‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 109 sur 133 · MANŒUVRES A U S T R O - A L L E M A >' D E S · texte numérisé non relu

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avaient réduit à 48 heures le temps pour répondre à la note. Elles travaillèrent, en outre, de leur mieux et avec un parfait accord à repousser une médiation ou une conférence qui imposerait de justes bornes aux prétentions autrichiennes.

Le 24, sir E. Grey ayantjdit au prince Lichnowsky que « la seule chance qu'on aperçoive d'éviter un conflit consisterait dans une médiation de la France, de l'Allemagne, de l'Itahe et de l'Angleterre, et que l'Allemagne seule pouvait exercer une action sur le Cabinet de Vienne, cet ambassadeur répondit qu'il transmettrait cette suggestion à Berlin, mais laissa entendre à l'ambassadeur de Russie qui était son parent, que l'Allemagne ne se prêterait à aucune démarche à Vienne. » {Franc., 36.) Le lendemain, il apporta la réponse : « Son Gouvernement refusait de s'immiscer dans le conflit qui divisait l'Autriche et la Serbie ».

Avec l'Angleterre dont elles espéraient la neutralité, l'Allemagne et l'Autriche y mettaient des formes. Elles traitaient plus cavalièrement la Russie. « Le chargé d'affaires de cette puissance, ayant reçu pour instruction de demander au gouvernement allemand d'insister auprès du Cabinet de Vienne en vue de faire prolonger le délai de l'ultimatum, M. de Jagow ne lui donna rendez-vous qu'à la fin de l'après-midi, c'est-à-dire au moment oîi l'ultimatum venait à échéance. » {Franc., 42.) C'était un 'acte faisant pendant à ce que le baron Macchio, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères autrichien, répondait au même moment au chargé d'affaires de Russie,

qui se plaignait « qu'on n'eut pas laissé le temps d'étudier le dossier, ce qui était contra,ire à la courtoisie internationale ». « Parfois, l'intérêt dispense d'être courtois » répliqua-t-il. {Franc., 45.)

Ces réponses faites aux Russes par l'Allemagne et l'Autriche (^) prouvaient que cette fois elles s'étaient entendues préalablement. Jagow et Macchio se montrèrent de plus impolis envers la Russie, mais leurs réponses faites sans hésitation nous font comprendre ce qu'il advint à la demande analogue faite par sir E. Grey. Le télégramme de l'ambassadeur d'Allemagne à Londres la transmettant fut reçu le 25 à 10 heures du matin à la Wilhelmstrasse. « Le secrétaire Jagow instruisit immédiatement l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne de transmettre au ministre des Affaires étrangères d'Autriche cette suggestion pour l'extension du délai et de lui en parler. Malheureusement on voyait dans les journaux que ce ministre était à Ischl, et Jagow pensait que dans ces circonstances il faudrait du, temps pour communiquer et qu'il serait difficile d'obtenir la prolongation du délai. » (Angl. 14.) A la politesse près, c'est la même réponse qu'à la Russie et le fmême parti pris de ne faire aucune recommandation à l'Autriche. La chancellerie allemande avait évidemment reçu l'ordre de consentir tout au plus à servir de boîte aux lettres.

La Serbie n'ayant pas accepté toutes les demandes

(^) Sir M. de Bunsen télégraphiait de Vienne à sir E. Grey le 25 : « Le langage de la presse ce matin laisse l'impression que la soumission de la Serbie n'est ni attendue, ni réellement désirée. »

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de l'Autriche (^), celle-ci rompit les relations diplomatiques le 25 au soir. Le comte Berchtold, prévoyant ce refus, était reparti pour Ischl afin d'obtenir de François-Joseph les autorisations nécessaires pour aller plus avant.

L'attitude de l'Allemagne envers la France et la Russie et de l'Autriche envers cette dernière, était claire et ne laissait aucun espoir si la France et la Russie agissaient seules (-). M. Jules Cambon écrivait de Berlin le 25 juillet : « Je ne vois pour moi que l'Angleterre qui puisse en Europe, être écoutée à Berlin. Quoiqu'il arrive, Paris, Pétersbourg et Londres ne parviendront à maintenir dignement la paix qu'en se montrant fermement et absolument unis. » {Franc., 47.) M. Salandra à Rome disait la même chose à M. Barrère : « Nous ferons les plus grands efforts pour empêcher la paix d'être rompue. »

Il est certain que l'intervention simultanée de l'Angleterre et de l'Italie aux côtés de la France et de la Russie aurait fait reculer les empires centraux,

(^) On a fait remarquer depuis que la Serbie aurait pu les accepter en s'en remettant au concert européen de l'interprétation à leur donner, mais cette réserve n'eut probablement pas été acceptée par l'Autriche et cette solution est d'ailleurs une de ces inventions trop ingénieuses pour pouvoir être trouvées ex abrupto. La suggestion en fut .aite, mais seulement le 27, par M. di San Giuliano. {Angl. 57).

(^) Le comte Errembault de Duzzelle, ministre de Belgique à Vienne, écrivait le 26 juillet : « Il est évident que l'action entreprise par le Gouvernement austro-hongrois a été entièrement approuvée à Berlin. Certaines personnes vont même jusqu'à prétendre que le comte Berchtold a été encouragé et poussé dans cette voie par le Gouvernement allemand qui ne reculerait pas devant le danger d'une conflagration générale et préférerait entrer actuellement en lutte avec la France et la Russie, insuffisamment préparées, tandis que dans trois ans ces deux puissances auraient achevé leur transformation militaire. » {Second Livre gris belge, p. 9).

mais il est fort douteux que celle de l'Angleterre seule eut pu produire le même résultat. L'Autriche et l'Allemagne cherchaient à obtenir la neutralité de l'Angleterre, au moins jusqu'après les batailles décisives, mais comptant sur les embarras qu'elle allait avoir, d'abord en Irlande et dans l'Afrique australe, puis à ce qu'elles espéraient en' Egypte et même dans l'Inde, elles se résignaient à son hostilité. « Il n'y aura pas à s'inquiéter du sort de nos colonies, » disait le mémoire du 19 mars 1913 qui est probablement dû à M. de Moltke, « le résultat final en Europe le réglera pour elles. » [Franc., 2, annexe II.) iEn revanche, la perspective de voir la vaillante armée et la belle flotte italiennes intervenir contre l'Autriche eut certainement arrêté les puissances centrales. Malheureusement, en Italie comme en Angleterre, on était mal préparé à une coopération de ce genre. La façon d'agir de l'Autriche, dont « l'ultimatum n'avait été précédé d'aucune négociation diplomatique avec l'Italie et avait été préparé dans l'ombre avec des soins tellement jaloux de le lui tenir caché qu'elle n'en avait eu connaissance que par les agences télégraphiques comme le public, au lieu d'en être informée par la voie diplomatique (^) » avait certes

(^) Sonnino, Télégramme du 24 mai 1915 au Gouvernement des Pays-Bas. — Le marquis di San Giuliano avait déclaré avant le 18 juillet à l'ambassadeur d'Autiiche qu'une démarche quelconque de cette puissance di-igée contre la Serbie et ne lui témoignant pas les égards dus par une nation à une nation, rencontrerait la réprobation de l'opinion publique en Italie et que le Gouvernement de celle-ci tenait à ce que l'entière indépendance de la Seibie soit maintenue ». [Serbe, 28). Le 22 juillet, San Giuliano se montrait inquiet << et assurait qu'il agissait à Vienne pour qu'il ne soit demandé à la Serbie que des choses réalisables » [Franc., 17). C'était un bon début, malheureusemenl, il ne

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