LES PREMIERS ZIGZAGS DIPLOMATIQUES DE GUILLAUME II
Nous avojis indiqué dans le chapitre précédent les réflexions que fit probablement Guillaume II après sa première tentative pour obtenir que l'Angleterre reste neutre pendant qu'il écraserait la France. Naturellement cet échec n'augmenta pas sa sympathie pour la dominatrice des mers, cependant son dépit ne se manifesta pas par des essais d'alliance contre elle, mais simplement par une série d'évolutions diplomatiques destinées à prouver à cette puissance que l'Allemagne avait les « mains libres » à son égard, pourrait, le cas échéant, contracter avec la France et la Russie une alliance contre elle et n'hésiterait pas à le faire si on l'y poussait. Vaine menace d'ailleurs, comme l'a prouvé, nous le verrons plus loin, l'abandon des Boers. Cette politique donna forcément lieu à ces « zigzags » qui ont été reprochés bien à tort à Guillaume II par les admirateurs de Bismarck. Les hésitations inévitables ou apparentes
de la politique impériale les étonnaient et ne rehaussaient pas V opinion quils avaient de V Empereur et de ses ministres. C'était la répétition en sens inverse de ce qui s'était passé entre Bismarck et Guillaume (voir ci-dessus, p. 22), mais c'était aussi injuste dans un cas que dans l'autre, car il ne suffit pas d'être habile pour attraper les gens, il faut encore que ceuxci consentent à se laisser attraper. C'est à exposer les premiers de ces zigzags que ce troisième chapitre est consacré.
Pour donner à réfléchir à l'Angleterre, ce n'était pas assez que l'Allemagne ait les inaios libre" et soit disposée à une alliance coatre elle, il fallait ^ussi qu'il fut- évident pout" l'Angleterre que l'Allemagne trouverait des partenaires le ca^ échéant ; or, pour ce rôle, Guillaume savait qu'il n'avpit rien à espérer de l'Autriche et de l'Italie parce qu'on y tenait presqu'autant à l'amitié de l'Angleterre qu'à l'alliance de l'Allemagne. Il ne pouvait donc compter que sur la France et ^a Russie, mais comme on n'y aimait pas l'A'^emagne, il fallait que des rivaMtés et des broLiiUes entre ces puissances et l'Angleterre fissent croire sans cesse à cette dernière qu'une triple alliance germano-franco-russe contre elle était possible. Guillaume II devait donc faire l'aimable avec la Russie et avec nous pour faire craindre aux Anglais la corclusion de cette alliance. Ces amabilités d'ailleurs, en diminuant ou en faisant disparaître en Russie et chez nous la crainte d'une attaque allemande, devaient donner aux Russes et à nous plus d'audac3 pour contrecarrer et braver les Anglais. Au