‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 103 sur 133 · DELIBERATIONS EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

DELIBERATIONS EN AUTRICHE

de l'Autriche d'exiger beaucoup de la Serbie, devenait évidente. On en venait à craindre des mesures de violence de la première contre la seconde sans avertissement [préalable : le 20, sir E. Grey dit à l'ambassadeur d'Allemagne « qu'il ne voulait pas douter que le gouvernement autrichien ne ferait rien avant d'avoir fait connaître au public ses griefs contre la Serbie », {Angl., 1.) Le plus difficile à conquérir à l'idée de mesures violentes semble avoir été l'empereur François-Joseph : quelques nobles paroles invitant à éviter l'injustice parurent sous sa signature après l'attentat, mais M. Jovanovich, le ministre de Serbie à Vienne, écrivait le 7 juillet : « Quoique l'Empereur ait adressé aux premiers ministres d'Autriche et de Hongrie et au ministre] des Finances Bilinski, une lettre dans laquelle un appel est fait au calme, il est impossible de prévoir l'attitude que le gouvernement adoptera à notre égard. Pour ses membres, une chose est évidente : qu'il soit prouvé ou non que le crime a été inspiré et préparé à Belgrade, ils devront tôt ou tard résoudre la question de l'agitation pour une grande Serbie dans la monarchie des Habsbourg. Comment ils le feront et quels moyens ils emploieront n'a pas encore été décidé, mais est discuté, en particulier dans les cercles catholiques et militaires élevés. « M. E. Daudet cite un propos significatif tenu par une personne appartenant à un de ces cercles : « Il fallait un prétexte pour attaquer la Serbie ; François-Ferdinand nous l'a donné, sa tâche est remplie. » (^)

(^) Au moment où arriva la nouvelle du meurtre de Serajevo, un

Les ministres austro -hongrois, qui avaient déjà tenu conseil avec les chefs d' Etat-major de l'armée et de la marine le 7 juillet, pendant sept heures consécutives « pour discuter le budget », se réunirent de nouveau le 13 juillet pour examiner « les conséquences du meurtre de Serajevo ». D'après M. Steed (^), la promesse d'appui sans réserve de Guillaume II arriva à Vienne le lendemain 14, après quoi le comte Berchtold partit pour Ischl où l'Empereur se trouvait depuis la fin du mois précédent et qu'il n'avait quitté que quelques heures pour assister aux funérailles de l'Archiduc. Berchtold y resta plusieurs jours. Évidemment, François-Joseph hésita à approuver l'ultimatum qui lui était soumis ou exigea des renseignements supplémentaires. Finalement, il se décida à donner son consentement et Berchtold retourna à Vienne d'où il envoya l'ordre de présenter à la Serbie la note rédigée par ses ordres.

Junker, naembre influent du parti militariste, dit à F.-W. Wile, correspondant à Berlin de journaux américains : « Voilà une bonne affaire », L'authenticité de ce propos et la généralité du sentiment qu'il exprimait trouvent une confirmation opportune dans ce passage d'un discours de Liebknecht : « Nous savons que l'attentat de Sarajevo fut salué, dans certains cercles, comme un événement heureux » (S. Reinach, apud Revue Critique, 1916, IT, p. 105.)

(^) « J'ai les meilleures raisons de croire que le 14 juillet au plus tard, l'empereur François-Joseph avait reçu de l'empereur Guillaume une lettre dans laquelle l'Allemagne promettait à l'Autriche un appui absolu, même contre la Russie, si l'Autriche voulait régler son compte avec la Serbie. Je connais certaines conversations diplomatiques qui ont eu lieu en Autriche le 15 juillet et qui étaient basées sui cette assurance formelle. En outre, il existe en Angleterre la preuve écrite — je l'ai vue — qu'un des conseillers politiques de Guillaume avait lu la lettre envoyée par celui-ci à François-Joseph pour le décider à signer l'ultimatum à la Serbie, et que l'on croyait en Allemagne, le 16 juillet, que l'empereur d'Autriche aurait signé l'ultimatum ce jour-là. » (H. W. Steed, V Angleterre et la Guerre, p. 21.)

