‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 102 sur 133 · DÉLIBÉRATIONS EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATIONS EN AUTRICHE

Les résultats de l'enquête judiciaire sur les assassins furent également tenus rigoureusement secrets. La presse hongroise fit bien quelques révélations le 6 juillet, m lis elles ne furent publiées par elle qu'en dépit d'un avis du Bureau de la presse qui, après lui avoir communiqué ces nouvelles, lui demanda de les tenir secrètes.

Ce silence du gouvernement visait à empêcher les .puissances intéressées de faire des préparatifs de guerre pour répondre à ceux de l'Autriche et de l'Allemagne, et à rendre difficile à leurs diplomates de s'entendre pour former une coalition pour empêcher l'écrasement de la Serbie.

La baisse dans les bourses, non moins que les révélations qu'obtenaient les diplomates de leurs informateurs secrets, contredisait au calme officiel. Le 11 juillet, M. d'Apchier le Maugin, consul de France à Budapest, écrivait : « Les valeurs sans exception sont tombées à des cours invraisemblablement bas ; la rente [hongroise 4 0/0 était cotée hier 79,95, cours qui n'a jamais été coté depuis la dernière émission. » {Franc., il. )\]n conseil des ministres ayant été tenu le 13 juillet, le 14 nouvelle chute sans précédent. {Serbe, 22.) Les dirigeants austro-hongrois faisgient à leur tour l'opération prudente effectuée par Guillaume II au commencement de l'année quand il fît passer en Amérique la majeure partie de ce qu'il possédait : ils se débarrassaient de leurs valeurs mobilières. Il a été révélé que Hindenburg qui possédait une grande propriété dans le gouvernement de Saratof, l'avait de même vendue en toute hâte

quelques semaines avant la guerre. Le haut personnel austro-hongrois a dû être non moins avisé que le futur feld-maréchal allemand, mais pour effectuer ces ventes sans trop de perte, il fallait tranquilliser les acheteurs éventuels le plus longtemps possible. Le guet-apens politique et militaire se doubla ainsi d'un guet-apens financier, la guerre de brigandage [Rauhkrieg), soi-disant au profit des peuples allemands et austro-hongrois, avait pour prologue des opérations de vide-gousset au profit de leurs gouvernants et au détriment des capitalistes de ces peuples et de ceux de leurs futurs ennemis.

Cette panique financière indiquait donc que les gouvernants austro-hongrois s'étaient décidés à profiter des offres de Guillaume II. Rien n'a transpiré d'un débat entre eux à ce sujet. On peut simplement noter la grande modération des discours du comte Tisza, le premier ministre hongrois que tous les témoignages désignent comme ayant poussé avec autant de passion que Berchtold et Forgach à l'écrasement de la Serbie. Cette modération n'avait peut-être pas pour but unique de masquer le guetapens [qui se préparait, mais probablement aussi celui de [ lui permettre de dire plus tard, s'il y trouvait son intérêt, que la guerre avait été décidée malgré ses "conseils de prudence. Il poussa en tout cas la duplicité jusqu'à déclarer au Parlement le 22 juillet, la veille de la remise de l'ultimatum, que la^^situation ne justifiait pas l'opinion que des événements graves fussent nécessaires ou même probables. La vérité n'en transpirait pas moins et la résolution

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