en rapports avec Tennemî. Le récit des guerres est rempli d'exploits diplomatiques de ce genre * ; les neutres peuvent réclamer leurs dépêches interceptées et essayer ainsi de les faire passer en les chiffrant '. Mais^mêmeen temps de paix, il suffira d'une brouille, de tiraillements diplomatiques, pour faire arrêter des courriers ; les mentions de dépêches interceptées se rencontrent constamment *. C'est par
Mt'i, sed nunquam potui habere, nisi hodie... Aliquis de consilio minatusest mihi tacite quod, si expediebam sine scitu et voluntate eorum, quod interciperent mihi litteras » (mai 1512. LetL de Louis XII, III, 264, 272).
i) En mai 1486, des porteurs de lettres du duc de Bretagne à ses ambassadeurs près le roi des Romains sont arrêtés à Chartres, et interrogés (Fonds Bourré, J. 89*90). Lors de la guerre de la Hourgogne avec les Suisses (1475), un courrier expédié avec sept chevaux, du camp de Neuss, par Tambassadeur de Milan, est enlevé (Dépêches des amb. mil,, I, 138>. En 1495, les Italiens enlèvent et lisent les lettres en chiffre envoyées par le duc d'Orléans qu'ils assiègent (Lettre datée de Pernate, 4 juillet. Arch. de Milan, Militât Guerre y 1495) : le duc d'Orléans s'empare d*un courrier vénitien (Malipiero, p. 38:2). Lettres de Louis XII au ban de Croatie pour l'exciter contre Venise, interceptées à Venise (juin 1509. Sanuto, VIlï, 392). Jules 11 fait arrêter des courriers envoyés en France (juill. 1510. Sanuto, XI, 769^. Le duc de Milan, ayant pris Parme et Plaisance, intercepte absolument tous les courriers. Il n'est arrivé de Rome à Lyon que deux courriers, depuis la mort de Jules H, et ils ne portaient aucune lettre (1512. Lett. de Louis XII, IV, 91).
2) En janvier 1494, l'ambassadeur de Venise à Naples ne peut plus guère envoyer de rapports, les courriers étant arrêtés et dépouillés. Cependant il chiffre ses rapports, et on les restitue aux courriers (Sanudo,Spefift:rîone, 214).
3) Trinchera, Codice aragonese, t. II, pars i, p. 115. Le gouverneur d'Alexandrie, suivant les ordres reçus, fait arrêter et envoie à Milan un cavalier qui se ditmilanais et au service du prince Frédéric d'Aragon, dont il apporte une lettre datée de Lausanne (il portait unedépêche très importante del'ambassadeur napolitain. — 21 mars 1476. Dépêches des ambassadeurs milanais, I, 377). Deux courriers du roi de Naples au roi d'Espagne sont arrêtés â Perpignan, en 1492 (Delaborde, Expéd. de Charles VIII, p. 256). Cf. l'analyse de dépêches de l'ambassadeur de France à Florence, interceptées à Milan en 1496^ dans les Dépêches da Foscari, p. 865-867. Foscari dit que l'ambassa" deur, saclmnl que ses dépêches p'arrivent pas» n'écrit plu9i
CORRESPONDANCES DIPLOBUTIQCKS 155
ce moyen qu'on apprend les nouvelles les plus intéressantes *. Bien rarement, Farrôt d un courrier donne lieu à réclamation*. La puissance dont on a intercepté une dépêche compromettante éprouve plutôt le besoin de se défendre *. Pour peu que les circonstances prêtent à difficultés, les lettres particulières passent beaucoup mieux que les dépêches diplomatiques *.
i) On découvre pardôs lettres interceptées les intrigues de deux cardinaux, en 1542 {Lett, de Louis Xllj IV, 105)/ Le roi de France apprend par des lettres interceptées les menées a diaboliques du pape contre lui»(juill. 1510. Id.,l, S81, 270). Machiavel communique au cardinal d'Amboise une lettre interceptée (Dép. du 11 août 1500). Cf. copie d*une dépêche diplomatique- interceptée en 1509, Desjardins, Négociations.,, U, 438. Henri Vin prie Marguerite d'Autriche de faire arrêter les courriers d'Ecosse en France, pour y cher- ' cher le secret des intrigues (1513. Le Glay, Négociations, I, 567).
2) L'orateur de France se plaint au conseil de Venise qu'un courrier du roi a été frappé ; on lui promet d'y pourvoir (août 1500. Sanuto, III, c. 671). A. de Burgo, ambassadeur de Marguerite d'Autriche en France, lui annonce qu'on a arrêté un courrier de marchands, venant d'Espagne. Ce courrier portait, dit-il, des lettres de l'ambassadeur de Marguerite pour elle : Burgo a fait tout le possible pour les réclamer, mais il n'a pas réussi ; on lui a répondu qu'on n'en avait pas vu (mai 1512. Lett, de Louis XII, III, 257).
3) On apporte au duc de Bourgogne une lettre interceptée de Louis XI aux Liégeois, les invitante résister et promettant de les protéger lascripta distincte, munita sigillo régis, et subscripta in simili forma ac si rex subscripsissct ». Le duc^ furieux, la montre au roi, qui s'emporte et la déclare fausse « juramentis et regalibus verbis » ; il ne dormirait pas tranquille, dit-il, sans savoir de qui elle vient. On fait comparaître « scriptores et sigillatores » en présence du duc. Tous nient. Le roi offre d'aller en personne contre les Liégeois : le duc le remercie (1468. Chr de Thierry PautcelSj ch. xxvi). Un courrier de l'orateur vénitien en Espagne ayant été intercepté en France, et les dépêches chiffrées saisies, avec des lettres des Altesses catholiques, la seigneurie décide de convoquer l'ambassadeur de France à la séance du lendemain et, après quelques modestes plaintes, de dire que, pour montrer son amitié, on déclare que ces dépêches chiffrées ne contiennent rien de contraire à l'alliance de la république avec le roi, que Venise serait incapable de trahir : qu'elles annoncent l'envoi de l'ambassadeur Laurent Suares, pour essayer une ligue nouvelle entre le pape, quelques seigneurs,Venisc (l^roct. 1502. A. de Venise» Secreto 39, 42).
