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AMABILITÉS ENVERS LA FRANCE ET LA RUSSIE

tesoin, pour gâter davantage les choses, Guillaume fera un pas de conduite vers le terrain, tantôt aux Russes ou à nou?, tantôt aux Anglais. Chacun des trois adversaires de Guillaume sera successivemeno la dupe de ces manœuvres, en attendant qu'instruits par l'expérience, ils se réconcilient et forment la Triple Entente.

Ces amabilités envers la France et la Russie poursuivaient d'ailleurs un autre but : celui de se mettre en situation de profiter d'un instant de mésintelligence entie ces deux puissances ou d'un instant de faiblesse de l'une d'elles pour attaquer l'autre quand elle serait isolée. Cette manœuvre, qui visait avant tout à dégoûter la Russie de nous avant 1908, avait plutôt pour objectif d'obtenir notre neutralité à partir de cette date : la guerre contre la Russie était alors devenue l'objectif considéré comme le plus naturel.

Tout d'abord, Guillaume se mit à faire un bon accueil à ceux de nos compatriotes à qui il parlait (^) : « Dans d'innombrables occasions, » dit la National Reç^iew (vol. XLVI, p. 987), il s'arrêtait pour causer cordialement et familièrement avec tous les Français éminents qui pouvaient lui être présentés. Il représentait à tous ceux au'il rencontrait que la France et l'Allemagne étaient faites pour coopérer et qu'une

(^) Voici un exemple de ces amabilités : le duc de C... et le duc de R..., alors député, étant allés rendre visite à Guillaume II pendant les régates de Kiel en 1907, il Peur dit : « On peut douter chez vous de mon sincère désir de m'entendre avec la France, on a tort, c'est un désir constant et formel. » (F. Bac, apud Revue de Paris, 1^^ avril 1916, p. 493.) C'est ainsi que parlait Guillaume entre Algésiras et Casablanca !

glorieuse politique mondiale était leur avenir ». Mais de toutes les manœuvres de Guillaume, ce fut celle qui a réussi le moins, car ceux qui avaient causé avec le Kaiser répétaient ce qu'il iv^it dit et par suite on ne tarda pas à savoir qu'il en disait à peu près autant à tous les étrangers et que ces amabilités n'étaient qu'une ruse pour les exciter les uns contre le? autres (^).

Dans ses manœuvres diplomatiques pour faire quereller la France et la Russie avec l'Angleterre,^ Guillaume ne faisait que suivre l'exemple de son ancien maître Bismarck. Le Chancelier de Fer n'avait pas créé l'antagonisme de ces trois puissances, il en a seulement favorisé l'éclosion et le développement. Depuis le traité de Berlin, les heurts n'avaient pas cessé entre l'Angleterre d'une part, et la France et la Russie de l'autre. Etant donnée la situation mili^taire et diplomatique si dangereuse des deux dernières puissances, on peut dire que leur attitude avait pour base une juste appréciation à la fois de l'esprit pacifique qui anirnait les gouvernements qui se succédaient en Angleterre et de leur désir de maintenir

(^) a Le langage de l'Empereur semble varier de la façon la plus frappante d'après la nationalité de la personne à laquelle il fait l'honneur de causer avec elle. Ses conversations à bord d'un yacht américain dans la Baltique dans une occasion mémorable ne donnent point l'impression d'une amitié particulièrement tendre pour l'Angleterre. A plus d'un ambassadeur français (et particulièrement au marquis de Noailles), il a parlé souvent et avec insistance du « péril anglais », et une fois même (quand M™^ Réjane jouait à Berlin), il fit venir l'ambassadeur dans sa loge et ne lui parla que de cela. J'ai entendu dire la même chose par des Russes et je sais qu'il a souvent parlé à des Anglais de la Russie dans des termes qui n'auraient pas été considérés comme flatteurs à Saint-Pétersbourg. » (Interview d'un diplomate français, Times, 29 oct. 1908, p. 5 a.)

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