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Le gouvernement allemand prétendit n'avoir pas eu connaissance de cette note plus tôt que les autres puissances. C'est fort possible et bien en accord avec la position de fidèle second assumée par Guillaume. Il désirait la guerre, mais sachant combien il est difficile, coûteux et dangereux d'y pousser un État qui y répugne, il s'efforçait d'y amener l'Autriche d'elle-même en louant ses desseins et en lui promettant de l'aider à les réaliser. L'Autriche, l'année précédente, avait voulu aller trop vite et tenter la fortune dans une conjoncture défavorable. Guillaume avait dû l'arrêter, mais depuis, les circonstances avaient changé ; militairement et diplomatiquement, elles s'étaient énormément améliorées. On était d'ailleurs vers la date de l'année que les facilités que la moisson procure à une offensive, avait probablement fait choisir pour chercher querelle et ouvrir les hostilités. Aussi à la question du ministre austrohongrois sur l'étendue de l'appui que l'Allemagne lui fournirait contre la Russie, la réponse fut é^âdemment que l'Allemagne considérerait comme dirigée contre elle-même toute attaque de la Russie contre l'Autriche à raison de la querelle de celle-ci avec la Serbie (^). En parlant ainsi, Guillaume ne faisait

{^) Le Gouvernement allemand a d'ailleurs avoué en partie ce que nous prouvons dans ces pages ; le Livre blanc allemand, après avoir mentionné les difficultés antérieures entre l'Autriche et la Serbie, dit : « Dans ces conditions, l'Autriche avait à admettre qu'il serait en contradiction avec la dignité ou la défense de la monarchie d'assister plus longtemps aux opérations sur l'autre côté de la frontière sans agir. Le Gouvernement austro-hongrois nous avisa de sa façon de voir et nous demanda notre opinion. Nous fûmes en situation d'assurer de tout cœur notre alHé de notre accord avec ses vues et de lui gaiantir que toute action qu'il jugerait nécessaire d'entreprendre pour mettre fin au mou-

d'ailleurs que renouveler l'engagement déjà pris par lui avec François-Ferdinand.

On peut même tirer plus de renseignements des documents et grâce aux déclarations des diplomates allemands et autrichiens pendant la crise, se rendre compte d'autres particularités de la promesse qui fut faite.

D'une façon générale, l'attitude de l'Allemagne devenait l'inverse de celle qu'elle avait eue en fl913. Cette année là, elle avait accepté que les difficultés austro-serbes soient réglées par le concert européen à la Conférence de Londres. Cette fois-ci, elle devait soutenir que sa dignité de grande puissaice interdisait à l'Autriche d'accepter quoi que ce soit de semblable (^). Et, en effet, du premier au dernier jour de le crise, le langage des représentants de l'Allemagne ne varie pas : l'affaire doit être « localisée » ; elle « ne concerne que l'Autriche qui la réglera seule avec la Serbie » {Coll. doc, p. 407) ; c'est « une affaire purement autrichienne avec laquelle la Russie n'a rien à faire ». [AngL, 71.)

vement serbe dirigé contre l'existence de la monarchie austro-hongroise, aurait notre approbation. Nous savions paifaitement qu'une action militaire de i' Autriche-Hongrie contre la Serbie amènerait l'intervention de la Russie et pourrait nous entraîner dans une guerre en conséquence de nos devoirs d'allié. »

(^) « Dans les négociations entre les puissances de l'Entente et l'Italie entre le 26 et 31 juillet 1914, l'Allemagne a affirmé que si l'Autriche avait accepté la médiation des puissances et s'était abstenue d'attaquer la Serbie, elle aurait diminué sa dignité et son honneur et serait déchue de son rang de grande puissance. Or, le 26 mars 1909, pour terminer son conflit avec la Serbie, ^hienthal accepta la médiation et promit de s'abstenir d'attaquer la Serbie pendant celle-ci. Personne ne pensa alors en Allemagne qu'^hrenthal eut terni l'honneur et compromis la dignité et le prestige de son pays. » (Tittoni, apud Nuova Antologia, 16 sept. 1916, p. 143.)

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