‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 106 sur 133 · L ALLEMAGNE ET L U L T I M A T U M · texte numérisé non relu

L ALLEMAGNE ET L U L T I M A T U M

même et ait cherché à s'assurer l'alHance de la Bulgarie contre la Serbie ; or, elle ne semble pas en avoir rien fait, car au lendemain de la déclaration de guerre de l'Autriche, le ministre de Bulgarie à Nisch déclara, au nom de son Gouvernement, à M. Pachitch que son pays resterait neutre {Russe, 52). Évidemment, l'Autriche voulait se réserver toute la Serbie, peut-être d'ailleurs à titre de royaume vassal ; sens cela elle eût acheté la coopération du tsar des Bulgares au prix [d'un morceau de Serbie (*), La presse austro-hongroise exprimera les sentiments intimes du Cabinet autrichien quand elle dira que ce que l'on avait craint le plus était que la Serbie accepte toutes les exigences de la note de l'Autriche, celle-ci eut alors été forcée de chercher un nouveau prétexte pour l'envahir.

Pour en revenir à l'ignorance où Jagow et Zimmermann prétendaient être de la note autrichienne, il est probable qu'elle ne s'est pas étendue à Guillaume et à Tschirschky. Le 30 juillet, sir M. de Bunsen, l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne, écrivait : « Quoique je ne puisse le vérifier, je tiens d'une source privée que l'ambassadeur allemand connais-

(*) Le Sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, M. Zinunermann, rapporta dans ces termes au baron Beyens une conTcrsation qu'il avait eue la veille avec M. Boghiévitch, ancien chargé d'affaires de Serbie à Berlin, où il avait su se faire hautement apprécier pendant les guerres balkaniques : « J'ai dit hier à M. Boghiévitch que le meilleur conseil que je puisse donner à son pays était de n'opposer à l'Autriche qu'un simulacre de résistance et de conclure la paix au plus \nte, en acceptant toutes les conditions du cabinet de Vienne. J'ai ajouté que si une guerre éclatait et tournait à l'avantage de la Triplice, la Serbie cesseiait vraisemblablement d'exister comme nation ; elle serait rayée de la carte de l'Europe. » {Revue des Deux Mondes, l^r juin 1915, p. 492.)

sait le texte de rultimatum autrichien à la Serbie avant qu'il ne fut expédié et qu'il l'a télégraphié à l'empereiir d'Allemagne ; je sais par l'anibassadeur allemand lui-même qu'il en approuve chaque ligne. » {Anglais, 95.) On voit la nuance : l'ambassadeur a télégraphié à l'Empereur et non au Chancelier, et, d'autre part, il n'est pas question d'une négociation de l'Autriche avec la chancellerie allemande pour obtenir l'approbation de cette dernière pour la rédaction donnée à l'ultimatum (^).

On a objecté que le président du Conseil bavarois a dit le 23 juillet à M. Allizé « qu'il en avait connaissance », mais il est possible que pour lever les scrupules de François-Joseph, on ait demandé l'avis du roi de Bavière sur la note et la suite à lui donner, et que ce roi en ait délibéré avec son ministre. La Cour de Vienne a conservé de très étroites relations avec les autres cours allemandes ; pour en donner un exemple, François-Ferdinand avait, dit-on, un an auparavant, écrit au roi de Bavière pour lui demander des troupes contre la Serbie.

(') Dans une interview en juin 1916, M. Sazonov a dit : « Je suis prêt à admettre que M. de Bethmann-Holhveg ne désirait pas la guerre et n'en a pas été l'auteur direct, mais de nombreuses personnes dans l'entourage de "ce Chancelier la désiraient ardemment. L'ultimatum à la Serbie a été rédigé sous l'influence directe d'un éminent diplomate allemand et fut soumis à l'approbation de Guillaume II à l'insu du chef de la politique étrangère allemande. Ce fait prouve que M. de Bethmann- HoUweg n'est pas le maître dans sa propre maison, mais d'un autre côté il est difficile d'admettre que le Chancelier ne connaissait pas les intrigues des ennemis de la paix européenne et n'en soupçonnait rien. La guerre présente est exclusivement due au chancre du pangermanisme qui a fondu sur l'Allemagne comme sur une proie il y a vingt ans et qui a atteint maintenant ses organes vitaux. » (Begbie, Vindication, p. 129.)

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