‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 110 sur 133 · ANGLETERRE ET ITALIE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE ET ITALIE

vivement blessé le gouvernenent italien, mais le langage tenu le 24 à M. de Jagow par M. Bollati, l'ambassadeur d'Italie, avait dû rassurer pleinement le Gouvernement allemand. « L'Italie, avait-il dit, moyennant garantie de ses intérêts et conformément à l'article 7 du traité d'alliance, observera une attitude de neutralité bienveillante et amicale à l'égard de l'Autriche-Hongrie et ne lui créera pas de difficultés. )) Il ajouta même que l'Autriche voulait suivre dans toutes les questions balkaniques une politique d'entente avec ses alliés, mais en même temps, il réclîima des précisions au sujet de l'interprétation de l'article 7 'de la Triple-Alliance relatif aux intérêts balkaniques.

D'un autre côté, les intentions de sir E. Grey n'allaient guère plus loin'qu'à prêter un appui moral à l'alliance franco-russe contre la Triple-Alliance. Il paraît avoir cru que la menace de l'Angleterre qu'elle se joindrait à la première suffirait toujours à maintenir la seconde dans les limites jugées convenables par cette puissance. Son but était uniquement le maintien de l'équilibre européen. M. Take Ionesco raconte qu'étant allé le voir le 21 juillet, ce ministre anglais lui dit : « Je ne cherche^pas à détacher l'Italie

fut pas soutenu. Le 26 juillet, M. Barrère, d'un entretien avec M. Salandra, président du Conseil des ministres, » emportait le sentiment que le Gouvernement italien voudrait, en cas de conflit, se tenir en dehors et rester dans une attitude d'observation... Nous ferons, dit Salandra, les plus grands efforts pour empêcher la paix d'êtie rompue ; notre situation est un peu analogue à celle de l'Angleterre. Peut-être pourrions-nous faire quelque chose dans un sens pacifique avec les Anglais. (Franc., 51.) Dans la suite, M. di San Giuhano se bornera à regretter que la Serbie n'ait pas accepté complètement la note autrichienne.

de l'Allemagne et de l'Autriche. Je ne l'ai jamais cherché. Je sais que l'alliance franco-russo-italienne serait tellement forte que l'équilibre serait rompu et qu'il pourrait y avoir tentation de guerre. Or, je ne veux que la paix. » (^) On conçoit donc l'impossibilité d'arriver à une entente £^vec des hommes d'État qui partaient de points de vue si différents de ceux dans lesquels ils auraient dû être pour qu'elle fût possible. M» Sazonov vit fort bien le rôle décisif qu'aurait pu jouer l'Italie. Le 26, il télégraphia à l'ambassadeur de Russie à Rome : « L'Italie pourrait jouer un rôle de première importance pour la préservation de la paix si elle influençait l'Autriche comme il faut et si elle adoptait une attitude nettement défavorable à la querelle qu'elle provoque puisqu'elle ne pourra être localisée. Exprimez la conviction que la Russie ne peut éviter d'aider la Serbie. » {Russie, 23.) Mais comme les déclarations de BoUati le prouvèrent, l'Italie avait l'intention alors de se borner à demander des compensations pour sa neutralité.

Tout dépendait donc de l'Angleterre ; malheureusement le Gouvernement de celle-ci avait le défaut inséparable des Gouvernements polycéphales : il était lent à comprendre les situations imprévues et, par suite, lent à prendre les décisions nécessaires. Tout ce que put faire sir E. Grey, qui comprit tout de suite, mais qui ne pouvait prendre d'engagements au nom de l'Angleterre à lui tout seul, fut de réserver sa liberté d'action. Une dépêche de notre chargé

(1) Grande Revue, févr. 1915, p. 510.

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d'affaires à Londres, en date du 27 juillet, résume les attitudes des puissances ce jour-là : « Les ambassadeurs d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie 1? issent entendre qu'ils sont sûrs que l'Angleterre garderait la neutralité si un conflit venait à éclater. Sir Arthur Nicolson m'a dit cependant, que le prince Lichnowsky ne pouvait, après la conversation qu'il a eue avec lui aujourd'hui, conserv^er aucun doute sur la liberté qu'entendait garder le gouvernement britannique [d'intervenir, au cas où il le jugerait utile. L'ambassadeur d'Allemagne n'aura pas manqué d'être frappé de cette déclaration, mais pour peser sur l'Allemagne et pour éviter un conflit, il semble indispensable que celle-ci soit amenée à tenir pour "certain qu'elle trouverait l'Angleterre et la Russie aux côtés de la France. » {France, n^ 63.) C'est ce que tous les diplomates voyaient, mais malheureusement les pacifistes et les progermains du Cabinet anglais ne le voyaient pas.

Sir E. Grey suggéra alors que « les ambassadeurs de France, d'Allemagne et d'Italie à Londres, soient chargés de chercher avec lui un moyen de résoudre les difficultés actuelles. Il serait entendu que pendant les débats de cette petite conférence, la Russie, l'Autriche et la Serbie s'abstiendraient de toute opération militaire active. Sir A. Nicolson parla de cette suggestion à l'ambassadeur d'Allemagne qui s'y montra favorable. » (27 juillet, France, 68.)

Cette proposition d'une « intervention » des « puissances qui n'étaient pas directement intéressées dans le conflit » fut immédiatement acceptée par la France

et l'Italie [France, 71-72), mais rejetée à Berlin. « Ce serait, dit Jagow, instituer une espèce de cour d'arbitrage dont l'idée ne serait acceptable que si elle était demandée par Vienne et Pétersbourg. » [France, 73-74.) Encouragée par ce refus, l'Autriche annonça qu'elle prendrait ses mesures le lendemain « pour amener la Serbie à donner les satisfactions et garanties qui étaient réclamées d'elle. » [France, 75.)

L'effet de cette intransigeance sur « l'attitude de la Grande-Bretagne s'affirma par la publicité donnée à l'arrêt de la démobilisation de sa flotte. Le premier Lord de l'Amirauté avait pris discrètement cette mesure dès vendredi (24 juillet), de sa propre initiative, écrivait le :27 notre chargé d'affaires ; cette nuit, sir Edward Grey et ses collègues ont décidé de la publier. Ce résultat est dû à l'attitude conciliante de la Serbie et de la Russie. » [France, QQ.)

Le lendemain matin 28, les diplomates recommencèrent leurs démarches à Berlin., La France, l'Angleterre, la Russie et l'Italie étant d'accord, c'était là qu'il fallait agir. Jagow « acceptait en principe de s'unir dans une démarche commune » avec elles, « mais repoussait toute idée de conférence ». Il « ajoutait que les conversations directes entre Vienne et Pétersbourg étaient entamées, et que dès maintenant, il en attendait une suite favorable ». [France, 81.) M. Sazonov avait, en effet, fait cette proposition le 27 « sur le conseil de l'ambassadeur d'Allemagne [Angl., 45 et 78), et sans s'opposer à la médiation des quatre puissances avait marqué sa préférence pour une conversation directe de la Russie avec l'Autriche-

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