G.UILLAUME MODIFIE SES PLANS
l'Autriche- Hongrie vis-à-vis de l'Allemagne est différent : un quart de sa population est composé d'Allemands et ceux-ci comprennent la presque totalité des classes dirigeantes. L'empereur d'Autriche, comme on l'a vu lors des manifestations viennoises qui ont amené la chute du ministère slavophile Badeni, trouve donc toute facilité pour marcher avec l'Allemagne, mais ne pourrait probablement pas, sans provoquer une guerre intérieure, marcher contre elle : le plus qu'il puisse faire est de ne pas la suivre.
La politique à l'égard de l'Autriche ne fut pas le seul point où Guillaume innova par rapport aux méthodes de Bismarck. Un .an après son avènement au trône, revenant de marier sa sœur à Athènes avec le diadoque Constantin, il alla rendre visite au sultan à Constantinople et y fut reçu de la façon la plus solennelle. Il commença dès lors à nouer avec la Turquie des liens qui se consolidèrent peu à p3u et aboutirent à une alliance turco-allemande dirigée contre la Russie et contre nous. Elle resta secrète jusqu'en octobre 1914, mais existait déjà en. 1912 et est probablement postérieure de peu à la guerre russo-japonaise, si même elle ne remonte pas plus haut. Elle n'existait cependant pas en 1897, car le Tsar, pour mettre fin à la guerre gréco-turque, put alors menacer la Turquie sans que l'Allemagne protestât.
L'alliance autrichienne fournissait à la politique de Guillaume une base sûre et solide ; il s'efforcera de lui conserver toute sa valeur en prodiguant ses amabilités à l'Italie et en lui représentant que l'alliance de l'Allemagne la garantissait à la fois contre
l'Autriche et contre la France. Pour ce qui est des trois autres grandes puissances, il appliquera sa féconde ingéniosité à les mettre en mauvaise posture en opposant sans cesse la France et la Russie à l'Angleterre.
Toutes ces manœuvres ne conduisaient d'ailleurs pas Guillaume au but qu'il désirait ardemment atteindre : une guerre lui permettant d'écraser la France ou la Russie (ou toutes les deux à la fois), mais il était assez prudent pour comprendre qu'étant donnée la méfiance générale en Europe contre lui, il lui fallait se résigner à attendre qu'un autre commence. La situation diplomatique et militaire change constamment. Un prince habile doit toujours se tenir prêt à profiter des embarras des autres et éviter de leur fournir des occasions de profiter des siens. De là l'énergie avec laquelle Guillaume augmentera et perfectionnera sans cesse son armée. Il ne faisait que suivre en cela l'exemple de Bismarck, mais il ira même plus loin et de bonne heure cherchera à procurer à l'Allemagne la supériorité sur mer, d'abord sur la France et la Russie, puis sur l'Angleterre ellemême. L'importance qu'y tiennent les préparatifs maritimes et les ambitions coloniales est ce qui caractérise la seconde période de la politique de Guillaume II ; d'européenne, elle devient mondiale, le rend suspect à l'Angleterre et le brouille avec elle.