4) La guerre de 1509 commencée, les dépêches des ambassadeurs de Venise à Rome sont interceptées à Urbin par le gouvernement pontifical. Mais pn reçoit à VcQisç des lettres des cardinaux vénitiens (Sanuto, VIII, 346)*
L'immuoitc ne reprend saforce que quand il s*agit des hérauts *. Pour échapper à ces dangers, il faut dissimuler soigneusementl'envoi : confier sa dépêche, par exemple, à un personnage mystérieux qui la remet sans dire son nom ', à une femme qui la roule dans un bâton ', ou bien, combinaison plus sûre et moins romanesque, à un religieux. Un frère mineur porte souvent des dépêches de Venise à Rome en 1510 *. 11 y a des moines qui exercent cette industrie *. On peut encore, en temps de guerre, essayer de travestir le courrier * : ou remettre la dépêche, en temps de paix, à un membre intime de sa famille ', à un'^serviteur très sûr qui prend la poste ',4 un commerçant*.
En \i96, on reçoit des nouvelles en Allemagne par des lettres de Lyon (Dép. de Foscari, p. 867).
1) Le âo mai 1487, un héraut de France est enlevé \ysLT des gens d*armcs du roi des Romains, près Ponl-à-Wendin. II portait des lettres et une créance. On disait que ces lettres étaient de Des Querdes à Coppenole, pour se faire livrer le passage à Lille : le 28, Des Querdes fort courroucé envoie à Lille un héraut demander justice. [Hist.des guerres de Flandre, dans le Corpus Chrome. FlMxdrix, IV, 324).
2) Autogr. de St-Pétersbourg. Fr. nouv. acq. i232, fo 36, note au dos (lettre pour Gommines).
4) Sanuto, X, 640.
o) Un frère mineur, Alberto di Fantini, en fait profession . Il a longtemps porté des dépêches allemandes en Angleterre. Un tincien ambassadeur d'Espagne l'adresse au pape, comme un agent sûr. Jules H s'en sert aussitôt pour porter des lettres en Allemagne (juill. 4510. Sanuto, XI, 869). Cf. Histoire ds Louis XII, tome II, le récit des missions du moine Chaumart.
6) Inslron vénitienne, pour Jacques Garoldi, 49 mai 4509 (A. de Venise, Secreto44,484). *
7) Foscari dit à la lin de sa dépèche de Loches, le 42 février 1500*1504. que, pour plusde sûreté, il récrit de sa main et l'envoie par son « f*» (frère? ou fils?.. A. de Venise).
8) Dép. de Mauroceno, Blois, 34 sept. 4504 (A. de Venise); « prière de me payer les frais de courrier. »
9) En 4469, à Domo d'Ossola, les gens du duc de Milan fouillent toutes les personnes entrant en Lombardie ; ils arrêtent un marchand lyonnais qui allait à Venise, parce qu'on trouve dans le rembourrage de sa selle une dépêche de l'ambassadeur vénitien à Genève, qu'il s'était chargé de porter à Venise ; on confisque tout son convoi de marchandises et 3.400 ducats en espèces. Le mar-
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Enfin une pratique très habituelle consiste à envoyer des dépêches importantes en duplicata, ou même en triplicata, par différentes voies, pour plus de sûreté '. .
En 1512, la seigneurie de Venise, envoie à Stella, son chargé d'affaires en Suisse, le double de la dépêche qu'elle adresse à Gritti, son négociateur en France. Stella devra le remettre aux ambassadeurs de France à Lucerne, ou l'expédier directement à Robertet^ Dans une dépêche à son résident en Angleterre, le 11 septembre 1509, la même seigneurie commence par énumérer les dépêches envoyées ou reçues ; elle engage le résident à envoyer par Rome le double de sa correspondance, comme elle le fait elle même \
En Italie, on inscrit sur la dépêche même le jour et l'heure de son arrivée *. Un règlement florentin prescrit la tenue d'un registre spécial de chancellerie pour le texte des commissions et Tanalyse des dépêches envoyées ou reçues, avec leur date précise *.
chandexcipe de sa bonne foi ,el prétend qu'il croyait porter une leUre de recommandation. Louis XI prie le duc de Milan de lui faire grâce (Lett. de Louis XI, III, 338). Dunois employait comme porteur secret de dépêches un caniche (Hist. de Louis XII, t. I). '
i) 8 mars 1501. Sanuto, III, 1603. Dandolo envoie, sous date du 28 juillet 1514, une dépêche duplicata de celle du 26 (Arch. de Venise}; il fait passer les avis destinés à Venise par Rome, et, de plus, parCini de Florence^ et par J.-J. Trivulce (P. S. du 23 juillet lol4, à sa dépêche du 18. Arch de Venise). La seigneurie lui écrit, le 5 janvier 1514 : « Depuis nos lettres du 10 au 13, envoyées en triple, nous avons reçu par André de Birague les vôtres du 26, du 27, du 29 novembre, et par Rome duplique du 29, et celles du 4 et du 7 décembre » (A. de Venise). La seigneurie décide, le 18 décembre 1512, de répondre aux lettres « triplicatis » d* Andréa Gritti [Id.).
2) 24 novembre 1512 (A. de Venise).
3) Sccreto 42, 62.
4) Archives de Florence.
5) V. V appendice i
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