FRANÇOIS-FERDINAND ET SA FAMILLE
Le monarchiste baron Beyens, dévoué serviteur des rois belges et respectueux ami de bien d'autres souverains, a écrit de lui : « C'était un de ces princes qui adorent leurs enfants, mais qui sont très capables, poussés par des ambitions politiques, d'envoyer les enfants des autres à la boucherie. Admirable matière à développer dans des prédications socialistes et républicaines. » {Recrue des Deux Mondes, l^'* juin 1915, p. 483.) Comme ces enfants ne devaient point hériter du majorât de leur père, il économisait avec ladrerie sur ses immenses revenus pour leur acheter de grandes propriétés. Le comte Auersperg l'accusa à la Chambre des Seigneurs, d'employer des bataillons de soldats à faire des routes, bâtir des ponts et abattre du bois sur ses nouvelles propriétés. François-Ferdinand était donc par dessus tout l profondément ulcéré de la situation de sa femme et de ses enfants, et étant donnée 'son obstination aveugle, on s'attendait à ce qu'il tente d'introduire des changements dans la succession au trône s'il y montait lui— même. A-t-il porté la haine contre les lois de succession autrichiennes jusqu'à promettre à Guillaume d'amputer et de démembrer cette monarchie. C'est le bruit qui a couru en Autriche après sa mort. Un correspondant de M. Steed, ancien reporter du Times à Vienne, prétend que le Kaiser et l'Archiduc auraient convenu à Konopisht que l'un des fils de ce dernier deviendrait roi de Pologne, et l'autre, roi de Bohême, de Hongrie, des Slaves du sud et de Salo nique ; l'archi duc CharlesFrançois- Joseph, l'empereur actuel, aurait reçu l'Autriche allemande avec Trieste, et ce
fragment de l'Autriche actuelle aurait été incoi}. oré à l'Empire "allemand. Les documents prouvant ce pacte auraient été trouvés après la mort de l'archiduc ; portés à François-Joseph, ils auraient motivé les funérailles, presque indignes d'un archiduc, qui lui furent faites.
Tout cela semble bien bizarre. Si François-Joseph avait connu ce plan, il semble étonnant qu'il n'en ait voulu qu'à son neveu et n'ait montré aucune méfiance contre son complice. Les diplomates qui ont expliqué la médiocrité des funérailles de l'Archiduc par la haine que le prince de Montenuovo, grand maître des cérémonies de la Cour, avait contre le défunt, semblent avoir vu plus juste. Aigri depuis longtemps par la pensée que François-Ferdinand le révoquerait s'il montait sur le trône, il se vengea en faisant faire des obsèques mesquines aux corps de ceux que la mort n'avait pas séparés. Elles choquèrent comme étant plus en relation avec le rang de la duchesse de Hohenberg qu'avec celui de son mari.
François-Ferdinand n'avait, en effet, survécu que ^ quinze jours à l'entrevue de Konopisht. Peu après le départ de Guillaume, il était allé dans le sud-ouest de la Bosnie diriger des manœuvres qui donnaient l'impression d'une reconnaissance précédant une guerre. Après leur terminaison, le 28 juin, sa femme et lui furent assassinés par des patriotes serbes à Serajevo.