L ALLEMAGNE ET L ' U L T I M A T U M
La communication principale fut d'ailleurs la même pour les trois puissances de l'Entente {AIL, exh. 1.) La note autrichienne à la Serbie ayant été remise le 23 à 6 heures du soir, le 24 au matin, M. de Schoen, ambassadeur d'Allemagne à Paris, lut à M. Bienvejîu-Martin qui faisait l'intérim des Affaires étrangères, une note dont il ne voulut pas lui laisser copie et qui se terminait ainsi : « Le gouvernement allemand estime que la question actuelle est une affaire à régler exclusivement entre l' Autriche-Hongrie et la Serbie... toute intervention d'une autre puissance devant, par le jeu naturel des alliances, provoquer des conséquences incalculables. » {Franc., 28). Le même document au lieu d'être lu, fut communiqué par écrit à Londres. {Angl., 9.) L'Angleterre fut donc menacée, dès le premier pas, comme la Russie et la France (^).
A Berlin, le secrétaire Jagow, à Saint-Pétersbourg l'ambassadeur Pourtalès s'exprimèrent peut-être encore plus nettement. Guillaume faisait ainsi un pas de plus dans la direction où il s'était engagé après avoir renvoyé Bismarck : en 1890, il avait dénoncé le
Wangenheim, ambassadeur d'Allemagne à Constantinople. Le 14 juillet, il annonça à M. Garrone, ambassadeur d'Italie (qui garda ce propos secret plus longtemps qu'il n'eut convenu) que la note à la Serbie « devrait être telle qu'elle rendrait la guerre inévitable i. (Discours prononcé par M. Barzilai le 26 sept. 1915 à Naples, apud Bertrand, L'Autriche, p. 137).
(^) Cette intervention avait dû être promise au comte Berchtold, car il écrivait le 25 juillet au comte Szapary, ambassadeur d'Autriche à Saint-Pétersbourg : « Je suppose que dans les circonstances actuelles Votre Excellence aura établi un accord étroit avec son collègue allemand qui, assurément, a dû être chargé de ne laisser au Gouvernement russe aucun doute sur ce fait que l 'Autriche-Hongrie ne serait pas isolée en cas d'un conflit avec la Russie. » {Autr., 26.)
traité de contre-assurance afin de pouvoir prendre part à une attaque de l'Autriche contre la Russie ; en 1909, l'occasion s'était enfin présentée de tirer parti de ce calcul profond, mais soit qu'à raison des rapports affectueux qu'il entretenait avec Nicolas^ Guillaume n'ait pas cru pouvoir rompre avec celui-ci sans l'avertir, soit plutôt que le prince de Bûlow, qui savait que son maître n'attendait que la première occasion pour le disgracier, n'ait pas voulu prendre sur lui la responsabilité de laisser la guerre éclater si on pouvait l'éviter, une « mise en demeure fort pérempt4)ire » fut adressée à la Russie, et celle-ci qui ne défendait aucun intérêt matériel, céda. Cette fois-ci. il ne pouvait en être que difficilement de même. Les demandes de l'Autriche étaient, en effet, telles que sir E. Grey lui-même les considéra comme « difficilement conciliables avec le maintien de l'indépendance de ce pays ». L'alternative se posait donc : ou la Serbie ne les accepterait pas toutes, et l'Autriche aurait alors un prétexte pour se saisir de territoire serbe ; ou la Serbie les accepterait intégralement, et dans ce cas les discussions au sujet de l'exécution de sa promesse fourniraient, en quelque sorte, une base contractuelle pour des exigences encore plus inacceptables. La situation ne pouvait donc se dénouer pacifiquement que si un groupe de puissances assez fort pour faire reculer l'Allemagne et l'Autriche intervenait. L'empêcher de se former devait donc être le but des manœuvres diplomatiques de ces deux puissances. Elles avaient déjà pris une première précaution pour entraver toute entente : elles